01-11-2017

[Nb] 34 - Le revenu des prêtres et des LéVîiM

Numbers 18:8-32 par : le père Alain Dumont
YHWH est « l’Héritage » des prêtres du Sanctuaires tandis que la dîme sera celui de tous les autres Fils de LéVY. Quel est le sens de cet « Héritage » ? N’oublions pas que les Fils de LéVY n’ont pas de droit de propriété sur la Terre de la Promesse.
Duration:19 minutes 33 secondes
Transcription du texte de la vidéo :
(Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/message/nb-34-le-revenu-des-pretres-et-des-leviim.html)
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous poursuivons aujourd’hui notre lecture du ch. 18 du livre des Nombres à partir du v. 8. Il va être question, jusqu’au v. 32, du revenu des prêtres et des LéVîiM.  Alors on va dire les choses rapidement : on trouve chez le prophète Ézéchiel ce même souci d’un revenu des prêtres qui s’inspire de ce qui existe partout ailleurs dans les cultes mésopotamiens, donc à nouveau, le lien avec la culture babylonienne au cours de l’Exil pèse ici de tout son poids. Ceci dit, un revenu devait de toute manière être pris en compte dès la fondation du Temple avec Salomon, à savoir une part des sacrifices, tout ce qui est explicitement et entièrement voué au Temple, le meilleur des prémices et des redevances, le meilleur du froment offert au sanctuaire, etc. On trouve ça en Ez, ch. 44, v. 29 et 30 que les dispositions du ch. 18 du livre des Nb vont juste plus détailler.

Alors rapidement là aussi : concernant les prêtres tout d’abord, ceux-ci se nourrissent des sacrifices et des oblations qu’apporte le peuple. Les ch. 6 et 7 du Lévitique ont déjà précisé la part qui, dans chaque cas, revient au prêtre et on retrouve en gros la même chose ici à quelques variantes près. L'entretien des LéVîiM d’autre part est assuré par la dîme, Ma“aSséR, qui est prélevée en Israël sur le blé et sur le vin nouveau. Une dîme de cette dîme est retenue comme un prélèvement pour YHWH et versée aux prêtres. Là, il s’agit bien évidemment de la mise en place d’un véritable impôt en faveur du clergé, mais en soi, ça n’est pas surprenant outre mesure : c’est exactement ce qu’on avait en Égypte où chaque sanctuaire important était un véritable état dans l’état ! Rappelez-vous le sanctuaire mémorial de Ramsès III : on estime à près de 80 000 les personnes à son service de sorte qu’avec son administration, ses réunions cultuelles, ses repas, ses adoubements, il était évidemment capable d’exercer un lobbying des plus actifs au plus haut sommet de l’État. On a le même schéma ici, à la différence près que Pharaon a un statut religieux que n’auront jamais les rois en Israël. Mais en attendant, ce sont bien les conditions de fonctionnement d’une institution autonome qui sont établis ici. Alors maintenant, quelle application réelle tout ça pourra-t-il avoir dans l’histoire, ça restera à développer en son temps. N’oublions pas que ces versets instituent au temps de Moïse une discipline qui s’inspire pour une part sans doute de pratiques datant de l’époque royale, mais surtout d’une vision plus tardive portée par des prophètes comme Ézéchiel ou Isaïe en vue d’une RESTAURATION de la souveraineté d’Israël, une restauration qui passe bien évidemment par la reconstruction du Temple de Jérusalem et de son administration. Alors je vous le redis : ces prescriptions, qui sont vraiment impressionnantes à lire parce qu’on sent ici tout un mouvement convergeant vers le MiShKâN ; ces prescriptions donc sont certes tardives quant à leur rédaction, mais les rédacteurs sacerdotaux n’en ont pas moins profondément conscience d’être fidèles aux prescriptions qui remontent à Moïse. Ce qui explique pourquoi tout ça est positionné dans ce temps mythique du désert, du MiDeBaR : tout ça est le fruit d’une fidélité retrouvée à la ToRaH, sachant que sa mémoire perdue au fil des siècles d’une part par la royauté d’Israël — les 10 tribus du Nord —, puis d’autre part par la royauté de Juda a été, toujours d’après la lecture de ces rédacteurs sacerdotaux, à l’origine de l’Exil ! Donc il s’agit ici de reconstruire un modèle de société qui ne retombe pas dans le piège de l’oubli, en s’enracinant dans une ToRaH qui, même si elle n’a certainement pas pu être rédigée en l’état par Moïse, se veut néanmoins absolument fidèle à son esprit. Et c’est ça qui compte ! C’est ça qui fait que cette ToRaH n’est aucunement une institution obsolète ! La rédaction se veut résolument contemporaine de l’histoire vécue par chaque génération d’Israël jusqu’à aujourd’hui. La ToRaH n’a pas pour objectif de se contenter de gérer un petit peuple de Bédouins égarés dans le désert, quitte à reporter sans discernement les lois de la vie nomade sur celles d’une vie sédentaire une fois installés en Terre Promise ! La ToRaH assume un développement organique et naturel de la pensée de Moïse née certes dans le MiDeBaR, mais mise en forme à l’époque de l’Exil pour permettre aux descendants de ce peuple, tout sédentaires qu’ils soient devenus, de garder ce qui fait son âme — sa NèPhèSh — depuis le commencement.

