18-10-2017

[Nb] 30 - Qu'est-ce que l'élection ?

Numbers 17:1-5 par : le père Alain Dumont
Pourquoi fondre les cassolettes des 250 révoltés contre Moïse pour les apposer sur le moule de l’autel des Offrandes ?
Quand une révolte nous oblige à réfléchir sur le sens de l’élection et de la sainteté.
Duration:30 minutes 42 secondes
Transcription du texte de la vidéo :
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous reprenons la lecture du ch. 17 du livre des Nombres en entrant dans cette fameuse histoire mythique dont nous avons parlé la dernière fois, c’est-à-dire en acceptant de faire NÔTRE cette histoire, en faisant le pari qu’elle a, tel qu’elle nous est racontée, une sagesse de VIE à nous transmettre en tant que FILS de cette tradition, tout goyîm que nous soyons. Alors on a vu la dernière fois que la question : « Est-ce que ça s’est réellement passé comme ça ? », c’est-à-dire journalistiquement parlant, n’a pas lieu d’être ! Ça n’est pas l’objectif des rédacteurs. En revanche, à la question : « S’est-il tout de même passé quelque chose de cet ordre ? », il faut répondre OUI dans la mesure où aucune MÉMOIRE ne peut subsister si elle n’a pas de substrat CHARNEL qui l’a initiée. S’il ne s’était vécu à la base aucun événement marquant, on ne voit pas pourquoi ni comment les rédacteurs auraient imaginé de telles intrigues qui, comme on dit, ne s’inventent pas. Donc il s’est bien passé quelque chose de cet ordre = on se souvient à tout le moins que l’époque du désert pour ceux qui sont sortis d’Égypte s’est prolongée au-delà de ce qu’elle aurait dû ; on sait qu’il y a eu des révoltes contre le leader du groupe, à savoir Moïse, révoltes et errances dont on se raconte les aventures de génération en génération parmi les Fils d’Israël, en plus de toutes les autres traditions ancestrales qui remontent aux premiers patriarches. Et c’est donc ce “matériel” que les scribes juifs, en Exil, récoltent minutieusement pour le mettre par écrit. Ils relient tout ça à travers leur propre inspiration, non pas celle d’un seul scribe mais celle de tout un groupe — réuni chaque jour, on peut l’imaginer, à la synagogue —, à travers de longues discussions, un travail de concertation et de décryptage à propos de toutes ces histoires dont, dans le fond, on comprend de mieux en mieux qu’elles n’en font qu’une, l’Histoire avec un grand H dont ces scribes ont conscience qu’ils en recueillent les fruits ; mieux encore : qu’ils en poursuivent l’épopée dans la mesure où tout ce qui est raconté ici illumine ce qu’eux-mêmes, en tant que Fils d’Israël, ont à vivre dans le moment qui est le leur, comme ces mêmes récits illumineront ce que leurs descendants auront à traverser jusqu’à aujourd’hui ! Voilà l’Histoire SAINTE, l’histoire à part ; une histoire de Salut portée par les pères et dont les fils sont convoqués à recueillir les leçons pour se sentir charnellement appartenir à ce peuple comme à une famille qui se construit génération après génération, et surtout ne pas détourner cette famille de son éternelle destinée nuptiale avec YHWH, son époux !

