25-10-2017

[Nb] 32 - Le bâton fleuri de ‘AHaRoN

Numbers 17:16-26 par : le père Alain Dumont
Décidément, cette question de l’élection est vraiment difficile et suscite bien des jalousies ! Il faut donc trancher : l’avenir du peuple en dépend. Pour cela, YHWH décide de déposer auprès de l’Arche un Signe définitif de cette élection des Fils de Lévi et du clan sacerdotal de ‘AHaRoN.
Duration:31 minutes 23 secondes
Transcription du texte de la vidéo :
(Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/message/nb-32-le-baton-de-aharon.html?mode=watch)
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous terminons aujourd’hui notre lecture du ch. 17 du livre des Nombres qui nous a déjà pris pas mal de temps, mais qu’est-ce que vous voulez : c’est ça la ToRaH ! J’espère malgré tout qu’elle vous passionne autant qu’elle me passionne ! Toujours est-il que la dernière partie du chapitre va consister, on l’a dit en terminant la dernière vidéo, à légitimer le sacerdoce de ‘AHaRoN alors même qu’il vient d’être très fortement contesté. Il ne suffit pas en effet qu’il ait permis à la frappe de cesser ; il ne suffit pas qu’il ait été manifesté explicitement au service de la miséricorde de YHWH : il faut encore un SIGNE DURABLE de cette élection sacerdotale de façon à ce qu’il n’y ait plus de contestation possible. Donc là, on va sceller toute la problématique qui a commencé au ch. 16 et qui a entraîné derrière elle toute cette tragédie.

Pour résoudre donc toute contestation, Moïse recourt à une sorte de jugement de Dieu qu’on pourrait rapprocher de la RHABDOMANCIE, c’est-à-dire la consultation d'oracles à l'aide de morceaux de bois. On a ça par exemple dans des récits antiques comme celui du javelot de Romulus qui, une fois lancé, bourgeonne pour devenir un cornouiller qui délimitera la frontière de la première fondation de Rome — dans les Métamorphoses d’OVIDE, Livre XV. Et alors cet arbre a ceci de particulier que ses rameaux, dit la tradition latine, donneront le bois des javelots réservés aux Quirites, c’est-à-dire les citoyens romains dont le signe de distinction était le port d’un javelot — Quirite vient de quiris en vieux sabellien, une langue antique proche du latin.

Alors bon, dans le contexte biblique, la chose est un peu délicate dans la mesure où le prophète Osée réprouve radicalement cette pratique divinatoire (Os 4,12). Ceci dit, la signification du bâton fleuri de ‘AHaRoN est assez différente de celle de Romulus. Tout d’abord, le mot MaT.T.èH, a plusieurs significations : il désigne bâton, mais aussi un rameau, et en vient à désigner par ailleurs les TRIBUS d’Israël comprises non pas tant comme des groupes identitaires que comme des instances de générations. Et si on se souvient que la ToRaH elle-même est un arbre — l’arbre de Vie —, chaque tribu d’Israël se présente comme un rameau de cette ToRaH appelé à germer et à donner du fruit au milieu des nations. D’autre part, le lien entre l’arbre et l’homme est partout dans la Bible, jusque dans les écrits de Sagesse : les généalogies sont des arbres, le JUSTE est un arbre — pensons au Ps 1, par ex. —, la Vie est un arbre etc. Donc ici, le bâton de ‘AHaRoN et ceux de chaque tribu portant le nom de son patriarche éponyme ainsi que celui de l’autorité du moment ont une valeur généalogique ! Vous voyez : la ToRaH s’inscrit vraiment plus dans le TEMPS que dans l’ESPACE, et c’est certainement là une des spécificités qui la distingue le plus de la pensée païenne. Ceci dit, il a déjà été question de ce genre de bâton plusieurs fois auparavant : celui de Juda, dans la bénédiction des fils de Jacob en Gn 49,10 ; ou celui de Moïse dont on a parlé à propos des premiers chapitres de l’Exode ; ou même le bâton de ‘AHaRoN par lequel ont été opérées certaines frappes en Égypte. Donc l’idée n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau en revanche, c’est ce que va devenir ce bâton.

Autre chose de remarquable : le bâton de la tribu de LéVY porte uniquement le nom de ‘AHaRoN ! Exit les autres autorités que sont QéHaT, GerShoN ou MeRaRi. Comme si, d’une certaine manière, tout le rameau de Lévi n’existait qu’en vertu du sacerdoce dont il est tout entier solidaire. Et de fait, si on se souvient du rôle essentiel qu’a tenu cette tribu pendant 430 ans en Égypte autour du CULTE assuré dans le sanctuaire de Joseph Aménophis qui a été le lieu de conservation de la mémoire patriarcale, le rapport du rameau de LéVY au sacerdoce est juste intrinsèque ! Donc quand KoRaH. met en cause le sacerdoce alors que lui-même appartient à la tribu de LéVY, c’est toute la raison d’être de son rameau qu’il menace d’éteindre ! Et de la même manière, la mise en cause par DaTâN et ‘AViRâM de l’élection de LéVY parmi toutes les tribus traduisait bien que leur intention était du même ordre que celle de KoRaH. Donc si le rameau de LéVY sur lequel est apposé le nom de ‘AHaRoN fleurit, ça signifiera bien que désormais, la question de l’élection de ‘AHaRoN ET de TOUTE la tribu du LéVY sera définitivement close !

