05-01-2019

[Foi 2.4_A] - Le Sacrement de la Miséricorde (1ère partie)

par : le père Alain Dumont
Suite au Baptême, le chrétien ne devrait-il pas ne plus pécher ? Force est de constater que ça n’est pas si simple. Mais alors, que se passe-t-il lorsque le baptisé tombe malgré tout dans le péché ? Petite histoire de la mise en œuvre du Sacrement de la Miséricorde au fil des siècles.
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PLAN 
– Le vrai sacrement de la Miséricorde : le Baptême
– Le sacrement de la Miséricorde : un peu d’histoire
Rubrique :Les sacrements
Duration:27 minutes 56 secondes
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous avons vu les trois sacrements fondateurs de la vie chrétienne — on les appelle les SACREMENTS DE L’INITIATION —, à savoir le Baptême, la Confirmation et l’Eucharistie qui sont si intimement liés les uns aux autres qu’on ne saurait envisager d’être véritablement chrétien sans les vivre ensemble. Le Baptême et la Confirmation au commencement de cette vie chrétienne, et l’Eucharistie qui maintient en nous cet esprit de Gratitude pour ce Salut qui illumine toute notre existence, dimanche après dimanche.

Maintenant, voyons les quatre autres sacrements, qui ne devraient pas nous poser de difficulté de compréhension. Ils sont en définitive la déclinaison logique — et surtout CHARNELLE — de tout ce que nous avons déjà vu du mystère chrétien. Il y a d’une part le SACREMENT DE LA MISÉRICORDE que chaque chrétien peut vivre au rythme qu’il désire ; et d’autre part les sacrements qui marquent deux autres grands moments de cette existence, à savoir le MARIAGE et l’ORDINATION SACERDOTALE ; enfin, quand le chrétien affronte l’épreuve de la maladie, voire de la mort, le SACREMENT DES MALADES. Voyons pour commencer le premier d’entre eux : le sacrement de la Miséricorde.

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LE VRAI SACREMENT DE LA MISÉRICORDE : LE BAPTÊME

Le sacrement de la Miséricorde est sans doute le moins compris de tous les sacrements. On l’appelle aussi la « confession », le « sacrement de pénitence » ou le « sacrement de Réconciliation », c’est selon. Concernant son déroulement, je vous mets une courte vidéo qui vous en explique les points principaux, ça n’est pas compliqué. Pour nous, on va simplement se demander ce qu’est ce sacrement et pourquoi il a été institué.

