11-10-2017

[Nb] 28 - C'est une révolte ? Non sire, c'est une révolution !

Numbers 16:1-35 par : le père Alain Dumont
Et voilà encore la révolte qui gronde, qui va se muer en véritable révolution : Moïse n’a-t-il pas menti au peuple en lui promettant l’accès à une Terre ruisselante de lait et de miel ? Où est-elle cette Terre ? Comment ose-t-il encore se poser en autorité sur le peuple ? À mort le tyran ! Chaud bouillant !!!
Duration:21 minutes 56 secondes
Transcription du texte de la vidéo :
(Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/message/nb-28-c-est-une-revolte-non-sire-c-est-une-revolution.html)
Tous droits réservés.
Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
______________________________________________________________

Bonjour,

Nous poursuivons notre lecture du livre des Nombres qui est devenu plus encore qu’au début le Livre du MiDeBaR, le livre du Désert puisque depuis le ch. 14, le peuple a refusé d’entrer dans la Terre de la Promesse. On est donc dans un moment extrêmement pénible de l’histoire fondatrice du peuple des Fils d’Israël, et encore une fois, toute mythique que soit cette histoire au sens non pas d’une légende mais d’une mémoire CHARNELLE qui se transmet sans complaisance pour Israël — encore une fois, nous ne lisons pas les Contes des Mille et une Nuits : il s’agit pour chaque génération de grandir un peu plus ; non pas de « progresser » comme ils disent, mais de s’élever toujours plus haut en montant sur les épaules des générations précédentes, et jamais en les déniant. C’est cette franchise de l’histoire telle qu’elle est ressentie, quand bien même fut-elle écrite au moment de l’Exil, qui en fait l’authenticité, qui fait la VÉRITÉ de cette histoire, et qui nous oblige à réfléchir sur nous-mêmes. Le vrai fils d’AVeRâHâM, dans le fond, est celui qui accepte, à la lumière de ses pères dans la foi, de relire sa propre histoire sans complaisance pour découvrir ce qu’est la véritable MISÉRICORDE divine, comme Israël l’a peu à peu découvert pour l’offrir au monde en offrant à la MèMRaH de YHWH, son Logos, son Verbe, de s’incarner en son sein. Dit autrement, en Christ s’opère mystérieusement cette rencontre entre l’homme et Dieu que vise tout le culte du MiShKâN, non parce qu’Israël serait le meilleur de tous les peuples mais parce qu’il se laisse travailler par la Miséricorde de YHWH : Israël se sait pécheur, mais il se sait aussi CHOISI par YHWH et s’appuie sur cette élection pour se RELEVER. Et c’est CETTE Miséricorde-là qu’il nous faut apprendre à connaître ! Non pas cette espèce de guimauve compassée qu’on nous sert dans de futiles recherches de consolations à la petite semaine, mais ce regard exigeant sur la qualité de l’existence ; non pas une existence parfaite mais une existence qui, à chaque chute toujours possible, accepte toujours d’être relevée pour reprendre la marche ; une existence que YHWH convoque, quoi qu’il arrive, à se préparer à une rencontre libre et vivante avec Lui, qui s’ouvre sur une éternité de vie et de joie ! Sauf qu’une telle existence ne se construit pas sans un réel travail sur soi dont les Pharaons de la finance privent aujourd’hui les trois quarts de l’humanité pour mieux s’en rendre les maîtres ! Or le SEUL moyen de sortir de cet esclavage est remis entre nos mains par le Christ Jésus qui ne fait rien d’autre, pour ainsi dire, que d’ouvrir pleinement le chemin que la ToRaH a patiemment tracé depuis Moïse et la sortie d’Égypte ! Vraiment, la ToRaH n’est pas un pur livre d’historiettes ! Quand on commence à le pressentir, la ToRaH devient une formidable lumière de libération intérieure infiniment plus efficace que toutes les techniques de développement personnel qui recroquevillent les individus sur eux-mêmes, incapables de construire un PEUPLE auquel chacun se sente appartenir et qui est en réalité le SEUL MOYEN de grandir, de génération en génération. Et c’est sans doute ce que la ToRaH nous offre de plus précieux : la constitution d’un vrai PEUPLE sur lequel vont pouvoir se greffer toutes les nations de la terre ! Ça n’est pas rien !

