05-01-2019
[Foi 2.2] - La Confirmation
par : le père Alain Dumont
Une fois lavés de nos péchés par le Baptême, il s’agit de rester greffé sur la racine de cette Vie en obéissant au commandement de Charité. Pour cela, nous avons besoin de nous lier à nos frères et sœurs dans l’Église : là est l’objet du sacrement de la Confirmation.
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PLAN :
– Baptême, Confirmation, Eucharistie : les trois sacrements de l’Initiation Chrétienne
– La vie chrétienne : une vie libérée par l’énergie divine de la Charité
– La vie chrétienne : une vie réconciliée avec DIEU
– Le sacrement de la Confirmation
– Embarquer dans le navire de l’Église
– L’Onction de l’Esprit Saint
– Le sacrement pour la mission
Duration:34 minutes 8 secondes
Tous droits réservés.Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,
Nous avons vu la dernière fois ce qu’est un SACREMENT, et nous avons commencé à explorer le premier d’entre eux, au sens où il ouvre la porte à tous les autres, à savoir le Baptême. Le Baptême fait de nous des Fils de DIEU au sens où, par la FOI, il nous attache au Christ SAUVEUR, le Fils éternel qui s’est fait CHAIR précisément pour que nous puissions charnellement en retour nous allier à Lui et qu’Il puisse ainsi nous porter vers « son Père et notre Père », comme Il le dit en Jn, ch. 20, v. 17.
Ceci posé, le Baptême par lui-même ne serait rien qu’il ne s’articulait pas sur d’autres sacrements pour lui prêter main forte, pour ainsi dire, dans ce magnifique projet de Salut du monde.
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BAPTÊME, CONFIRMATION, EUCHARISTIE :
LES TROIS SACREMENTS DE L’INITIATION CHRÉTIENNE
Formellement, le Baptême nous fait passer par les eaux de la mort AVEC LE CHRIST qui prend sur Lui notre péché et la rend ainsi incapable de nous retenir — vous vous souvenez de l’image du Velcro. Mais il ne fait pas que ça : une fois nos péchés lavés dans sa Miséricorde, il s’agit pour nous — à la différence d’Adam — de RESTER GREFFÉS sur la racine de cette VIE en obéissant à son commandement de charité qui est le porche de la mise en œuvre de tous les autres commandements. Ce qui n’est pas si simple, raison pour laquelle nous avons besoin d’une part de nous lier à nos frères et sœurs dans l’Église : là est l’objet du sacrement de la CONFIRMATION ; et d’autre part de nous alimenter et de boire à la source de la Charité divine ouverte par le transpercement du côté transpercé du Christ après l’Offrande de sa vie sur la croix : là est l’objet du sacrement de l’EUCHARISTIE.
Du coup, on a ici un premier ensemble de trois sacrements qu’on appelle les SACREMENTS DE L’INITIATION CHRÉTIENNE au sens où ils INTRODUISENT, où ils FONT ENTRER dans la vie chrétienne — à cette fin, le Baptême et la Confirmation INAUGURENT cette vie — ; mais il s’agit tout autant de se MAINTENIR dans cette vie chrétienne, et là, à l’Eucharistie d’endosser cette tâche dans la mesure où rien n’est jamais acquis en matière de Salut ; un Salut dont il faut alimenter et abreuver la dynamique tout au long de son existence.
Dit autrement, par les SACREMENTS, qui sont des actes CHARNELS — je vous rappelle que la vérité de ce que nous sommes, de ce que nous vivons, de ce que nous faisons passe par la CHAIR et non pas simplement par des idées. — Par ces SACREMENTS CHARNELS donc, le Christ nous communique, Il INFUSE dans notre CHAIR l’énergie divine de la CHARITÉ, raison pour laquelle on dit que la pratique des SACREMENTS est DIVINISANTE ! Elle ne fait pas de nous les surhommes dont rêvait Nietzsche ou dont nous bassine le transhumanisme ; notre divinisation par les SACREMENT fait de nous, avant toute chose, des HOMMES et des FEMMES à PART ENTIÈRE ; des hommes et des femmes accomplis, c’est-à-dire disponibles à une RENCONTRE NUPTIALE avec le DIEU Vivant qui donne la VIE ! Par l’énergie de la CHARITÉ, nous voici donc ÉLEVÉS au plus haut degré de NOUS-MÊMES ! Dans le fond, pas de meilleur chemin de développement personnel que la dynamique sacramentelle quand elle est vécue intelligemment.