D’abord, avouons franchement que le Christ Jésus n’a pas institué formellement ce sacrement en tant que tel. Néanmoins, dans sa sagesse, l’Église l’a mis en place dans le prolongement du Baptême, puisque c’est PAR LE BAPTÊME que nous recevons le pardon des péchés. Pourquoi ? J’entends personnellement souvent cette question, au demeurant très pertinente : « Comment se fait-il qu’en étant baptisé, je continue de pécher ? » Eh oui : normalement, dans la logique du baptême, si le péché est vaincu, on ne devrait plus pécher ! Sans doute . Sauf que la question n’est pas là. Être baptisé ne signifie pas qu’on ne sera plus tenté ! Être pur de tout péché ne signifie pas que l’existence sera débarrassée de toute épreuve, bien au contraire ! Peut-être que celle qui a le mieux formulé ce dilemme est la philosophe Simone Weil, dans un livre d’une fulgurante profondeur : La Pesanteur et la Grâce. Parlant du bien et du mal, elle écrit : « On n’a l’expérience du bien qu’en l’accomplissant. On a l’expérience du mal qu’en s’interdisant de l’accomplir ou, si on l’a accompli, qu’en s’en repentant. » (Simone Weil, La Pesanteur et la Grâce, Plon (1988), p. 133) Il me semble que toute la condition de chrétien, de baptisé, est rassemblée dans ces quelques mots. D’abord parce qu’on comprend que personne, plus que le Christ, n’a réellement fait l’expérience du mal en tant qu’Il est précisément Innocent de tout mal, au sens où il a refusé jusqu’au bout de commettre le mal. Mais ça n’est pas tout, puisque par Lui, c’est DIEU qui fait l’expérience la plus abyssale du mal ! Ce qui au demeurant Le rend infiniment crédible — faute de quoi, si DIEU était cette espèce de vieillard barbu trônant du haut des cieux sans jamais daigner toucher du doigt la réalité qui est la nôtre — qui fait que nous sommes confrontés au mal comme à ce qui nous FAIT mal, dans notre CHAIR — Si DIEU donc était étranger à ce mal qu’Il regarderait de haut à la façon d’un Zeus ou d’un Osiris, alors sans doute pour nous vaudrait-il mieux être athée ; rechercher la vérité qui est ailleurs que dans cette caricature immonde d’un dieu impassible et forcément superbe, à l’image de ces Hauts Fonctionnaires qui se postent au-dessus de la plèbe qu’ils régentent sans s’abaisser à toucher du moindre petit doigt les fardeaux toujours plus lourds qu’ils font peser sur ses épaules. Donc en Christ, voilà que DIEU — le vrai DIEU fait l’expérience infinie du mal ; de ce mal qui fait d’autant plus mal que DIEU refuse absolument de le commettre. Premier point. Secondement, on comprend grâce à Simone Weil que la condition du baptisé est d’autant plus éprouvante qu’il est appelé, en Christ, à refuser d’accomplir le moindre mal ; refuser coûte que coûte, fut-ce la mort, d’ajouter le moindre mal au mal dont il ne manquera pas lui-même d’être victime après son baptême ; voire refuser d’ajouter le moindre mal au mal dont il verra d’autres être les victimes, ce qui est pour lui d’autant plus difficile que son baptême l’y aura rendu sensible : là est l’enjeu de la liberté que confère le Baptême, qui se conjugue par l’offrande à DIEU, par Jésus-Christ, de cette liberté face au mal ! Et de ce point de vue, la fin de la citation de Simone Weil est essentielle, parce que le baptisé entre en réalité dans une phase de grand combat, dans lequel certes il y aura des victoires — des victoires onéreuses ! —, mais aussi des défaites, des chutes, des lâchetés, raison pour laquelle l’Église, dans sa grande sagesse, a mis en place un service, pourrait-on dire : celui de la REPENTANCE, elle aussi onéreuse, à travers le sacrement de la MISÉRICORDE dont le but est de maintenir le baptisé sur le chemin de la sainteté. Reste qu’en tout cela, c’est le sacrement du Baptême qui poursuit son travail de libération.

Ceci dit, tout ne s’est pas mis en place immédiatement dans l’histoire.

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LE SACREMENT DE LA MISÉRICORDE : UN PEU D’HISTOIRE

Pour comprendre comment l’Église a mis en place la pratique du sacrement de la MISÉRICORDE, il faut d’abord se dire qu’il y a 2000 ans, on en était encore au dégrossissage des populations ! Pas ou très peu d’instruction, si ce n’est pour les familles riches ; des villages dispersés ; des conditions de vie difficiles ; etc. Non que les gens aient une vie bestiale à cette époque, mais l’existence était à tout le moins rustique, ce qui ne veut pas dire néanmoins sans sagesse ni sans traditions.

Toujours est-il que quand on parlait de « ne plus pécher » une fois baptisé, la référence était avant tout celle des 10 commandements : d’une part n’adorer qu’un seul DIEU — ce qui était déjà une haute marche de franchie ; je vous laisse imaginer le bouleversement des familles païennes qui adoraient les dieux officiels comme le culte de l’Empereur entre autres, et qui voyaient l’un des leurs les renier en devenant chrétien, parce que c’est comme ça que c’était vécu, forcément ! —

Par ailleurs, pendant les persécutions, les tentations d’apostasies mettaient une vraie pression sur les chrétiens dont un certain nombre finissaient passés par le glaive ou par les fauves, pendant que d’autres, en pensant à leur famille, préféraient acquiescer aux pressions des persécuteurs, comme sous l’empereur romain Dèce, en 250. Un an auparavant, Dèce était arrivé à la tête de l’Empire romain mais son pouvoir restait fragile. Il a donc cherché à l’affermir en exigeant de tous les citoyens de l’Empire qu’ils offrent un sacrifice aux dieux de Rome. Ceux qui obéiraient recevraient un document, un « libelle » officiel attestant qu’ils avaient effectivement sacrifié. Ceux qui refuseraient seraient condamnés à la prison, aux mines, à la torture, à l’exil, à la confiscation des biens, etc. Les condamnations à mort ont été assez rares lors de cette persécution.

