01-04-2018

[Nb] 55 - Le don d'une conquête

Numbers 34:1-29 par : le père Alain Dumont
Ce chapitre nous offre un large descriptif de la géographie de la Terre Sainte que les Fils d’Israël sont appelés à habiter. Est-ce un territoire réaliste ? Est-ce une fiction ? En tout cas, c’est là que se porte toute l’espérance du peuple qui sait que cette Terre lui a été donnée pour grandir et accomplir sa mission auprès de YHWH, une Terre qu’il va lui falloir prochainement conquérir.
Duration:17 minutes 5 secondes
Transcription du texte de la vidéo :
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous ouvrons le ch. 34 du livre des Nombres et nous découvrons à cette occasion quelles frontières YHWH offre à la Terre qu’il donne à son peuple. Enfin… découvrir non : on avait déjà eu un aperçu de son étendu à la fin du code de l’Alliance, en Exode ch. 23, qui était déjà une des sources de la conclusion du ch. 33 que nous avons vu lors de la dernière vidéo. Souvent d’ailleurs, les promesses de YHWH sont suivies des indications des frontières de la Terre Promise, comme par exemple avec ‘AVeRâHâM : « À ta semence j’ai donné cette terre depuis le Fleuve d’Égypte jusqu’au Grand Fleuve, le fleuve Euphrate. » (Gn 15,18) Le « Fleuve d’Égypte » n’est pas le Nil, ce qui serait juste absurde. Il s’agit du « Torrent d’Égypte », comme dans notre chapitre au v. 5 et qui désigne traditionnellement le Wadi el Aris. Ceci dit, on monte tout de même au Nord jusqu’à l’Euphrate, ce qui fait déjà du bon territoire ! On aura une description similaire au ch. 11 du Deutéronome : « Tout lieu que foulera la plante de vos pieds sera à vous : depuis le désert et le Liban, depuis le Fleuve, le fleuve Euphrate jusqu’à la Mer Occidentale, telle sera votre frontière. » (Dt 11,24).

Du coup, d’après ce principe, après l’affirmation que YHWH donne la Terre à son peuple dans cette partie du livre des Nombres, on n’est pas surpris d’en trouver à nouveau mentionnées les frontières, avec cette fois un véritable tracé, assez voisin de celui qu’en fait à nouveau Ezéchiel, au ch. 47 de son livre, v. 13 à 20 qu’on lira dans quelques instants.

Avant ça, prenons le temps de découvrir ces frontière :

– au v.3, la limite est déterminée par le désert de TsîN et les confins de ‘ÉDoM.

– Suit alors un tracé détaillé qui correspond à la limite méridionale de la tribu de Juda. Il part de l’extrémité Sud de la Mer de Sel — la Mer Morte — par divers points qu’il serait d’autant plus long à expliciter qu’on reste partout dans des conjectures. La frontière traverse le désert de TsîN jusqu’à l’extrémité Sud de KaNa“aN, rejoint facilement le Wadi el Aris — le fameux « Torrent d’Égypte » — et la Grande Mer, c’est-à-dire la Méditerranée. Ce qui est assez étrange au demeurant, puisque ce tracé ignore superbement le pays des Philistins ; alors même que les livres historiques manifestent clairement que les Fils d’Israël n’atteindront la côte qu’ IIe siècle avant J.-C. — dans le premier livre des Maccabées au ch. 14.

– Pour la frontière septentrionale, le tracé résume celui d’Ezéchiel, passe un peu au Nord de l’actuelle frontière libano-israélienne.

– Le tracé de la frontière orientale, des v. 10 à 12, dépend pour sa première partie de celui de la limite septentrionale et se distingue nettement d’Ezéchiel. Sa seconde partie passe la Mer de KiNNéRèt — la Mer de Galilée —, descend le long du Jourdain et rejoint la Mer Salée.

Ainsi se définit le cadre de la Terre Promise qui se présente comme un tout bien délimité. Là où on est quand même un peu surpris, c’est que ce tracé ne tient pas compte de l’installation en Transjordanie des tribus de Ruben, de Gad et de Manassé qu’a racontée le ch. 32. Du coup, le texte corrige cette omission aux v. 14 et 15, mais on voit bien que cette portion de territoire pose quand même question. GâD et Re’OuVéN ne sont pas vraiment sur la terre donnée par YHWH ! Néanmoins, ils en restent complètement solidaires, et dans le fond, c’est ça qui importe. Reste à savoir maintenant quelle interprétation donner à cette géographie.

Alors soyons clairs : l’ensemble du pays ainsi délimité ne correspond à AUCUNE période de l’histoire d’Israël : ni aux temps pré-monarchiques où les Philistins étaient maîtres des régions côtières; ni aux temps de David et de Salomon, seules périodes où Israël occupait les pays araméens. Ceci dit, pendant ces périodes, Israël occupait aussi Edom et la Transjordanie, mais redisons-le, sans avoir pu atteindre la côte méditerranéenne. Par la suite, la décadence du Royaume du Nord entraînera la perte de la Haute Galilée et la prise de Samarie par les Assyriens, et en gros, jusqu’à la fin de la période perse — donc au moment où le livre des Nombre est mis par écrit — le territoire occupé par les Fils d’Israël sera infiniment plus exigu que celui délimité ici. Alors ?