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LA VIE CHRÉTIENNE :
UNE VIE LIBÉRÉE PAR L’ÉNERGIE DIVINE DE LA CHARITÉ
C’est encore une manière de comprendre le LèKh LeKhaH qui a mis en route Abraham : « Va vers toi », signifie en fait « élève toi jusqu’à TOI » ! Pour ça, tu as besoin de l’Autre, tu as besoin de DIEU ; tu as besoin du CHRIST. Tu as donc besoin des sacrements qui te relient charnellement au Christ pour te communiquer CHARNELLEMENT cette énergie éternelle de CHARITÉ qui attache certes le Père et le Fils qui se donnent entièrement l’Un à l’Autre ; mais une énergie éternelle de CHARITÉ qui, reçue charnellement dans les sacrements, va savoir unir désormais l’homme à son DIEU comme à ses frères et sœurs. Et ça c’est une sacrée libération, tant le péché nous enferme sur nous-mêmes jusqu’à considérer l’autre comme une simple mine de bien-être à exploiter à notre profit, faute de quoi nous le considérerons comme un ennemi !
Dit autrement, par les sacrements, je fais l’expérience d’un DÉPOUILLEMENT DE MOI-MÊME — non pas au sens d’une négation de moi-même mais d’un RENONCEMENT à la toute-puissance pécheresse de mon égo pour laisser une place à un autre que « moi ! moi ! moi ! », d’abord à DIEU puis à mon prochain, c’est-à-dire tout homme qui vient à ma rencontre. Voilà la MARQUE DIVINE par excellence, la MARQUE des saints. La vie divine est une DÉSAPPROPRIATION ! Voilà l’inimaginable révélation de l’Évangile du Christ à travers sa vie, sa mort et sa résurrection, ; et chaque étape sacramentelle nous est offerte par le Christ pour progresser charnellement sur ce chemin de vie divine.
C’est au point que sans cette vie divine, sans cet élan de désappropriation de moi, mon existence se condamne à une errance infernale, perpétuellement autocentrée, donc mesquine et dérisoire, mais surtout figée dans un abyssal isolement ! Je voudrais ici vous lire un extrait très parlant du père Zundel sur l’importance de l’ouverture de soi à l’autre. Vraiment, c’est limpide : « Nous pouvons faire une constatation facile à paraboliser dans une image : jamais vous ne pourrez vous voir vous-même dans un miroir. Un miroir peut être utile à votre toilette, voire indispensable, mais ce n’est pas dans un miroir que vous trouverez la révélation de vous-mêmes. Vous ne pouvez pas vous regarder priant dans un miroir, vous ne pouvez pas vous voir comprenant dans un miroir.
Votre vie profonde, celle par laquelle vous vous transformez vous-mêmes, est une vie qui s’accomplit dans un regard vers l’autre. Dès que : 1 le regard revient vers soi, tout l’émerveillement reflue et devient impossible. Quand on s’émerveille, c’est qu’on ne se regarde pas. Quand on prie, c’est qu’on est tourné vers un Autre. Quand on aime vraiment, c’est qu’on est enraciné dans l’intimité d’un être aimé.