Et dans le fond, comprendre ça permet d’assumer complètement l’accomplissement qu’en proposera le Christ Jésus concernant les nations ! On pourrait résumer les choses ainsi : est-ce que dès Moïse, tout ce système de sacrifices et de revenus est aussi explicitement en place que le déploient les livres du Lévitique et des Nombres ? Assurément pas ! Néanmoins, en articulant tout ce système, les auteurs exiliques ont absolument conscience qu’ils sont dans le droit fil des institutions qui remontent à Moïse. Eh bien : le Christ Jésus s’inscrit dans la même dynamique : en articulant toute cette ToRaH autour du commandement : « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés », en Jn 13,34, il a conscience qu’il est dans le droit fil des institutions qui remontent à Moïse dont il accomplit la mission, à savoir révéler le Nom du DIEU Sauveur à toutes les nations.

Bref. Alors, maintenant qu’on a compris cette dynamique, vous lirez tout ça d’un seul tenant. Je voudrais seulement attirer ici votre attention sur quelques points du texte. Le centre des v. 8 à 19 concernant les revenus des prêtres, des KoHaNîM, est constitué par les v. 11 à 14 qui livrent la marque même de la bénédiction liée à l’élection à travers la séquence caractéristique de l’huile fraîche, du vin nouveau et du froment. Or c’est ça que vise le texte. Un lecteur contemporain aurait vite fait de considérer ces mesures comme validant des privilèges indéfendables d’une caste supérieure sur le dos des autres, mais c’est juste une lecture anachronique ! Ce qui est dit ici, c’est que la fidélité du peuple au culte de son DIEU entraînera la bénédiction dans l’Alliance ; dès lors, cette dîme n’est en rien un prélèvement de servage mais la juste rétribution des prêtres serviteurs de YHWH au milieu d’un peuple qui bénéficie grassement des bénédictions de la terre en raison de sa fidélité ! Maïmonide a d’ailleurs ici des formules très fortes pour aiguiser cette fidélité : « L’homme doit offrir ce qu’il a de meilleur et de plus choisi dans le domaine de ce qu’il offre : s’il offre une maison de prière, dédiée à YHWH, celle-ci doit être plus jolie que sa propre demeure ; s’il nourrit un pauvre, il lui faudra prélever sur sa table ce qu’il a de plus suave et appétissant ; s’il donne des vêtements à un homme qui en manque, qu’il l’habille de ce qu’il trouvera de plus beau ; si enfin il consacre quelque chose au Sanctuaire, qu’il le choisisse parmi ses biens ayant le plus de valeur car la ToRaH dit : « tout le meilleur de l’huile, tout le meilleur du vin et du froment. » (in Elie Munk, La Voix de la ToRaH (1991), « Nombres », p. 182). Donc voyez : il s’agit d’un projet vraiment très élevé de société qui est inclus dans ces prescriptions qui, dans une lecture rapide et purement horizontale, semblent ne parler que du revenu des KoHaNîM telle une caste qui se ménagerait le meilleur de la crème ! Mais il n’en est rien dès lors qu’on entre dans la dynamique de l’espérance qui est au cœur de l’Alliance.

