Petit chapitre de révision sur l’itinéraire de l’Exode. Pourtant, il ne s’agit pas d’un simple résumé. À travers cette reprise des étapes de 40 années de marche au désert, la ToRaH nous amène aux portes de la Terre Promise en nous convoquant à réfléchir sur nous-mêmes grâce au témoignage des pères. Car dans le fond, c’est en tant que leurs fils et leurs filles que nous recevons à notre tour leur héritage ! Qu’en ferons-nous ?
Transcription du texte de la vidéo : (Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/message/nb-54-quand-l-heure-est-venue-de-recevoir-l-heritage.html) Tous droits réservés. Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article ______________________________________________________________Bonjour,
Aujourd’hui, séance de révision : le ch. 33 du livre des Nombres va nous faire faire mémoire de l’ENSEMBLE du trajet dans le désert depuis le départ d’Égypte jusqu’à l’arrivée aux Steppes de MO‘âV ; il se présente donc comme un résumé des parties narratives des deux livres de l’Exode et des Nombres sous la forme d’un itinéraire, avec des formules stéréotypées dont on trouve des parallèles au Moyen-Orient dans les listes d’étapes qui ponctuent les campagnes militaires des rois assyriens.
Alors quand on cherche bien, on retrouve les marques du rédacteur sacerdotal : son vocabulaire, son souci de diviser le trajet en 40 étapes et celui de dater les événements :
« Ils sont partis de Ramsès, au premier mois, le 15e jour du premier mois », dit le v. 3 ;
« ’AHaRoN monta à Hor-la-montagne sur l’ordre de HaShèM et il y mourut la 40e année de la sortie des fils d’Israël de la terre d’Égypte, au 5e mois, le premier du mois », dit le v. 38. Voilà, ça c’est typique du rédacteur sacerdotal. Ce qui n’empêche pas les gloses et les surcharges dans un texte qui a été manifestement pas mal retravaillé. En même temps, ce ch. 33 n’est pas non plus qu’un simple résumé des récits de l’Exode et du désert. Par exemple il contient 16 noms inconnus par ailleurs provenant d’autres sources qu’on ne sait pas déterminer. Il présente plusieurs thèmes anciens comme la lutte de HaShèM contre les dieux d’Égypte au v. 4 ; quant à l’itinéraire, il n’est pas sans poser difficultés, etc. Tout ça manifeste l’utilisation de sources indépendantes regroupées ici, à la fois anciennes et en même temps complétées et puis systématisées, notamment par notre fameux rédacteur sacerdotal. Ce qui donne à terme un texte assez étrange.
Alors les premières étapes sont très semblables à celles du récit de l’Exode dont on reconnaît la plupart des noms, sans pour autant lui être complètement asservi. Ce serait un peu compliqué à détailler et du reste, pour nous, ça n’a que peu d’importance. Mais quoi qu’il en soit, au moment proche de la traversée du Jourdain, ça fait du bien de faire mémoire de ce qui a été vécu. Et on comprend bien le but : en rassemblant tout en une seule grande marche de l’Égypte au Jourdain, le sentiment du chapitre précédent se trouve renforcé, à savoir que le peuple forme un seul CORPS, avec une seule mémoire des mêmes épreuves traversées qui font de lui un peuple de frères, une FAMILLE : c’est donc EN S’APPUYANT LES UNS SUR LES AUTRES qu’on va vers la Terre promise. On songe ici à nouveau au verset du livre des Proverbes tel que la traduction grecque de la LXX l’a compris à partir d’une ancienne version de l’hébreu :
« Un frère appuyé sur un autre frère est une forteresse ! » (Pr 18,19)
Alors quand on parcourt cette litanie d’événements, de noms, de lieux etc., tous les souvenirs et les enseignements de l’Exode et des Nombres reviennent à la mémoire et c’est évidemment le but ! C’est juste de l’excellente pédagogie ! Les Targums de ce chapitre vont multiplier des localisations ignorées de la Bible mais qui appartiennent néanmoins à la tradition orale à l’époque de Jésus. Certains noms de lieux sont même traduits en noms communs pour autoriser des développements spirituels ; ou alors on explique, comme au v. 9. Le texte biblique dit ceci :