Alors il s’agit en fait d’une vision IDÉALE de la Terre Sainte, envisagée comme plus grande et plus glorieuse qu’elle ne l’a jamais été. Cette vision correspond à celle du prophète Ezéchiel, le seul texte qui, en fait, mentionne les douze tribus dans ces limites : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici les frontières d’après lesquelles vous partagerez la terre entre les douze tribus d’Israël, avec deux parts pour Joseph — c’est-à-dire MenaShshèH et ÉPhRaïM qui seront toujours les concurrents directs de Juda en termes de pouvoir —. Vous l’aurez comme héritage, chacun à part égale, car j’ai juré, la main levée, de le donner à vos pères ; cette terre vous revient en héritage. Voici la frontière de la terre : du côté Nord, depuis la Méditerranée : la route de Hètlone – celle qui va à Cedâd –, Hamath, Bérotaï, Sibraïm, qui est entre le territoire de Damas et le territoire de Hamath, Hacer-hat-Tikone qui est vers le territoire de Haurane. Ainsi la frontière ira de la mer jusqu’à Haçar-Einane, le territoire de Damas étant au nord ainsi que le territoire de Hamath. Tel est le côté Nord. Du côté Oriental : entre le Haurane et Damas, entre le Galaad et la terre d’Israël, le Jourdain servira de frontière, jusqu’à la mer orientale, vers Tamar. Tel est le côté de l’Orient. — là vous entendez : Ézéchiel est prophète, mais il est en même temps prêtre et ça se sent : il met les choses au cordeau, il estun digne représentant de son école de rédaction sacerdotale qui nous est maintenant familière — Du côté Méridional, au Midi : de Tamar jusqu’aux eaux de Mériba de Cadès, jusqu’au Torrent d’Égypte — Ah le revoilà ! — vers la Méditerranée. Tel est le côté du Midi, vers le Néguev. Et du côté Occidental : la Méditerranée, depuis la frontière sud jusqu’en face de l’Entrée-de-Hamath. Tel est le côté occidental. Vous partagerez la terre entre vous – entre les tribus d’Israël. Cela vous reviendra en héritage. » (Ez 47,13-22) Ce texte vient juste après le magnifique récit de la source qui jaillit du Temple pour assainir les eaux de la Mer de Sel — la Mer Morte — et celles de la Mer de Galilée.

On peut trouver d’autres délimitations dans la Bible. La plus réaliste va de Dan à Be‘éRShèVa” dans les livres des Juges, de Samuel et des Rois. Elle exprime l’ensemble d’Israël comprenant les tribus du Nord avec celles du Sud. Une autre, plus large, va de Lebô-Hamât jusqu’au Torrent d’Égypte dans le 1er livre des Rois, au ch. 8, entre autres ; ou jusqu’au Torrent de la Araba dans le second livre des Rois au ch. 14. Elle est surtout utilisée à propos du rassemblement des fêtes lors de l’entrée de l’arche à Jérusalem ou de la Dédicace du Temple.

Seulement voilà : ça ne suffit pas à l’espérance d’Israël ! Du coup, les textes de promesses laissent entrevoir une frontière encore plus étendue, comme celle exprimée dans la formule de notre chapitre : « Du Torrent d’Égypte jusqu’au Grand Fleuve, le fleuve Euphrate ». Jusqu’à l’époque du Targum Jonathan, par exemple, à l’époque du Christ, qui recule les frontières dans toutes les directions : celle du Sud jusqu’au Nil — dans une interprétation large du fameux Torrent d’Égypte, toujours lui —, celle du Nord jusqu’à l’Oronte; celle de l’Ouest englobe toutes les îles et tous les navires qui sont sur la grande mer, tandis que celle de l’Est englobe les territoires transjordaniens de Ruben et de Gad jusqu’à !’Arnon. Pour ne rien dire du territoire que se voit promettre Abraham dans la Genèse apocryphe des rouleaux de Qumrân (lQ Gn Ap. 21,8-22). Partant du Nil, le patriarche longe la mer jusqu’à l’Euphrate et le descend jusqu’au Golfe persique actuel, puis fait le tour de toute la péninsule arabique pour revenir en Égypte par la mer des Roseaux.