Quant aux revenus des LéVîiM, des v. 20 à 32, c’est vrai qu’ils perçoivent la dîme des Fils d’Israël, mais attention, parce que le centre de cette unité, à la fin du v. 24, dit bien qu’ils n’ont aucun héritage sur la terre de KaNa“aN ! S’il s’agissait de percevoir l’impôt pour ensuite pouvoir s’acheter des domaines, des propriétés et mener la vie de château à l’instar des hauts-fonctionnaires de tous poils, on pourrait s’interroger à bon droit. Mais ici, les LéVîiM ne peuvent rien acheter avec cette dîme dont ils reversent d’ailleurs encore 1/10e aux KoHaNîM ! Donc toute cette dîme est en fait dévolue au service du Sanctuaire. Ceci dit, le v. 20 a une formulation intéressante : YHWH se désigne comme « l’Héritage de ‘AHaRoN et de sa descendance », tandis que l’héritage des LéVîiM, ce sont les dîmes d’Israël. En fait, ça signifie somme toute une chose assez simple : dire que YHWH est l’Héritage des KoHaNîM — qui, rappelons-le, normalement, n’ont pas de territoire à eux en KaNa“aN puisqu’ils sont tous des LéVîiM —, ça veut dire que l’héritage, ou le salaire des prêtres sera comme une rétroversion des dons faits à YHWH : donc ça passe par YHWH, par le haut si vous voulez, avant d’être donné aux prêtres comme nourriture ou comme choses saintes — rappelons-nous ici toutes les prescriptions du livre du Lévitique ; alors que le salaire des LéVîiM sera, lui, directement le fruit de la dîme des Fils d’Israël, par le bas pour ainsi dire. Mais quoi qu’il en soit encore une fois, aucun enrichissement n’est possible du fait que les LéVîiM, quels qu’ils soient, n’ont pas le droit à la propriété. Et David l’a bien compris dans le Ps 16(15) : « Garde-moi, ‘ÈL, car je m’abrite en Toi ! J’ai dit à YHWH : “Tu es ‘ADoNaï, mon bonheur n’est rien sans toi !” […] YHWH, mon lot patrimonial et ma coupe, c’est Toi qui soutiens mon sort. Les cordeaux sont échus pour moi dans les délices : mon héritage m’enchante. Je bénis YHWH qui me conseille, la nuit, même mes reins m’instruisent. Je place YHWH devant moi ; il est à ma droite, je ne serai pas ébranlé. Aussi mon cœur se réjouit-il et ma gloire jubile, ma chair elle-même demeure en sécurité car Tu n’abandonneras pas ma NèPhèSh au Shéol, Tu ne laisses pas ton fidèle voir la fosse. Tu me feras connaître la voie de la Vie, la satiété de joies près de ta Face, les délices à ta droite à jamais ! » (Ps 16(15)) Voilà. Pour parler comme Jésus vis-à-vis de Marie, la sœur de Marthe, les KoHaNîM et les LéVîiM bénéficient en quelque sorte de la meilleure part. Mais cette part a un coût : ni les uns ni les autres ne sont propriétaires de rien, entièrement dépendants de YHWH comme des époux peuvent l’être l’un de l’autre, et en ce sens, ils sont un signe pour tout le peuple. Un peu comme les prêtres ou les religieux de l’Église sont un Signe au milieu de leurs frères, ne possédant rien, pas même une famille, sinon Jésus pour seul Héritage. Ce qui explique qu’une dîme soit demandée par l’Église aux membres de son peuple, sans que cela signifie que l’Église soit « riche » pour autant. La collecte de cet argent est en vue du service cultuel dont elle a reçu la charge et participe aux œuvres de charité qui sont la marque des chrétiens. Comme quoi, là encore, ce texte apparemment purement administratif fonde les aspects très concrets de la vie de l’Église qui ne fonde pas ailleurs que dans la ToRaH les tenants de son propre fonctionnement au milieu des nations. Encore une manière de montrer qu’elle se reçoit à son tour de Moïse par le Christ Jésus, non pour supplanter le peuple juif mais pour le rejoindre, selon le projet même de la ToRaH de YHWH depuis le commencement du monde. Personnellement, c’est ça que je trouve fascinant dans l’Église : cette dynamique d’accomplissement qui oblige les nations  à se prononcer pour ou contre le primat de YHWH, pour ou contre le primat d’une charité qui place YHWH comme le seul Héritage pour que les biens de ce monde ne fassent pas l’objet de l’appropriation de quelques-uns se jouant de la misère de tous les autres ! C’est un accomplissement de la Justice par lequel YHWH reconnaîtra les siens ! Et encore une fois, on voit comment, ici, par le Christ Jésus, l’Église ne se reçoit pas d’un autre patrimoine, d’une autre mémoire que de la ToRaH de Moïse.

Voilà donc pour lire ce passage a priori rébarbatif, mais en définitive d’une haute portée spirituelle à travers les revenus par lesquels YHWH veille à ce que ceux qui sont consacrés à son service ne tombent pas dans la misère. Sous cet angle, ce chapitre ne manque pas de noblesse. Je vous en souhaite donc une bonne lecture. Nous verrons la suite la prochaine fois. Je vous remercie.
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