05-01-2019

[Foi 2.5_A] - Le Sacrement du Mariage (1ère partie)

par : le père Alain Dumont
Par le Mariage, les conjoints sont appelés à œuvrer, à se donner concrètement et fidèlement tout au long de leur vie pour le SALUT D’AUTRUI
-----
PLAN :
– À la rencontre d’un autre que soi
– Qu’est-ce que l’altérité ?
– Le mariage comme une alliance
– L’Alliance Matrimoniale comme une aventure
– Du mariage civil au mariage chrétien
Rubrique :Les sacrements
Duration:38 minutes 16 secondes
Tous droits réservés.
Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
______________________________________________________________

Bonjour,

Nous avons vu dans les précédentes vidéos les sacrements de l’initiation chrétienne : le Baptême, la Confirmation et l’Eucharistie ; ainsi que le sacrement qui permet de rester spirituellement vigilants et de guérir peu à peu de la maladie du péché, à savoir le Sacrement de la Miséricorde.

Le nombre des Sacrements étant de 7, il nous en reste donc encore trois à découvrir : deux d’entre eux sont donnés pour sceller une mission particulière dans l’Église au nom du Christ : le Mariage, qui consacre l’union d’un homme et d’une femme et l’Ordre qui institue les diacres, les prêtres et les évêques pour les habiliter à exercer ce qu’on appelle les « fonctions sacrées » dans l’Église. J’aime beaucoup une formulation du Catéchisme de l’Église Catholique (CEC) : « Deux sacrements, l’Ordre et le Mariage, sont ordonnés au salut d’autrui. S’ils contribuent également au salut personnel, c’est à travers le service des autres qu’ils le font. Ils confèrent une mission particulière dans l’Église et servent à l’édification du peuple de Dieu. » (CEC n. 1 534).

C’est juste magnifique comme orientation : je suis baptisé, donc attaché au Christ pour être sauvé par Lui — on dit habituellement, avec un mot encore plus fort, que le chrétien est CONFIGURÉ au Christ par son Baptême — ; par la Confirmation, je suis reçu dans l’Église pour participer à sa mission ; par le sacrement de la Gratitude, de l’Eucharistie, je fais mémoire COMMUNAUTAIREMENT — « en Église » comme on dit aujourd’hui — du Salut offert aux hommes dans le sacrifice du Christ ; par le sacrement de sa Miséricorde, le Christ me relève en me donnant d’offrir ma souffrance et en refusant absolument de laisser la violence envahir mon existence, cette violence qui imagine justifier la réparation du mal subi par le mal commis. Et voilà qu’au milieu de tout ça, je suis appelé à œuvrer, à me donner concrètement et fidèlement tout au long de ma vie pour le SALUT D’AUTRUI par le sacrement du Mariage et le sacrement de l’Ordre. Alors ça ne veut pas dire que ceux qui ne sont ni mariés ni ordonnés n’ont pas de rôle à jouer dans l’Église ; simplement la problématique n’est pas la même. Quoi qu’il en soit, pour l’instant, prenons le temps de nous attarder sur l’un de ces deux sacrements, à savoir le Mariage.

— — — — — 

À LA RENCONTRE D’UN AUTRE QUE SOI

Le mariage, chez les chrétiens catholiques et orthodoxes n’est pas compris, comme chez les protestants, comme une simple bénédiction mais bien comme un SACREMENT, c’est-à-dire l’occasion d’une CONSÉCRATION de l’amour humain, d’une ouverture de cet amour à un dépassement dans lequel transparaît l’amour même de DIEU au milieu des hommes ! Qu’est-ce que ça veut dire ?

Là si vous le voulez bien on va faire un peu de philosophie pour comprendre. La thèse est la suivante : le Mariage signifie l’union non seulement possible mais SALUTAIRE entre deux ALTÉRITÉS que sont l’homme et la femme. L’homme n’est pas la femme et la femme n’est pas l’homme ; et là on ne parle pas seulement de “différences” mais bien d’ALTÉRITÉ au sens où la différence sépare là où L’ALTÉRITÉ, paradoxalement, APPELLE À LA RENCONTRE.