Alors en définitive, qu’est-ce que ça veut dire ? Le peuple Juif n’est pas par essence un peuple conquérant comme le seront Alexandre le Grand ou Napoléon Ier. Il ne s’agit pas d’établir un empire mais de comprendre que là où demeure une communauté juive, là, dans le fond, est le véritable Israël. Israël qui ne cherche pas tant à étendre un territoire matériel qu’à témoigner de la présence du DIEU vivant au milieu des nations de la terre. Parce que la Terre Promise, en définitive, c’est celle qu’un Juif emporte avec lui, non pas comme un bien propre mais comme la mémoire d’un peuple auquel, où qu’on vive, où que vivent les siens, on reste CHARNELLEMENT attaché comme à sa SOURCE vitale. Et c’est ce qui explique l’extension maximale de cette Terre Promise, englobant évidemment toute la diaspora ; ce que les chrétiens étendront dans le même mouvement jusqu’au ciel, le vrai lieu où réside YHWH et où tous les fidèles Le verrons face à face : voilà ce que, pour les pères de l’Église, le Père éternel donne en HÉRITAGE, par le Christ, à toutes les nations.

Alors du v. 16 au v. 29, la répartition du territoire est faite, nous dit-on, par Josué fils de Nûn et ELé“aZaR sans doute chargé, en tant que Grand Prêtre, de tirer les sorts avec les OuRîM et les TouMMîM. 10 commissaires, 10 autorités leur sont adjoints de la même manière que jadis 12 commissaires avaient été adjoints à Moïse et à Aaron pour le recensement du peuple, au ch.  1 du livre des Nombre — donc là, on a une belle inclusion qui englobe tout le livre et qui fait passer de Moïse à Josué qui bientôt prendra le relais. Ceci dit, à part KaLèB, ce sont 10 illustres inconnus. Alors maintenant, pourquoi seulement 10 commissaires ? Tout simplement parce que les tribus de Re’OuVéN et de Gâd sont omises dans la mesure où elles ont déjà reçu leur part à l’Est du Jourdain, des mains mêmes de Moïse, au ch. précédent. Par ailleurs, on remarque que les tribus sont citées non pas selon leur importance numérique mais dans l’ordre de leur implantation du Sud jusqu’au Nord, grosso modo telle qu’elle sera fixée par le livre de Josué au ch. 13.

Bien. Avec ces quelques indications, j’espère que vous ne serez pas trop perdus dans la lecture de ce chapitre très géographique et en même temps très politique ! En tous les cas, ce qui importe pour le rédacteur, c’est encore une fois de bien manifester que TOUT le peuple doit prendre une part active à l’installation dans la Terre Promise dans la mesure où si la terre est bel et bien donnée en héritage, ça ne saurait dispenser Israël de se bouger pour la conquérir, d’abord dans les limites de KaNa“aN à partir de quoi le peuple d’Israël pourra habiter le monde entier au nom de son DIEU ! Mais pour ça, redisons-le, YHWH travaille son peuple avant tout CHARNELLEMENT ! Il ne s’agit pas d’une idéologie ou d’un rêve vaniteux de domination politique mais d’une HABITATION du monde — une HABITATION active, courageuse et féconde ! — pour que jamais ne se taise la Voix de la ToRaH / la Parole de DIEU au milieu des nations, et il faut croire que ça marche parce que plus de 3000 ans après ces événements, le peuple Juif reste l’un des plus entreprenants du monde, avec une force d’âme que lui envient bien des nations.

Enfin voilà. Nous terminerons notre lecture du livre des Nombres la prochaine fois en lisant ensemble les deux derniers chapitres. D’ici là, familiarisez-vous un tant soit peu avec les frontières de cette Terre Sainte, sainte parce que complètement à part et surtout parce que cette Terre se révèle être le point d’émergence d’une CRÉATION Sainte, c’est-à-dire une Création qu’il s’agit d’habiter et de faire fructifier selon le commandement de Vie de la ToRaH. Une habitation à laquelle toutes les nations seront appelées, peu à peu, à participer dès lors qu’elles entendent et qu’elles accepteront de se mettre sous le Joug, non pas tant DE la ToRaH de Moïse — puisque celle-ci n’a été donnée qu’à Israël ­­— mais à partir de cette ToRaH de Moïse, de se mettre sous le Joug de la ToRaH du Christ Jésus : « Venez à Moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau — le fardeau des œuvres, des MiTsVOT —, et Moi, Je vous procurerai le repos. Prenez sur vous Mon joug— c’est-à-dire le joug de Ma ToRaH —, devenez mes disciples car Je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme — c’est-à-dire pour votre NèPhèSh, pour votre Vie : le vrai repos, celui qui est donné en prémice au ShaBaT et qui est ce temps où l’homme, en scrutant les Écritures et en rejoignant ses frères, fait monter vers DIEU un chant de gratitude en même temps qu’il exerce la charité envers tous. Voilà le vrai repos dont parle la Bible, à savoir le repos d’une vie où le péché, qui nous plonge dans le tourment en ramenant tout à nous-mêmes, a disparu —. Oui, Mon joug est facile à porter et Mon fardeau, léger. » (Mt 11,28-30)

Il m’est avis qu’on a encore bien du boulot devant nous ! Dans cette belle perspective, je vous souhaite donc une bonne lecture, nous verrons la suite la prochaine fois. Je vous remercie.
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