Donc à présent, alors qu’on vient de raconter au ch. 16 la tentative de révolution menée par QoRaH. et étouffée dans l’œuf par YHWH, l’histoire se poursuit à travers une problématique très concrète : que va-t-on faire des cassolettes des 250 pauvres gars qui se sont crus autorisés à revendiquer un sacerdoce commun à la place d’un sacerdoce institué ? Alors là apparaît un personnage qu’on a déjà vu dans la même situation après la tragédie de NaDaV et ‘AViHOu et qu’on charge à nouveau de nettoyer le terrain ; il s’agit d’un des deux derniers fils de ‘AHaRoN, à savoir ‘ÈLé“âZâR, un nom qui signifie : « Qui a le secours de Dieu ». Lui pour le coup est bien prêtre au point que c’est même lui qui prendra la relève à la mort de son père pour devenir Grand-Prêtre. Et quand on sait qu’un de ses propres fils PîNH.âS se fera le champion du zèle pour YHWH — on verra ça dans un prochain chapitre ­— on comprend que cette famille de fidèles parmi les fidèles tienne ici le premier rôle, de sorte que l’histoire s’articule patiemment mais sûrement sur l’AXE DE LA FIDÉLITÉ ! Et on a là le message essentiel du retour d’Exil : « Si nous sommes partis en diaspora, loin de la Terre, c’est que nous avons été infidèles ! Pourtant, dès le commencement, YHWH nous a convoqués à la fidélité, à l’obéissance sans compromis, et c’est ce que représente la figure de ‘AHaRoN et de ses fils, qui ont été les premiers travaillés de l’intérieur au feu de cette fidélité. Alors bien sûr, il y a la figure incomparable de Moïse, mais comme on l’a déjà dit, Moïse n’est à l’origine d’aucune descendance particulière. Moïse, c’est le temps des fondements, le temps du MiDeBaR sur lequel rien ne peut refluer. Imaginez une descendance de Moïse qui, à un moment ou à une autre, rompe avec l’impératif de fidélité et tout refluerait négativement sur le Patriarche ! Impossible ! Donc Moïse appartient exclusivement à la ToRaH, comme par ailleurs les patriarches fondateurs d’ ‘AVeRâHâM jusqu’à YOSéPh. Ça, c’est le patrimoine indétrônable, mythique, sur lequel tout le reste de l’histoire s’édifie et contre lequel tous les Hitler de la terre resteront impuissants. En revanche, il y a un principe qui naît dans la ToRaH et qui assure la continuité avec l’histoire et c’est le SACERDOCE dynastique de la lignée de ‘AHaRoN. Une lignée qui est comme le filin ancré dans la ToRaH à laquelle est donc amarrée toute l’histoire d’Israël, et en particulier à partir de l’Exil, l’histoire du judaïsme.

Donc les cassolettes contenant les brasiers d’encens ayant été touchées par le feu divin, les voici saintes nous dit-on ! Pourquoi ? Parce que le feu qui a mangé ceux qui voulaient pratiquer les offrandes n’était autre que le feu de YHWH, ce feu qui agrée les sacrifices ! Ce feu de sainteté qui, selon qu’on est élu ou non pour ce service, produit soit une élévation en faveur de l’offrant, soit sa mort si l’offrant n’est pas prêt. Et dans la mesure où ce feu de sainteté sanctifie tout ce qu’il touche, d’une part il a sanctifié les 250 hommes qui en sont morts faute d’être préparés à un tel embrasement ; et d’autre part, il a sanctifié les 250 cassolettes qui contenaient les brasiers d’encens. Du coup, qu’est-ce qu’on va en faire ? Eh bien, sur ordre de YHWH, on va les fondre pour en recouvrir, non pas tant l’autel que le MOULE EN BOIS de l’autel pour servir de SIGNE, dit la fin du v. 3. C’est un rôle analogue qu’aura dans quelques chapitres le serpent d’airain qui rappellera la sanction de l’impatience au désert et sauvera ceux qui tourneront leur regard vers lui. On y reviendra en son temps. En tout cas, on a là un aspect important du mémorial : non seulement YHWH sauve son peuple en rachetant ses premiers-nés de l’Égypte et en l’en faisant sortir, mais il le sauve aussi de son Égypte intérieure, à savoir ce péché de convoitise qui ne porte pas seulement sur les biens matériels mais sur l’élection sur laquelle le pécheur voudrait mettre la main. Et là on touche un sujet important sur lequel il est temps de dire quelques mots.

Rappelons-nous la révolte de QoRaH. : « C’en est trop de vous ! Car toute la communauté, tous sont saints et YHWH est au milieu d’eux. Pourquoi vous érigez-vous en autorités sur l’assemblée de YHWH ? » (Nb 16,3) La rébellion est donc fomentée CONTRE l’élection AU NOM de la sainteté de tout le peuple, ce qui pose nécessairement la question du RAPPORT ENTRE ÉLECTION ET SAINTETÉ.

