Nous achevons les considérations sur l'autel que YHWH demande à Moïse de fabriquer, puis nous lisons les lois relatives aux esclaves au sein du Peuple Élu. La justice avant tout ! Révolutionnaire !
Transcription du texte de la vidéo : (Voir la vidéo : )Tous droits réservés.Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article______________________________________________________________
Bonjour,
Nous nous sommes longuement arrêtés lors de la dernière vidéo sur la question du CULTE. On a vu qu’il y avait une continuité formelle entre le culte de l’Égypte et celui de la ToRaH, une continuité qui va concrètement être marquée par la manière dont Moïse va s’y prendre à présent pour fabriquer le fameux AUTEL. En même temps, rappelez-vous, ce n’est pas parce qu’il y a continuité qu’il s’agit de la même chose ! D’une part, il y a continuité parce que ce CULTE s’inspire de celui de l’Égypte, mais d’autre part, il n’y en a pas moins une rupture essentielle entre les deux, parce que le CULTE qu’institue Moïse s’inscrit dans une expérience absolument unique de LIBÉRATION ; un événement fondateur qui affranchit radicalement le culte d’Israël de sa source égyptienne — d’autant que cette source est dorénavant tarie — ; pour devenir à son tour, en tant que culte du peuple élu, une source nouvelle, inédite, qui irriguera la vie des Fils d’Israël.
Quoi qu’il en soit, Moïse doit donc bâtir un AUTEL, juste après le don du Décalogue, à partir du v. 22. De quoi s’agit-il ici ? Les v. 24 et 25 parlent de deux autels possibles, soit en terre, soit en pierre qu’il s’agit, dit le texte, de « fabriquer », du verbe “aSSaH, qui signifie « fabriquer » au sens de “fabriquer en quantité”. Dans le récit de la Création par exemple, c’est en ce sens que les arbres « fabriquent » des fruits ; que DIEU « fabrique » les animaux. Ou alors dans le livre de l’Exode, Pharaon augmente la corvée pour faire « fabriquer » des briques, toujours avec le même verbe… Donc ici, on comprend que l’autel que YHWH commande de « fabriquer », qu’il soit en terre ou en pierre, est un autel qu’on va devoir reproduire en plusieurs exemplaires, de place en place.
Bien. Maintenant, qu’est-ce qu’un « autel de terre », au v. 24 ? Si on se réfère à l’Égypte, en particulier au Pharaon hérétique AKhéNaTôN, on sait que sa capitale comptait 365 autels en brique d’argile crue sur lesquels les prêtres apportaient les offrandes. On peut donc imaginer que ce sont de tels autels de terre que Moïse reprend ici au compte du culte de YHWH. Ceci pour les lieux où le peuple campera et où il y aura de l’argile disponible. Dans les lieux où il n’y aura pas d’argile, il faudra en revanche « fabriquer » un autel en pierre, avec cette précision étonnante qui impose que cet autel ne doive en aucun cas être taillé, parce que le contact des ciseaux le profanerait, précise le v. 25… On pourrait certes imaginer qu’il s’agisse d’un bloc de pierre brute, mais allez tailler ça sans outil en métal, vous m’en direz des nouvelles ! Là encore, revenons à l’Égypte et à la théorie de la pierre agglomérée du Pr Davidovits qu’on a vu à propos du patriarche Joseph. Parce que si cet autel est « fabriqué » par la science de la pierre agglomérée, alors effectivement, il n’est pas taillé par des outils en métal, ce qui lui confère son caractère sacré, si on se souvient que pour l’Égypte, la pierre, et en particulier la pierre non ciselée, est le symbole de l’éternité, de la divinité. Je vous renvoie aux vidéo correspondantes. Ce qui n’empêche pas par ailleurs que l’interdiction de la taille prévienne aussi la tentation d’orner l’autel par des représentations interdites, en accord avec le premier commandement du Décalogue. Quoi qu’il en soit, tout ce qu’on peut dire à ce stade, c’est que le CULTE, en quelque endroit qu’on le pratique, commence par la « fabrication » d’un autel, en terre ou en pierre, qui servira à offrir les SACRIFICES. On n’en dira pas plus ici, parce que la fabrication en tant que telle sera décrite au ch. 27.
