16-09-2016

[Lv] 10 - Un peu de casuistique

Levitique 5:1-26 par : le père Alain Dumont
Énoncer les principes, c'est bien, mais il faut aussi déterminer quelques cas spécifiques pour faire jurisprudence ! C'est ce qu'on appelle faire de la "casuistique".
Duration:15 minutes 10 secondes
Transcription du texte de la vidéo :
(Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/un-peu-de-casuistique.html)
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous ouvrons aujourd’hui le ch. 5 du livre du Lévitique dont le but est d’introduire un autre type d’offrande réparatoire qu’on traduit habituellement par « sacrifice de culpabilité » ou « sacrifice de réparation » selon vos Bibles. Il s’agit du terme hébreu ‘âShâM qui désigne ce qui a été acquis de façon délictueuse, donc ce qu’on va traduire ici par « délit » ou par « Offrande pour les délits » dans la mesure où les infractions qu’il désigne sont plus graves que les seuls manquements involontaires qui appellent un H.aTTâ’Th. Ceci dit, il faut reconnaître que la différence entre le H.aTTâ’Th et le ‘âShâM est parfois assez subtile : difficile par exemple de faire une différence nette entre le sacrifice pour les Délit des v. 17 à 19 et ce qui est formulé quasiment de la même manière concernant le H.aTTâ’Th au ch. 4. Disons pour faire simple que le ‘âShâM est une forme de H.aTTâ‘Th au sens où le but est le même, à savoir réparer le lien brisé entre l’homme et YHWH. Néanmoins, le sacrifice pour les Délits relève, lui, d’une matière plus grave. Alors quelquefois le texte va osciller entre les deux appellations, mais il ne faudrait pas que ça nous trouble : il y a de toute manière un rapport de nature entre les deux formes d’Offrandes.

Ceci posé, le ch. 5 commence par expliciter quelques éléments de casuistique, c’est-à-dire des cas de jurisprudences qui concernent TOUS l’individu en tant que NèPhèSh, dit le v. 1, donc ni le Grand-Prêtre, ni la Communauté, ni le supérieur, c’est-à-dire non pas le manquement collégial mais le manquement individuel passé au rang de Délit. Du v.1 au v. 6, trois cas sont proposés : d’abord quand on a entendu l’imprécation du juge à dénoncer un forfait mais qu’on néglige de le faire. Puis la question du contact avec un cadavre d’animal impur ou avec une impureté humaine sans le savoir : là on aura largement le temps de se pencher sur cette question des impuretés avec les ch. 11 à 15 ; et puis enfin le cas d’un serment ou d’un juron inconsidérés — alors nous, ça nous paraît bénin, mais rappelons-nous le Décalogue : « Tu ne prononceras pas le Nom de YHWH en vain ! » Toujours est-il que dans ces trois cas types est requis un ‘âShâM, dit le v. 6, que le contrevenant doit littéralement « faire venir » pour réparer la brèche creusée entre sa NèPhèSh et YHWH. Je vous rappelle que l’individu doit passer de l’état de pure NèPhèSh, qui désigne la simple vitalité qui coule en lui, à l’état de ‘aDâM, c’est-à-dire l’Homme avec un Grand H, l’Homme Accompli qui répond à la convocation de YHWH à unir leurs deux natures, animale et divine, dans une rencontre nuptiale qui sera féconde pour la vie éternelle. Donc qu’il s’agisse de l’offrande pour les manquements ou de celle pour les délits, l’objectif est pour ainsi dire de restituer au péché sa nature adamique.

