Il est souvent question, dans nos traduction de "lèpre" et de "lépreux". Mais la Bible ne connaît pas la "Maladie de Hansen". Elle parle d'affections cutanées au sens large, qui touchent les hommes comme leurs vêtements.
Transcription du texte de la vidéo : (Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/les-infections-humaines.html) Tous droits réservés. Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article ______________________________________________________________Bonjour,
Nous ouvrons aujourd’hui le ch. 13 du livre du Lévitique. Alors si vous n’avez pas regardé la vidéo précédente, prenez le temps de vous y attarder, parce que j’ai essayé de vous donner l’esprit dans lequel lire ce chapitre et le suivant, donc je ne vais pas y revenir.
Dès les premiers versets de ce chapitre, le texte aborde différents types d’affections qui peuvent atteindre un homme, comme une tumeur, une dartre ou une tache luisante qui apparaissent sur la peau. Dans ce cas, la première démarche que commande YHWH est d’aller voir un PRÊTRE du Sanctuaire. Et là, on découvre que le prêtre a aussi pour fonction, non pas tant de guérir ni même de soigner, que de poser un diagnostic. Ce qui n’est pas tellement étonnant si on se souvient que les scribes et les prêtres de l’école de Joseph Aménophis, dans son Temple funéraire de Karnak en Égypte, avaient le même office. La science de Joseph était semblable, en étendue, à celle d’un Imhotep. On sait par les documents de l’époque, qu’il excellait non seulement en architecture, en alchimie, en politique mais aussi en médecine. Alors certes, beaucoup d’indices militent pour une rédaction du Lévitique très tardive, datée au moins de l’Exil à Babylone, c’est-à-dire environ cinq siècles après Moïse selon notre datation. Mais il n’empêche : on l’a déjà dit, on n’écrit jamais à partir de rien, et la tradition orale, d’une solidité qu’on ne soupçonne plus aujourd’hui, reste le soubassement incontournable qui peut tout à fait se prévaloir d’une mémoire fidèle séculaire ! Évidemment aujourd’hui avec le stockage des données, Big-Data et autres, l’intelligence humaine est devenue tellement paresseuse qu’on n’imagine même plus qu’une telle mémoire soit possible, et pourtant, c’est un fait. Par ailleurs, réserver aux prêtres la prérogative du diagnostic est une manière de prévenir des jugements expéditifs de la part d’un peuple que ces affections ne devaient pas manquer d’affoler ! À travers le prêtre, c’est en tout état de cause à la ToRaH qu’on se réfère comme à l’autorité suprême, de sorte que le peuple ne tombe pas dans l’hystérie. Quoi qu’il en soit, on voit que les prêtres lévites sont détenteurs d’un véritable savoir-faire en matière de diagnostic.
Du coup, on a dans ce chapitre toute une série de principes d’observation et de décisions prophylactiques. Étaient-elles suivies d’un traitement ? Sans doute quand la chose était possible, mais le Lévitique n’en dit rien. Si vous voulez avoir un avis sur la question, il y a un petit livre très intéressant sorti en 2004 aux éditions Lessius qui s’intitule
Bible et médecine. Ceci dit, rappelons-nous que ce qui intéresse le Lévitique, et plus largement la ToRaH, c’est le peuple dans sa RELATION avec YHWH. S’il faut écarter les individus impurs touchés par des affections, c’est avant tout pour sauvegarder l’ouverture de tout le peuple à la SANCTIFICATION ; le peuple qui reste envers et contre tout l’entité première, MATRICIELLE de tout un chacun. On l’a déjà vu au niveau des offrandes : même dans le cas d’un sacrifice de paix ou d’une Montée, un Holocauste individuel et volontaire pour rendre hommage à YHWH, c’est TOUT LE PEUPLE qui se trouve entraîné dans le mouvement d’élévation à l’occasion de cette offrande personnelle. Un peu comme l’adage qui veut qu’ « une seule âme qui s’élève élève le monde » ; ou pour reprendre l’argument de saint Augustin : « Tu te plains que le monde est mauvais : toi, sois bon, et le monde sera meilleur ! » Le principe est le même.
