05-01-2019

[Foi 2.3_C] - L'Eucharistie (3ème partie)

par : le père Alain Dumont
Jésus nous sauve par sa Passion et sa Résurrection, soit ; Mais comment peut-il dire à propos du pain azyme : « Ceci est mon corps » et à propos de la 3e coupe de vin : « Ceci est mon sang » ?
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PLAN :
– Le pain et le vin dans les offrandes du sanctuaire
– L’Agneau de DIEU
– L’Eucharistie
Rubrique :Les sacrements
Duration:30 minutes 13 secondes
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous avons pris le temps la dernière fois de déchiffrer le repas pascal vécu fidèlement par les Juifs génération après génération, depuis au moins cinq siècles avant Jésus Christ — c’est-à-dire depuis l’Exil à Babylone ; un repas faisant mémoire de la libération d’Égypte remontant encore 500 ans plus tôt, c’est-à-dire à la fondation du peuple des Fils d’Israël avec Moïse. En même temps, on s’est aperçu que ce même repas s’avérait être le socle d’une libération universalisée à tout le genre humain par Jésus, qui ne se contente plus, à partir de ce moment, d’offrir des sacrifices extérieurs pour implorer le pardon de DIEU sur Israël comme le faisait le grand Prêtre à YoM KiPOuR mais qui s’offre Lui-même au Père en offrande pure de tout péché, au nom de TOUTE l’humanité dont, en tant que notre frère, notre Go’èL, notre Rédempteur, il paye pour nous le prix douloureux du péché dont NOUS sommes les auteurs meurtriers…

Mais ça n’est pas fini puisqu’étant pur de tout péché, ayant accompli en plénitude les prescriptions de la ToRaH de Moïse, Jésus, en tant que JUSTE par excellence, est en pleine communion avec son Père ; au point que le pardon du Christ souffrant est identiquement le pardon du Père accordé à tous les pécheurs attachés à la figure du Christ Sauveur, du Christ Go‘èL, c’est-à-dire ni plus ni moins qu’à la figure de leur FRÈRE, ce qui suppose évidemment qu’une FRATERNITÉ existe corrélativement entre eux ; et là, c’est de l’Église dont il faut parler ! Cette Église que le Père veut recevoir comme l’Épouse de son Fils, le Verbe qui a épousé notre CHAIR (cf. Jn 1,14) pour lui conférer la plénitude de la VIE, bref : pour la DIVINISER et Lui partager la joie de la Gloire éternelle. Là, on est vraiment au cœur de la foi chrétienne dans ce qu’elle a de plus universel et qui est comme concentré au moment de l’Eucharistie à laquelle se nourrit toute l’Église.

Bien. Reste à présent la question : Jésus nous sauve par sa Passion et sa Résurrection, soit ; mais comment peut-il dire à propos de la MaTsaH : « Ceci est mon corps » et à propos de la 3e coupe de vin : « Ceci est mon sang » ?

Pour comprendre, désolé, mais il faut encore et toujours revenir aux offrandes du Temple, dans la mesure où implicitement, ces paroles de Jésus ne se fondent pas ailleurs que dans la vie cultuelle d’Israël.

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LE PAIN ET LE VIN DANS LES OFFRANDES DU SANCTUAIRE

En définitive, tout part, dans la foi juive, de la fête de Pâque qui fait mémoire de la libération d’Égypte. À partir de là, dans une démarche essentielle de GRATITUDE, toute la vie juive s’organise, à commencer par les sacrifices du Sanctuaire dont la qualité va influer sur la vie quotidienne du peuple en termes, notamment, de PURETÉ. On l’a déjà évoqué à propos de Jésus. Il ne s’agit pas de pureté “morale” mais d’une pureté au sens où le moindre geste doit savoir garder vigilant chaque Fils d’Israël dans la dynamique de vie insufflée par cette libération d’Égypte, conséquence de quoi il va pouvoir travailler à l’élévation de son peuple vers DIEU. Là est l’objet des sacrifices dans le Sanctuaire. Si à un moment, tel ou tel geste donne la mort, ou si un Fils ou une Fille d’Israël entre seulement en contact avec la mort, alors il faut faire en sorte d’être purifié par toute une série de rites très précis, qui s’achèvent logiquement par un sacrifice — un sacrifice de pardon qui manifeste, précisément, que la dynamique vitale a été retrouvée. C’est par le sacrifice, et non pas seulement par son seul désir ni même par les seuls rites de purification, que le Fils d’Israël accomplit sa vocation de s’élever vers son DIEU ; et il faut croire que ce processus est bigrement efficace parce qu’il a contribué à façonner le peuple le plus dynamique de l’histoire humaine, bien que faisant partie des plus petites nations que la terre ait portées. Toujours est-il donc que TOUT CONVERGE VERS LE SACRIFICE. 1er point qui nous permet déjà de comprendre pourquoi la vie chrétienne est elle-même tout entière tendue vers le sacrifice du Christ en qui s’achève toute offrande vitale.