Alors on l’a déjà dit à propos du ch. 4 : le Lévitique ne s’intéresse pas au culte pour le culte : il a un réel souci de la justice qu’il contribue à réguler en introduisant non seulement la notion de RÉPARATION mais aussi celle de PARDON. Or on a vu que, de soi, la notion de pardon n’appartient pas à la justice mais au CULTE, ce qui est vrai même aujourd’hui : on ne demande pas à un juge de pardonner : on lui demande d’instruire telle ou telle affaire, d’évaluer les dommages et d’imposer la réparation qui convient, quitte à faire preuve de mansuétude, mais ce qui ne revient en aucun cas à « pardonner ». SEUL LE CULTE est capable d’assumer ce rôle associé néanmoins à une réparation charnelle, c’est-à-dire un acte concret qui valide extérieurement la conversion intérieure. Qu’est-ce que vous voulez, c’est quand les choses s’inscrivent dans la chair qu’elles sont vraies et qu’elles sont pérennes. Les idées, ça va, ça vient ; chacun a ses idées signifie que chacun a sa vérité dans son monde à lui. La CHAIR, elle, stabilise l’histoire au sens où seuls les actes que nous inscrivons dans notre chair nous révèlent qui nous sommes en vérité, non pas uniquement par rapport à notre petit monde intérieur, individuel, mais au su et au vu du monde RÉEL qui dépasse les frontières que nous nous forgeons individuellement ! Or notre santé psychologique dépend de la qualité de notre rapport à ce RÉEL, et non du petit monde d’idées dans lequel on s’enferme ! Or le CULTE, qui est toujours public, nous oblige à poser ces actes CHARNELS qui, dans le fond, nous SAUVENT de ces petits univers mesquins qui nous entraîneront toujours, par peur du RÉEL, à manquer à nos devoirs pour tenter par tous les moyens de se préserver !

Encore une fois, les offrandes du MiShKâN ne sont données ni pour s’acquitter d’une peine, ni pour opérer une action cathartique mais pour retrouver l’élan vers YHWH que le manquement est venu lester ou même briser. Avec pour fruit cette formidable RÉCONCILIATION non seulement avec YHWH mais aussi avec soi, avec sa propre nature adamique qui est une nature qui n’a plus peur de l’ouverture vers le Réel ! Un réel qui se présente à lui non pas comme un ennemi, mais comme un ami ! Un ami exigeant, c’est vrai, mais un AMI VÉRITABLE. Donc à celui qui accepte de revenir à sa vocation adamique, le prêtre peut dès lors « couvre son manquement » dit la fin du v. 6, c’est-à-dire déclarer l’avènement du PARDON. On a vu le sens de cette expression à propos du ch. 1, v. 4, on n’y revient pas.

Alors ceci dit, amener une chèvre ou un agneau n’était pas un acte anodin : ça coûtait cher ! Le texte poursuit donc du v. 7 au v. 13 en considérant les personnes pauvres, n’ayant ni troupeau, ni moyens pour se procurer une tête de petit bétail de sorte que la ToRaH lévitique leur permet d’apporter simplement des oiseaux vis-à-vis desquels on retrouve les prescriptions du ch. 1 traitant du même sujet, ; voire même encore plus simplement une Offrande Végétale pour les plus miséreux qui n’auraient même pas les moyens d’offrir des oiseaux, et là on retrouve les prescriptions du ch. 2, Vous voyez : on voit bien ici que l’important n’est pas la matière du sacrifice en soi mais l’acte rituel qui DOIT être posé pour permettre à la conversion d’être validée CHARNELLEMENT et ainsi recevoir le PARDON.

Les v. 14 à 26, quant à eux, vont cibler la nature du délit à travers une nouvelle jurisprudence : le v. 15 mentionne les TRICHERIES vis-à-vis des QoDaShîM, les choses saintes, les choses consacrées comme on traduit parfois, ce que nous avons traduit avec André Chouraqui par SACREMENTS. Le v. 16 laisse entendre qu’il s’agit vraisemblablement des tricheries concernant les offrandes, animales ou végétales, puisqu’il faut les restituer en ajoutant 1/5e de leur valeur. En tant que délit, nous dit-on, il faut offrir spécifiquement un bélier, ‘aYiL, première mention de cet animal concernant les offrandes. Vous voyez ? Il y a ici plus qu’un manquement involontaire : il y a tricherie qui demande que l’offrande pour un manquement involontaire, le H.aTTâ’Th, soit commué en Offrande pour un Délit, le ‘âShâM.