D’autre part, pas plus qu’il ne cherche à guérir le Lévitique ne cherche les causes de ces affections : on ne dit pas que ces hommes ou ces femmes ont particulièrement péché. On constate l’affection qui les touche et à partir de là, on discerne si le sujet est pur ou impur. Pour ce qui est de la difficile question des causes, il faudra attendre le livre de Job. Donc PATIENCE ! Et en attendant, prenons le temps de lire ce qui concerne les différentes affections. Ça fait partie de la dimension CHARNELLE de la Bible ! Ne parcourons pas ces lignes simplement comme un
pensum : elles nous font entrer dans l’intime de la vie de ce peuple sur lequel, ne l’oublions jamais, nous sommes greffés. C’est une manière de participer à sa vie.
Alors les v. 9 à 17 nous parlent d’une affection chronique, et là, il faut s’arrêter particulièrement sur le v. 11 : ce n’est pas parce que le malade est déclaré impur qu’on va le séquestrer, ce qui veut bien dire que l’impureté n’est pas une marque de rejet ! Simplement, le malade ne peut plus accéder au Sanctuaire pour faire des Offrandes, ce qui ne veut pas dire qu’il ne bénéficie pas néanmoins, comme tout Fils d’Israël, des fruits des Offrandes quotidiennes dont on vient de dire qu’ils rejaillissent sur TOUS ! C’est exactement comme pour des chrétiens qui sont en situation de ne plus pouvoir communier à l’Eucharistie pour une raison ou pour une autre : ça ne signifie pas qu’ils ne bénéficient pas des fruits de l’Eucharistie offerte chaque jour par l’Église et pour l’Église, c’est-à-dire pour la Communauté entière du CORPS DU CHRIST auquel nous a agrégés le Baptême. Alors en termes lévitiques, cette situation est celle du TâMé‘, de l’impur, mais on voit bien grâce à ce ch. 13 entre autres qu’il ne s’agit pas ici d’une qualification morale ! C’est un état qui appelle à l’humilité, mais qui ne suscite pas en soi le rejet de la Communauté.
Dans la même ligne, le v. 13 ne manque pas de surprendre : si l’affection couvre l’individu de la tête aux pieds, le malade est déclaré… PUR ! Vous voyez ? On n’est pas du tout dans l’ordre purement sanitaire au sens où on l’entend aujourd’hui ! Et là, j’aime bien l’explication des rabbins qui considèrent en substance qu’à ce stade, le malade ne peut pas descendre plus bas, et donc ne peut que REMONTER. Raison pour laquelle, loin de fermer, d’enrayer le dynamisme d’élévation, son affection le favorise au contraire. En revanche, s’il commence une rémission, alors il devient IMPUR : il y a en lui à la fois un mélange de vie et de mort. Mais si la chair vive est reprise par la maladie : hop ! Il est pur ! Encore une fois, dans la pensée analoguée au MiShKâN, ça n’est pas illogique ! Ça l’est si on se situe à l’extérieur de cette pensée, mais de l’intérieur d’elle-même, l’idée est et reste celle de l’élévation ! « Qui s’abaisse sera élevé ! », dira Jésus, qui s’inscrit complètement dans cette pensée ! Donc si nous voulons le recevoir, il nous faut nous aussi nous y ouvrir, ce à quoi œuvre le Livre du Lévitique qui a décidément toute sa place dans la révélation par la ToRaH !