Le livre du Lévitique, qui suit le livre de l’Exode, organise tout ça avec une précision d’orfèvre, et quand on parvient à entrer dans l’âme de ce livre, on est ébloui par la grandeur de sa spiritualité ; une spiritualité très incarnée, qui ne se contente pas de belles idées aussi vaines qu’illusoires, mais qui met en place une pratique très cadrée qui va, avec le temps, toucher le peuple au plus profond de lui-même, au plus charnel, pour que la mémoire du Salut qui structure l’âme du peuple d’Israël puisse rester enracinée et vive, génération après génération.

Toujours est-il qu’à travers la litanie de sacrifices qui compose entre autres la première partie du livre, il y a un détail auquel en général on ne prête guère attention, fasciné qu’on reste par le sang des sacrifices animaux, à savoir la place donnée au pain et au vin. Car chaque sacrifice, quel qu’il soit, est toujours accompagné d’une offrande, entre autres, de pain et de vin. Une part du pain est elle-même passée par le feu, et une part du vin est versée en « libation », c’est-à-dire qu’on en renverse une part sur l’autel en signe d’offrande, sachant que le vin était symboliquement associé au sang animal selon une similarité qu’exprime Moïse dans le Deutéronome quand il parle du vin comme du : « sang de la grappe que tu bois fermenté » (Dt 32,14)

Toujours est-il que ces offrandes végétales composaient, avec une part de la victime offerte octroyée aux offrants, le repas sacré qui, par la manducation, liait charnellement ces offrants à leur offrande ; de sorte que manger la part de pain et boire la part de vin, revenait à se laisser saisir par l’élévation des parts de la victime flambées, elles, sur l’autel.

Eh bien : c’est le même principe qui anime le pain et le vin du repas pascal de Jésus ! Lorsqu’en effet Jésus prononce les paroles : « Ceci est mon Corps, ceci est mon sang », il se désigne comme la victime d’un sacrifice d’élévation vers le Père ; victime à laquelle, en bon Juif vivant de la ToRaH de Moïse, il associe spontanément, pourrait-on dire, le pain et le vin. On l’a déjà souligné : pour les Juifs, jusqu’à aujourd’hui, la fraction de la MaTsaH a pour signification le rappel de l’holocauste de l’agneau dans le Temple offert chaque jour entre le déclin et le coucher du soleil, « entre les deux soirs » dit la ToRaH, c’est-à-dire en gros entre 15:00 et 18:00. Or ce lien est juste essentiel ! La liturgie familiale juive peut d’autant moins oublier de se relier aux sacrifices du Temple que tous les sacrifices dépendent, se FONDENT dans l’événement de la sortie d’Égypte, donc le SèDèR de PèSaH. fait mémoire ! Au point que détacher ce repas pascal des sacrifices du Temple reviendrait à couper ces sacrifices de leur source, et ce serait les rendre vains ! Il n’y aurait plus d’holocauste qui vaille, ni de sacrifice de paix, ni de sacrifice de pardon ou d’action de grâce, etc. Vraiment : le SèDèR de PèSaH. est loin d’être anodin puisque c’est lui qui fonde et qui soutient TOUT l’édifice cultuel d’Israël !

Alors, pour en revenir au repas pascal un peu particulier que Jésus célèbre avec ses disciples, les pères de l’Église * n’ont pas manqué de remarquer que l’heure de sa mort — la neuvième heure, disent les Évangiles, c’est-à-dire « entre les deux soirs » — l’heure de la mort de Jésus donc répond précisément à celle où l’on immolait l’agneau de l’holocauste quotidien, mais aussi les agneaux qui seraient mangés en famille pour le SèDèR de PèSaH. Comme pour signifier d’une part que l’agneau pascal et l’agneau offert en holocauste ne formaient en définitive qu’une seule et même offrande libératoire ; mais d’autre part concernant Jésus, l’heure de son sacrifice semble bien manifester qu’Il est Lui-même l’AGNEAU DE DIEU de la Nouvelle Alliance réconciliant tous les hommes avec DIEU !