Prenez par exemple une rencontre entre deux équipes de foot : celles-ci ne sont pas « différentes » en soi puisqu’elles jouent selon les mêmes règles. Une équipe de foot est en revanche DIFFÉRENTE d’une équipe de rugby, mais dès lors, aucune rencontre sportive entre elles n’est envisageable. Deux équipes de foot, elles, ne sont pas différentes mais bel et bien AUTRES l’une de l’autre ; une altérité qui n’a d’intérêt que par les RENCONTRES sportives qu’elle appelle de ses vœux. Bon, alors l’exemple vaut ce qu’il vaut, mais ça illustre l’idée.

Revenons maintenant à l’homme et à la femme : ceux-ci ne sont pas “différents” en soi — sans quoi aucune rencontre ne serait envisageable —, mais ils sont AUTRES, et en tant que deux ALTÉRITÉS, ils sont donc CONVOQUÉS à une RENCONTRE dans la mesure où l’altérité est la CONDITION NÉCESSAIRE à toute rencontre véritable et féconde.

Or voilà qu’une telle rencontre de deux altérités humaines est le signe, nous dit la Bible, d’une rencontre possible entre deux autres altérités que sont les hommes et DIEU. Le DIEU TRANSCENDANT, c’est-à-dire radicalement AUTRE et que la Bible désigne sous le nom de SAINT : est SAINT celui qui est À PART, donc absolument AUTRE mais qui, par sa sainteté même, appelle les hommes à devenir SAINTS, à se distinguer, à s’élever à la plénitude de ce que chacun est en propre, EN VUE D’UNE RENCONTRE libre et nuptiale, sans que personne ne disparaisse dans l’autre par mode de fusion !

Voyez : l’idée de « se fondre » en DIEU est absolument étrangère à la Bible ! Il ne s’agit pas de fusionner avec DIEU pour disparaître en Lui mais de devenir SAINT, c’est-à-dire LIBRE, pour se découvrir appelé, désiré et surtout aimé et par là pleinement et joyeusement vivant ! Et c’est ainsi qu’on retrouve le principe biblique selon lequel « Quelqu’un m’appelle, donc j’existe », qui n’invite pas seulement au “bien être d’exister” mais à la SAINTETÉ ! « Soyez saints car Moi, le Seigneur, Je suis Saint », dit le DIEU de la VIE, moins comme un commandement que comme un APPEL À LA RENCONTRE ! Et là évidemment, ça change tout !

Ceci dit, approfondissons encore la question.

— — — — — 

QU’EST-CE QUE L’ALTÉRITÉ ?

L’ALTÉRITÉ désigne le fait essentiel qu’il y a un AUTRE — ou des AUTRES — que « MOI ». L’ALTÉRITÉ désigne le fait que tout n’est pas « MOI », que tout n’est pas centré sur « MOI ». Dit autrement : négativement pour ainsi dire, l’ALTÉRITÉ nous interdit fort heureusement de nous échouer dans l’égocentrisme fanatique, de faire de ce « MOI » le dieu du monde ; mais positivement, la reconnaissance de cet AUTRE nous convoque à le RENCONTRER ! Encore une fois, l’AUTRE n’est pas nécessairement mon adversaire, ni mon ennemi du seul fait de son altérité. Tout au contraire, l’AUTRE est TOUJOURS potentiellement un être à RENCONTRER.

C’est tout le sens de l’histoire de Caïn et Abel (cf. Gn 4) : mon propre frère est AUTRE QUE MOI ; qui plus est, son offrande d’agneau est agréée par DIEU alors que la mienne ne l’est pas ! Douleur ! Que vais-je en faire ? Le réflexe pécheur est de la transformer en violence : ne devrais-je pas abattre cet AUTRE, tout frère qu’il soit, pour me sentir exister ?