D’abord : qu’est-ce que l’ÉLECTION ? On peut la regarder de deux points de vue : du point de vue de YHWH et du point de vue du peuple. Du point de vue de YHWH, elle consiste en une INITIATIVE absolument PREMIÈRE. Rappelons-nous : « Moïse ! Moïse ! » C’est par cet appel que commence toute l’histoire que nous lisons depuis le livre de l’Exode. Le buisson-ardent est une théophanie et cette théophanie est PREMIÈRE, raison pour laquelle, du point de vue de l’homme, elle est imprévisible et a priori incompréhensible ! Pourquoi Moïse et pas un autre ? Pourquoi là et pas ailleurs ? Pourquoi à ce moment-là et pas à un autre ? Mystère ! Le MYSTÈRE, c’est vraiment ça : ce dont l’origine, ou la cause si vous préférez, nous échappe absolument ; et s’il y a une dimension SACRÉE associée au mystère, c’est au sens où il y aura toujours cette dimension originelle du mystère qui nous échappera de sorte que personne ne pourra jamais mettre la main dessus pour se l’approprier à l’instar de QoRaH. vis-à-vis de l’appel propre à Moïse, mais c’était déjà le cas avec Myriam ! Eh bien : l’ÉLECTION, qu’il s’agisse des patriarches ou du peuple, est de l’ordre du MYSTÈRE au sens où elle pose comme un fait l’antériorité absolue du CHOIX inaliénable de YHWH pour Moïse, et à travers Moïse pour Israël. Dit autrement, avant que Moïse soit élu, ou avant que le peuple soit élu, il y a d’abord et avant tout YHWH QUI ÉLIT, QUI CHOISIT, sans avoir besoin de justifier cette élection devant les hommes qui ont alors à découvrir que cette élection souverainement libre d’un Autre à leur encontre n’est pas contre eux mais POUR EUX ; sans autre raison que la VIE qui se déploie en eux dans le cadre d’une libre Rencontre.

Et c’est ça qui est tellement difficile pour les hommes ! Que cette élection ne puisse en aucune manière faire l’objet d’un « droit » : aucun homme n’a « droit » à l’élection, ce que revendique précisément QoRaH. qui devient de ce point de vue l’éponyme de tous les révolutionnaires de l’histoire ! Quelque part, la fameuse « déclaration des droits de l’homme » se présente comme un refus de l’élection ! Alors je sais que ce genre de propos peut choquer, mais comprenons bien : « Tous les hommes naissent libres et égaux en droits », certes ! Mais d’où viennent cette liberté et cette égalité ? Comment sont-elles inscrites dans notre nature ? Qui pose cette règle ? MOI, du seul fait que je sois homme ? Alors c’est terrible, parce que ça signifie que PERSONNE NE M’APPELLE, PERSONNE NE ME CHOISIT ! Je suis « jeté là » comme dit le philosophe Heidegger pour qui l’homme n’est qu’un « être pour la mort ». Je ne suis RIEN, et c’est tragique ! C’est précisément ce tragique qui va tourmenter des Nietzsche, des Camus, des Sartres, etc. etc. qui sont tous des penseurs du Néant et de la révolte. Au point que le seul acte par lequel l’homme puisse revendiquer sa liberté fasse à l’absurdité de la vie, dira Camus, c’est… le suicide ! Charmant ! Voilà ce qu’il écrit dans le Mythe de Sisyphe, en 1942 « Quel est donc cet incalculable sentiment qui prive l'esprit du sommeil nécessaire à sa vie ? Un monde qu'on peut expliquer même avec de mauvaises raisons est un monde familier. Mais au contraire, dans un univers soudain privé d'illusions et de lumières, l'homme se sent un étranger. Cet exil est sans recours puisqu'il est privé des souvenirs d'une patrie perdue ou de l'espoir d'une terre promise. Ce divorce entre l'homme et sa vie, l'acteur et son décor, c'est proprement le sentiment de l'absurdité. Tous les hommes sains ayant songé à leur propre suicide, on pourra reconnaître, sans plus d'explications, qu'il y a un lien direct entre ce sentiment et l'aspiration vers le néant. » Ce qu’il appelle des hommes sains, ce sont des hommes qui refusent évidemment la pensée d’un être divin à l’origine du monde et proposant à ce monde un chemin d’élévation ! Et là, l’homme est à la croisée des chemins, ce que le Deutéronome a anticipé depuis des lustres et que je ne cesse de vous rappeler quand il dit, à la fin de l’errance dans le désert : « Vois : Je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie pour que vous viviez, toi et ta descendance. » (Dt 30,19) La réponse a précédé Camus et tous les penseurs du Néant qui refusent de s’y soumettre au nom de l’autodétermination de soi par soi par laquelle ils définissent la liberté intrinsèque à tout homme dans la ligne de Descartes dans ses Méditations Métaphysiques. Si encore ils gardaient leur réflexion pour eux-mêmes, on se dirait que c’est triste mais sans conséquences. Le problème, c’est qu’ils lancent ces idées à des esprits comme vous et moi qui ne sont absolument pas prêts à les porter, ne serait-ce que pour les discuter ! Et ce faisant, sans doute ces auteurs ont-ils l’impression de faire progresser leurs contemporains, comme QoRaH. avec la communauté d’Israël ; et c’est vrai qu’il y a quelque chose d’exaltant à revendiquer la liberté, l’égalité… seulement c’est drôlement exigeant ! Nietzsche, Sartre, Camus et consorts savent pertinemment que cette liberté leur promet une plongée abyssale dans le néant de l’absurde, mais le peuple, lui, ne le sait pas ! Il ne sait pas que le bonheur que lui promettent cette liberté et cette égalité ne sont qu’un miroir aux alouettes et il s’y précipite — ou ON l’y précipite : c’est tellement attirant ce petit bout de miroir qui brille de mille feux, sauf que c’est l’entrée d’un filet mortel…