Alors, avant d’aller plus loin en ce sens, concernant d’une part l’agneau du SèDèR, relisons le passage d’Ex 12 : « Le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. […] Ce sera un agneau sans défaut, un mâle, de l’année. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera entre les deux soirs — vous savez maintenant ce que cette expression signifie —. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. » (Ex 12,3.5a-8)

Concernant d’autre part l’agneau de l’holocauste du soir, on lit au ch. 29, juste après l’investiture des prêtres et la consécration de l’autel : « Voici ce que tu mettras sur l’autel : des agneaux de l’année, deux par jour, perpétuellement. Le premier agneau, tu le mettras le matin ; et le second agneau, entre les deux soirs. Avec le premier agneau, tu mettras dix livres de fleur de farine, pétrie dans un quart de HîN d’huile vierge — voilà le pain dont une partie sera brûlée et l’autre consommée pour s’attacher au sacrifice. Un quart de HîN correspond à environ 1 litre — ; et de plus, une libation d’un quart de HîN de vin — ah, voilà aussi le vin ! —. Avec le second agneau, que tu mettras entre les deux soirs, tu feras la même offrande que le matin et la même libation : ce sera une nourriture offerte en agréable odeur au Seigneur. Tel sera l’holocauste perpétuel que vous ferez d’âge en âge, à l’entrée de la tente de la Rencontre, en présence du Seigneur ; ce sera pour vous le lieu de rencontre, où Je te parlerai. Là, je me laisserai rencontrer par les Fils d’Israël et ce lieu sera consacré par Ma gloire. » (Ex 29,38-44) Et là il faut bien écouter : l’holocauste quotidien de l’agneau est donc le signe de la présence de DIEU à son peuple ! Ce qui est évidemment plein de sens si Jésus est vraiment l’Agneau de DIEU par excellence qu’on vient d’évoquer, parce que dès lors, son sacrifice devient le signe d’une présence divine désormais définitive au milieu de la multitude des hommes ! De plus, si Jésus est l’Agneau de DIEU en passe d’offrir sa vie en sacrifice pour la rédemption des pécheurs, en mangeant le pain et en partageant la coupe de vin attachés à Jésus — « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » —, alors les apôtres vont CHARNELLEMENT, et donc RÉELLEMENT manger le Corps du Christ et boire son Sang versé en libation lors de sa Passion toute proche — vous vous souvenez de la 4e coupe que Jésus boit sur la croix —. Ce faisant, ils vont intimement COMMUNIER à son Offrande pascale pour pouvoir, par Lui, avec Lui et en Lui, faire de leur propre vie une offrande à la Gloire du Père ; ce que n’est rien de moins que ce que visait, ce qu’espérait toute la ToRaH de Moïse sans toutefois pouvoir mener ce projet à sa finalité puisque personne n’était suffisamment JUSTE pour pouvoir prétendre s’offrir soi-même en sacrifice de Salut, ne serait-ce qu’en faveur d’Israël ! Donc de ce point de vue, Jésus porte vraiment toute la ToRaH à son accomplissement le plus décisif ! Ultime !

Mais avant d’en arriver là, nous n’en avons pas encore terminé avec la figure de l’Agneau qui a décidément bien des choses à nous dire.

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L’AGNEAU DE DIEU

L’évangéliste Jean rapporte un curieux discours du prophète Jean-Baptiste à ses disciples à propos de Jésus, juste après L’avoir baptisé dans le Jourdain : « “Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient Celui que vous ne connaissez pas ; c’est Lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de Sa sandale.” Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où Jean baptisait. Le lendemain, voyant Jésus venir vers lui, Jean déclara : “Voici l’Agneau de Dieu, qui porte le péché du monde ; c’est de Lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi Il était. Et moi, je ne Le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’Il soit manifesté à Israël.” Alors Jean rendit ce témoignage : “J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et Il a demeuré sur Lui. Et moi, je ne Le connaissais pas, mais Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, Celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’ Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est Lui le Fils de Dieu.” » (Jn 1,26-34)