On touche là au demeurant LA question biblique depuis son commencement ! Prenez Adam et Ève : DIEU leur interdit de manger du fruit de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, donc FRUSTRATION ! Une douleur créée PAR DIEU, donc par le TOUT AUTRE ! Deux réponses possibles : soit la VIOLENCE par laquelle ils se révolteront CONTRE L’AUTRE qu’ils considèrent comme leur ennemi ; faisant le choix de leur propre souveraineté, ils choisissent consciemment de manger le fruit défendu comme on dit, et la relation est brisée ! Quand DIEU vient dans le jardin dans la douceur du soir, ils se cachent : « Quand j’ai entendu ton pas dans le jardin, j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. » (Gn 3, 10) Par ailleurs, s’étant défiés de DIEU — c’est-à-dire lui ayant refusé leur foi —, l’homme et la femme ont ipso facto perdu foi entre eux deux, et là aussi, là d’abord, ils ont brisé la rencontre jusqu’alors vécue naturellement. Donc : soit la violence, on vient de le voir, soit ils consentent à cet interdit venu de l’AUTRE — qui soit dit en passant est un interdit qui les protège de la mort, donc qui n’est pas un acte de despotisme arbitraire — ; donc soit ils consentent à écouter cet AUTRE avec pour conséquence, certes, une certaine souffrance de renoncement à être omnipotent, mais ce qui signifie CHARNELLEMENT qu’ils acceptent que l’AUTRE soit LIBRE et font le choix de la RENCONTRE. Ce qui s’appelle AIMER EN VÉRITÉ, ce qui s’appelle AIMER DE CHARITÉ.

Voyez, là, on touche vraiment quelque chose d’essentiel : encore une fois, l’AUTRE, en tant qu’il me signifie que je ne suis pas tout-puissant, me fera toujours souffrir ! On ne parle évidemment pas ici de dolorisme, mais de ce sentiment qui fait que l’autre, c’est vrai, n’est pas toujours docile à tout ce que j’aimerais qu’il fasse pour moi ou avec moi. Et quand on n’y prête pas attention, les choses s’accumulent, s’accumulent et un jour ça explose sans crier gare ! Mais regardez : DIEU, qui nous aime et ne veut que notre bien, nous fait souffrir en nous signifiant plus que n’importe qui que nous ne sommes ni ne serons jamais dieu à sa place — et heureusement, soit dit en passant. D’où le réflexe « athée » de le nier purement et simplement ou de L’assigner à résidence pour la raison — fausse au demeurant — que la dignité de l’homme, face à cette situation, lui commande de se révolter, comme Adam et Ève. Mais voilà que Jésus nous révèle que nous aussi, en tant qu’AUTRES que DIEU, nous faisons SOUFFRIR DIEU quand Il se présente à nous — c’est le grand mystère de la CROIX. Les siens ont refusé de Le recevoir, comme dit l’Évangile selon saint Jean (cf. Jn 1,11), PARCE QU’IL EST AUTRE, précisément ! Il n’est pas le DIEU que les hommes voudraient qu’Il soit ! Du coup, que va faire DIEU ? Eh bien Jésus nous révèle qu’alors même que nous faisons souffrir DIEU, c’est que DIEU accepte la souffrance que nous Lui imposons et REFUSE par le fait même de nous réduire à l’état d’esclaves… pourtant, ce serait plus simple, plus expéditif ! Oui, mais ce serait faire le choix de la violence pour parvenir à ses fins, et ce serait donc PERVERS ! Voilà qu’en définitive, DIEU REFUSE cette violence faite à notre liberté. Dès lors, face à notre violence, il CHOISIT DE SOUFFRIR SUR LA CROIX pour ne pas fermer les portes de la RENCONTRE, les portes des Noces Éternelles !