« Ils partirent de MaRaH et arrivèrent à ÉLîM. À ÉLîM, il y a douze sources d’eau et soixante-dix palmiers : ils campèrent là. » (Nb 33,9) Et le Targum explicite les affaires en disant :
« Il y a douze sources d’eau correspondant aux douze tribus d’Israël et soixante-dix palmiers-dattiers correspondant aux soixante-dix sages des enfants d’Israël. Ils campèrent là. » (Targum de Nb 33,9) Or voyez, cette manière de composer des correspondances symboliques va justement être reprise par les commentateurs juifs — et Jésus ne procédera pas autrement — de sorte qu’on a là l’origine de ce qu’on appelle l’EXÉGÈSE, c’est-à-dire l’origine de l’INTERPRÉTATION des textes sacrés : il ne s’agit pas seulement de lire ou d’analyser un texte pour lui-même : ce sont avant tout les correspondances intertextuelles qui font sens ! Ce qu’évidemment les auteurs chrétiens vont prolonger et étendre au Second Testament pour montrer les liens qui existent avec le Premier Testament. Par exemple, Saint Ambroise, au IVe siècle, après avoir compté les étapes de notre ch. 33 pour arriver à un nombre de 42 met ce nombre en lien avec la liste de 42 noms des ancêtres de Jésus en Mt ch. 1, v. 1 à 17, comme si chaque étape correspondait à un ancêtre, chaque ancêtre devenant lui-même une étape sur le chemin qui conduit à la naissance du Christ. Il reprend le principe de Paul — qui est en fait le principe de base de l’interprétation rabbinique :
« Ces choses sont arrivées pour eux en figure, mais elles ont été mises par écrit pour notre avertissement ! » (1 Co 10,11). À partir de là, à chacun de se mettre au travail pour découvrir comment ces avertissements sont délivrés, de manière codée, analogique, pour goûter le bonheur de la recherche, de la quête — ce qu’on appelle en hébreu le MiD
eRaSh, un sport qu’affectionnent autant les juifs que les chrétiens un tant soit peu chevronnés ! Car rien n’est évident dans les Écritures et c’est tant mieux ! La Bible n’est pas un manuel de recettes à appliquer sans réfléchir ! Ça c’est le piège des ignorants : on lit un passage et immédiatement, sans réfléchir, sans confronter ce qu’on lit à d’autres passages, on en tire une leçon de morale ! Si on se contente de cette lecture paresseuse, il ne faut pas s’étonner de la défection des rangs : c’est sentencieux, sans saveur et surtout d’un ennui abyssal ! Et c’est passer complètement à côté du fait que la Bible est un prisme de la vie, c’est-à-dire qu’elle diffracte la lumière de la vie en des milliards de nuances qu’il s’agit de rapprocher, de juxtaposer, de relier pour avoir une idée de la richesse que DIEU diffuse dans l’histoire des hommes à travers son Alliance. De ce point de vue, ce n’est peut-être pas par hasard que le signe de l’Alliance de DIEU avec Noé, c’est-à-dire avec tous les peuples de la terre, soit un ARC-EN-CIEL…
Alors oui : ça demande de travailler, d’observer, d’écouter, de faire des parallèles — ce qu’on essaye de faire dans ces vidéos — et en ce sens laborieux, c’est une épreuve, mais c’est un vrai bonheur : c’est un peu comme passer de la 2D à la 3D au cinéma si vous voulez, ou même à la 4D puisqu’avec la Bible, on passe d’emblée à la 4
e dimension qui est la dimension du TEMPS, la dimension de l’HISTOIRE qui n’est pas simplement, pour reprendre une image bien connue, une simple bobine de fil tirée de manière aléatoire mais la combinaison de milliards de fils de couleurs différentes qui, peu à peu, tissent un tapis d’une complexité et d’une finesse merveilleuses ! J’ai presque envie de comparer l’étude de la Bible à la passionnante aventure du biomimétisme en sciences appliquées. Je m’explique : comment permettre à un TGV d’aller à plus de 300 km/h dans un tunnel sans provoquer d’explosion sonore due à la compression brutale de l’air ? En observant la forme du bec du Martin-Pêcheur et en appliquant son ergonomie au nez du TGV ! Comment éviter la douleur d’une piqûre médicale ? En s’inspirant de la trompe du moustique et en réalisant des nano-aiguilles coniques aujourd’hui vendues dans le monde entier. On pourrait multiplier les exemples, mais l’idée, c’est que si un homme ou une femme