Reste le dernier verset du chapitre 20, interdisant l’accès à l’autel par les degrés, c’est-à-dire par des marches, sans doute en bois, assez espacées et demandant des enjambements larges. Qu’à cela ne tienne, on accèdera à l’autel de YHWH par une rampe. Ce qui est difficile à comprendre en revanche, c’est l’argument de pudeur qui motive l’interdiction des marches. On retrouvera la même préoccupation au ch. 28 où il est prescrit de fabriquer des culottes de lin pour les prêtres afin qu’ils ne dévoilent pas leur nudité. Certains commentateurs imagine qu’il s’agit ne pas donner prise à une quelconque sacralisation de la nudité ? Pourquoi pas ? On voyait ça en Égypte pour certaines catégories de prêtres. En tout cas, le vêtement des prêtres sera particulièrement codifié, ce qui oriente notre verset plutôt sur une valorisation de la vêture. Dans la Bible, la vêture dit la place de l’homme au sein du peuple.
Quoi qu’il en soit, retenons surtout que le culte placé ainsi à la conclusion du Décalogue les rend indissociables l’un de l’autre. Le Décalogue institue les conditions de la vérité d’un culte qui, à son tour, authentifie l’attachement du peuple à la ToRaH de YHWH. Dans le cadre de l’Alliance, ET le Décalogue, ET le culte, ensemble, se répondent et donnent au peuple élu, sous différentes facettes à la fois théologique, morale, et liturgique, de vivre une sainteté — une mise à part — à l’image de la sainteté de YHWH. Ce sera on ne peut plus clair au milieu du Livre du Lévitique, lorsque YHWH lancera son commandement : « Soyez saints comme Je Suis Saint ! » (Lv 19,2), c’est-à-dire : au milieu des nations, distinguez-vous ! Et cette distinction, encore une fois, ne relève pas seulement des codes de la vie sociale, mais aussi du CULTE. C’est vraiment important de bien l’intégrer, parce que c’est une dimension qui fait aussi partie de la vie chrétienne. Être chrétien sans vivre le culte chrétien, c’est juste pas possible…
21,1-11
Ceci posé, on laisse pour l’instant cette histoire de culte de côté, et on entre, avec le ch. 21, dans une première mise en application concrète du Décalogue. Et c’est encore de LIBERTÉ qu’il est question ; une liberté qui, à la fois, PROCÈDE de la libération première opérée par YHWH lors de la sortie d’Égypte, et la PROLONGE. Pour le dire autrement, ces lois mettent en œuvre concrètement le dynamisme libérateur que la sortie d’Égypte a impulsé sous l’égide de YHWH, et qui doit trouver son prolongement, son rayonnement, dans les actes libérateurs qui animent le peuple élu, notamment et d’abord vis-à-vis des ESCLAVES qui sont dans son propre camp. La dynamique est exactement celle de la parabole du débiteur impitoyable de Jésus. Rappelez-vous : ce serviteur qui devait une sommes incalculable à son Maître, le supplie tant et si bien que le Maître lui remet toute sa dette… et sortant de la maison, voilà que ce serviteur se rue pour étrangler un frère qui lui devait quelques centimes… Et le Maître de convoquer ce débiteur impitoyable et de lui dire : « Je t’avais remis toute ta dette, ne devais-tu pas, toi aussi, remettre sa dette à ton frère ? » Et de le jeter en prison jusqu’à ce qu’il eût tout remboursé… Jésus, ici, ne puise pas ailleurs que dans la dynamique de LIBÉRATION qui anime toute l’Histoire Sainte, depuis la libération d’Égypte. Vous avez été libérés par YHWH, faites de même à votre tour, sans quoi je vous renverrai à votre propre esclavage. Rappelez-vous : la véritable LIBERTÉ, c’est la LIBERTÉ QUI LIBÈRE. Donc, ayant été libérés de l’esclavage, il est normal que Moïse place la question de la libération des esclaves au fronton de la ToRaH.
Alors ça ne signifie pas que l’esclavage soit aboli, mais il est à tout le moins fortement cadré. Alors toujours faire attention de ne pas projeter les images de l’esclavagisme négrier sur ce que la Bible nomme « esclave ». Rien à voir non plus avec les troupeaux d’esclaves qu’on trouvera plus tard dans le monde grec ou romain. L’hébreu “éVèD signifie à la fois « serviteur » et « esclave ». Il désigne un rapport de dépendance qui peut être celui d’un domestique vis-à-vis de son maître, mais aussi celui d’un mercenaire vis-à-vis de son employeur, d’un ministre vis-à-vis de son monarque, d’un roi vassal vis-à-vis d’un suzerain, ou de tout roi vis-à-vis de DIEU. Donc “éVèD désigne avant tout la soumission à une autorité, quelle qu’elle soit, et ne signifie pas que l’assujetti soit « sans droit » ; nos versets sont là pour en témoigner.
