Le peuple s’est révolté contre YHWH en déniant le sacerdoce à ‘AHaRoN et à ses fils. Il est donc voué, dans le cadre de l’Alliance, à disparaître. D’où lui viendra le secours ?
Transcription du texte de la vidéo : (Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/message/nb-33-au-secours.html) Tous droits réservés. Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article ______________________________________________________________Bonjour,
Nous ouvrons aujourd’hui le ch. 18 du livre des Nombres. Alors en réalité, il faut lui raccrocher les deux derniers versets du ch. 17 qui contextualisent ce chapitre en résumant les deux précédents qui avaient affirmé certes la sainteté du tout le peuple, mais une sainteté qui ne pouvait pas faire fi pour autant du sacerdoce institué de ‘AHaRoN. Je vous rappelle la dynamique : la sainteté est le fruit de la rencontre nuptiale entre YHWH et son peuple dans la mesure où d’une part le peuple se maintient pur selon les MiTsVoT ; et où d’autre part, dans le cadre de cette pureté rituelle, le peuple s’élève vers YHWH par les Offrandes du MiShKâN opérées par la médiation du sacerdoce lévitique. Sauf que pour le moment, dit le v. 28, si les Fils d’Israël font mine ne serait-ce que de s’approcher par eux-mêmes du MiShKâN, ils meurent ! Comme quoi il ne suffit pas que la frappe cesse pour reprendre les habitudes comme si rien ne s’était passé… Une faute a été commise et doit être expiée rituellement, on l’a vu au début du livre du Lévitique.
Il faut se rendre compte ici de la panique : si les Fils d’Israël ne peuvent plus apporter d’offrandes, ils ne peuvent plus être élevés à la rencontre de YHWH ! Donc ils ne sont plus un peuple saint puisque YHWH ne peut plus leur communiquer cette sainteté qui n’est, redisons-le, que le fuit de la rencontre entre YHWH et son peuple par le moyen des Offrandes. C’est une manière fulgurante de réaffirmer que le peuple ne saurait être saint sans le sacerdoce institué, puisque sans le sacerdoce, c’est le chemin de la vie qui disparaît :
« Nous allons à la mort ! Nous disparaissons ! Nous disparaissons ! » crient-ils. C’est-à-dire que la communauté disparaît du concert des nations : la « disparition » constitue par ailleurs la sanction de tout peuple qui s’oppose à Israël et à son Sanctuaire, comme par ex. l’oracle d’Ézéchiel contre Tyr :
« Puisque Tyr a dit contre Jérusalem : “Elle est brisée la Porte des peuples, l’opulente est en ruines !” Eh bien ainsi parle ‘ADoNaï YHWH : [les princes] chanteront un chant funèbre : “Comment as-tu pu disparaître, ville illustre ?” » (Éz 26,2.17) C’est le même verbe : donc attention, les nations n’ont pas intérêt à toucher à la prunelle de l’œil de YHWH, comme disait saint Bernard de Clairvaux ! À cette différence qu’ici, Israël en s’opposant à YHWH et à Moïse, a suscité lui-même SA PROPRE disparition ! Alors, dans un tel cas, quel va être le recours ?
