Moïse écrit toutes les Paroles de YHWH. Cette mise par écrit est essentielle. Pourquoi ?
Transcription du texte de la vidéo : (Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/ecrire-les-paroles-de-yhwh.html) Tous droits réservés. Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article______________________________________________________________
Bonjour,
Nous commençons à lire aujourd’hui un chapitre charnière du livre de l’Exode, qui scelle le Code de l’Alliance dont la mise en scène était inaugurée au ch. 19 . On va d’ailleurs retrouver les mêmes thèmes. Et en même temps, ce chapitre est un prélude à l’ensemble des ch. 25-31 sur l’organisation du culte au désert.
Alors dès le v. 1, YHWH convoque Moïse sur la Montagne… Il en était descendu, rappelez-vous, au ch. 19. C’était juste la fin du chapitre : « YHWH lui parla ainsi : “Va descends, puis tu monteras, toi et Aaron avec toi. […] Moïse descendit vers le peuple et parla ainsi… », suite de quoi le ch. 20 s’ouvrait sur le Décalogue. Alors : une fois l’ensemble des lois énoncé entre les ch. 20 et 23, YHWH redit donc ici à Moïse : « Monte ! », et là, on quitte le style purement législatif pour renouer avec le style du RÉCIT. On retrouve le personnage de AaRôN, mais aussi NaDaD et ABiHou, qui montent avec Moïse, ainsi que 70 anciens d’Israël. Ceci dit, ils ne monteront pas jusqu’au sommet, parce que Moïse seul pourra s’avancer vers YHWH. Là, on nous décrit déjà à demi-mot les parvis du futur Temple de Salomon : d’abord le parvis du peuple, le plus éloigné du sanctuaire ; puis le parvis des anciens, qui deviendra le parvis des lévites ; et puis le sanctuaire en lui-même dans lequel n’entraient que les prêtres, et enfin le Saint des Saints, le lieu où trône YHWH et où ne pénètre que le GRAND PRÊTRE, une fois par an, à Yom KiPPouR, le Jour du GRAND PARDON. Or quand le récit nous dit que Moïse seul s’avance au sommet de la Montagne, vers YHWH, il n’y a pas à sourciller : il EST le Grand Prêtre ; le Grand Prêtre qui s’avance devant YHWH au nom du peuple, qui porte avec lui tout le peuple. Une tradition juive qu’on appelle la HaSSiDouT, va complètement dans ce sens. Le Hassidisme est un mouvement du XVIIIe siècle qui est né en Europe de l’Est ; une espèce de Renouveau Charismatique de la pensée juive, si vous voulez. Il y aurait beaucoup à dire, mais c’est simplement pour montrer que voir ici Moïse comme Grand Prêtre n’est pas qu’une lubie. Alors c’est vrai : techniquement, ce sera AaRôN qui recevra ce titre. Alors peut-être qu’il faut aller plus loin concernant Moïse, et aller jusqu’à dire qu’il est ici PLUS que le Grand Prêtre… Dans le même sens où l’épître aux Hébreux assimilera le Christ Jésus au Grand Prêtre, mais un Grand Prêtre d’une autre nature, de l’ordre du Roi MeLKiÇéDeQ, plus grand que le GRAND-PRÊTRE LÉVITIQUE parce qu’antérieur à l’institution lévitique qui aura lieu à partir du ch. 28 de l’Exode. Eh bien : on a ici la même chose avec Moïse. Il est le GRAND PRÊTRE avant l’institution lévitique. Il exerce donc une sorte de sacerdoce, unique, intransmissible, prophétique, qui prépare la promesse d’un « prophète comme Moïse », dira Dt 18,15, que YHWH suscitera après la mort de Moïse et qui nous tourne résolument vers Jésus, l’autre GRAND PRÊTRE UNIQUE par qui tout ce qui est donné ici en germe s’accomplira en plénitude, dans le mystère de sa Résurrection.