Alors à nouveau, derrière tout ce récit polémique, il faut voir la situation du retour d’Exil : quand reviennent les Juifs de Babylone qui reconstruisent le Temple et enseignent la ToRaH qu’ils ont rédigée, les autres leur disent : « Mais de quel droit ? » Jusqu’alors, il n’avait jamais été question d’un droit aaronide sur le sacerdoce ! On le verra quand on commencera l’histoire à partir du livre de Josué, et même avant avec le livre du Deutéronome dans lequel il ne sera jamais questions de ‘AHaRoN comme Grand-Prêtre ! Pendant toute la période royale — mis à part peut-être sous David et Salomon, encore qu’il faudrait prendre le temps d’évaluer la situation —, le sacerdoce était diversement exercé en Israël ; sans doute par la tribu de LéVY, là n’est pas le problème, mais d’une telle centralisation autour de la lignée sacerdotale de ‘AHaRoN pour tout Israël, les récits historiques n’en livrent aucune trace ! On aura bien un Grand-Prêtre “ÉLY au sanctuaire de Silo qu’évoquera l’histoire de SheMOu‘èL, mais on ne sait rien de son ascendance ; et de figure de Grand-Prêtre, il ne sera quasiment jamais question, si ce n’est à l’époque du roi Josias, à Jérusalem, dans le second livre des Rois. Donc le retour d’Exil marque vraiment un tournant dans l’interprétation qu’Israël fera de sa propre histoire ; une interprétation essentielle, redisons-le, puisque c’est elle, en inscrivant les lois sacerdotales dans le temps mythique de Moïse et ‘AHaRoN, maintiendra vive l’âme d’Israël à travers toutes les générations ! Je vous rappelle que, certes, depuis la destruction de Jérusalem par les Romains en 70, il n’y a plus ni Temple ni Offrandes, mais ce qui importe n’est pas tellement qu’elles aient encore lieu aujourd’hui — encore qu’un certain nombre de juifs orthodoxes attendent avec ferveur qu’on le reconstruise —. Ce qui importe, c’est que les Offrandes aient eu lieu, dès le temps mythique du MiDeBaR, parce que ces offrandes-là sont pour toutes les générations d’Israël. C’est à elles que se réfère le mérite de toutes les fêtes, de tous les ShaBaT, de toutes les MiTsVoT par lesquelles le peuple se maintient pur aujourd’hui. Et je vous rappelle encore que la pureté est cette discipline qui fait du peuple ce réceptacle disponible pour recevoir la lumière de la sainteté qui témoigne de la Rencontre tant espérée entre YHWH et son peuple comme entre l’Époux et son Épouse. Bien.

Toujours est-il, dit notre texte des Nombres, que le bâton de ‘AHaRoN fleurit dès le lendemain après que Moïse ait déposé tous les bâtons devant l’Arche. Pourquoi ? Parce que, nous dit le v. 23, c’est un rameau d’amandier et que l’amandier est le premier de tous les arbres à fleurir au printemps ! Et c’est très important : à travers l’image de l’amandier, on ne nous dit pas que les autres rameaux ne vont pas fleurir, mais qu’ils fleuriront APRÈS ; autrement dit : le rameau de LéVY / ‘AHaRoN a la charge d’être le PREMIER devant YHWH ! C’est une manière de dire que cette primauté, cette élection dans l’élection — vous vous souvenez — est moins un privilège qu’une exigence, moins un droit qu’un devoir. Pourquoi ? Mais on vient de le voir : l'existence du sacerdoce sera un SIGNE pour le peuple, dit le v. 25 : tels les cassolettes des 250 révoltés fondues sur le moule de l'autel, la présence des prêtres dans la Tente du Témoignage rappelle désormais au peuple REBELLE à la fois sa faute — c’est un peuple qui doit être adulte ! — et l'infinie MISÉRICORDE de YHWH qui fait que ce peuple, malgré sa faute, est toujours vivant ; dans la mesure évidemment où il cherche à rester pur, disponible par les offrandes offertes par le Sacerdoce lévitique à la Rencontre avec YHWH dont on ne cesse de parler. Et c’est effectivement ce qui va se passer : Le clan de ‘AHaRoN va reprendre ses fonctions devant l'Arche d'Alliance, et notamment, ‘AHaRoN pourra pénétrer dans le MiShKâN au grand jour de KiPOuR pour littéralement DÉTRUIRE — c’est le sens du verbe KâLâH au v. 25 — pour détruire, donc, les murmures du peuple et l'empêcher de mourir à cause de sa faute. En somme, YHWH s'est choisi une tribu sacerdotale pour protéger le peuple des conséquences mortelles de sa faute. Et le bâton de ‘AHaRoN qui restera désormais devant l’Arche, sera le signe de cette mission vitale du sacerdoce lévitique pour toute la Communauté.

