03-12-2017

[Nb] 41 - Sur le Plateau de MO‘âV

Numbers 21:10-35 par : le père Alain Dumont
Israël se met en marche et progresse jusque sur le Plateau de MO‘âV, mais manifestement, les nations qui occupent ce territoire vont tout tenter pour le repousser ! YHWH mobilise donc son peuple en lui signifiant que cette occupation est juste, en sorte que conforté par une telle promesse, Israël va voler de victoire en victoire sur toute cette partie de la Transjordanie.
Duration:19 minutes 32 secondes
Transcription du texte de la vidéo :
(Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/message/nb-41-sur-le-plateau-de-mo-av.html)
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous poursuivons la lecture du ch. 21 du livre des Nombres et là, c’est parti, on avance enfin dans le désert en direction de la Terre de la Promesse. Enfin… en direction de la Terre, c’est vite dit ! Pour l’instant, le peuple part paradoxalement vers le sud pour contourner les territoires de ‘ÉDOM suite au refus de la population de laisser passer Israël sur son territoire ! Ça impose donc à Israël un grand détour avant de remonter vers le Nord et de rejoindre les steppes de MO‘âV. Sur ce parcours, il semble que les Fils d’Israël n’aient pas rencontré de résistance particulière, ce qui est historiquement tout à fait possible : en dehors de deux ou trois localités, le territoire de MO‘âV à cette époque était dépourvu lui aussi — comme pour ‘ÉDOM — de véritables installations sédentaires ; donc le peuple s’est juste mêlé aux nomades qui n’étaient pas organisés pour les rejeter. En revanche, au-delà de la rivière du ‘AReNON, Israël rencontre les AMORITES et là, c’est plus violent. Les Amorites sont un peuple difficile à cerner historiquement parlant, mais les documents de l’époque et jusqu’à l’Exil les mentionnent explicitement. Ils sont répartis à la fois sur la Transjordanie, c’est-à-dire à l’Est de la Mer de Sel, et sur la Cisjordanie. Toujours est-il que là, dit le v. 16, YHWH « donne » un puits — Be‘éR, d’où le nom du lieu. C’est un verset très important que le texte signale en l’entourant de deux citations : une d’un document absolument inconnu par ailleurs, le Livre des guerres de YHWH ; alors pas d’affabulations ici, la question n’est pas la guerre sainte qui est un concept juste inconnu de la ToRaH. Le terme désigne essentiellement les combats défensifs, pour ainsi dire, au sens où Israël défend son existence et son indépendance contre les agresseurs extérieurs. On ne va pas s’étendre sur la question. Ce qui est le plus important, c’est le v. 16 que cette citation introduit et qui mentionne le don d’un puits. Alors comme ça, vu de notre époque, on se dit : ok, YHWH donne un puits, et alors ? Et alors c’est juste essentiel, parce que le don d’un puits pose un droit sur la terre ! Donc les guerres qui auront lieu sur ce territoire seront bel et bien des « guerres de YHWH » ! Il ne s’agit pas cette fois de donner un puits pour répondre à la soif du peuple mais pour signifier que cette terre est la leur : c’est un ACTE DE PROPRIÉTÉ ! Et là, on peut vraiment dire que les Fils d’Israël sont sortis du désert. Ceci dit, comme l’évoque tout ce contexte, ce ne sera pas pour se la couler douce, mais pour combattre ! Et ça ne sera pas facile, croyez-moi ! Mais quoi qu’il en soit, le ton est donné.