Quoi qu’il en soit, nous disent les v. 2 à 6, certains Fils d’Israël pouvaient donc se trouver en situation de “éVèD au sens particulier où ils avaient été vendus en esclave à leurs propres frères. En principe, c’est interdit, et le v. 16 le dira explicitement. Mais bon… un fils d’Israël insolvable, ou pris comme garantie personnelle dans une affaire qui tourne mal, pouvait être contraint à la corvée au profit d’un autre Fils d’Israël qui devenait alors son Maître. Mais vous voyez : la Torah impose qu’il ne soit pas esclave à vie. Le v. 2 précise qu’il devait recouvrer la liberté la 7
e année, la fameuse année jubilaire du ch 25 du livre du Lévitique — on en parlera en son temps. Donc vous voyez ? Pour la PREMIERE FOIS dans l’histoire des hommes, on assiste à un effort législatif pour qu’un être humain ne soit pas totalement aliéné. Non pas au nom de prétendues valeurs, mais au nom de la FIDÉLITÉ à la dynamique de LIBÉRATION inscrite dans l’ALLIANCE, dont le fondement est l’événement de la libération d’Égypte. « Vous avez été libérés, faites de même ! », dira Saint Paul (Ga 5,13). Saint Paul ne peut pas être plus Fils d’Israël que lorsqu’il prononce cette phrase, au nom du Christ Jésus venu Lui-même accomplir, pour tout homme, ce que l’Exode commence à mettre en œuvre au sein du peuple d’Israël ! Ça va très loin !
Bref. Les v. 7 à 11 quant à eux posent la différence entre l’homme et la femme en situation d’esclave. Que signifie : « Lorsqu’un homme vend sa fille en servante » ? Tout d’abord, le terme n’est pas le même que pour l’homme. Là où l’on a “éBèD pour l’homme, on a ‘âMâH, qui peut à la fois désigner la servante et l’épouse secondaire, comme par exemple HaGaR vis-à-vis d’AVRâHâM. Quoi qu’il en soit, quand est-ce qu’un homme peut être acculé à vendre sa fille ? Sans doute quand il est ruiné… Je me souviens, quand j’étais en Afrique, avoir vu des bédouins affamés descendre vers les villes pour vendre femme et chameaux, afin de ramener des vivres pour leur clan. Et ça n’était pas un plaisir pour eux ! Reste que, pour la ToRaH, acheter une fille, c’est s’engager à la prendre pour femme, ou de la donner pour femme à son fils, et donc à la traiter comme telle, et non comme une domestique de bas étage. Donc vous voyez ? On essaye de vraiment corriger le tir ! Les rabbins précisent qu’un père acculé à une telle décision devait prendre soin de ne pas livrer sa fille à n’importe qui, et veiller à ce que son avenir soit meilleur que si elle était restée à ses côtés.
En tout état de cause, ce qu’il faut entendre dans les v.2 à 11, c’est que jamais la LIBERTÉ ne doit disparaître pour l’esclave hébreu, homme ou femme. La liberté de « s’en aller », littéralement de « sortir », dit le v.11, le terme même qui signifie la LIBÉRATION d’Égypte. La dynamique est donc bien là, et c’est d’ALLIANCE qu’il est question.
On n’en dira pas plus pour ce passage. Laissez-vous travailler par ces versets qui peuvent encore choquer, dans un premier temps, parce que nous les lisons du haut de notre XXIe siècle. Mais essayons vraiment de les recevoir comme les germes de tout ce travail qui nous a permis, précisément, de pouvoir abolir aujourd’hui l’esclavage, si tant est qu’il soit d’ailleurs totalement aboli dans notre monde, ce qui reste à prouver. En tous les cas, le mouvement est lancé, et c’est par la ToRaH qui n’a pas d’autre base que l’expérience première de la libération d’Égypte accomplie par YHWH et son serviteur Moïse. Ça n’a rien d’une idéologie !
je vous souhaite une bonne lecture de ces quelques versets.
Je vous remercie.
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