04-11-2015
Thème 7a — Du ShaBaT au Dimanche (1:2)
par : le père Alain Dumont
Si le ShaBaT est une institution éternelle, pourquoi les chrétiens ne le célèbrent-ils pas ? Comment passe-t-on du ShaBaT au Dimanche, et quel est le sens d'un tel passage ? Autant de questions auxquelles se propose de répondre cette vidéo.
Duration:15 minutes 38 secondes
Transcription du texte de la vidéo : (Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/du-shabat-au-dimanche-1-2.html) Tous droits réservés.Pour une citation, mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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DU SHABBAT AU DIMANCHE (1/2)
DOCUMENT :
Thème 7 - Du Shabbat au Dimanche 1.pdf
Bonjour,
Je voudrais parler avec vous dans cette vidéo d’une question qui habite inévitablement les chrétiens qui scrutent un peu l’Écriture : si DIEU a institué le Shabbat pour l’éternité, qu’est-ce qu’il en advient du Dimanche ?
Alors, rappelons d’abord que le Shabbat est définitivement une institution qui concerne les FILS D’ISRAËL, et UNIQUEMENT les Fils d’Israël. Donc moi, par exemple, je suis un GoY, c’est-à-dire que je ne suis pas issu du judaïsme mais du PAGANISME. Autrement dit, je suis un PAÏEN d’origine, un membre des Nations par contraste avec les membres du peuple Juif, le peuple élu. Donc, en tant que PAGANO-CHRÉTIEN, c’est-à-dire en tant que CHRÉTIEN ISSU DU PAGANISME, je n’ai PAS à célébrer le ShaBaT. En me configurant au Christ Jésus, le baptême a fait de moi, par la foi, un Fils d’Abraham, mais NON un Fils d’Israël. Ce qui n’empêche que je m’inscris, avec toute l’Église, dans la foi d’Israël ; je suis « greffé » sur l’Olivier d’Israël, dira saint Paul, mais je ne serai jamais issu directement du tronc de l’Olivier franc. Ça n’est en rien dévalorisant, puisqu’en Christ, la plénitude du Salut est offerte aux juifs comme aux non juifs. Mais pas sous la même modalité. Il y a une manière judéo-chrétienne de recevoir le Christ, et il y a une manière pagano-chrétienne de recevoir ce même Christ, restant sauf le fait que judéo-chrétiens et pagano-chrétiens constituent ENSEMBLE le peuple que DIEU veut rassembler. Ils constituent ENSEMBLE, comme l’écrivait le Cardinal de Lubac, l’Église dans sa CATHOLICITÉ véritable, c’est-à-dire dans son UNIVERSALITÉ la plus étendue. Je vous rappelle que CATHOLIQUE ne désigne pas l’Église de tradition latine, mais l’église UNIVERSELLE, unie autour d’une seule et même foi en Christ, mort et ressuscité pour notre salut. Quels que soient les rites par lesquels les confession expriment ce CREDO.
Bien. Donc, le peuple des Fils d’Israël bénéficie de l’Élection qui fait de ce peuple un peuple À PART, un peuple SAINT parmi les nations de la terre. Mais cette sainteté n’est pas donnée pour être confisquée par les Fils d’Israël : cette sainteté est faite pour ÉCLAIRER LES NATIONS et les convoquer à leur tour au difficile apprentissage de la LIBERTÉ qui ne peut advenir que par le fameux MESSIE ! Un MESSIE par qui advient la liberté à laquelle est convoqué tout homme, juif ou païen ! Ce Messie, les chrétiens le reconnaissent en la personne du Christ Jésus (Christ traduit en grec le mot MESSIE). Et comment Le reconnaissent-ils ? Précisément à la liberté dont ils font l’expérience dès lors qu’ils s’attachent à sa Personne ! Une liberté étonnante, qui touche tout leur être : l’esprit, la chair et la raison ; une liberté qui ne cesse de croître à chaque pas qu’ils acceptent de faire à la suite de Jésus. Voilà l’Église : la convocation de tous les hommes, juifs et non juifs, à célébrer d’un seul cœur la Résurrection du Christ Jésus ; une Résurrection de la CHAIR qui est l’avènement définitif de la LIBERTÉ sur l’esclavage du destin ; qui est LA victoire de la vie sur la mort dont les chrétiens vivent quotidiennement dans la grâce de leur Baptême.