Si je vous dis tout ça, c’est pour que vous sentiez que Moïse et la ToRaH nous sont donnés précisément pour que nous ne donnions pas audience aux sirènes dont le chant vise à entraîner les marins dans le gouffre de la mort et de la détresse ! Il nous faut vraiment CHOISIR d’écouter la voix de YHWH — c’est-à-dire le Christ pour les chrétiens, parce que cette voix est un APPEL DE VIE, un appel à la VRAIE VIE ! Un appel dont l’origine, c’est vrai, nous échappe, mais un appel d’ÉLECTION : YHWH nous a CHOISIS ! Il n’est pas contre nous mais POUR NOUS ! Le seul fait que YHWH pose son regard sur Moïse ou sur son peuple ; le seul fait, donc, de cette ÉLECTION, avant même tout prodige, SAUVE ceux qui entendent cette convocation à la VIE ! Rien que parce qu’ils sont CHOISIS, les voici HOMME, ‘ADaM, et donc en marche vers un Salut, vers une Délivrance qui conduit à des Noces. N’oublions jamais ce principe de VIE : Je n’existe que si quelqu’un m’appelle à l’existence. « Quelqu’un m’appelle, donc je suis ! » Et cet appel, voilà l’essence de l’élection qui vient TOUJOURS mystérieusement d’un autre que moi ! Je ne peux pas plus m’appeler moi-même que je ne peux forcer l’autre à m’appeler ! L’origine de l’appel m’échappe autant que tout autre que moi m’échappe ; tout appel véritable est donc avant tout un MYSTÈRE et donc un ÉTONNEMENT qui est la porte de la JOIE. DONC : en définitive, avant que l’homme soit ÉLU, il y a YHWH qui ÉLIT : voilà le premier pas de l’élection qui est ipso facto un SALUT, et immédiatement une convocation à la rencontre à côté de laquelle passe complètement QoRaH. et tous ceux qu’il inspirera dans l’histoire des hommes. Au nom de quoi ? De la présomption, de la convoitise, de la peur du mystère ; une peur, une frayeur même dont la seule issue n’est en définitive que le suicide annoncé ; non pas comme une simple fuite mais comme une ultime et désespérée affirmation de soi… C’est terrible ! Alors après, chacun est libre ! Moi en ce qui me concerne, je choisis la JOIE qui consiste à écouter cet appel à la VIE, mais j’ai bien conscience qu’en vous disant ça, je passe pour un dangereux ringard aux yeux du monde désenchanté ! Eh bien tant pis, je prends le risque. Au nom encore une fois de la JOIE et de la VIE que je partage avec tous mes frères et sœurs juifs et chrétiens.