Ceci dit, Moïse ne monte pas tout de suite. S’il est ce Grand Prêtre qu’on vient d’évoquer, fut-il unique, il doit monter en portant en lui l’engagement du peuple vis-à-vis du Code de l’Alliance, un engagement que nous rapporte précisément le v. 3 : « Toutes les paroles qu’a parlées YHWH, nous les ferons ! », dit le peuple. Et voilà que pour la première fois, on nous dit : « Moïse ÉCRIVIT toutes les Paroles du Seigneur. » Là, c’est quelque chose d’absolument nouveau et essentiel ! Pourquoi ? Parce que l’ÉCRIT est ce qui reste quand la voix s’est éteinte. Alors de deux choses l’une : soit l’écrit devient une vague consignation d’une parole dont on veut simplement conserver une trace : elle devient alors littéralement LETTRE MORTE. Soit, et c’est précisément ce qu’on va nous dire au v. 7 : l’ÉCRIT est là pour donner à la Parole un SECOND SOUFFLE. L’écrit devient alors le SOUTIEN de la Parole qui est proclamé à HAUTE VOIX ! De ce point de vue, la Bible n’est pas un roman ! Vous ne vous imaginez pas déclamer un roman à haute voix ! Eh bien : la Bible est tout au contraire faite pour être lue à HAUTE VOIX ! Comme pour dénouer le silence qui menace le livre quand on en fait un simple mémorial intellectuel. Du coup, grâce à l’ÉCRIT, la PAROLE demeure, et par la VOIX qui la proclame, elle demeure vivante, toujours actuelle. Elle parle à toutes les générations qui lui prêtent leur souffle, de sorte que Moïse reste présent à toutes les générations. La VOIX redonne à la lettre son souffle, son esprit. Et quand cet esprit est l’esprit du Christ Jésus, alors l’ÉCRIT, la LETTRE, devient pleinement PAROLE DE DIEU ! UNE parole VIVANTE, au sens où elle DONNE LA VIE. C’est en proclamant la PAROLE que le peuple juif a pu traverser son histoire douloureuse ; et c’est par la proclamation de la PAROLE dans le souffle de l’ESPRIT DU CHRIST que l’Église transmet la VIE au milieu d’un monde sans voix, qui se terre de plus en plus dans le mutisme.
Alors, ceci dit, restons un peu sur le sens du mot : « Parole ». Les Paroles que Moïse écrit, ce sont les DeVaRîM, de la racine DaVâR. Mais il y a un autre mot qui signifie parler : ‘aMaR, qu’on pourrait traduire par : « verbaliser ». ‘aMaR donne le substantif ‘iMRâH, que l’Araméen traduit par la fameuse MeMRaH, et qui signifie PAROLE, mais au sens où les chrétiens parlent du VERBE de DIEU. Le VERBE, la ‘iMRâH, c’est l’ACTION de parler, comme on dit « avoir le verbe haut ». Quand YHWH crée, c’est par la ‘iMRâH : « VaYoMèR ÉLoHîM : YeHi’ ‘ôR » ; littéralement : « Et il verbalisa ainsi, DIEU : que soit la Lumière » (Gn 1,3), Ici, c’est le verbe ‘aMâR. En revanche, pour le Décalogue, les 10 paroles sont 10 DeVaRîM ; non plus la racine ‘aMaR mais DaVâR, et là, c’est un peu plus subtil. DaVâR, c’est ce qui est intérieur et qui cherche à se manifester ; ce qui est en l’homme, enfermé dans sa chair et qui cherche à sortir, à s’exprimer et se libère par la VOIX. Voilà : le DaVaR, c’est ça : c’est ce qui s’EX-PRIME, ce qui sort des choses pour entrer en relation et prendre place dans l’histoire du monde. Dit autrement : en YHWH, la MeMRaH, c’est la Source de la Parole ; et le DaVaR, c’est le jaillissement, la manifestation de cette source… Donc que fait Moïse au sommet de l’HoReB ? Il contemple la Source, la MeMRaH de YHWH — les pères de l’Église diront qu’il contemple le VERBE, d’où les représentations de Moïse contemplant le Christ en personne ! — ; et quand il descend, Moïse transmet ce qu’il a contemplé par le DaVaR qui est en lui. On ne peut pas mettre la MeMRaH par écrit. Elle est en DIEU et dépasse tout ce que le langage humain peut exprimer. Mais la MeMRaH suscite en l’homme une parole, un DaVaR qui, lui, peut être mis par écrit. C’est comme pour Jésus, qui est la MeMRaH de YHWH : cette MeMRaH ne peut pas être mise par écrit. En revanche, il suscite un DaVaR, une