Alors ceci posé, allons plus loin. Ne restons pas dans les concepts abstraits, mais laissons-nous éclairer par le concret, par la chair de l’histoire. Le Christ vit sa mort à l’occasion d’un Grand ShaBaT, c’est-à-dire un ShaBaT qui coïncidait cette année-là avec la fête annuelle de la Pâque. Or cette conjonction événementielle a DU SENS. Elle signifie que l’œuvre de la CRÉATION dont fait mémoire chaque ShaBaT rejoint l’œuvre de la LIBÉRATION dont fait mémoire la fête de Pâque. Comme pour rappeler à la mémoire du peuple un principe essentiel de la Révélation : il n’y a PAS de CRÉATION sans LIBERTÉ. La Torah raconte que le péché d’Adam ayant enfermé la Création dans l’esclavage du mensonge ; en vertu de ce principe, YHWH s’est vu dans la nécessité d’entreprendre la DÉLIVRANCE des hommes, faute de quoi tout allait retourner au chaos ! OR : que le Messie meure et ressuscite à la suite de ce Grand ShaBaT signifie que la DÉLIVRANCE DE LA CRÉATION, dont la SORTIE d’Égypte des Fils d’Israël était le signe, est enfin advenue ! De sorte que désormais, par le Christ, tout homme créé peut à son tour SORTIR de son Égypte intérieure, c’est-à-dire SORTIR des LIMITES dans lesquelles le péché le maintient prisonnier. OK, le projet est clair, mais en définitive reste une question encore non résolue : quel est le BUT ultime ; quelle est la FINALITÉ de tout ça ? Délivrer la Création du péché est une chose, mais POUR QUOI FAIRE ? C’est là que nous franchissons un nouveau pas : cette LIBÉRATION travaille à l’avènement du JOUR OÙ TOUT EST ACCOMPLI, comme dira Jésus sur la Croix ; le JOUR où, enfin, la Création RENCONTRE LIBREMENT SON CREATEUR. Or ce JOUR nouveau n’est autre que ce que la tradition nomme le 8e JOUR sur lequel il faut à présent s’arrêter.
Qu’est-ce que c’est que ce 8e jour ? Pour le dire rapidement, vous savez que la Création est racontée comme un épisode fondateur qui dure 6 jours. Non pas 6 jours horaire ! Rappelez-vous le Ps 90 : « Pour DIEU, mille ans sont comme un jour ». Donc ces 6 jours sont plutôt à considérer comme 6 étapes par lesquelles la Création émerge du chaos initial, le ToHu BoHu de Gn 1. Toujours est-il qu’après ces 6 jours, ces 6 étapes, vient le 7e JOUR, où cette fois, DIEU CESSE DE CRÉER. Non qu’Il se retire de la Création qui n’y survivrait pas et retomberait à l’instant même dans le chaos, mais, en quelque sorte, DIEU ABDIQUE sa puissance créatrice pour confier ce 7e jour à la liberté de l’homme. Rappelez-vous ces paroles de Gn 1,28 : « Fructifiez, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-là. » De sorte que la ToRaH nous raconte que la Création n’a en réalité de SENS QUE si elle est une CO-Création, c’est-à-dire une Création à laquelle l’homme est convoqué à collaborer de façon inattendue : en quelque sorte, DIEU a fait le gros œuvre, et c’est à l’homme de mettre la dernière main. Pour comprendre vraiment, il y a une image qui vaut ce qu’elle vaut, mais qui peut aider : la brigade d’une cuisine de grand restaurant ! Qu’est-ce que vous voulez, je suis Bourguignon, donc tout ce qui a trait à la nourriture est forcément parlant pour moi. Mais quoi qu’il en soit : la brigade, c’est le groupe de cuisiniers chargés de faire le gros œuvre : cuisson des poissons, les viandes, confection des sauces, etc. Et le Chef, lui, met la touche finale, indispensable, qui donne à ce poisson ou cette viande cette saveur exceptionnelle qui est la marque du Chef, et fait le succès du restaurant… Eh bien, dans la Co-Création du monde, le Chef, c’est L’HOMME, et le second qui dirige la Brigade, c’est DIEU !… Étonnant… Étonnant, mais en même temps d’une exigence extrême, parce que c’est bien joli tout ça, mais encore faut-il que l’homme tienne sa place ! En tant que Chef, le voilà convoqué à donner le meilleur de lui-même ! Ce qui suppose d’une part qu’il ne se considère pas au-dessus des règles, sans quoi il transformera sa brigade en cohorte d’esclaves, DIEU y compris ! D’autre part , le voilà acculé à mettre en œuvre sa LIBERTÉ CRÉATRICE, une liberté par laquelle il va donner son originalité au plat avant qu’on ne le serve en salle. Maintenant, imaginons qu’au lieu de finaliser le plat, le Chef décide de le manger… C’est fini : la brigade n’y comprend plus rien et se dit que son travail a perdu son sens, et de l’autre côté, en salle, on attend, affamé… La création des ingrédients a bien eu lieu, mais sans la touche finale qui ne peut advenir qu’à travers la LIBERTÉ CRÉATRICE du Chef. Lui seul sait transformer chaque assiette en œuvre d’art unique et fait surgir la JOIE de la dégustation des convives dans la salle du restaurant ; sans cette touche finale indispensable, TOUT EST BLOQUÉ.