Alors poursuivons : du point de vue de l’homme, l’élection est donc toujours et immanquablement une SURPRISE et un émerveillement ! Un ENCHANTEMENT autant qu’un ENFANTEMENT ! Il suffit de prendre une seconde pour réfléchir : pourquoi dit-on aujourd’hui que le monde est « désenchanté » ? Parce que tout est fait pour étouffer la voix de l’élection : bruit sempiternel dans les rues, dans les écouteurs, incitations incessantes à la consommation, tintamarre médiatique et j’en passe… tout est fait pour qu’aucune voix d’élection ne puisse être entendue ! Pour instaurer l’ordre des Zombies, puisqu’un Zombie, c’est un être qui est là sans que personne ne l’ait appelé à exister. Il n’existe pas : il erre… « Pas d’passé, pas d’avenir » chantait Johnny Rockfort dans Starmania, l’opéra de la désespérance où personne n’appelle jamais personne et qui se termine par un cri de détresse : « Au secours, j’ai besoin d’amour ! » Toute ma jeunesse !!! Un opéra qui est repris en boucle sans arrêt depuis les années 70 où il a été créé ! Pourquoi ? Parce que c’est le seul opéra qui exprime la dépression généralisée dont 68 a été le détonateur : on a refusé le passé et on a endetté l’avenir. On a refusé d’être appelé, on a cru que ça y était : on était “tous égaux”, “tous libres” de faire ce qu’on voulait et comme avec QoRaH., on s’y est brûlé ! Pour les MÊMES raisons, à savoir la présomption et la convoitise ! Encore : ça aurait apporté un peu de baume quelque part, mais non ! Alors ? Alors il est urgent d’en revenir à la source de l’enchantement, comme les Juifs au retour d’Exil, à savoir : se mettre à l’écoute et accueillir humblement une élection qui vient d’un autre que moi, d’un autre que l’homme, c’est-à-dire de YHWH. Une élection certes exigeante et mystérieuse, mais au profit de la VIE, ne cessent de nous dire et de nous redire nos anciens dans la foi, depuis plus de dix mille générations ! Et nous, on est là : « Oui ? Pas sûr… Faut voir… »

À partir de là, autre face de l’élection : du point de vue de l’homme, à savoir l’ACCUEIL de cette élection. Et c’est cet accueil qui ouvre le chemin de la SAINTETÉ. L’élection accueillie traduit en retour le CHOIX DE L’HOMME en faveur de YHWH et des commandements qu’il a édictés. Vous voyez ? D’un côté, l’élection LIBRE de YHWH en faveur de son peuple par Moïse, qui est première ; de l’autre, le choix non moins LIBRE de l’homme qui accueille cette élection et en accepte le CADRE, qui n’est autre que le cadre de l’ALLIANCE ; le cadre des Noces. QoRaH. a tort de dire que le peuple est SAINT tout en excitant ce même peuple à rejeter Moïse, car Moïse est le sacrement de l’élection première de YHWH par laquelle naît la liberté de l’homme à s’engager à tout mettre en œuvre pour RENCONTRER YHWH en plénitude.

Dit autrement : d’abord, YHWH élit gratuitement son peuple, puis il descend au milieu de lui. Ce faisant, Il l’appelle à se préparer à une rencontre par l’obéissance à la loi de pureté. Et la SAINTETÉ est alors possible, non pas comme un droit ou un acquis, mais comme le FRUIT toujours étonnant de ce travail intérieur de purification que commande la ToRaH. Ceci pour les juifs. Pour les chrétiens qui se greffent sur cette Alliance, ils ont à se préparer eux-mêmes à une purification qui passe par le commandement du Christ : « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés ». Or Jésus, l’Élu par excellence, nous a aimés en obéissant totalement au Père, ce que nous devons faire à notre tour. Le baptême est pour les chrétiens le signe de l’Élection étendue aux nations ; c’est leur Mer des Roseaux à eux si vous voulez, qui les fait entrer dans un travail exigeant sur eux-mêmes pour répondre librement à l’appel libre du Père par le Christ. La participation aux sacrements est le signe de notre CHOIX d’entériner cette élection, mais un CHOIX qui sera toujours SECOND, qui sera toujours une RÉPONSE par rapport au mystère de l’élection inscrite dans la CHAIR du monde par le Christ Jésus. C’est cette participation à la vie des sacrements qui permet cette rencontre inouïe de Dieu avec l’Homme, ‘ADaM, et c’est cette rencontre qui prend nom de SAINTETÉ. Donc cette sainteté n’est en rien un état ; elle ne fait l’objet d’aucune revendication dans le style des « droits de l’homme » : la SAINTETÉ est une GRÂCE, la grâce d’une RENCONTRE possible entre deux libertés qui font le choix de se donner, de se livrer l’une à l’autre pour qu’adviennent en Christ les NOCES ÉTERNELLES. Voilà la JOIE de la sainteté. Et elle passe par des hommes particuliers comme ‘AVeRâHâM, YiTsRaK, Ya“aQoV, YOSéPh, Moïse, ‘AHaRoN, puis YéHOShou”a, SheMOu‘ÈL, DaViD, puis les prophètes et tous les justes, jusqu’au Christ YéHOShou”a, Jésus en qui DIEU et l’ ‘ADaM se rencontrent à une profondeur telle qu’ils ne font plus qu’une seule CHAIR, puis tous les saints qui entendront l’élection qui retentit par Lui pour la transmettre, pour en rayonner au milieu des nations, notamment à travers la vie des sacrements et la proclamation de la Foi, pour maintenir vive une espérance dont la CHARITÉ est le signe le plus lumineux. Pour qu’advienne, dès ici bas, la JOIE DE LA SAINTETÉ qui enchantera le monde.