Toujours est-il que les chrétiens, qui vivaient en paix depuis près de cinquante ans, ont été stupéfaits ! Certains ont courageusement confessé leur foi — on les appelle précisément les CONFESSEURS DE LA FOI ; d’autres ont tenu bon un temps mais ont fini, sous l’effet de la souffrance, par céder. Certains sont parvenus à se cacher. Et puis il y a eu ceux qui ont obtempéré, ou qui, sans sacrifier, ont acheté un libelle sous le manteau attestant qu’ils l’avaient fait ; etc. Du coup, quand la crise s’est terminée — Dèce a été tué au combat dès 251 et son successeur avait d’autres chats à fouetter (les barbares frappaient fort aux frontières de l’Empire) — ; donc quand la crise s’est terminé, une grande question a agité l’Église : que faire de tous ces chrétiens qui avaient apostasié et qui, à présent que la paix était revenue, demandaient à retrouver leur place au sein de la communauté ?

En gros, on avait trois options : 1. Opter pour une rigueur absolue : les apostats n’ont définitivement plus leur place au sein de la communauté dans la mesure d’une part où aucune pénitence ne peut laver un tel péché contre le premier commandement, et d’autre part où réintégrer ceux qui ont renié reviendrait à bafouer la foi et le courage de tous ceux qui ont tenu bon. 2. Autre option, à l’opposé : on accueille tous ceux qui leur en font la demande ; parmi les tenants de cette position, on trouvait d’ailleurs beaucoup de confesseurs de la foi vers qui se tournaient les apostats pour leur demander de prier pour eux afin de leur obtenir le pardon. 3. Et puis, 3e potion : il y avait ceux qui étaient partisans d’une réconciliation et d’une réintégration des apostats, mais au prix d’une pénitence à accomplir. Toute la question était de déterminer la nature et la durée de ladite pénitence. Mais voyez : ils ont été baptisés, ils ont péché gravement, du coup qu’est-ce qu’on fait ? Peut-on décemment les laisser errer toute leur vie durant en leur promettant l’enfer au bout du compte ?

Alors à cette période, l’Église va se référer à un jeune évêque africain, Cyprien, qui opte pour la prudence — sachant que lui-même, dans la persécution suivante en 257-258, confessera la foi jusqu’à la mort en présence de toute la communauté de Carthage.

Dans un premier temps, il refuse toute réconciliation comme une bonne partie de ses frères évêques, mais avec le temps, la sagesse, la guérison des blessures etc., il va tout de même accorder la paix aux mourants qui en font la demande. Ensuite, il va distinguer entre les apostats ayant abjuré sans contrainte et les autres, ceux qui ont cédé sous la torture, ceux qui ont sacrifié pour protéger leurs proches, etc. On impose aux premiers une pénitence sans date de réconciliation particulière, mais aux seconds, après un temps de pénitence déterminé, on les recevra à nouveau à la communion eucharistique. Ceci dit, quand, vers 253, se préparera une autre persécution, Cyprien demandera d’admettre à la communion tous les apostats ayant prouvé le regret de leur faute d’une manière ou d’une autre, sachant que personne ne peut tenir seul dans la persécution : tous ont besoin du soutien de l’Église, et surtout du secours de Dieu qui a lui-même, en la personne de Jésus, traversé ce genre d’épreuve.

En définitive, les décisions de Cyprien seront suivies par toute l’Église qui, au fil de l’histoire, comprend qu’il faut accompagner le pécheur sans trop radicalement le condamner. Mais voilà : il a fallu du temps, de la sagesse… Les jeunes sont souvent sans miséricorde, mais les vieux, eux, savent bien que tout n’est pas blanc ou noir… Et personnellement, j’aime cette Église qui avance pas à pas, qui écoute et qui accepte de ne pas s’enfermer dans des points de vue doctrinaires et sectaires, sans pour autant trahir l’Évangile du Christ. Et en l’occurrence, le sacrement de la miséricorde est le fruit de cette sagesse de l’Église attentive au bien de ses enfants tout en restant exigeante.

Enfin bref. Donc dans l’Antiquité, le péché était strictement assimilé aux 10 commandements, ce qui n’est déjà pas si mal et a bien contribué à dégrossir les populations. Toujours est-il qu’outre le fait de n’adorer que le DIEU révélé dans la Bible, le baptisé devait aussi s’abstenir de voler, d’assassiner et de commettre des adultères — ce qui est encore vrai aujourd’hui évidemment. Si le baptisé retombait par malheur dans l’une de ces fautes, c’était cuit pour lui ! Au demeurant, certains n’étaient pas fous : comme ils savaient qu’ils ne pourraient pas tenir, ils restaient catéchumènes toute leur vie et se faisaient baptiser juste avant de mourir, comme ça, ils étaient sûrs d’être sauvés par le Christ ! Mais enfin, c’était tout de même risqué, la mort pouvant tomber à tout moment…