Pour résumer, face à cette ALTÉRITÉ réciproque, si l’on peut dire, de DIEU et de l’Homme, nous avons choisi de Le considérer comme notre ennemi — ce qui s’appelle le péché —, là où DIEU, Lui, a choisi de nous considérer comme ses AMIS… Il suffit d’écouter encore saint Jean pour s’en convaincre, à l’autre bout de son Évangile, alors même que Jésus sait que tous ses disciples vont le trahir : « Je ne vous appelle pas esclaves, mais AMIS ! » (Jn 15,15)

Alors vous me direz : quel rapport avec le Mariage ? Eh bien : vous aurez sans doute remarqué que le XXIe siècle est une époque, entre autres, où nombre d’idéologues tentent de nier, d’effacer l’ALTÉRITÉ entre l’homme et la femme au nom de la déesse ÉGALITÉ… Alors que l’homme et la femme soient égaux en droit et en dignité, je souscris complètement ! Mais que ça revienne à nier leur ALTÉRITÉ foncière, alors là : non ! Sans doute l’AUTRE m’est-il inconfortable dans la mesure où il me signifie, par sa seule présence, que je ne suis pas le roi du monde ; dans la mesure où il me frustre ; où il instaure une limite, une frontière et me pose des interdits. Mais ce faisant, il me STRUCTURE, il me CHARPENTE ! Sans lui, sans l’AUTRE, je suis comme une rivière sans berges : je me répands, je m’étale lamentablement ! Et là où je stagne, voilà que je noie, que j’étouffe, que je détruis tout ce qui est à ma portée, ne laissant après mon retrait que malheur et désolation…

En conséquence, là où l’AUTRE est nié en tant qu’AUTRE, n’est perçu que comme un ennemi potentiel, mais plus aucune RENCONTRE n’est possible ! Toute limite est vécue comme un “mal-être” injuste au regard des prétentions de chacun et autorise l’usage de la violence dans un monde qui refuse toute souffrance. Une sorte de guerre larvée et permanente qui interdit désormais toute UNION véritable ; plus aucune COMMUNION n’est envisageable autre qu’utilitaire ! L’AUTRE n’est TOLÉRÉ, comme on dit de manière perverse, que dans la mesure où il me « fait du bien », où il conforte l’image royale que j’ai de moi et dans laquelle, très vite, je m’enferme en absorbant tous ceux qui m’approchent dans le vortex d’une véritable descente aux enfers ! À un homme qui lui disait qu’il refusait absolument de souffrir, Charles Péguy aurait répondu : « Alors vous n’aimerez jamais ! » Eh oui, tout est là ! Alors encore une fois, je ne parle pas de dolorisme : « Souffrez pour être heureux ! » Non ! Mais je parle d’un CONSENTEMENT à abandonner notre toute-puissance despotique, à refuser la violence comme mode opératoire face à la liberté de l’AUTRE qui, parce qu’il est AUTRE, semble s’opposer à la mienne. Et à bien y réfléchir : là se révèle la vraie liberté, qui n’est pas la licence. Dans le CHOIX de consentir à un tel renoncement pour ne pas donner la main à la violence destructrice. Je précise enfin que je ne parle pas ici de colère, mais de VIOLENCE ! On peut être en colère, c’est une émotion en soi indemne de toute considération morale. Reste la question : qu’en faisons-nous ? « Tu es roi ? » demandait Pilate à Jésus. Ce à quoi Il lui répond : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » (Jn 18,36). Tout est là : à quel Royaume voulons-nous appartenir ? Ce qui n’est pas une question intellectuelle, parce que le Royaume de Jésus passe par la Croix, et par le consentement à cette souffrance qui ne ferme pas le chemin de la rencontre — la rencontre NUPTIALE qui plus est —, plutôt qu’à la violence qui anéantit purement et simplement ce chemin… Pas facile ! Et j’espère que, comme moi, vous vous sentez tout petits !

Or c’est paradoxalement sur ce terrain-là que la Bible présente le MARIAGE comme un REMPART contre cette implosion du Genre Humain sur lui-même s’il se laisse aller à ces considérations, dont l’INDIVIDUALISME est le symptôme le plus désespéré ! Et ce rempart prend nom d’ALLIANCE, une ALLIANCE qui vise à convertir les ennemis, que nous pensons être les uns pour les autres sous l’influence du péché, en AMIS ! Une ALLIANCE qui vise à nous faire passer de la tristesse à la joie, en nous faisant emprunter, à la suite du Christ, un chemin certes onéreux — c’est un vrai travail d’abandon de ce que nous pensons être nos prérogatives — un chemin onéreux, donc, mais un chemin de BONHEUR !