Il est donc absolument impossible de se voir dans un miroir autrement que comme une caricature, si l’on prétendait y trouver son secret. La vie profonde échappe à la réflexion du miroir. Elle ne peut se connaître que dans un autre et pour lui. Quand vous vous oubliez parce que vous êtes dans un paysage qui vous ravit, ou devant une œuvre d’art qui vous coupe le souffle, ou devant une pensée qui vous illumine, ou devant un sourire d’enfant qui vous émeut, vous sentez bien que vous existez — et c’est même à ces moments-là que votre existence prend tout son relief — mais vous le sentez d’autant plus fort que justement l’événement vous détourne de vous-mêmes. C’est parce que vous ne vous regardez pas que vous vous voyez réellement et spirituellement, en regardant l’autre et en vous perdant en lui.
C’est cela, le miracle de la connaissance authentique : nous atteignons à nous-mêmes en regardant un autre et nous perdant en lui. C’est dans ce mouvement de libération, où nous sortons de nous-mêmes, où nous sommes suspendus à un autre, que nous éprouvons toute la valeur et toute la puissance de notre existence. » (Maurice Zundel, Émerveillement et Pauvreté, ed. Saint-Augustin (2009), ch. 2)
Alors je ne sais pas pour vous, mais personnellement, je trouve ces lignes éblouissantes, qui nous parlent de la CHARITÉ vraie, de cette ÉNERGIE DIVINE de la CHARITÉ VIVIFIANTE. À condition de bien percevoir que cette ouverture de soi à l’autre est précisément le fruit des sacrements, et non pas d’une simple considération éthique. Pour reprendre la formule de Plaute, Érasme, Montaigne, Bacon, Hobbes et autres philosophes : grâce aux sacrements qui infusent en lui l’énergie divine de la CHARITÉ, l’homme réapprend à NE PLUS être un loup pour l’homme, ni pour DIEU. Voilà la LIBÉRATION anthropologique dont l’Évangile porte la nouvelle de la part de DIEU.
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LA VIE CHRÉTIENNE :
UNE VIE RÉCONCILIÉE AVEC DIEU
Dès lors, on comprend mieux saint Paul lorsqu’il nous parle de la vie chrétienne comme d’une vie réconciliée avec DIEU, puisque nous vivons, LUI et nous, de la même énergie divine de CHARITÉ ; du même élan de dépouillement de soi qui marque notre existence du sceau de la VIE ÉTERNELLE : « Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les impies que nous étions. Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. À plus forte raison, maintenant que le sang du Christ nous a fait devenir des justes, serons-nous sauvés par lui de la colère de Dieu. En effet, si nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils alors que nous étions ses ennemis, à plus forte raison, maintenant que nous sommes réconciliés, serons-nous sauvés en ayant part à sa vie. Bien plus, nous mettons notre fierté en Dieu, par notre Seigneur Jésus Christ, par qui, maintenant, nous avons reçu la réconciliation. » (Rm 5,6-11)
C’est dans le sillage de cette Réconciliation fondamentale que la vie du baptisé devient une élévation, au sens à la fois d’un ACCOMPLISSEMENT et d’un DÉPASSEMENT de soi que permet notre attachement au Christ. Ce DÉPASSEMENT consiste pour le baptisé, dans la puissance de l’énergie divine de CHARITÉ, en un OUBLI DE SOI en faveur d’un AUTRE QUE SOI ; en une mise en disponibilité charnelle de soi à l’autre, en un DON DE SOI, en une OFFRANDE DE SOI à l’autre à l’image du Christ qui, offert de toute éternité à son Père et se donnant entièrement à nous, nous a rouvert le chemin du DON de nous-mêmes. Ce qui, ajoutons tout de suite, ne constitue rien de moins que le chemin du BONHEUR : cet esprit du DON DE SOI vérifie CHARNELLEMENT l’amour de CHARITÉ par quoi nous retrouvons la ressemblance avec DIEU perdue par la désobéissance du péché — rappelez-vous : « Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. » (Gn 1,27). Par ailleurs, cette ouverture de soi à l’AUTRE n’est autre que le chemin de la GRÂCE puisqu’il s’agit de nous rendre DISPONIBLES à l’AUTRE qui se présente alors à nous GRACIEUSEMENT, comme une grâce. Et là seulement paraît la joie, là où tout autre chemin cherchant à monnayer la présence de l’autre, perd ipso facto cette grâce pour n’engendrer que tristesse et mort.