Par ailleurs on voit bien le passage de l’un à l’autre dans les v. 21 à 26, puisqu’au manquement s’ajoute un faux serment. Par exemple quand un plaignant estime qu’il n’est pas jugé équitablement, il peut demander à l’accusé de JURER de son innocence : et là, automatiquement, le serment transforme le litige civil en matière religieuse qui relève de l’évaluation sacerdotale : dit autrement, le serment élève le manquement au rang de Délit. Ça ne veut pas dire que le Lévitique se positionne comme instance suprême de justice : on l’a déjà dit : c’est au contraire sa manière à lui de protéger le système judiciaire en veillant à la dimension morale du peuple des Fils d’Israël et donc en ne laissant aucune injustice échapper au giron de YHWH. On n’est donc absolument pas dans une dynamique sectaire qui ferait l’apologie du sacrifice pour le sacrifice. Simplement, le Lévitique, plus que n’importe quel autre livre, prend en compte la dimension CHARNELLE de l’existence et évite ainsi aux Fils d’Israël de se leurrer en se contentant d’élaborer un bel édifice idéologique auquel n’importe qui pourra échapper à la moindre occasion : « Tu as commis un manquement ? Ce Manquement est un mal que tu as infligé à un frère, et ce mal revient sur toi : c’est l’Offrande que tu vas devoir offrir qui à la fois te COÛTE — un juif, c’est comme un Français : tu touches à son porte-monnaie, tu touches à sa chair ! — mais en même temps cette Offrande manifeste charnellement que le lien avec YHWH vaut infiniment plus que ce que tu perds par la faute de ton manquement ou de ton Délit. Et maintenant, marqué dans ta CHAIR, relève-toi et approche-toi de YHWH par un sacrifice de Paix qui accompagne les Montées, les Holocaustes. »

Eh oui : c’est là que le TRIBUT intervient, parce que l’offrande, ça coûte, donc ça marque dans la chair ! On touche au porte-monnaie, donc c’est du sérieux, et il y a des chances pour que le contrevenant n’y revienne pas de sitôt. En même temps, il ne s’agit pas d’une simple amende : on voit bien la limite des simples amendes pécuniaires qui, dans le fond, ne font qu’acheter un livret de bonne conduite au regard superficiel de la société. Par l’offrande, ce TRIBUT engage le coupable devant plus qu’un simple corpus anonyme de lois : il l’engage devant YHWH ; il le replace devant sa mission première qui est de s’approcher de YHWH pour répondre à la vocation propre du peuple élu dont il est Fils, donc héritier, donc responsable. Voilà : ça c’est du CHARNEL à l’état pur : il ne s’agit pas simplement de s’acheter un casier judiciaire vierge mais de ne jamais cesser de reprendre la MARCHE vers YHWH, fut-ce après un Délit commis et reconnu.

Quand on a compris ça, on est beaucoup plus sensible à la motivation de toute cette législation sacrificielle qui est donnée pour répondre profondément à la dimension la plus anthropologique qui anime l’ ‘âDâM, l’Homme avec un grand H, l’Homme selon le cœur de YHWH, créé à son image et à sa ressemblance dans l’objectif de leur rencontre nuptiale. Et là encore, dans l’Alliance renouvelée par le Christ Jésus, l’Eucharistie chrétienne et toute la dynamique des sacrements ne vise pas autre chose : elle s’inscrit dans le même mouvement d’élévation et d’union nuptiale désormais ouvert à tous les hommes pécheurs, juif ou non juif, homme ou femme, esclave ou homme libre, comme dit saint Paul dans l’épître aux Galates au ch. 3. Saint Jean y est sans doute le plus sensible de tous les Évangiles et se révèle à l’étude, sous bien d’autres aspects encore, le plus Juif de tous les Évangiles !

Voilà. Quoi qu’il en soit, je vous laisse sur ces considérations en vous souhaitant une bonne lecture de ce chapitre 5 du livre du Lévitique. Nous verrons la suite la prochaine fois. Je vous remercie. 
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