Alors encore une fois ça peut prêter à sourire vu depuis notre XXIe siècle, mais ce n’est là que prétention de notre part, parce qu’aujourd’hui où le Christ est effacé des mémoires, comme par hasard, l’adultère revient en force, quand il n’est même promu à grand renfort de publicité comme une revendication de « liberté » ! Quand la campagne GLEEDEN est sortie en 2015, entre autres, qui faisait l’apologie de l’adultère à grands renforts de publicité notamment dans le métro parisien, la première chose que je me suis dite est que nos anciens n’étaient pas si barbares que ça ! Ils savaient par où commencent la sainteté et le vrai bonheur, et ils avaient su poser des cadres forts pour préserver les leurs des convoitises sauvages qui détruisent les fondements d’une société digne de ce nom.

Toujours est-il qu’avec le temps, l’Église a tout de même admis une seconde planche de salut pour les pécheurs repentis, mais assortie de mise en quarantaine stricte et de pénitences solides avant d’être réintégré dans l’Église, parfois dix ou vingt ans après, quand DIEU leur prêtait vie jusque-là !!! Alors une telle rigueur peut choquer, mais à l’époque, il fallait avant tout poser un cadre fort et clair, sans compromis, avant de proposer des aménagements.

Et voilà qu’au IVe siècle — je vous le fais en très rapide ! —, le christianisme devient avec Constantin et Théodose religion d’État et les grandes structures chrétiennes se mettent en place ! Comme disait Jean Monnet : « Sans les hommes, rien n’est possible ; sans les institutions, rien ne dure ! » Donc l’Église se donne les moyens de durer. Les baptêmes se multiplient et à cette époque, quand un chef de famille se faisait baptiser, c’était toute sa maisonnée qui emboîtait le pas, serviteurs compris ! Prenez Clovis : il se convertit, et toute son armée suit sans sourciller — du moins selon la tradition.

Toujours est-il que vers le VIe siècle, peu avant la vague mahométane, l’ensemble du monde antique est grosso modo chrétien — même si ça demeure fragile —, et majoritairement, il ne reste plus à baptiser que les enfants, de sorte que c’est à cette époque que s’est installée la tradition de baptiser les nouveau-nés.

D’accord, sauf que ça redouble le problème : qu’est-ce qui se passe si, après le baptême reçu à la naissance au cours des trente années de vie qui vont suivre en moyenne à l’époque ; qu’est-ce qui se passe donc si le baptisé est pris en flagrant délit de meurtre, de vol ou d’adultère ? OK, il y a la seconde planche de salut dont on a parlé, mais s’il retombe encore ? « En enfer et que ça saute » ? Grande question à l’époque, et il faut être reconnaissant à nos anciens de se l’être coltinée, parce que si aujourd’hui l’Église a une proposition tout à fait équilibrée, c’est parce que les générations qui nous ont précédés se sont juste posé les bonnes questions pour pouvoir leur apporter les bonnes réponses !

Toujours est-il qu’un jour du VIIe siècle, providentiellement, un moine Irlandais du nom de Colomban débarque en Europe pour renouveler complètement la pratique de l’Église en matière de pénitence. Il apporte dans ses bagages une façon inédite de pratiquer la miséricorde, à savoir la confession privée, au sens où le pénitent pouvait avouer ses péchés dans le secret d’un dialogue avec le moine et recevoir le pardon à condition d’accomplir une pénitence en signe de conversion. Mais la grande nouveauté, c’est que ce sacrement devenait RENOUVELABLE autant que nécessaire ! Charge néanmoins au pécheur repentant, on vient de le dire, d’accomplir une pénitence pour réparer sa faute ; une pénitence qu’on qualifiait de « tarifée » au sens où elle était proportionnée à la gravité de l’acte, toujours sur la même base de l’apostasie, du meurtre, du vol ou de l’adultère. Pour les fautes particulièrement graves, on pouvait être envoyé en pèlerinage à Rome, à Jérusalem ou à Saint-Jacques de Compostelle par exemple ; et on ne recevait l’absolution — c’est-à-dire le pardon des péchés — qu’une fois la pénitence accomplie.