Enfin bref : voilà donc ce qui, par la foi, nous est redonné au baptême, non pas comme un privilège mais comme une mise en travail d’élévation dans la proximité, dans la ressemblance retrouvée avec DIEU ! Ce qui n’a rien d’humiliant au contraire ! Il n’y a aucune grandeur à vouloir s’élever tout seul : c’est juste de l’orgueil pécheur, donc porteur de mort. La proximité retrouvée avec DIEU vient de ce que DIEU, en Christ, s’est fait notre PROCHAIN, vous vous rendez compte ? Il a fait comme le Samaritain de la parabole : assaillis que nous étions par le mal et le péché, laissés pour morts sur le chemin, DIEU est passé et nous a soignés avant de nous laisser aux bons soins de l’aubergiste — cette auberge qui, traditionnellement depuis le IIe siècle, représente l’Église à laquelle nous a confiés Jésus jusqu’à son retour final, jusqu'à sa venue glorieuse. C’est par cette énergie divine de CHARITÉ puisée dans notre attachement baptismal au Christ qui s’est fait PROCHE de nous que nous pouvons à notre tour nous faire PROCHES des hommes et des femmes que nous redécouvrons comme nos frères et sœurs. On a là le cœur de l’agir chrétien, qui anime des milliers de missionnaires auprès des plus pauvres dans un monde qui, lui, ne pense qu’à les exploiter, quand ça n’est pas d’en faire de la chair à canon !
Ceci dit, si le baptême nous réconcilie avec DIEU qui vient jusqu’à nous pour panser nos plaies et nous remettre debout, on vient de dire qu’il nous confiait à l’auberge de l’Église pour la suite des événements, or précisément : cette remise à l’Église constitue l’âme du second sacrement, indissociable du Baptême et qu’on nomme en français la CONFIRMATION.
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LE SACREMENT DE LA CONFIRMATION
Concernant la CONFIRMATION, il faut savoir qu’en France, c’est un sacrement qui est passé à la trappe, et j’avoue ne pas encore avoir compris ni pourquoi ni comment ça a pu se faire. Dans AUCUN autre pays du globe terrestre ça n’est le cas ! Qu’est-ce qui a fait qu’en France, on a considéré que la Confirmation serait réduite à une carotte pour soi-disant marquer une étape de la maturité ? Mystère ! Le jeune chrétien allait pouvoir, disait-on, « confirmer » son Baptême au sens de valider le choix que ses parents avaient fait à sa naissance, mais sans son consentement : « Je suis grand maintenant, et je décide librement que je serai chrétien ! » Ce genre d’affirmation est absolument agaçante, qui laisse entendre que les enfants ne deviendraient adulte qu’en se rendant indépendants des choix de leurs parents ! Mais c’est d’une telle stupidité qu’on se demande comment des chrétiens, théologiens de surcroît, on pu défendre un tel mirage au nom du Christ ! Par quel calcul pervers a-t-on pu considérer que la confirmation serait facultative et uniquement réservée à une élite de chrétiens « confirmés », au sens de « consolidés », vraiment, ça m’échappe ! Si ce n’est peut-être la folie de quelques théologiens lyonnais dans les années 1970 qui ont voulu déconstruire ce que la sagesse de la liturgie chrétienne avait patiemment su bâtir au long de 2000 ans d’histoire. Enfin bref.