— — — — — 

LE MARIAGE COMME UNE ALLIANCE

Se fondant sur la tradition biblique, le Mariage chrétien se définit donc comme une ALLIANCE : « L’alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu’à la génération et à l’éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement. » (CEC 1601)

Ce qui veut dire tout d’abord que le Mariage chrétien n’est pas naïf ! Il sait très bien et il assume la difficulté pécheresse de l’homme et de la femme à envisager sereinement leur ALTÉRITÉ réciproque. L’AUTRE, on l’a dit, m’insupporte parce qu’il m’impose des interdits ; néanmoins, je sais que l’AUTRE m’est par ailleurs indispensable pour me structurer et pour grandir ; sans lui, sans elle, je m’affaisse sur moi-même et je tombe dans le vortex d’une déstructuration déshumanisante. Face à tel dilemme, comment faire.

Eh bien précisément : faire ALLIANCE avec l’AUTRE ! une ALLIANCE qui est plus qu’un simple contrat puisqu’elle engage la FOI, l’ESPÉRANCE et la CHARITÉ, c’est-à-dire la fidélité — foi et fidélité, c’est le même mot —, l’espérance dans le Salut comme l’horizon visé par le couple, et la charité comme moteur du couple dans le DON réciproque de l’un à l’AUTRE pour s’ouvrir AUX AUTRES. Autant un contrat peut rester dans l’ordre d’une convention extérieure, autant l’Alliance suppose une implication charnelle, intérieure, de tout l’être.

Parler d’ALLIANCE, c’est donc d’emblée parler d’une SORTIE DE SOI vers un AUTRE QUE SOI ; d’une DÉSAPPROPRIATION DE SOI que seule permet une OFFRANDE DE SOI À L’AUTRE. C’est très difficile, parce que le péché introduit en nous ici une peur panique qui nous pousse à vouloir posséder l’AUTRE pour être sûr qu’il ne nous trahisse pas… Eh bien : dans le Royaume de DIEU où s’inscrit le sacrement du Mariage chrétien, l’ALLIANCE nous prémunit précisément de toute acquisition de l’AUTRE ! Dans l’ALLIANCE, il n’est pas question de le posséder, non plus que de le manipuler ! Dans l’ALLIANCE, l’AUTRE est essentiellement une AVENTURE que le péché tendra toujours à vouloir réduire en tentant de tout verrouiller — évidemment par la violence ! Et c’est là que le Christ s’avère être un secours aussi nécessaire qu’inestimable.

— — — — — 

L’ALLIANCE MATRIMONIALE COMME UNE AVENTURE

Ce que nous révèle le Christ, c’est que seul l’AMOUR comme DON DE SOI — c’est-à-dire comme CHARITÉ — est compatible avec l’ALTÉRITÉ ! Essayez un autre moyen et ce sera toujours la guerre, ou au mieux ce qu’on appelle la « tolérance », mais dire à quelqu’un : « Je te tolère », c’est l’assigner à résidence sous peine de quoi on sort les armes ! Dire à l’autre : « Je t’aime parce que tu me fais du bien », ou « Je t’aime passionnément ! », ce qui revient au même, n’est ni plus ni moins que le menacer : « Quand tu ne me feras plus de bien, quand la passion sera éteinte, je ne t’aimerai plus ! » On ne peut rien construire de durable sur un tel principe qui est pourtant devenu monnaie courante aujourd’hui. Quand des jeunes vous disent : « Oh, on est ensemble depuis longtemps ! », ça signifie 5 ans tout au plus la plupart du temps, sachant que la moyenne est de 3 ans. Pourquoi ? Parce que le bien-être demande toujours à un moment ou à un autre, de goûter à autre chose, au changement. Raison pour laquelle le Mariage, comme institution stable et sécurisante, ne peut pas s’en contenter. Qui dit Mariage dit DURABILITÉ — et en ce sens, il est écologique ! « Mariages Durables » pourrait être le premier slogan commercial du mariage chrétien ! — Trêve de plaisanterie. Reste que parler de durabilité, c’est parler d’AVENTURE ! Mais d’aventure VÉRITABLE, CHARNELLE, sans PLAN B ! Dans l’aventure, la vraie, la sincérité de l’instant ne suffit plus : quand vous êtes en pleine mer, pour reprendre l’image du bateau, même si le temps se gâte, jeter le compagnon par-dessus bord non seulement ne va rien résoudre, mais va tout envenimer au contraire ! Dans la tempête, il s’agit de resserrer les rangs, pas de les déchirer !