Alors ici encore, parce que le cœur de l’homme est perfide, les plus riches — qui n’avaient manifestement pas compris la portée de la conversion — se permettaient de payer des personnes de substitution pour faire le pèlerinage à leur place, ou alors ils faisaient des dons à l’Église — ce qui est devenu plus tard les « indulgences » qui, il faut bien l’admettre, entraînèrent par la suite certaines dérives. Toujours est-il qu’à partir du XIIe siècle, on commence à alléger les pénitences et à donner l’absolution AVANT que celles-ci ne soient accomplies, et non plus après. La confession devient alors un instrument de choix pour veiller à rester dans les grâces du Baptême, tant et si bien qu’au XIIIe siècle, l’Église va demander que tout chrétien se confesse au moins une fois par an, à l’occasion des fêtes de Pâques — d’où l’expression que vous avez peut-être entendue à l’occasion : “faire ses Pâques”.

À partir du XVIIe siècle — là on fait un grand saut dans l’histoire — apparaît alors ce qu’on appelle la « confession de dévotion » où le pénitent ne confesse pas nécessairement une faute grave comme on les a listés jusque-là, mais met à profit la vigilance que demande la sainteté pour progresser spirituellement. Le meilleur pédagogue de cette pratique reste sans doute Saint François de Sales. Je vous mets dans la fiche Pour aller plus loin un texte très équilibré de cet auteur à ce sujet. Et aujourd’hui encore, on a les deux sortes de pénitents : ceux qui viennent une fois par an, et qui en général reprennent les dix commandements pour faire le point. Ce sont des personnes qui veulent rester honnêtes et pour qui ces dix commandements demeurent la charte à ne pas violer. Et puis il y a ceux qui viennent fréquemment, en général une fois par mois, pour qui la confession est l’occasion de grandir spirituellement en corrigeant autant que faire se peut tout mouvement mortifère de replis sur soi. Contrairement à ce qu’on pourrait penser de l’extérieur, grâce à cette pratique d’une réconciliation régulière avec le Christ, par la GRATITUDE que suscite la réception du pardon, ces personnes sont toniques dans la charité, joyeuses et soucieuses de donner le meilleur d’elles-mêmes autour d’elles au nom du Christ. C’est juste prodigieux !

Pour dire les choses autrement, ce sacrement de la Miséricorde bien vécu se présente en fait comme le sacrement de l’Humilité, donc du courage. Voyez, à bien y réfléchir, les véritables courageux sont toujours les plus humbles. Les autres sont des téméraires ou des intrépides, mais le VRAI courage est d’aller au front avec la foi comme bouclier pour « éteindre toutes les flèches enflammées du Mal » (Éph 6,16). Alors bien sûr qu’on a des talents, de vraies capacités, des dispositions humainement très prometteuses… mais qu’est-ce que tout ça sans l’humilité ? Sans cette humilité qui nous oblige — et c’est une grâce immense — à mettre notre foi en UN AUTRE QUE NOUS-MÊMES ?

Quand on tombe dans la faute : le mensonge, la magouille, la manipulation, l’omission — j’ai l’occasion d’exercer la charité mais je préfère botter en touche pour ne pas être dérangé : “j’ai mes pauvres”, “rappelez plus tard” et j’en passe. Donc quand on tombe dans la faute et que le péché nous associe à des actes de mort, qui nous pardonnera ? Parce qu’à bien y réfléchir, le pardon a ceci de spécifique que personne ne peut se dire à soi-même : « Je me pardonne ! » Le pardon vient TOUJOURS d’un autre que moi, que j’ai offensé. Eh bien : si je perçois qu’à chaque acte de mort, si petit soit-il, c’est d’abord au commandement de vie que j’ai désobéi et que c’est d’abord le Père de toute Miséricorde que j’ai offensé, le premier réflexe est de venir à Lui pour lui demander humblement pardon ; pour refuser le mal que ne je n’ai pas voulu, au nom du Christ, refuser d’accomplir, pour reprendre les termes de Simone Weil. entendre ces paroles qu’encore une fois nous ne pouvons pas nous adresser à nous-même : « Au nom du Christ, Je te pardonne tous tes péchés ! » Et dans ce pardon reçu, puiser le courage de réparer, au Nom du Christ !

Alors vous me direz : holà ! À la moindre peccadille il faut que j’aille me confesser ? Bien sûr que non, parce que je peux demander pardon intérieurement pour des choses de moindres implications, mais attention : si je ne fais pas attention, le mal nous entraîne toujours dans un vortex dont il est impossible de sortir par soi-même !

C’est ce qu’on verra la prochaine fois parce qu’on ne peut pas tout dire d’un coup. D’ici là, il me semble que vous avez déjà pas mal de grain à moudre avec votre accompagnateur.

Que le Christ Jésus vous garde en sa bénédiction.

Je vous remercie.
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