Toujours est-il que la CONFIRMATION, qu’on le veuille ou non, n’est certainement pas le sacrement où le baptisé adulte « confirmerait » lui-même son baptême ! La CONFIRMATION est en fait le sacrement de la JOIE de l’Église d’accueillir en son sein un nouveau frère ou une nouvelle sœur que DIEU lui a agrégé(e) : « Tu as été baptisé, c’est magnifique ! L’Église tout entière accueille le DON que DIEU t’a fait par son Esprit Saint ; elle te reconnaît comme membre à part entière de cette immense famille universelle, intergénérationnelle, qui remonte à Jésus, à Moïse, à Abraham… Une famille tout entière à l’écoute de ce même Esprit ; une famille qui attend de toi maintenant que tu tiennes ta place en tant que membre du Corps du Christ — rappelez-vous : l’Église est le Corps du Christ par surcroît — ; tout ça afin que tu participes à l’élévation SACERDOTALE du monde. »
C’est la raison pour laquelle, pour entrer dans cette dimension ecclésiale, fraternelle ; pour pouvoir participer à la mission SACERDOTALE de toute l’Église, celle-ci invoque sur les nouveaux baptisés une nouvelle EFFUSION de l’Esprit, c’est-à-dire une nouvelle communication, un nouveau débordement de l’Esprit Saint jaillissant de la communion divine entre le Père et le Fils éternels.
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EMBARQUER DANS LE NAVIRE DE L’ÉGLISE
Dit autrement, être baptisé est une chose, mais ça n’est pas pour mener tout seul sa barque au milieu des tempêtes du monde ! Le baptisé est convoqué par le navire de l’Église à monter à son bord pour vivre une vraie fraternité sous tous les temps et arriver à bon port en se laissant gouverner par le Christ, son Capitaine. Qu’est-ce que vous voulez : vous pouvez toujours tenter de traverser l’Océan à la nage, mais il y a peu de chance que vous y arriviez. En revanche, si vous montez dans un bateau rassemblant un équipage au complet, alors la traversée mènera le navire à bon port, malgré les pires tempêtes. L’image du navire est par ailleurs tellement traditionnelle — inspirée par l’Arche de Noé — que le lieu où les chrétiens se rassemblent pour prier dans une église s’appelle précisément une « NEF » ! On peut écouter à ce propos une homélie du Ve siècle prononcée par saint Maxime de Turin : « Ce navire n’a pas été confié à Pierre pour qu’il périsse ; ce navire c’est l’Église, gouvernée par Jésus-Christ. L’Église, en effet, est un navire qui ne tue point, mais qui vivifie ceux qui s’y embarquent, après avoir échappé aux tempêtes du monde, comparées aux flots de la mer ; car si ceux qui montent les barques de pêche blessent et font prisonniers les poissons tirés de l’abîme, le navire de l’Église, lui, donne la vie à ceux qu’elle reçoit, échappés de la tourmente. Je dis que l’Église leur donne la vie, les vivifie, comme s’ils étaient morts. Vivifier est en effet l’expression propre, parce que celui-là seul peut être vivifié, qui auparavant était privé de la vie. » (Saint Maxime de Turin, Homélie 108, sur Mt 9)
Donc reformulons les affaires : le baptême nous fait plonger dans les eaux de la mort avec le Christ — cette mort qui est le fruit maudit de notre péché — Une plongée dont le Christ nous fait sortir vivant, mais c’est à condition qu’une fois rendu à la surface, on ne poursuive pas la traversée à la nage mais on embarque sur le navire de l’Église ! Un navire pleinement disponible au souffle vivifiant de son Esprit Saint.
Dit autrement, au baptême, nous recevons l’Esprit Saint qui nous attache à Jésus par la communication de la FOI. Et dans une seconde étape, l’Esprit va nous pousser à embarquer dans le navire de l’Église qui, toutes voiles dehors, vogue elle-même au souffle de ce même Esprit dans l’ESPÉRANCE ferme qu’elle parviendra à bon port. L’objectif de la CONFIRMATION n’est donc pas ailleurs que dans l’accueil joyeux à bord de la Frégate de l’Église !
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L’ONCTION DE L’ESPRIT
Le sacrement de la CONFIRMATION est marqué par une ONCTION D’HUILE signifiant l’ONCTION DE L’ESPRIT SAINT. Rien de compliqué à ça, il suffit, comme toujours, de revenir à la Bible.