Alors redisons-le : le Mariage étant de lien entre deux ALTÉRITÉS irréductibles, seul l’AMOUR comme DON DE SOI lui convient, puisque seule la CHARITÉ est compatible avec l’ALTÉRITÉ ! C’est comme ça. Ça ne veut pas dire que le mariage se réduit à ça, mais en tout état de cause, il ne peut pas y avoir de mariage qui tienne sans la CHARITÉ première. Ça n’est pas simplement une question de valeurs intellectuelles : c’est du pur CHARNEL. La CHARITÉ, c’est le don charnel de tout l’être qui s’offre volontairement et de manière déterminée à découvrir l’AUTRE comme son ALLIÉ, pour partir à l’aventure avec lui sans plus regarder en arrière. Jésus est formel de ce point de vue : « Quiconque met la main à la charrue puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. » (Lc 9,62) Or Jésus ne s’inscrit pas dans une autre dynamique que l’élan NUPTIAL de DIEU qui fait ALLIANCE avec l’Homme : DIEU ne Premier part à l’aventure avec lui, dès le commencement, sans regarder en arrière, sans plan B. C’est ce qui désarçonne tant de monde… mais qui est la preuve par excellence que DIEU nous aime inconditionnellement, c’est-à-dire nous aime de CHARITÉ, et pas parce qu’on lui ferait « du bien »…

Du coup quand on y songe, c’est juste GÉNIAL — évidemment pour ceux qui aiment l’aventure ; qui ont rencontré dans leur existence des hommes et des femmes qui les ont initiés à l’aventure qui suppose de se donner sans compter, loyalement, fidèlement, comme un équipage de navire en mer. Si nous élevons nos enfants avec pour seule perspective : « Je veux que mes enfants ne manquent de rien ! », c’est à peu près sûr qu’ils n’aimeront pas l’aventure, puisque l’aventure, c’est partir avec RIEN, ou en tout cas pas grand-chose ! C’est choisir d’abandonner le confort d’une bulle pour s’ouvrir au VRAI MONDE, qui nous met au défit à mains nues !

Du coup, c’est quand tout à coup on se retrouve les mains nues qu’on songe enfin que partir à l’aventure à deux suppose INÉLUCTABLEMENT une ALLIANCE préliminaire, ne serait-ce que par prudence ! Non par prudence vis-à-vis de l’AUTRE mais par prudence vis-à-vis de SOI-MÊME ! Et là, on est au cœur du Mariage : « Je ME DONNE À TOI pour t’aimer fidèlement dans le bonheur comme dans les épreuves, dans la santé comme dans la maladie, tout au long de notre vie », mais c’est juste complètement dingue ! En une toute petite formule dont la liturgie romaine a le secret, TOUT EST DIT ! JE fais ALLIANCE avec toi ! Je DÉCIDE de faire ALLIANCE avec toi et d’y être FIDÈLE ! Du coup, si l’autre est à tout le moins dans des dispositions similaires, l’aventure s’ouvre à nous ! Dans les années 70, la chanteuse Mannick a écrit une très belle chanson sur les couples qui partent à l’aventure comme des bateaux partent sur l’océan — je vous la mets dans la Fiche Pour aller plus loin. Et je vous assure que, vu comme ça, bien entendu que le mariage connaîtra des tempêtes, petites et grandes, mais il n’empêche : elles seront traversées, le couple se sentira VIVRE en plénitude quelque chose qui sera de l’ordre de la GRÂCE, ce qui rend la perspective tout à fait exaltante !