Selon Jean-Baptiste qui recueille ici toute la tradition de Moïse, Jésus est donc bien l’Agneau de DIEU… À qui se réfère-t-il ? Eh bien d’abord au prophète Isaïe, toujours dans sa vision du Serviteur que DIEU envoie sauver son peuple : « Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous. Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : COMME UN AGNEAU conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. » (Is 57,1-7) Pierre ira dans le même sens que Jean-Baptiste : « Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est PAR UN SANG PRÉCIEUX, celui D’UN AGNEAU sans défaut et sans tache, le Christ. » (1Pi 1,18-19) Ici, Pierre fait explicitement référence aux prescriptions concernant l’agneau du repas pascal qu’on vient de lire, au ch. 12 de l’Exode.

Alors maintenant, posons-nous la question : pourquoi attacher ses disciples à son sacrifice par le pain et le vin ? Parce que Jésus, le JUSTE par excellence, entrant et traversant la mort engendrée par cette désobéissance à la ToRaH de VIE qu’on appelle le péché et dont Il est absolument INNOCENT ; Jésus, donc, pourra élever avec Lui jusqu’au Père ceux qui s’attacheront CHARNELLEMENT à son sacrifice par le pain et le vin partagés — ce qu’encore une fois visaient les sacrifices de la ToRaH de Moïse mais sans pouvoir pleinement l’accorder en raison des péchés du peuple !

Et là, comprenons bien que cet attachement n’est pas seulement formel : il est le signe d’une rencontre INTIME, d’une COMMUNION de DIEU et de l’humanité. Cette rencontre intime que visait le Seigneur lorsqu’il disait par le prophète Jérémie : « Voici venir des jours – oracle du Seigneur –, où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une nouvelle alliance — au sens d’une Alliance renouvelée, au sens où Jésus parle de son sang comme le “sang de la Nouvelle Alliance” —. […] Voici quelle sera l’Alliance que je conclurai avec la Maison d’Israël quand ces jours-là seront passés – oracle du Seigneur. Je mettrai ma ToRaH au plus profond de leur être ; Je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront Mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : “Apprends à connaître le Seigneur !” Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands – oracle du Seigneur. Je pardonnerai leurs fautes, Je ne me rappellerai plus leurs péchés. » (Jr 31,31.32-34)

Alors si on se rappelle que depuis le prophète Osée, relayé par le Cantique des Cantiques et ultimement par l’Apocalypse, cette rencontre se conjugue en termes d’amour nuptial, conjugal ; en termes d’épousailles, de mariage, de Noces éternelles ; ça signifie que la Vie éternelle à laquelle Jésus entraîne ceux qui s’attachent à Lui n’est autre que le fruit espéré des Noces de l’humanité avec son DIEU ; et par là de sa DIVINISATION au plus intime de son être. Ce qui s’opère en deux moments, pour ainsi dire : dans un premier moment, le Verbe se fait CHAIR, c’est-à-dire qu’il épouse notre humanité ; dans un second moment, il entraîne cette CHAIR avec Lui dans la Gloire de sa Résurrection et présente son Épouse au Père, c’est-à-dire l’Église qui rassemble tous ceux qui se sont attachés au Christ et que le Père céleste adopte dès lors comme ses propres fils ! Un peu, pour prendre une image, comme un conjoint vis-à-vis de son beau-père et sa belle-mère qu’ils adoptent dans leur propre famille. Par notre attachement au Christ, en tant que fils et filles de l’Église sont épouse, nous voici rien de moins qu’adoptés pour entrer dans la famille de DIEU.

C’est ce qui fait exulter l’apôtre Paul au début de sa lettre aux Éphésiens : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans la charité. Il nous a prédestinés à être, pour Lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’Il nous donne dans le Fils bien-aimé. En Lui, par son sang, nous avons la rédemption — il nous a rachetés, vous vous souvenez ; c’est le fameux Go‘èL —, le pardon de nos fautes. C’est la richesse de la grâce que Dieu a fait déborder jusqu’à nous en toute sagesse et intelligence. Il nous dévoile ainsi le mystère de Sa volonté, selon que Sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre. » (Éph 1,3-10)