Alors on peut lire la suite d’une traite, ne serait-ce que pour admirer l’attention portée au diagnostic : ce sont les suites d’un ulcère des v. 18 à 23 ; d’une brûlure des v. 24 à 28 ; de l’évolution de la teigne des v. 29 à 37 ; d’un exanthème, c’est-à-dire de ces éruptions ou de ces lésions cutanées transitoires comme l’urticaire, des v. 38 à 39. Il s’agit de discerner la différence entre l’infection et la simple calvitie, des v. 40 à 44, et dans le cas d’une infection, le malade doit prendre le deuil, nous disent les v. 45 et 46. Attention ici à ne pas projeter sur le texte nos visions cinématographiques de ces lépreux obligés de geindre et d’agiter une clochette pour que la population s’écarte à leur approche pour ne pas être contaminée. C’est plus profond : il s’agit avant tout d’une lamentation sur son être marqué CHARNELLEMENT par la mort. Ceci dit, pourquoi cette exclusion particulièrement à propos de cette plaie ? Difficile à dire, mais en tout cas, on voit bien que ce chapitre ne jette pas tous les malades dans l’opprobre. Le travail de discernement est précis, et c’est vrai que, dans ce dernier cas, eh bien c’est l’exclusion tant que la plaie demeure. Alors on pourrait épiloguer avec les rabbins en partant du principe que toute maladie, dans la Bible, a une origine peccamineuse, c’est-à-dire qu’elle est la conséquence d’un manquement, quel qu’il soit. Mais le Lévitique en lui-même n’en fait pas état. Encore une fois, concernant toutes les questions du rapport du péché à la maladie, entre autres, il faudra attendre la lecture du livre de Job.
De toute manière, le rapport entre le péché et l’affection est d’autant plus délicat qu’à partir du v. 47, on va parler de l’infection des tissus et des cuirs servant à la vêture, sans doute au sens où le vêtement constitue en quelque sorte comme la SECONDE PEAU de l’homme. Donc porter des vêtements infectés, impurs, c’est contracter pour soi l’impureté, mais on voit bien qu’il est difficile de parler de péché ou de manquement pour un tissu ! Même si on trouve de grands développements rabbiniques sur l’exclusion prescrite par les v. 45 et 46, notamment en lien avec l’Exil : les rabbins décrivent ces affections comme une image de l’infidélité du peuple qui a provoqué son exclusion de KaNa”aN, mais le texte, lui, ne va pas jusque-là. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de lien, mais si lien il y a, il se mettra en place à d’autres occasions. Encore une fois : soyons patients, et surtout marchons au rythme de ce qui se construit peu à peu, d’un chapitre à l’autre, d’un livre à l’autre, voire d’un testament à l’autre ! Donc oui : le Lévitique, en particulier avec Ézéchiel, sera l’occasion pour Israël de réfléchir sur le lien entre le manquement et les plaies que ce peuple aura à porter, mais pour l’heure, ça n’est pas l’objet. Pour l’instant, on pose les fondements sans plus d’explications parce que ce qui se joue ici est avant tout la question de l’OBÉISSANCE. Et c’est ça qui est tellement difficile pour notre génération !
Alors précisément, à ce propos, il est intéressant de remarquer que la désobéissance se dévoile toujours à son premier indice qui consiste à demander « Pourquoi ? » avant d’obtempérer. Ce « Pourquoi ? », quelque part, est vicieux parce qu’il vise en définitive à n’obéir qu’à SOI : « Il faut que JE comprenne avant de faire. » Alors autant cette affirmation est légitime quand se pose la question du COMMENT : il est bien évident que si je n’ai rien compris, je ne saurai pas faire. Mais dans l’ordre du POURQUOI, dans l’ordre du SENS, il ne faut JAMAIS — JAMAIS, vous m’entendez ? Il ne faut JAMAIS comprendre pour faire, mais il faut TOUJOURS FAIRE pour comprendre. Dans l’ordre du SENS, le CHARNEL précède TOUJOURS l’intellect. Quand on inverse ce principe, on bousille l’éducation — l’enfant qui demande toujours « pourquoi ? » avant d’obéir sera enclin plus tard à ne mettre sa foi en personne et à n’en faire qu’à sa tête ! Et là, ma foi, dès l’âge de 3-4 ans, ça devient ingérable ! En tant que Conseiller Conjugal et Familial, ça fait partie des sujets les plus épineux que j’ai à traiter surtout vis-à-vis des jeunes familles ! Or le Lévitique, et plus généralement la ToRaH, nous oriente avec raison sur la dimension avant tout CHARNELLE de l’éducation ! Il commande de FAIRE, et c’est en FAISANT, en OBÉISSANT pour le SEUL MOTIF que la chose est commandée, qu’on se découvre grandir parce qu’on découvre alors, charnellement, qu’on n’est pas SEUL ; qu’on peut compter sur la SAGESSE de ceux qui nous ont précédés parce qu’eux-mêmes sont passés par ce chemin de l’obéissance et qu’ils en ont vérifié l’authenticité. On veut commander ? On aspire aux plus hautes fonctions de gouvernement ? Commençons alors par nous mettre en situation de PURE OBÉISSANCE : c’est plus que de la confiance : ça s’appelle la FOI, qui n’est pas un slogan mais une QUÊTE. Une QUÊTE à la recherche d’un MAÎTRE dont la présence va s’incarner en nous et nous apprendre ce qu’être LIBRE signifie en vérité. Eh bien : le Lévitique c’est ça : c’est de la FOI à l’état pur. Il n’explique pas le sens : il dit simplement le FAIRE, en termes de commandements de vie. Et ça n’est QUE dans l’obéissance, non pas aveugle mais LIBREMENT CONSENTIE parce qu’on a FOI en YHWH et en Moïse son serviteur qui ont prouvé leur légitimité dans la SORTIE D’ÉGYPTE, qu’on comprendra le sens nuptial de cette MONTÉE, de cette ASCENSION de l’ ‘ADaM, de l’homme véritable, vers YHWH. Le vieux père AUZOU dont je vous ai déjà parlé, qui était un grand exégète, tout en finesse et en douceur ; un des seuls à avoir osé encourager la lecture du Lévitique par les chrétiens en son temps, mais qui n’a malheureusement pas tellement été suivi — Le vieux père AUZOU, donc, disait qu’il n’y avait pas de livre plus spirituel que le Lévitique ! Et comme tous les sages qui sont eux-mêmes passés par l’épreuve de l’obéissance, il avait raison. Sauf qu’on ne peut s’en rendre compte qu’en prenant à son tour le même chemin. C’est tout le sens de la sentence du Christ Jésus qui affirme :
« Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume de DIEU. » L’enfant, l’
infans, c’est celui qui avant de parler, comprend le langage CHARNEL — il ne comprend d’ailleurs que ça —, et donc apprend à OBÉIR pour grandir. Quand il dit : « Je suis le chemin, la Vérité et la Vie », ça n’est pas une autre voie que celle de l’OBÉISSANCE qu’il indique, une obéissance FILIALE ! Et quand Thérèse de Lisieux parle de la « Petite voie — V-O-I-E », de la « voie de l’enfance », il ne s’agit nullement d’un chemin de niaiserie : elle rejoint l’âme du LÉVITIQUE et se laisse porter, par le Christ, au même sommet de la SAINTETÉ ! Au sommet de la DIFFÉRENTIATION, encore une fois qui, seule, permet la rencontre tant attendue par YHWH et qui s’opère dans le VERBE fait CHAIR qui Lui-même s’inscrit irréductiblement dans l’OBÉISSANCE lévitique : le Christ se reçoit de CETTE tradition en ne cherchant rien d’autre qu’à FAIRE charnellement LA VOLONTÉ DU PÈRE.
Alors voilà. Vous voyez comment, d’une certaine manière, lire le Lévitique, se laisser imprégner par lui, c’est entrer dans le mystère de la vie du Christ. À travers des versets qui, à première vue, nous semblent complètement obsolètes, obscurs, ennuyeux ! C’est ça la CHAIR, dans un premier temps. or il n’y a pas d’autre moyen pour se faire intimement proche de Jésus ! C’est un sacré paradoxe pour notre temps ! Alors dans cette perspective, je vous souhaite une bonne lecture de ce ch. 13. Nous verrons la suite la prochaine fois. Je vous remercie. ______________________________________________________________