Eh bien, dit le ch. 18, le recours est précisément ce sacerdoce que vous avez vous-mêmes voulu faire disparaître ! Et là, on nous redit — voyez combien le texte insiste, tellement la chose est importante : le sacerdoce en Israël n’est aucunement un privilège ! Le sacerdoce ne consiste pas uniquement à offrir les sacrifices avant de faire la fête, mais bel et bien à PORTER LA FAUTE DU PEUPLE, une expression qu’on avait déjà rencontrée au ch. 7 du Lévitique : « Nâ
Ssâ‘ Ha“aWoN, « Lever la FAUTE » au sens où on LÈVE une charge, où on la SOULÈVE, donc où on la PORTE vers YHWH, une expression loin d’être isolée puisqu’on retrouve une quarantaine de fois dans l’AT, en particulier dans les textes des rédaction sacerdotale. Et redisons-le, cette expression touche une dimension essentielle pour des chrétiens dans la mesure où quand Jean-Baptiste, dans l’évangile selon Jean — le plus juif de tous les évangiles ; quand Jean-Baptiste, donc, désigne Jésus comme
« L’Agneau de Dieu HaNNoSsa‘ Ha“aWoN Hâ“OLâM =
qui porte la faute du monde » — et non pas simplement qui l’ “enlève” comme le rend si malhabilement la traduction française de la liturgie eucharistique —, Jean ne fait qu’anticiper l’épître aux Hébreux qui désignera le Christ Jésus comme GRAND-PRÊTRE, comme KoHéN GaDoL pour cette même raison ! J’espère qu’on arrive à voir à quel point la ToRaH est au fondement même de l’être sacerdotal du Christ, même d’un point de vue lévitique ! Il ne suffit pas d’invoquer le sacerdoce de Melkisédeq pour s’en sortir en disant que celui du Christ est d’une autre nature ! Il y a des tas d’éléments du sacerdoce LÉVITIQUE qui rejaillissent sur le sacerdoce du Christ Jésus, et notamment cette dimension propre de la MISSION de ce sacerdoce qui consiste à PORTER la faute dans la lumière de YHWH pour en conjurer l’effet mortifère et que le peuple tout entier n’oublie jamais qu’il ne tient son élection QUE de la Miséricorde de YHWH !
Au demeurant, c’est le sens des noms de chaque tribu que porte le KoHéN GaDoL sur les épaulettes de l’EPhoD — on l’avait évoqué au moment de la confection de son vêtement, en Ex 28 ; le KoHéN GaDoL — le Grand Prêtre — PORTE sur ses épaules le poids de la faute des tribus envers YHWH, manière d’affirmer que le sacerdoce est au service de la VIE imméritée du peuple. Un peuple qui se sait élu, certes, mais qui se sait non moins pécheur. Un peuple qui se sait être un peuple à la nuque raide mais qui ne cherche pas pour autant à voiler sa faute comme le font les nations toujours promptes à réviser l’histoire pour donner à croire à une imaginaire perfection et se donner ainsi des raisons, fussent-elles iniques, d’exister — et là, je ne vous parle pas seulement des grandes idéologies meurtrières du XXe siècle qui ont engendré les deux guerres mondiales, mais bien l’idéologie contemporaine qui n’hésite pas à rendre esclave ses propres enfants pour sauvegarder les privilèges quasi-sacerdotaux de la nouvelle aristocratie énarquienne. Or redisons-le : pour la ToRaH, l’élection consiste non pas à choisir des maîtres ou des surhommes mais des hommes HUMBLES — en français, c’est normalement un pléonasme — ; des hommes HUMBLES donc qui, se sachant appartenir à un peuple pécheur, décident de rester à l’écoute de YHWH dont ils ont appris à se savoir inconditionnellement aimés. Un surhomme ne compte jamais que sur lui-même et ne peut baigner que dans l’orgueil ; le pécheur, lui, sachant ne rien mériter par soi mais trouvant sa fierté à être l’objet de l’attention miséricordieuse de YHWH, non pour s’en vanter mais pour savoir se relever et se remettre en marche ; un tel pécheur saura se rendre disponible à l’élévation vers YHWH par l’accomplissement humble mais sûr des commandements, des MiTsVoT prescrites par la ToRaH. Dit autrement, si ces MiTsVoT sont accomplies par orgueil, elles détourneront de YHWH au lieu de l’en rapprocher parce qu’elles maintiendront l’homme prisonnier de lui-même et de ses mensonges. Si elles sont accomplies en revanche par une âme humble, qui a suffisamment vécu pour savoir que sans le secours la miséricorde de YHWH, nul homme ne peut en vérité prétendre à rien ; alors chez un tel homme, le travail des MiTsVoT le préparera fièrement à la Rencontre avec YHWH. C’est la parabole de Jésus sur la prière du pharisien et du publicain…
Voilà le grand message de la ToRaH pour ainsi dire : « Nous ne sommes pas un peuple meilleur que les autres ! Nous sommes un peuple pécheur, nous avons renié YHWH, mais nous avons mis notre espérance dans sa Miséricorde inconditionnelle et c’est elle qui nous a remis en marche, qui a inscrit en nous la vraie liberté ! Seule la Miséricorde de YHWH rend LIBRE parce qu’elle chasse le faux orgueil et permet d’être sans peur dans la vérité ! Jésus ne dira pas autre chose, toujours en saint Jean :
« La VÉRITÉ vous rendra LIBRES » (Jn 8,32). Ce qui signifie que, dans le fond, cette élévation est avant tout un fruit de la CONVERSION ! Un acte de RETOUR à YHWH. Un unique désir de rencontrer YHWH dans la mesure où, dans l’humilité, on a saisi que cela seul était essentiel — tout le livre du Lévitique ne dit que ça.