Donc oui : tu as tort, QoRaH., de déclarer le peuple SAINT en voulant débouter Moïse, car tu déracines l’arbre pour le réduire à l’état d’allumettes. De petites flammèches qui s’éteindront aussitôt qu’allumées et se consumeront jusqu’à n’être plus qu’un tas de cendres. C’est pour ne jamais oublier que ce chemin de révolte contre l’appel qui fait vivre est un chemin de mort que toutes les cassolettes de ceux dont la prétention a réduit à l’état d’escarbille sont fondues et plaquées sur le bois de l’autel. Pour ne jamais oublier que le feu qui sanctifie ceux qui ont accueilli l’élection est aussi le feu qui anéantira ceux qui voudraient s’en emparer en refusant la primauté du Mystère porté par les figures, c’est-à-dire les premiers qui ont répondu à l’élection sans jamais mettre la main dessus ; en d’autres termes, les hommes les plus humbles que la terre ait portés, à commencer par Moïse dont la figure a été élevée à son sommet par le Christ Jésus, le Sauveur de tous les hommes, l’Époux par excellence.

Alors tout cela est évidemment trop rapidement dit encore une fois, mais vraiment : attention à toutes les fois que nous prétendons détenir une vérité au détriment de l’Église, au détriment de l’Écriture, au détriment du Christ ou de Moïse. Soyons humbles. Fuyons de la prétention comme la peste ! Nous ne serons peut-être pas « parfaits » aux yeux des hommes et de leur morale sans miséricorde, mais nous le serons aux yeux de DIEU parce que nous aurons tout fait pour ACCUEILLIR son Élection : voilà la perfection de l’homme ; voilà ce qui fait un homme : savoir accueillir l’appel d’un autre, c’est-à-dire accueillir le MYSTÈRE de l’autre. Pas si simple, mais en cela consiste précisément le véritable SALUT ! Ça n’est qu’une fois cet appel accueilli que nous pouvons espérer la sainteté. Une sainteté dont nous vivons déjà en Jésus, le Christ, mais qu’il nous faut à chaque instant entériner dans l’humble soumission à son commandement par lequel toutes la ToRaH est résumée : « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés ». Là se trouvent accomplis les deux plus grands commandements de toute la ToRaH : « Écoute Israël : YHWH est ton ‘ÈLoHîM, YHWH est UN ! Aime YHWH ton ‘ÈLoHîM de tout ton cœur, de toute ta NèPhèSh — de toute ton âme — et de toute ta force ! » (Dt 6,4-5) et « Aime ton prochain comme toi-même. » (Lv 19,18) C’est ce qu’a vécu Jésus, ce dont Il a rayonné ; c’est ce qu’a vu et contemplé Moïse sur le Mont HoRèV et ce vers quoi toute la ToRaH est orientée. Nous ne pouvons pas être saints sans Jésus, mais nous ne pouvons pas suivre Jésus si nous ignorons Moïse. Voilà, QoRaH., ce que ta présomption a failli anéantir, à laquelle seule l’humilité de Moïse a su répondre pour que ne soit pas perdu le plus grand trésor de l’histoire des hommes pécheurs certes, mais sauvé par le Dieu de l’élection par qui leur est offerte la grâce de la sainteté !

Je vous laisse sur ces considérations. Nous verrons la suite du chapitre la prochaine fois. Je vous remercie. 
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