Normalement, ce qu’écrit Paul ici ne devrait plus vous poser de difficulté. Voilà : tout est mené à son terme. Le péché, même s’il a pu détourner le plan de DIEU pour un temps, n’a pas pu empêcher l’accomplissement du projet de DIEU, à savoir s’unir nuptialement, par son Verbe, à sa création pour l’entraîner, par nous, dans la joie des Noces éternelles ! Et là, les paroles de l’Apocalypse ne devraient plus avoir de secret pour vous : « Alors j’entendis comme la voix d’une foule immense, comme la voix des grandes eaux, ou celle de violents coups de tonnerre. Elle proclamait : «“Alléluia ! Il règne, le Seigneur notre Dieu, le Souverain de l’univers. Soyons dans la joie, exultons, et rendons gloire à Dieu ! Car elles sont venues, les Noces de l’Agneau, et pour lui son épouse — c’est-à-dire l’Église, l’assemblée des témoins qui se sont attachés au Christ jusqu’à la mort — a revêtu sa parure. Un vêtement de lin fin lui a été donné, splendide et pur.” Car le lin, ce sont les actions justes des saints. Puis l’ange me dit : “Écris : Heureux les appelés au Festin des Noces de l’Agneau !” Il ajouta : “Ce sont les vraies Paroles de Dieu.” » (Ap 19,6-9)

Eh bien : voilà tout ce à quoi nous introduit la communion eucharistique sur laquelle nous allons dire à présent quelques mots.

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L’EUCHARISTIE

Rappelons-nous les paroles de Jésus à la fin du SèDèR de PèSaH. : « Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain — la MaTsaH et prononcé la bénédiction, le rompit — c’est la fraction — et, le donnant aux disciples, il dit : “Prenez, mangez : ceci est Mon corps.” Puis, ayant pris une coupe — la 3e coupe du repas pascal — et ayant rendu grâce, il la leur donna, en disant : “Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. » (Mt 26,26-28) Et saint Luc d’ajouter — ce qui est sous-entendu chez Matthieu, parce que tellement évident pour des oreilles juives : « Faites cela en mémoire de moi » (Lc 22,19) Saint Luc s’adresse plutôt à des pagano chrétiens pour qui le rite du mémorial pascal n’est pas aussi naturel. Et ce faisant, il nous est d’un grand secours parce que c’est par obéissance à cette injonction que les chrétiens célèbrent chaque dimanche, jusqu’à aujourd’hui, le MÉMORIAL DE L’EUCHARISTIE pour s’attacher CHARNELLEMENT à Jésus, en vrais disciples.

Le repas de Jésus est précédé, on l’a vu, par la reconnaissance humble de notre état de pécheurs ; par la demande de pardon, puis par l’écoute attentive de quelques passages de la Parole de DIEU — là, les chrétiens reproduisent ce qui se vit à la Synagogue le jour de ShaBaT ou le jour de PèSaH., le jour de Pâque. Sauf, on l’a déjà évoqué en son temps, que parler ne suffit pas ! Toute autorité n’est légitime que si elle est perçue comme nourrissante, non pas seulement en termes de « bouffe » — passez-moi le terme — mais en termes de CROISSANCE. Nous ne donnons autorité qu’à ceux qui nous font grandir, c’est assez basique comme constatation.

C’est ainsi qu’après avoir écouté la Parole de DIEU, l’Église confesse sa foi en un tel DIEU qui nous aime jusqu’à DONNER SA VIE pour nous, pécheurs. Par l’Incarnation, le Verbe va jusqu’à renoncer à ses prérogatives divines pour s’abaisser et venir à notre secours en se dépouillant de TOUT — conformément d’ailleurs au dépouillement qui constitue l’essence même de la Trinité divine —. Il vient secourir les pécheurs en DONNANT tout, en SE DONNANT entièrement sans cesser de s’abandonner totalement à la volonté du Père qui le relèvera d’entre les morts par la grâce à laquelle Jésus se sera parfaitement rendu disponible ! Vous vous rendez compte ? Rien que ça devrait nous bouleverser, nous enivrer dans la mesure où ce qui nous est révélé ici, c’est que nous avons une valeur DIVINE !

Voilà le mystère auquel nous ouvre l’Eucharistie. Alors je vous laisse sur ces considérations avant d’aller plus loin. Nous terminerons la prochaine fois sur le déroulement des rites de la messe telle que les chrétiens la vivent dans le rite latin catholique *. D’ici là, il me semble que, vous avez là encore bien du grain à moudre avec votre accompagnateur.

Que le Seigneur vous garde en sa bénédiction.

Je vous remercie
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