Alors évidemment, la tradition chrétienne s’emparera de ce signe en parlant du Christ comme du fameux RAMEAU DE JESSÉ, d’après Isaïe ch. 11, mais qui est aussi l’accomplissement du rameau — ou du bâton de ‘AHaRoN puisque coupé de l’arbre, il refleurit dans la puissance de la Résurrection pour être le PREMIER né d’entre les morts, diront Paul dans la lettre aux Colossiens ou Jean dans l’Apocalypse (cf. Col 1,18 ; Ap 1,5). Du coup, l’image du bâton qui fleurit devient le signe du Christ GRAND-PRÊTRE du ch. 9 de l’épître aux Hébreux. Elle sera aussi reprise par le Protévangile de Jacques, un écrit apocryphe tardif, à propos du mariage de Joseph qui, du coup, se trouve lui-même associé à ‘AHaRoN. Et puis bien sûr, il y a la tradition qui veut que la crosse des Évêques soit ornée de fleurs précisément pour traduire l’élection dont leur sacerdoce bénéficie au nom du Christ Grand-Prêtre de la Nouvelle Alliance.

Enfin voilà. On termine donc ce passage vraiment pénible des révoltes contre YHWH, Moïse et ‘AHaRoN par une note plus positive, disons. Là où la mort a failli tout ramener à l’état de désert ShéMaMaH, c’est-à-dire le désert où rien ne poussera jamais, YHWH lui redonne son statut de MiDeBaR, de désert en promesse de fécondité. Et par là, on voit que le livre porte bien son nom en hébreu : le livre MiDeBaR qui signifie le livre des promesses alors même qu’Israël ne les mérite plus, d’une certaine manière. Il sait qu’il ne doit son existence par-delà toutes les générations qu’à la MISÉRICORDE qui lui advient par la ToRaH et les Offrandes qu’elle met en place. Et là, on a l’âme du peuple d’Israël qui est une âme d’humilité, c’est-à-dire l’âme des hommes accomplis selon le cœur de YHWH dans la mesure où Humus est la racine commune des mots Homme et Humble. Et quelque part, on a l’illustration charnelle de ce que Jésus résumera dans cette formule lapidaire : « Qui s’élève — sous entendu par soi-même — sera abaissé — sous-entendu par YHWH — ; qui s’abaisse — c’est-à-dire qui accepte de reconnaître sa faute sans la dénier — sera élevé — sous-entendu par la miséricorde de YHWH jusqu’à la Rencontre Nuptiale ! » (Lc 14,11 et parallèles). Ce qui signifie qu’à ce stade, grâce à la MISÉRICORDE portée par le sacerdoce de ‘AHaRoN, toute espérance est permise ! Ouf ! Et une espérance joyeuse s’il vous plaît ! Faire ainsi l’objet de la miséricorde de YHWH n’est en rien démoralisant au contraire : savoir en face regarder sa faute et se savoir néanmoins aimé par CHOIX, voilà une source de réelle FIERTÉ, qui n’a rien à voir avec l’orgueil philosophique des surhommes à la mode de Sartres, de Nietzsche ou de Onfray ! « Je me reçois d’un autre qui m’appelle par-delà ma faute », voilà le signe le plus prodigieux d’un amour inconditionnel qui me commande de VIVRE en plénitude ! Quelle épreuve, certes, mais derrière cette épreuve, quelle JOIE !

Alors pour terminer notre lecture, encore une fois, aujourd’hui, d’offrande, il n’y en a plus depuis la destruction du Temple de Jérusalem ; mais la MISÉRICORDE, elle, demeure, qui provient de ces temps fondateurs du désert et qui irradient comme des rayons qui se répandent à partir de cette mythique source lumineuse que l’histoire ne pourra jamais éteindre. Une MISÉRICORDE qui intime l’ordre à toutes les générations de ce peuple de porter du fruit EN PREMIER, et donc de retrousser leurs manches au milieu des nations : « il vous a été fait miséricorde, faites de même ! », comme l’évoquera bien plus tard Jésus dans la parabole du débiteur impitoyable du ch. 18 de l’évangile selon Matthieu. Alors on n’en est pas encore là, mais on est bien ici à la racine de l’espérance et de la force d’âme d’Israël à travers toute son histoire à la fois difficile et tellement pleine de vie. Une histoire sur laquelle nous, chrétiens, avons la grâce d’être greffés, sachant que nous ne méritons pas plus qu’Israël la Miséricorde qui est au cœur de cette histoire, qui fait de cette saga millénaire une histoire SAINTE, une histoire qui mènera les hommes de bonne volonté à la célébration des Noces éternelles avec YHWH ! Ceux qui ne cesseront de faire retentir au fil de cette histoire, à travers le culte chrétien qui les rassemble, le cri final de l’Apocalypse : « Viens, Seigneur Jésus ! »

Voilà donc pour ce magnifique ch. 17 du Livre des Nombres, le Libre du MiDeBaR. Je vous en souhaite une bonne lecture. Nous verrons la suite la prochaine fois. Je vous remercie.
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