Du coup, les v. 17 et 18 sont beaucoup moins énigmatiques. D’une part on l’a dit, ils forment avec les v. 14 et 15 une citation qui encadre le v. 16 pour bien signifier son importance ; d’autre part et dans le même sens, ils célèbrent le don de YHWH qui signe par ce puits le don de la terre aux Fils d’Israël. Alors quel est le sens de ce chant ? Non pas tant la prise d’un puits qui aurait été creusé par d’autres que la RECOUVRANCE d’un puits qui a été creusé par les pères. C’est très clair quand on lit le Targum : « Alors Israël chanta ce poème de louange : “Monte, puits !” lui chantaient-ils, et celui-ci montait. Le puits que les princes du monde, Abraham, Isaac et Jacob ont creusé autrefois ; les hommes avisés du peuple l’ont achevé, 70 sages qui avaient été mis à part, les maîtres d’Israël , Moïse et Aaron l’ont mesuré avec leurs bâtons. Et du désert, un don leur a été donné. » (Targum Neofiti 21,17-18). Je vous passe les autres développements qui relèvent plus de la légende dorée qu’autre chose et que reprendra le traité SouKaH du Talmud. Ce qui importe ici, c’est qu’il ne s’agit pas d’une prise de guerre mais, on vient de le dire, d’une RESTITUTION, d’un retour à une propriété ancestrale qui, d’elle-même, n’a jamais été abrogée. D’autres en ont pris possession pendant le séjour en Égypte des fils de ‘AVeRâHâM, mais de soi, cette terre reste marquée charnellement par la promesse de YHWH faite à ‘AVeRâHâM et à ses descendants. C’est donc, nous dit le texte, un véritable retour chez soi au sens fort qui témoigne du sentiment qui habite profondément les rédacteurs au moment où ils rédigent le livre, c’est-à-dire au moment où se profile le retour d’Exil depuis Babylone, 60 0 ans plus tard. Mais c’est aussi confirmé par l’historiographie dans la mesure où l’on sait, avec Joseph Davidovits, que cette arrivée du peuple avec Moïse n’est possible que parce qu’il sait que depuis l’époque de Joseph-Aménophis, la frontière nord de l’Égypte est confiée à la garde de lointains cousins d’‘AVeRâHâM. Par ailleurs, c’est dans cette même région qu’étaient venus se réfugier les iisii-r-iar après la mort de AKhéNaTôN, les artisans formés à l’école de Joseph et que le clergé de AMÔN avait exilés — je vous renvoie aux vidéos d’introduction sur la personne de Moïse. Enfin bref. Toujours est-il que les Fils d’Israël savent de mémoire séculaire que cette terre ne leur est pas étrangère et qu’ils ne font somme toute que récupérer un bien qui a été DONNÉ à leurs pères et qui reste leur héritage. Voilà en tout cas de quoi motiver les troupes ! Leur quête est légitime, et voilà en propre ce qui constitue une « guerre de YHWH », c’est-à-dire une guerre JUSTE. Thème important aujourd’hui s’il en est.

Bien. Là-dessus, à partir du v. 21, le peuple continue sa montée, toujours plus au Nord. En même temps, ce territoire n’est pas vierge et donc il va falloir s’annoncer à SiH.oN, le roi des Amorites qui étend semble-t-il son territoire depuis le ‘ARNoN jusqu’au YaBoQ — le YaBoQ, rappelons-nous, c’est cette rivière au bord de laquelle Ya“aQoV a combattu le messager de YHWH de qui il a reçu le nom de YiSeRâ’éL, Israël. Alors là je vous passe les commentaires rabbiniques qui partent dans des considérations complètement fantasmagoriques, faisant de SiH.oN un Géant ayant échappé au déluge de l’époque de Noé… Là, on n’est plus dans le mythe, on nage carrément dans l’affabulation la plus surprenante de la part d’esprits supposés éclairés. D’autant plus étonnant que RIEN dans le texte de donne de prise à ce genre d’interprétation qui relève plus du Seigneur des Anneaux que de la tradition vivante. SiH.oN est un roi Amorite, un point c’est tout et le seul fait d’en être victorieux suffit à faire entendre que la terre a vraiment été livrée aux mains du peuple d’Israël. Là est l’essentiel, inutile d’en rajouter pour se faire mousser.