veulent comprendre non seulement comment ils fonctionnent mais qui ils sont, d’où ils viennent et quel est le sens de leur histoire, ils ont tout intérêt à aller observer les récits multiformes de la Bible parce que TOUT y est développé, de la même manière que la nature a déjà développé des milliards de solutions qu’il suffirait d’imiter pour optimiser des milliers de problèmes insolubles à la raison laissée à elle-même. Alors vous me rétorquerez — et vous aurez raison — : « Facile à dire ! », sauf que pour ceux qui s’y attellent, les résultats sont là, preuves à l’appui : le TGV à bec de Martin-Pêcheur, les nano-aiguilles, le Velcro, le Geckskin qui est un adhésif super puissant inspiré du gecko, et j’en passe et des meilleures ! Et pour la Bible, c’est un peu la même chose. Alors évidemment, tout comme pour la nature, le mystère de la vie humaine n’est pas systématisé dans cette Bible en forme d’analyses rationnelles : c’est de la vie en acte — CHARNELLE —, ce sont des règles, des codes, des aventures parfois couronnées, d’autres fois avortées… ok, sauf qu’en observant tout ça, en s’y attelant de manière quasi LUDIQUE grâce à tous les indices que nous offrent à découvrir ces récits fantastiques — et c’est là qu’on touche à quel point la Bible et le peuple qui en est le héros sont vraiment inspirés — ; en observant tout ça donc, en découvrant des analogies, ce sont toutes les dimensions de l’existence — touchant à l’esprit, à la chair tout autant qu’à la raison — ; ce sont toutes les dimensions de l’existence qui s’en trouvent illuminées et optimisées dans l’ordre de la croissance, de l’élévation, de la DIVINISATION, et donc de la JOIE !
Alors j’entends bien : certains vont se plaindre que tout ne nous soit pas donné à la becquée ! « C’est bien compliqué, ces affaires ! » : mais non ! Ça n’est pas compliqué : c’est complexe, oui ; ça demande un peu de temps, mais ça n’est pas “compliqué” ! Ce qui nous manque ; ou plutôt ce que l’époque actuelle tente de nous voler, c’est du TEMPS, tellement nous sommes happés par l’urgence de l’économique et l’illusion vaniteuse de tout vouloir embrasser : il faut que je bosse, que je fasse du sport, de la musique, du dessin, que je voyage, que je m’occupe de ma famille, de ma maison, que je tonde la pelouse, que j’emmène les enfants faire du tennis, de la danse, du foot, à l’école ; que je m’occupe des comptes, de l’administration, des associations à qui j’ai offert ma participation, des réunions diverses ; que je joue un peu sur la tablette informatique pour me détendre ; que je m’informe aussi… etc. etc. Wow ! Comme si on était esclave d’une sorte de vortex infernal du « tout faire, ne rien s’interdire », dans un monde où le silence est considéré comme une menace alors que le véritable danger, mortifère, c’est précisément cet activisme infernal dont on ne voit plus qu’il est au service pur et simple de l’idole de l’argent ! Donc là, il faut faire le choix de se laisser libérer de ce système pharaonique qui vise à anéantir notre nature humaine ; faire le choix PREMIER de DIEU et de la VIE, et pour ça se mettre en marche à la suite de Moïse et du Christ Jésus, c’est-à-dire de se mettre à l’étude de la ToRaH et des Évangiles ! Alors on me dira : « oui, mais il y a aussi la prière et les sacrements ! », certes ! Mais rappelons-nous cette histoire tirée du Talmud : Des rabbins viennent voir un jour Rabbi ‘AQiVaH, une haute autorité, pour lui demander : qu’y a-t-il de plus important, l’étude de la ToRaH ou la prière ? Rabbi ‘AQiVaH répondit : « la ToRaH est plus importante que la prière. » Ils vont alors demander un second avis auprès d’une autre autorité, rabbi TaRPhôN qui répond : « la prière est plus importante que la ToRaH ! » Les voilà donc bien ennuyés ; ils prennent le temps de réfléchir et voici leur conclusion : Rabbi ‘AQiVaH et Rabbi TaRPhôN ont tous les deux raisons, mais rabbi ‘AQiVaH a néanmoins plus raison que Rabbi TaRPhôN : l’étude est la plus importante, parce que c’est étude de la ToRaH qui nous apprend que plus important, c’est la prière !