Donc l’histoire reprend, et c’est encore d’une révolte qu’il s’agit. C’est comme si on s’enfonçait de plus en plus dans les ténèbres qui tentent de tirer vers le bas une vie qui cherche pourtant de toutes ses forces à s’élever. Mais peut-être dans le fond est-ce là la clef de tout : avoir l’humilité de reconnaître cette tentation pour saisir la main de YHWH avec vigueur ! Sauf que l’orgueil consiste précisément à prétendre qu’on peut s’élever par soi-même  et donc qu’on n’a pas besoin de cette main divine. Et c’est précisément ce qui va constituer l’âme de la révolte racontée dans ce chapitre : si toute l’assemblée est sainte, puisque nous sommes le peuple de l’élection, pourquoi Moïse devrait-il être notre chef ? — Et derrière Moïse, n’oublions jamais qu’il y a YHWH : donc la révolte est bien contre YHWH : puisqu’on est saints, qu’avons-nous encore besoin de Lui ?! On rejoint ici la révolte de Myriam et celle qui touchent plus fondamentalement tous les hommes : la révolte originelle d’Adam et Ève : pourquoi ne serions-nous pas, nous aussi, des dieux ; pourquoi ne serions-nous pas nos propres maîtres ? Avec tous les débordements qui s’ensuivent.

Donc dans cette ligne paraît un nouveau personnage du nom de Coré — KoRaH. en hébreu — qui va se dresser frontalement contre Moïse, d’autant plus violemment qu’ils sont l’un et l’autre des Fils de LéVî. Donc le trouble est total ! Abyssal ! Au sein même de la famille de LéVî, cette tribu dont on a dit qu’elle était l’âme d’Israël, se produit un affrontement contre Moïse ! Autant dire — pour plagier le Duc de Liancourt au moment de la prise de la Bastille — que ça n’est plus une révolte mais une révolution ! L’argument est tout entier formulé au v. 3 : « C’en est trop de vous ! — dit KoRaH. à Moïse et à ‘AHaRoN — Car toute la communauté, tous sont saints et YHWH est au milieu d’eux. Pourquoi vous érigez-vous en autorités sur l’assemblée de YHWH ? » (Nb 16,3) Ça sent ni plus ni moins que le coup d’État ! D’autant que Moïse entend très bien la revendication qui est sous-entendue : « Écoutez donc, fils de Lévi — ses propres frères ! — Est-ce trop peu pour vous que l’‘ÈLoHîM d’Israël vous ait mis à part de la communauté d’Israël afin de vous présenter à Lui pour servir au service du MiShKâN de YHWH et vous tenir face à la communauté et la servir ? Il t’a présenté à Lui avec tous tes frères, les Fils de LéVî avec toi, et vous demandez encore le sacerdoce ? » (Nb 16,8-10) Ah voilà ! En vérité KoRaH. ne demande pas le sacerdoce pour tout Israël mais pour tous les Fils de LéVî, et lui en particulier évidemment — enfin ça n’est pas dit, mais ça paraît assez évident. Dans le fond, c’est une question assez latente partout ! « Pourquoi lui et pas moi ? » Ça touche tout le monde, en particulier entre frères : c’est ce que racontera l’épisode entre Caïn et Abel au ch. 4 de la Genèse ! Et évidemment, ça touche toute l’histoire d’Israël : au moment du schisme, ce sera la question : pourquoi faut-il aller à Jérusalem et non à SiShèM pour pratiquer le culte ? Et voilà que les 10 tribus du Nord font sécession et établissent des lieux de culte un peu partout sur leur territoire, sans doute avec des LéVîiM à leur tête. Et ce sera à nouveau la question lors du retour d’Exil : les Juifs qui étaient restés à Jérusalem s’accommodaient très bien d’un temple détruit ! Du coup, quand reviennent Esdras et Néhémie qui prétendent relancer le culte mosaïque, ils vont évidemment trouver une opposition farouche dont le thème n’est pas différent : « Nous aussi nous sommes des juifs, disent les autochtones ! Plus que vous, même, parce que nous, nous vivons ici depuis toujours alors que vous, vous êtes partis à Babylone ! De quel droit reconstruisez-vous le Temple, de quel droit imposez-vous vos propres vues ? Nous ne croyons pas moins que vous en YHWH ! » Pour ne rien dire des Samaritains qui se réclament de la ToRaH eux aussi, même s’ils en font une lecture très différente. Donc là, à ce stade du Livre des Nombres, on est vraiment à un nœud crucial. C’est chaud bouillant ! C’est la pérennité du culte de Moïse qui est en cause et à travers lui la pérennité de l’histoire du peuple tout entier ! Et bien évidemment on aura la même chose vis-à-vis de Jésus porté à un niveau d’ébullition maximum : ne menace-t-il pas le culte de Moïse et avec lui l’avenir d’Israël ? Les Grands-Prêtres qui vont fomenter sa mort ne sont pas fous ; ils ont très bien compris l’enjeu : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation tout entière ne périsse pas ! » (Jn 11,50) ! On y reviendra.