Alors poursuivons la lecture : les v. 2 à 4 instituent le service des LéVîiM sous les ordres de ‘AHaRoN. Bon, alors on l’a déjà évoqué : en fait, dans l’histoire et dès David, d’après le livre d’Esdras, le bas service du Temple de Salomon a été confié à des incirconcis, à des GoYîM. C’est le grand reproche que fait Ézéchiel à son peuple au ch. 44 de son livre :
« Tu diras à la maison de la rébellion, à la maison d’Israël : Ainsi parle ADoNaï YHWH : C’en est assez de toutes vos abominations, maison d’Israël ! Vous introduisez des étrangers incirconcis de cœur et incirconcis de chair pour être dans mon sanctuaire, pour profaner ma Maison quand vous présentez ma nourriture – la graisse et le sang. Ils brisent mon alliance par toutes vos abominations ! Vous ne gardez pas maintenu la garde de mes sacrements, mais vous les avez mis à votre place comme gardiens de ma garde dans mon sanctuaire. Ainsi parle ADoNaï YHWH : Aucun étranger, incirconcis de cœur et incirconcis de chair, n’entrera dans mon sanctuaire ; aucun étranger qui est au milieu des fils d’Israël. » (Éz 44,6-9) La suite va remettre ce bas service du Temple dans les mains des LéVîiM, c’est-à-dire tout ce qui fait la vie du sanctuaire : ouverture des portes, gestion du bois, de l’eau, nettoyage, etc. Du coup, à la lumière d’Ézéchiel, le rédacteur sacerdotal comprend que c’est dès le début, depuis la fondation du culte mosaïque que les LéVîiM auraient dû conserver le service du MiShKâN, et c’est donc ce qu’il raconte ici.
Et le v. 5 de confirmer la mission du sacerdoce en Israël : alors même que ce peuple est un peuple rebelle, toujours tenté de mettre en cause les institutions vitales de la ToRaH de Moïse pour de purs motifs de jalousie ; un peuple qui mériterait d’être frappé comme l’ont été par ailleurs les Égyptiens, voilà, nous dit-on, que le SANG des Offrandes de l’autel selon les ordonnances de YHWH sera le rempart contre la sanction encourue. C’est très fort ! Le v. 6 quant à lui reprend l’institution des LéVîiM, non plus seulement cette fois comme adjoints mais comme DONNÉS, N
eTouNîM, à YHWH pour le service du MiShKâN. Alors là c’est un peu compliqué : les LéVîiM sont au service du MiShKâN « vers ‘AHaRoN », dit littéralement le texte, c’est-à-dire aux côtés des prêtres ; des prêtres à qui, dit le v. 7, est DONNÉ — même verbe — le sacerdoce comme SERVICE spécifiquement liturgique auprès de l’Autel des Offrandes et à l’intérieur du MiShKâN proprement dit. Et à nouveau le précepte : ne vous avisez pas de confier l’une quelconque de ces tâches exclusivement DONNÉES aux LéVîiM et à ‘AHaRoN, à des étrangers, c’est-à-dire des étrangers à l’alliance, des « incirconcis » comme dit Ézéchiel. Vraiment, Israël a une tâche spécifique au milieu des nations qu’elle ne peut en aucune manière leur déléguer : n’oublions pas qu’il s’agit de révéler aux nations le Dieu libérateur, YHWH, le Dieu sauveur et de leur montrer la route de l’union à YHWH. Mais pour ce faire, Israël doit se mettre à l’écoute de YHWH pour que YHWH puisse travailler son peuple de l’intérieur, jusqu’à l’humilité la plus prononcée ; mais une humilité qui sera en réalité une force prodigieuse qui fera traverser à Israël toute l’histoire humaine alors même que les nations, ignorantes de l’élection, auront peut-être chacune leur heure de gloire, mais disparaîtront toutes à un moment ou à un autre. Donc au milieu de toutes ces élévations et ces effondrements des pouvoirs humains, un peuple reste debout, non pas pour imposer sa superbe mais pour témoigner humblement et fièrement de la puissance de l’élection en termes de VIE. Dit autrement, si Israël parvient à rester fidèle à la ToRaH de YHWH par le sacerdoce que Moïse a institué, même s’il ne subsiste à un moment ou à un autre qu’un tout petit reste fidèle, tel une flammèche, YHWH ne l’éteindra pas comme dit le prophète Isaïe au ch. 42, de sorte que le moment venu, notamment lors de la Délivrance Finale, la VIE embrasera le peuple tout entier, toutes générations confondues, et les nations avec lui.