parole intérieure qui, elle, peut s’écrire. En revanche, la MeMRaH peut prendre CHAIR, de sorte que contempler le Christ en sa CHAIR, c’est écouter la MeMRaH du Père. Mais cette MeMRaH, quand elle parle, c’est par la PAROLE, le DaVaR que les évangélistes vont recueillir et mettre par écrit et qu’on pourra transmettre… Bon, ça paraît un peu compliqué, mais enfin, ça mérite d’y penser. Parce qu’en définitive, tout ça a un impact formidable sur notre manière d’être dans le monde ! Parce qu’en hébreu, le DaVaR, ne dit pas “ce que sont” les choses, à la différence de nos langues occidentales qui désignent ce qu’elles voient, physiquement et géométriquement parlant. L’Hébreu ne voit pas les choses du monde pour ce qu’elles sont, mais pour ce qu’elles sont APPELÉES À ÊTRE. Il les rapporte à leur fin ; il les insère dans un mouvement, dans une HISTOIRE. D’ailleurs, en hébreu, vous n’avez aucun terme pour dire la chose en soi. Toute chose est avant tout un DaVaR ; la chose en tant qu’elle PARLE, qu’elle traduit une réalité cachée, en tant qu’elle a UN SENS. Dit autrement : pour la Bible, ce ne sont pas les choses qui dirigent le monde en s’imposant par leur masse, par leur poids, mais c’est l’homme qui découvre un AU-DELÀ des choses. L’hébreu cherche ce que SIGNIFIENT les choses, la VOLONTÉ qui s’y exprime : les choses sont avant tout un DaVaR, une expression de la MeMRaH, du Verbe divin qui les soutient dans l’être. Du coup, autant l’homme occidental regarde le monde pour l’analyser comme un système, un pur fonctionnement anonyme ; autant l’homme biblique, lui, ÉCOUTE le monde pour lui répondre. La Bible est en définitive un DIALOGUE de l’homme avec le monde dont la Parole, le DaVaR révèle, au-delà de lui-même, la MeMRaH de YHWH qui le soutient dans l’être. Dit encore autrement : là où l’Occidental se perçoit comme un sujet qui pense — « Je pense, donc je suis », dira Descartes —, le juif, lui, se perçoit comme un sujet à l’écoute. Quand l’Occidental « réfléchit » à partir de ce qu’il voit du monde, le Fils d’Israël, lui, écoute la Parole qui jaillit du monde pour lui obéir et agir dans le monde. Le Fils d’Israël pourrait dire : « J’ÉCOUTE, donc je suis. » Et le chrétien s’inscrit a fortiori dans cette dynamique, puisque par Jésus, il lui est donné d’écouter ce que Moïse lui-même écoutait au sommet de l’HoReB, à savoir le Verbe de Dieu en Personne !
Donc en définitive, quand les Fils d’Israël disent, au v. 3 : « Toutes les DeVaRîM que Moïse a dites, nous les ferons ! », ils s’engagent à entrer comme un seul peuple, un seul CORPS, dans l’histoire de l’Alliance dont la Source est la MeMRaH de YHWH dont Moïse, ce GRAND PRÊTRE absolument unique et irremplaçable, est l’intermédiaire ! Et ce sont ces DeVaRîM que Moïse va mettre par écrit pour que l’homme biblique, en les proclamant à HAUTE VOIX, leur donne son souffle de génération en génération pour recevoir la VIE qu’elles contiennent. Sauf que c’est très difficile ; et même impossible en sa totalité — c’est ce qu’on appelle le « péché », qui pourrait se résumer dans la désobéissance aux 10 paroles, aux dix DeVaRîM que Moïse va mettre par Écrit sur les fameuses TABLES DE LA TORAH ; raison pour laquelle, bien plus tard, la MeMRaH de YHWH paraîtra en Personne dans la Création, pour que ces DeVaRîM rapportées par Moïse trouvent enfin, en Jésus, leur accomplissement dans la CHAIR, jusqu’à manifester leur pouvoir de résurrection ! Or vous voyez : l’événement de l’Incarnation prend naissance ici, dans les premiers versets du ch. 24 de l’Exode.
Voilà. C’est un peu compliqué, mais il était important que nous nous arrêtions sur cette question qui occupe les 3 premiers versets du ch. 24 du Libre de l’Exode. Nous verrons la suite la prochaine fois.
Je vous souhaite une bonne lecture.
Je vous remercie.
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