Le signe de l’Esprit Saint est lié à une Onction d’Huile dans la Bible, notamment pour les prêtres et pour les rois d’Israël qui étaient donc tous, les uns comme les autres, des « MESSIES » de DIEU : ils avaient été « oints », ce qui est le sens même du mot MESSIE, ou CHRIST en grec. Pour les prophètes en revanche, il n’y a pas d’onction prévue formellement, mais le seul fait qu’il soit habité par l’Esprit de DIEU suffisait pour qu’on les appelle aussi MESSIE. On considérait qu’ils étaient OINTS de l’Esprit de DIEU au nom de qui ils prenaient la parole.
Vous vous souvenez par ailleurs que le baptême nous confère les titres de Prêtre, de Roi et de Prophète ; autant de titres MESSIANIQUES donc, raison pour laquelle, après le baptême, une première ONCTION d’huile est pratiquée avec l’huile consacrée par l’évêque qu’on appelle le SAINT-CHRÊME — Pour la petite histoire, les rois de France avaient gardé cette coutume biblique et se faisaient oindre par le Saint-Chrême à Reims, ce qui faisait d’eux des rois par institution divine, des MESSIES pour le peuple dont ils prenaient la charge — si vous vous souvenez, on s’est même demandé jusqu’au XIIIe siècle si cette onction du Roi n’était pas en elle-même un sacrement. Ceci pour la petite histoire ; en attendant, c’est ce même SAINT-CHRÊME qui servira pour l’ONCTION de la CONFIRMATION de tous les baptisés.
Si donc cette onction de la confirmation fait de chaque chrétien un MESSIE, c’est au sens où il se trouve agrégé à L’ÉGLISE qui est tout entière MESSIANIQUE, tout entière choisie par DIEU pour travailler au Salut du monde ! À charge ensuite pour chaque disciple de témoigner du mystère du Salut à travers sa vie propre, vécue comme un CULTE, une OFFRANDE au DIEU VIVANT par le Christ Jésus et dans la force que lui procure l’appui fraternel de l’Église à laquelle il appartient.
Dit autrement : si ni le prêtre, ni le roi, ni le prophète en Israël ne le sont pour eux-mêmes, comme un privilège, mais TOUJOURS au nom de TOUT LE PEUPLE ; de la même manière, le baptisé n’est pas prêtre, roi ou prophète pour lui-même ! Il l’est DANS L’ÉGLISE, POUR LE MONDE, ce que marque charnellement le sacrement de la CONFIRMATION. C’est cette dimension ecclésiale de la confirmation qui impose que ce soit l’évêque, c’est-à-dire le responsable de l’Église locale à laquelle appartient le baptisé, qui la lui confère — l’évêque est le pasteur qui est chargé de veiller sur un territoire sur lequel sont rassemblées différentes paroisses. Je vous ai fait un petit schéma pour que vous ayez une petite idée de l’organisation de l’Église, dans la fiche Pour aller plus loin.
Pour résumer, disons donc que la Confirmation est le SACREMENT qui, une fois qu’on a été baptisé, nous fait embarquer dans le navire de l’Église dont les voiles sont gonflées par le souffle de l’Esprit Saint ! On peut dire que là où le BAPTÊME, par l’immersion dans l’eau, nous fait fils ou fille de DIEU ; la CONFIRMATION, elle, par l’onction du saint Chrême, nous fait fils ou fille de l’Église, et ça, c’est d’une force incommensurable parce qu’elle nous insère ainsi dans un formidable élan de fraternité au sein de laquelle s’opère, par le Christ, notre DIVINISATION !