Toujours est-il que le message qu’Israël envoie à SiH.oN est le même qu’aux Édomites, au v. 17 du ch. précédent. Remarquez par ailleurs que Moïse est absent de cet épisode, ce qui est le signe d’une véritable lutte qui est restée dans la mémoire lors de la pénétration d’Israël dans le pays… Cette fois donc, il va falloir livrer bataille : plus question de contourner quoi que ce soit, d’autant que depuis Be‘éR, depuis le Puits, les Fils d’Israël savent que cette terre leur a été donnée, ce qui n’était pas le cas de ÉDoM. Là, c’est vraiment l’installation d’Israël qui commence. Enfin !, serait-on tenté de dire… Moïse, redisons-le, est absent de l’événement, et ce jusqu’au v. 31, mais on peut en dire autant de YHWH… Quant au peuple, il est Israël dans cette partie, et non pas « la Communauté » ni même les « Fils d’Israël ». Israël, comme un seul corps. Comme si on nous disait : « Voilà, Moïse a fait monter le peuple d’Égypte, YHWH lui a redonné la terre, maintenant, à Israël en tant que nation de combattre pour mériter ce qui lui a été donné ! » Israël n’est pas un peuple d’assistés ! Il doit prendre sa part, et de ce point de vue, devenir enfin adulte, c’est-à-dire se lancer dans le monde, au milieu des nations, qu’il soit ou non attendu par elles. Son objectif n’est pas de plaire ou de séduire les nations, mais d’obéir aux commandements de YHWH en vue d’être une lumière brillant au milieu de ces mêmes nations. Donc : on y va ! Et là, on nous dit qu’Israël occupe tout le territoire des Amorites. Alors à nouveau, inutile de s’effaroucher ! On l’a déjà souvent dit, on est à une époque où les frontières n’arrêtent pas, d’année en année, de se redessiner ; la carte géopolitique est très mouvante : des peuples s’installent, d’autres arrivent, chacun avec son histoire, ses ambitions etc. Il n’y a pas ici à chercher ce qui est moral et ce qui ne l’est pas : ça ce sont des lectures de petits-bourgeois installés dans leurs prérogatives et qui ne comprendraient pas que quelqu’un arrive dans leur existence pour leur prendre la place. Or c’est une tout autre problématique qui est à l’œuvre ici : et puis les Amorites eux-mêmes ne sont pas des anges : comme toutes les nations, ils sont présomptueux et guerroyeurs et on aurait tort d’imaginer qu’eux-mêmes se soient installés sans violence sur le territoire qu’ils occupent jalousement : d’ailleurs, le v. 26 dit bien que SiH.oN avait conquis une partie du plateau de MO‘âV, donc la situation du pays était tendue indépendamment même des Israélites.

Alors voilà : on nous raconte qu’Israël prend toutes les villes une à une, avant que ne commence un poème du v. 27 au v. 30. Il semble qu’on ait à nouveau un extrait du Livre des Guerres de YHWH, cité au v. 14 et qui n’a d’autre but, après la conquête du plateau, que d’établir les frontières : en substance : Que MO‘âV ne s’avise pas de profiter de la situation pour vouloir récupérer le plateau ! Jusqu’à présent, c’était la chasse gardée de SiH.oN mais à présent, Israël a pris la relève ! La suite nous montre alors comment Israël conforte ses positions. Alors attention : quand le texte parler des « Filles de Ya“eZéR » — Ya“eZéR étant une ville de Transjordanie à la frontière de ‘AMMoN —, il s’agit des bourgades sous sa dépendance, et non des filles de son peuple. Restent alors les v. 34 et 35 qui heurtent encore notre sensibilité : comment YHWH peut-Il commander d’exterminer Og, le roi de BâShâN avec tout son peuple sorti pour faire la guerre ? Alors ici, attention aux mots : sortir « avec tout son peuple » signifie que le roi est sorti avec toutes ses troupes, et non avec les femmes et les enfants, quand bien même elles sortent, c’est vrai, au nom de tout le peuple de BâShâN. Notons une nouvelle fois que c’est bien Og qui sort faire la guerre, toujours pour affirmer ses frontières alors qu’il voit arriver un peuple nombreux de « migrants », dirait-on aujourd’hui, motivés pour habiter la place. Plutôt que de les accueillir pour les assimiler, Og préfère partir les combattre. Résultat : YHWH conforte le courage d’Israël : « N’aies pas peur ! », tant et si bien que les troupes de BâShâN sont décimées. Que serait-il advenu si Israël avait préféré faire des prisonniers ? Il les aurait réduit en esclavage, mais en avait-il seulement les moyens ? Le sort des prisonniers de guerre à cette époque était encore moins enviable que celui des cadavres laissés sur le champ de bataille ! Alors là encore, je laisse au MiDRaSh toutes ses affabulations rocambolesques façon Seigneur des Agneaux qui n’ont encore une fois aucun rapport avec le texte en lui-même. Retenons pour notre part qu’Israël a donc commencé sa conquête face aux nations qui ne voient vraiment pas d’un bon œil son installation. La suite nous montrera qu’ils chercheront à utiliser toutes les armes en leur possession, y compris les oracles de malédiction, mais nous verrons ça la prochaine fois. Je vous souhaite d’ici là une bonne lecture de cette seconde partie du ch. 21 du Livre des Nombres. Je vous remercie.
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