En attendant, il faut être fidèles. On ne comprend pas tout ?
« Écoutez, et vous vivrez ! », ça, ce sera le grand appel du prophète Isaïe au ch. 55 de son livre, au v. 3. Eh oui, sauf qu’écouter, ça s’apprend, ça prend du TEMPS et ça passe par tous les événements que le livre des Nombres est en train de nous raconter, comme ces racines qui sont plantées pour que l’arbre, malgré les courants contraires qui l’assaillent comme dit le Ps 1, ne vacille pas. C’est ça, s’enraciner dans les figures de la ToRaH : tous ces événements douloureux, les pères les ont vécus POUR NOUS, leurs enfants, pour nous dire : YHWH a tracé pour nous un chemin de VIE ! Nous avons eu du mal à le discerner, à le trouver, mais nous voulons pourtant vous transmettre notre espérance et notre fierté d’être sauvés par la Miséricorde de YHWH, parce que vraiment, ça vaut le coup ! Ce que nous n’avons pas su écouter, vous, vous saurez l’entendre, et cela seul suffit pour que nous soyons TOUS pris dans le chemin de l’ÉLÉVATION et de la Délivrance finale en vue de l’union éternelle avec YHWH. Jésus le dira très bien :
« Les rois et les prophètes auraient voulu voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu ; écouter ce que vous écoutez et ne l’ont pas écouté. » Ceci dit, si le chemin s’ouvre en Christ, ça n’est pas pour Lui uniquement, ça n’est même pas uniquement pour l’Église qui naîtra de lui, mais c’est aussi pour toutes les générations qui ont précédé et de qui Jésus se reçoit en plénitude ! Jamais Jésus n’a renié son ascendance juive, pas plus que nous, chrétiens, ne pouvons renier nos racines spirituelles juives ! Tout ce que nous sommes en train de lire, y compris ce qui est le moins glorieux, c’est pour nous que ces hommes et ces femmes l’ont raconté de manière transparente, pour que nous choisissions avec eux d’espérer toujours ! Nous devrions leur en être d’autant plus reconnaissants.
Donc je vous laisse sur ce passage que j’aimerais que vous lisiez avec une profonde gratitude pour nos pères dans la foi. Si nous voulons nous-mêmes nous enraciner dans le sacerdoce du Christ comme un rempart de Miséricorde édifié contre la mort programmée du péché, il faut que nous lisions patiemment et attentivement tous ces passages qui enracinent notre foi. Grâce à nos pères, nous sortons ainsi d’une foi purement portée par des idées — au demeurant largement païennes et très souvent révoltées vis-à-vis d’institutions que nous n’arrivons plus à comprendre, non pas parce qu’elles sont dépassées mais parce que NOUS ne sommes plus assez enracinés dans le terreau qui les a fait naître. Donc remédions à ce déficit d’enracinement : c’est l’objet de tout le travail que nous faisons ensemble avec La Bible en Tutoriels. Dans cette optique, je vous souhaite donc une bonne lecture de ces quelques versets qui commencent le ch. 18. Nous verrons la suite la prochaine fois. Je vous remercie.
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