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LE SACREMENT POUR LA MISSION
Alors si on a bien compris, c’est vrai que pratiquement, la confirmation devrait être donnée dans l’enfilade immédiate du baptême, comme c’était le cas dans l’Antiquité et comme aujourd’hui encore dans l’Église Orthodoxe. Néanmoins, si elle est aujourd’hui distincte du Baptême en Occident — dans l’Église latine, disons plus précisément —, c’est pour la raison qu’elle est normalement, comme on vient de le dire, conférée par l’Évêque du lieu. C’est un beau signe de reconnaissance ecclésiale ! À travers l’Évêque, c’est vraiment toute la famille chrétienne locale qui est représentée. Ceci dit, comme l’évêque ne peut pas au même moment se trouver dans chaque lieu où se déroulent les baptêmes, du coup, on retarde la réception de la confirmation qu’on réserve pour une grande cérémonie qui rassemble tous les nouveaux baptisés. L’onction de Saint-Chrême opérée juste à la sortie de l’eau du baptême est là pour manifester ce lien intrinsèque entre Baptême et Confirmation, comme la marque d’une promesse : « Ne t’en fais pas, tu n’es pas seul ! Dès que possible, l’Église viendra par la personne de l’évêque, te donner ta place dans son navire parce qu’un frère appuyé sur un autre frère est une forteresse ! »
Alors évidemment, certains diront que la confirmation n’est pas indispensable parce que le baptisé est, par le fait même, nécessairement incorporé à l’Église, ce qui n’est pas faux. Mais il n’empêche : nous vivons une foi INCARNÉE, CHARNELLE. Donc cette dimension ecclésiale de la CONFIRMATION est légitimement portée par un signe sacramentel fort qui, grâce à cette distinction d’avec le Baptême va d’autant mieux marquer que l’incorporation au Christ produite par la grâce du Baptême est liée intrinsèquement à notre incorporation à l’Église. Sinon, c’est simplement sous entendu, et donc ça n’est pas aussi efficace ! Et c’est par ailleurs à partir de cette dimension ecclésiale que la CONFIRMATION se reconnaît comme SACREMENT POUR LA MISSION dans la mesure où aucun chrétien n’est envoyé seul pour annoncer l’Évangile du Salut. Déjà Jésus a envoyé les disciples deux par deux : « Parmi les disciples le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre. » (Lc 10,1)
L’évangélisation est une mission de l’Église — de toute l’ÉGLISE, et non pas seulement chacun de son côté, fût-ce sous l’inspiration de l’Esprit Saint. En ce sens, saint Jean précise bien que c’est SUR LES DOUZE que Jésus souffle pour leur donner l’Esprit Saint : « Ayant ainsi parlé, Il souffla sur eux et il leur dit : “Recevez l’Esprit Saint !” » (Jn 20,22) Jamais dans les évangiles Jésus ne souffle sur un homme seul, parce qu’il sait bien que la mission est dure : « Voici que Moi, Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents et candides comme les colombes. Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. Vous serez conduits devant des gouverneurs et des rois à cause de moi : il y aura là un témoignage pour eux et pour les païens. Quand on vous livrera, ne vous inquiétez pas de savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. » (Mt 10,16-20).
Alors résumons : par la CONFIRMATION, l’Église accueille le nouveau baptisé, certes comme Fils de DIEU mais dans le même moment comme un Fils de l’Église. Se recevant ainsi, par le Christ, et de son Père céleste ET de sa Mère l’Église, le chrétien se rend disponible à la GRÂCE. Une grâce dont, par GRATITUDE, il devient le témoin dans monde, soutenu par une multitude de frères et sœurs en communion de CHARITÉ.
Une fois qu’on a compris ça, il est inutile de faire plus de développements, si ce n’est peut-être prendre le temps de découvrir quels sont ce qu’on appelle les DONS DE L’ESPRIT SAINT, mais pour ça, je vous mets une vidéo qui vous les présente dans la Fiche Pour aller plus loin.
Précisons pour finir que ni le BAPTÊME ni la CONFIRMATION ne seraient quoi que ce soit s’ils n’étaient nourris, dans le temps, par l’EUCHARISTIE du dimanche, mais nous verrons ça la prochaine fois.
D’ici là, il me semble que vous avez pas mal de grain à moudre avec votre accompagnateur. Que le Christ Jésus vous garde en sa bénédiction.
Je vous remercie.
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