Bref. Il faut bien comprendre que ce qui est en cause, c’est vraiment toute la question de l’élection : « Si tous sont saints, dit KoRaH., comment vous déclarez-vous NaSsi, comment vous réclamez-vous d’une quelconque autorité sur nous ? » Dans le fond, KoRaH. ne fait qu’amplifier la mise en cause de Myriam et Aaron vis-à-vis de Moïse au ch. 12. Et face à cette révolte, même réflexe de Moïse qu’au ch. 14, v. 5 : il se prosterne, et on a vu à l’époque que c’est devant YHWH qu’il se prosterne et non pas devant le peuple — on n’y revient pas. YHWH seul est juge de l’élection. C’est la raison pour laquelle Moïse, au v. 5, va s’en remettre à Son jugement. La réponse de Moïse est exprimée dans les v. 5 à 11 qui disent en substance : « Eh bien allez-y : même test que pour NaDaV et AViHOu avec les cassolettes, c’est-à-dire avec le feu sur lequel on fait fumer l’encens pour le porter devant l’arche ! Et on verra bien ! »

Sauf qu’avant de se soumettre au jugement de YHWH, les choses empirent encore, nous disent les v. 12 à 14, avec DaTâN et ‘AViRaM qui ne sont pas fils de LéVî mais des fils de ReOuVéN, de Ruben, l’aîné des fils de Jacob. Convoqués par Moïse, ils refusent catégoriquement de « monter » vers Moïse comme on monte vers un chef, et là, ça n’est plus tant l’autorité religieuse que l’autorité politique de Moïse qui est mise en cause ! Ce qui signifie qu’à partir du moment où l’âme d’Israël — les Fils de LéVî — entre en contestation, tout le peuple emboîte le pas ! C’est gravissime ! Et c’est là qu’on voit que Myriam en son temps a vraiment ouvert la boîte de Pandore ! Je ne sais pas si vous le sentez, mais depuis 4 chapitres, tout dégringole ! C’est le Titanic ! Le bateau prend l’eau de partout et c’est la panique à bord ! Et là, c’est vrai, Moïse nous surprend par une colère : « Ça brûle fort pour Moïse ! », dit le v. 15. On l’imagine tout rouge, lui qui nous avait habitués à plus de contenance ! Il se tourne vers YHWH et Lui dit : « Ne tourne pas ta face vers leur oblation ! » Wouaille ! C’est à nouveau chaud bouillant ! Alors on ne sait rien ici de la réponse de YHWH, mais on sait néanmoins que Moïse rougissant de colère, c’est YHWH avec lui qui s’emporte ! La raison de cette colère ? La calomnie : « Tu nous as menti et tu nous as exploités », affirment en substance DaTâN et ‘AViRaM. Et le récit de continuer à faire monter la pression : dans les v. 16 à 19, Moïse met KoRaH. et ses 250 comparses dans la même situation que pour NaDaV et ‘AViHOu, et nous savons que ça ne plaisante pas. Le problème, c’est qu’ils entraînent avec eux TOUTE LA COMMUNAUTÉ, précise le v. 19 ! Par ailleurs il n’est pas vraiment dit que ces 250 appartiennent à la tribu de LéVî : il semble qu’ils suivent un Lévite qui les soulève à sa suite en leur promettant un sacerdoce commun, d’une certaine manière, qui renverse l’institution sacerdotale ! « Nous sommes tous prêtres ! » Hum… D’ailleurs, est-ce que ce n’est pas ce qu’a dit YHWH en Ex 19, v. 6 : « Soyez pour Moi un royaume de prêtres et une nation sainte ! » ? C’est d’ailleurs en ça que la proposition de KoRaH. est si séduisante : si elle n’avait aucune accroche à une part de vérité, elle ne séduirait pas ! Sauf qu’il la détourne en la drainant de tonnes de mensonges meurtriers ! Meurtriers puisqu’ils visent ni plus ni moins que la mort de Moïse : n’oublions pas que la dynamique est celle d’un coup d’État ! Et pour le dire franchement, on va réentendre ce genre d’argument à bien des moments dans l’histoire de l’Église, il faut bien l’admettre… mais bon.