Et de fait : combien de chrétiens ont une vie sacramentelle et de prière honnête sans jamais ouvrir leur Bible pour autant ? Alors que je ne connais pas de chrétiens qui ouvrent et scrutent la Bible sans que cette Bible ne les pousse à retrouver leur DIEU dans le cœur à cœur de la prière ET leurs frères et sœurs dans la célébration de la prière commune ! Jamais l’un sans l’autre !
Dit autrement, quand on accepte de s’inscrire dans la priorité de ce travail scripturaire, on fait vite l’expérience de l’ouverture providentielle de la Mer alors même que le système nous court après pour nous garder dans son giron esclavagiste et surtout nous empêcher de grandir : eh oui, des gamins, c’est toujours plus manipulable qu’un peuple cultivé ! Or du point de vue de DIEU, l’homme n’est pas censé rester un gamin toute son existence, et encore moins se contenter de « fonctionner » en se contenant d’être gavé comme des oies à heures fixes sans s’interroger sur le sens de sa vie. Du coup, quand on se met à scruter sérieusement l’Écriture, à l’écouter, on découvre peu à peu avec bonheur les analogies qui associent les textes ; des textes qui s’illuminent les uns les autres et commencent à éclairer notre regard sur notre existence et sur le monde ! Et là jaillissent de plus en plus souvent des instants de joie pure qui impactent immédiatement notre comportement, notre manière de se sentir aimé de DIEU et envoyés dans le monde pour témoigner de cette source d’énergie, cette source de bénédiction incroyable qui nous convoque à bâtir l’histoire bien plus qu’à se contenter de faire la guerre au nom d’une tentation diabolique, profondément pécheresse, qui consiste à vouloir imposer sa suprématie idolâtre sur le monde !
Et c’est comme ça que pour les commentateurs chrétiens, à partir du ch. 33 du livre des Nombres entre autres, l’Exode devient l’itinéraire allégorique type des étapes spirituelles à franchir, à partir de la Pâque, sur le chemin de la conversion en abandonnant derrière eux le territoire du péché et de la mort que représente l’Égypte ; une marche qui les conduit jusqu’à la Terre de la Promesse où DIEU veut célébrer avec eux les Noces éternelles. Un itinéraire éprouvant, jonché de tentations et d’épreuves vis-à-vis desquelles il faut mener de rudes combats intérieurs, mourir au péché, imiter le Christ, mais soutenu par la Parole de Dieu et l’Eucharistie, grandir en force, en vertu, à la recherche passionnante et incessante des meilleurs biens. Chaque lieu biblique est ainsi décortiqué pour découvrir comment ils sont une allégorie de toute croissance profondément humaine et surtout de notre divinisation. Ce serait évidemment trop long de lire tous ces développements, mais au moins, vous avez l’idée.
Pour en revenir à notre texte, l’itinéraire des v. 1 à 49 nous amène ainsi aux portes de la Terre promise, et les derniers versets anticipent le prochain passage en évoquant le partage des territoires. Eh oui, il faut bien y venir ! “Enfin !” pourrait-on dire. Du coup, à partir du v. 50, on abandonne le style narratif pour rester strictement dans le style législatif = là il faut être carré. Moïse en personne rappelle les règles : il ne s’agira pas seulement d’envahir la place mais il faudra aussi la purifier, renverser les hauts lieux, les pierres sculptées et les idoles de métal.
Le v. 54 reprend les prescriptions du ch. 26, v. 52 à 56 qui parlaient déjà de tirage au sort et de partage proportionnel. Quant au v. 55, il nous ramène aux malédictions conditionnelles de l’Alliance, signe qu’on arrive, comme pour le Lévitique, à la fin du livre. Les images sont empruntées à Josué au ch. 23, v. 12 et 13.