Eh bien c’est à peu de choses près ce que nous raconte la Genèse. Le 7e JOUR, la Brigade divine apporte à l’homme les ingrédients de la Création pour qu’à travers sa LIBERTÉ CRÉATRICE, l’homme mette la touche finale qui ouvrira les portes de l’ACCOMPLISSEMENT de toute l’œuvre de la Création, à savoir les portes du 8e JOUR ! Ce JOUR qu’Isaïe décrit précisément, au ch. 25 de son livre, comme un FESTIN MESSIANIQUE composé de viandes grasses et de vins vieux pour TOUS LES PEUPLES de la terre. Festin que la tradition, à partir du Cantique des Cantiques, comprendra comme étant un FESTIN DE NOCES entre YHWH et son peuple. Alors nous, dans une lecture superficielle, on imagine que ce festin est préparé dans les cuisines célestes et qu’il descend tout cuit du Ciel… alors qu’en réalité, c’est au cœur de la Création qu’il se prépare ! Du coup, on comprend mieux l’injonction de DIEU à Adam et Ève : « Ne mangez pas ! » Parce que si vous mangez, ça veut dire que vous confisquez votre LIBERTÉ CRÉATRICE ; vous consommez au lieu de partager, et la Création est bloquée ! Bloquée dans le 7e JOUR, parce que ce que l’homme a à faire en tant que CHEF, nul ne peu le faire à sa place, pas même YHWH ! Or voilà que l’homme va refuser d’exercer sa LIBERTÉ CRÉATRICE ! Au lieu porter la Création au rang d’ouvre d’art, l’homme décide de la CONSOMMER… et la Création se retrouve coincée au 7e jour. Saint Paul dira : « La création ATTEND la révélation des Fils de DIEU ! » Les « fils de Dieu », c’est l’homme au sens royal, au sens où DIEU remet la Création entre ses mains, dès Gn 1,28 ! La Création attend, donc, comme les invités de la Noces attendent que le Chef veuille bien arrêter de s’empiffrer et mettre enfin sa LIBERTÉ au service de la CRÉATION ; accepte son rôle de CO-Créateur pour permettre l’AVÈNEMENT DU 8E JOUR, le JOUR DES NOCES, le Jour où peuvent enfin s’unir DIEU et la Création, ce que la tradition appelle le JOUR DE DIEU, le DIES DOMINICUS en latin, qui est devenu avec l’usage didominicu, puis diominicu qui donne DIMANCHE en français.
Le 8e jour, c’est donc le Jour de l’ouverture du FESTIN DES NOCES ; DIEU et le genre humain enfin unis comme un époux à son épouse entrant l’un et l’autre, par le jeu de leur LIBERTÉ CRÉATRICE respective, dans l’accomplissement du dessein de YHWH initié depuis la fondation du Monde. Or voilà qu’à l’occasion du Grand ShaBaT où Jésus vivra sa Passion, sa Mort et sa Résurrection, ce 8e jour est enfin ouvert par l’obéissance du Fils qui, dans sa CHAIR, mène à sont accomplissement la CRÉATION à laquelle Il a par ailleurs présidé en tant que Verbe de DIEU, MeMRaH de YHWH. Voilà ce que célèbrent désormais les Chrétiens, à chaque 8e jour de la semaine. Ce que nous célébrons le DIMANCHE, en tant que chrétiens, c’est donc ce 8e Jour dont l’avènement, par le Christ, dure depuis plus de 2000 ans et ne cesse de bouleverser l’histoire humaine. Toute l’histoire humaine, et non plus seulement l’histoire d’Israël.
Alors vous me direz : si le 8 e jour est advenu, ça n’a pas l’air d’être si efficace que ça… et ensuite, dans cette perspective, que devient le ShaBaT ? Est-ce que qu’il ne devient pas obsolète ? C’est la question que nous envisagerons la prochaine fois.
Je vous remercie.
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