Toujours est-il que YHWH décide, semble-t-il, d’en finir et d’exterminer tout le monde en un instant, c’est au v. 21… Mais voici Moïse qui redevient INTERCESSEUR : « Vas-tu pour un seul homme qui pèche t’irriter contre toute la communauté ? » Là encore, ce serait une injustice, or YHWH ne peut pas répondre par une injustice à une injustice. À nouveau, on voit la puissance de l’intercession de Moïse, mais là encore attention ! Il ne s’agit pas pour Moïse d’apaiser YHWH : YHWH sait bien ce qu’il a à faire ! C’est YHWH qui a la main ! Ce qu’Il fait en réalité, c’est de mettre encore une fois Moïse à l’épreuve : « Es-tu toi-même de ces despotes qui éradiquent toute contestation dans le sang ? » Non ! Répond le texte : Moïse, tout à sa colère, ne la laisse pas déborder pour tomber dans l’injustice. C’est la preuve qu’il est véritablement HUMBLE : il ne se laisse pas emporter. Voilà le JUSTE face à l’INJUSTICE, et voilà ce qui importe à YHWH. Là, on voit bien que le livre des Nombres exploite remarquablement la théologie qui veut que toute la communauté soit sauvée par l’intercession d’UN SEUL JUSTE alors même que par un seul — en l’occurrence KoRaH. qu’elle choisit de suivre, elle mérite l’extermination. En tout cas, on a là la racine de ce que saint Paul exprimera dans l’épître aux Romains : « Nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes étant donné que tous ont péché. […] Mais il n'en va pas du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ. » (Rm 5,12.15) Je reconnais que c’est assez désarçonnant comme logique, mais voilà : c’est celle du Salut ! Là où se trouve UN juste, toute espérance demeure ! Ce que le curé d’Ars traduira à sa manière en disant : « Là où les saints passent, Dieu passe avec eux ! »

Bien. Ceci dit, la JUSTICE commande néanmoins qu’un discernement soit posé, et voilà DaTâN, ‘AViRaM et KoRaH. avalés par la terre avec toute leur famille, nous disent les v. 28 à 34, pour descendre vivants au Shéol. Comprenons juste qu’ils n’y descendent pas en s’endormant dans la mort, que ce soit de vieillesse ou par le fil de l’épée : ils tombent dans la crevasse qui se referme sur eux. Plutôt expéditif ! On ne retrouvera pas ailleurs ce genre de mode d’exécution. Quant aux comparses de KoRaH. prétendant au sacerdoce, ils connaissent le sort de NaDaV et ‘AViHOu au v. 35. Ils sont 250 à s’avancer pour cette revendication et pour les mêmes raisons, YHWH leur donne ce qu’ils demandent, sauf qu’ils ne sont pas faits pour ça : ils ne sont pas consacrés à cette fonction, et leur feu n’est qu’un feu profane ! Vous voyez ? La question est vraiment : n’y a-t-il qu’un seul sacerdoce institué et n’y a-t-il qu’un seul brasier pour les offrandes ? Eh bien OUI : et si pas même des prêtres ne peuvent passer par-dessus les ordonnances, combien plus alors des LéVîiM qui prétendraient les supplanter, et combien plus encore des membres de tribus non sacerdotales ! C’est ça qu’on nous dit : vraiment, YHWH a choisi ‘AHaRoN et sa descendance : c’est un H.oQ, un décret qui ne se discute pas, quand bien même les raisons nous en échappent ! Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, ils obtiennent ce qu’ils demandent et le feu de YHWH vient les « manger » simplement parce qu’ils n’en sont protégés par aucune consécration ! Je vous renvoie à tout ce que nous avons dit à ce propos en Lv, ch. 10.  Pourtant, ils auraient dû le savoir mais voilà : c’est toujours comme ça ; on se dit : « Oui mais moi, c’est pas pareil ! » Sauf que SI, C’EST pareil… YHWH a attaché le sacerdoce institué à ‘AHaRoN et à sa descendance par l’intermédiaire de Moïse, point final ! On reviendra sur cette question complexe la prochaine fois.