En gros, que nous disent ces derniers versets du ch. 33 ? Essentiellement que la Terre de KaNa“aN est l’HÉRITAGE d’Israël, un héritage donné par HaShèM, réparti équitablement entre les tribus selon leurs tailles respectives. Si les anciens habitants doivent être dépossédés, disent les v. 52 et 55, c’est au sens où le territoire ne peut être souillé par aucun vestige des anciens cultes païens et doit être a purifié dans toute la mesure où les idoles et leurs adorateurs restent toujours un danger pour l’Alliance. Alors dire les choses comme ça peut choquer nos esprits contemporains, mais il ne faut pas croire que les religions à idoles soient de pauvres victimes innocentes ! Elles offrent des réponses humaines aux questions existentielles des hommes, mais toutes sont potentiellement violentes dans la mesure où dans ce domaine, les idoles, les Ba“aL ne sont jamais que le reflet des fantasmes humains ! Dit autrement, elles sont la projection de ce que l’homme ferait s’il était à leur place, alors que HaShèM, Lui, ne se contente pas de promettre à Israël qu’il sera le plus fort, le plus beau ou qu’il écrasera ses ennemis s’il fait allégeance à la ToRaH : tout au contraire, HaShèM enseigne à Israël à se dépasser, à se libérer de tels fantasmes égoïstes. Donc il y a un vrai travail intérieur concernant tout le peuple à un niveau qu’on ne décèle nulle part ailleurs dans les religions du Moyen-Orient. Ce qui ne veut pas dire qu’elles étaient complètement immorales : vous prenez la stèle de Hammourabi : c’est un véritable monument de jurisprudence dont la Bible d’ailleurs saura s’inspirer. Mais il faut bien comprendre que là où la Bible est unique, sur la base de la ToRaH, c’est vis-à-vis du travail intérieur permanent auquel elle convoque TOUT UN PEUPLE, et pas simplement quelques individus privilégiés. En cela elle se distingue du Bouddhisme ou du Taoïsme par exemple, tout nobles que soient ces deux traditions spirituelles par ailleurs.
Enfin bref. Quoi qu’il en soit, ne jugeons pas la violence de ces récits en croyant que nous serions au-dessus de tout ça. Avant de dénoncer ce genre de pratique, regardons déjà comment nous travaillons nous-mêmes à les combattre et rendons-nous compte que, si nous avons aujourd’hui le souci de promouvoir la paix, il nous vient précisément de cette Bible qui ne cache rien de cette violence humaine, mais au contraire la met au jour pour la travailler de l’intérieur ! Encore une fois, la Bible n’a rien à voir avec un conte de Grimm ! Elle n’est pas là pour nous raconter de belles histoires mais pour nous mettre en travail. Et quand on rencontre ces sentiments qui nous prennent aux tripes, quand on se révolte face à certains de ses récits, c’est qu’elle touche juste ! Elle excite en nous le désir de vaincre cette violence, donc c’est du tout bon ! Mais c’est en nous faisant travailler NOTRE propre violence dont la guérison prend le même chemin que celui que décrit la ToRaH.
Ça, les auteurs chrétiens, entre autres, des premiers siècles — les Pères de l’Église comme on dit — l’ont très bien compris en enseignant qu’il en va de même pour le fidèle dont le baptême fait traverser les eaux du Jourdain en sorte que les biens promis sont tous remis entre ses mains pour les faire fructifier ; reste néanmoins désormais à conquérir la terre de notre cœur, à se mettre au travail, à bêcher cette terre avec foi pour vaincre en soi tous les défauts du vieil homme apathique et jaloux. Voilà encore un exemple d’exégèse spirituelle qui cherche à mettre en lumière le sens « moral » de l’Écriture, c’est-à-dire qui nous aide à transposer ICI ET MAINTENANT ce qu’évoque le texte dans son cadre propre ; comment avancer sur le chemin d’élévation jusqu’à DIEU dans le présent à partir de la mémoire que ce texte transmet, de l’expérience dont il témoigne.
Enfin voilà. tout ça pour nous dire que si nos pères dans la foi n’ont pas négligé ce chapitre du livre des Nombres, c’est parce qu’ils ont compris qu’il avait, à sa manière, quelque chose à nous dire ! Dans notre mentalité qui vise à l’efficacité, on serait tenté de se dire qu’il est superflu, mais non ! Écoutons nos anciens ! Marchons à leur rythme ! Ce sera le meilleur moyen de trouver le nôtre, non pas en les considérant comme obsolètes mais en montant sur leurs épaules pour projeter notre regard encore plus loin qu’eux ! N’oublions pas cet adage que je vous ai plusieurs fois rapporté de ce vieux professeur de théologie face à ses séminaristes toujours prêts à se sentir plus forts que la plèbe : « Messieurs, avant de dépasser, il faut déjà atteindre ! »
Ceci dit, nous sommes maintenant proches de la fin du livre qui a encore bien des choses à nous dire, mais nous verrons ça la prochaine fois. Je vous souhaite une lecture féconde de ce chapitre. Je vous remercie.
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