En attendant, que nous apprend ce sombre épisode ? Il nous apprend avant tout qu’au milieu de la révolte, le peuple est sauvé par l’intercession DU JUSTE ! C’est vraiment ça qu’il faut retenir, alors que spontanément, on se sentirait pris à la gorge par toute cette tension. L’intercession de Moïse est au centre littéraire du chapitre, donc c’en est le cœur pour nous apprendre l’importance infaillible de l’intercession du JUSTE. En ce sens, il faut le redire, Moïse est vraiment un digne fils d’Abraham ! Donc le peuple est sauvé par Moïse d’un piège terrible tendu par des membres de son propre sein ! Cela aussi méritait d’être raconté aux générations qui s’ensuivent, parce qu’une telle mésaventure va rester gravée dans leur CHAIR ! En relisant la ToRaH d’année en année, de génération en génération, tout Juif un peu religieux, c’est-à-dire instruit par la ToRaH, sait qu’il n’est pas meilleur que les autres. De toute manière, une telle considération est absolument inutile dans le cadre de l’Élection : ce qui importe n’est pas d’être déclaré « meilleur que les autres », mais JUSTE aux yeux de YHWH au sein du PEUPLE et  EN FAVEUR du PEUPLE, dans l’HUMBLE OBÉISSANCE aux prescriptions vivifiantes de la ToRaH. Voilà par ailleurs ce que Jésus assumera jusqu’au bout : il se fera L’INTERCESSEUR par excellence qui, du haut de la croix, osera prononcer ces mots inimaginables : « Père, pardonne-leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Ce que les martyrs, les vrais, ceux qui refuseront coûte que coûte d’user de la violence pour faire valoir la vérité du Salut, rediront à leur suite. Songeons à Étienne, qui au moment même où les pierres jaillissent contre lui, dira : « Seigneur, ne leur compte pas ce manquement ! » (Ac 7,60) : voilà le JUSTE, voilà le SAINT qui répond à l’injonction première de YHWH à son peuple : « Soyez SAINTS car Moi, YHWH, Je suis SAINT ! ».

Pour terminer, je voudrais vous proposer une lecture un peu iconoclaste de la mort de Jésus. Il est étonnant de voir que dans la suite de la Bible, KoRaH. ne sera pas pour autant rejeté puisqu’on attribue à ses fils un certain nombre de Psaumes… La Bible garde toujours de l’affection pour ceux qui ont de grands désirs, même si la manière de les vivre est par trop décalée : et dans le fond, voilà ce que nous dit YHWH : aie des désirs ! Pour le reste, on s’arrangera ! Rien de pire qu’un homme qui n’a pas de désirs... Toujours est-il qu’on pourrait — attention, allons-y avec des pincettes — On pourrait dire que d’une certaine manière — du moins est-ce comme ça qu’il est reçu par les Grands-Prêtres qui vont le lyncher — Jésus se positionne comme KoRaH. vis-à-vis de la ToRaH de Moïse… en revendiquant pour LUI le sacerdoce. Et en ce sens, on peut considérer que les Grands-Prêtres réagissent au Nom de YHWH en le faisant mettre à mort. Or au moment de sa mort, ne dit-on pas que la terre s’ouvre ? Mais pas pour Jésus qui meurt par la croix des hommes ! En tout cas le thème est là. Par ailleurs, un feu divin intervient, mais c’est le feu de l’Esprit Saint qui ressuscite Jésus et ouvre à tous, Juifs et Païens, les portes de la Vie éternelle ! Tous ces thèmes communs n’évoquent rien d’autre qu’un JUGEMENT divin, à l’instar de notre ch. 16 du livre des Nombres : à ceci près néanmoins qu’en ce qui concerne Jésus, le JUGEMENT a tranché EN SA FAVEUR, et c’est là que ça va créer un sacré chamboulement ! Mais bon, vous avez le droit de ne pas me suivre sur ce point, parce que c’est peut-être y aller un peu fort. Mais ça méritait d’être évoqué, ne serait-ce que pour sentir combien le Second Testament jongle intimement avec le Premier qui sont vraiment indissociables l’un de l’autre !

Quoi qu’il en soit, je vous laisse sur ces considérations de l’intercession du JUSTE pour sauver le peuple d’une mort annoncée. Le ch. 17 se posera quant à lui en substance la question : « Bon, maintenant qu’on s’est bien planté, qu’est-ce qu’on fait ? » Et à nouveau, ça ne manquera pas de surprises ! D’ici là, je vous souhaite une bonne lecture du ch. 16. Je vous remercie.
______________________________________________________________