Ceci dit, dans toutes ces considérations, on parle du Mariage chrétien. Or il se trouve qu'en France, on distingue le mariage civil du mariage religieux, et cette distinction a tout son intérêt.

— — — — — 

DU MARIAGE CIVIL AU MARIAGE CHRÉTIEN

Aussi étrange que ça puisse paraître, le mariage civil n’est pas là pour officialiser une relation d’amour. Le mariage est voulu par la Cité parce que la Cité a en réalité NÉCESSITÉ à ce qu’il y ait des familles dans la mesure où le noyau de toute société n’est pas l’individu mais la FAMILLE. Qu’on le veuille ou non, on ne fait pas de société avec des individus. Avec des individus, on fait tout au plus un hall de gare ; c’est avec des FAMILLES qu’on fait une société. À n’encourager que l’individu pour qui le couple n’est qu’une option toujours fournie avec un plan B pour s’en dégager au moindre mal-être, la société ne fait rien de moins que de se tirer une balle dans le pied. Ça peut surprendre, mais la République, dès la Révolution Française, a institué le mariage précisément pour manifester publiquement la nécessité de fonder le lien social sur des familles stables et fécondes. Ce qui entraîne par ailleurs l’obligation pour la Cité de rendre possible cette famille. De sorte que le maire qui marie les amants leur dit en substance : « Vous allez vous marier, vous allez donc RENDRE SERVICE à la Cité qui s’en trouvera agrandie. Il est donc juste que la Cité vous aide à constituer une famille en vous permettant d’éduquer les enfants, de les abriter, de les nourrir grâce à un revenu décent, etc. » Rappelons-nous Jean Monnet : « Sans les hommes, rien n’est possible ; sans les institutions, rien ne dure. » Donc là, il y a véritablement un CONTRAT conclu entre la société qui a conscience de ses responsabilités et le couple qu’elle remercie de s’engager.

En tout cas, comprenons bien ce à quoi la loi civile demande aux époux de CONSENTIR : le mariage civil est l’institution d’une obligation réciproque entre un homme et une femme ayant projet de faire société. La puissance publique les en remercie, tout en prenant en compte, par prudence, la possibilité de la « faute », et donc avec la mise en place avisée de garanties de l’un « contre » l’autre. Et c’est là que le mariage civil se distingue du Mariage chrétien.

Le Mariage chrétien affirme d’abord et avant tout que l’homme et la femme sont faits l’un pour l’autre et qu’en première instance, ils n’ont pas à se protéger l’un de l’autre, mais à se DONNER l’un à l’autre avec le secours de la grâce offerte par le Christ à qui ils consacrent leur union. Par rapport à ça, il ne s’agit plus d’envisager la “faute” mais LE PÉCHÉ, ce qui est tout différent ! Le péché qui consiste à ne plus se rendre disponible à la grâce par la charité et qui aboutit à faire de l’autre une idole par passion, ou un esclave par perversion ! Aujourd’hui, redisons-le, les jeunes ne se mettent en couple que par passion ; or l’amour dont on parle dans le Mariage n’est pas la passion. La passion fait croire que le sentiment peut combler une existence, mais en cela ne consiste pas l’amour : la passion est une dépendance réciproque là où l’amour suppose, lui, la LIBERTÉ des conjoints. De sorte que, contrairement à ce qu’on pense souvent, aucun amour ne peut « remplir » une vie. Personne ne peut dire : « Mon amour remplira ta vie ; mon amour te sauvera » ou « Tu m’as sauvé par ton amour » etc. À chaque fois qu’on vous dit : « Tu m’as sauvé ! », répondez : « Non, je ne suis pas DIEU. » Et à l’inverse, si quelqu’un veut vous consoler en vous disant : « Je te sauverai par mon amour », dites : « Eh non, hélas ! Ne serait-ce que parce que tu es mortel (le), donc si tu me sauves mais que tu meurs avant moi, je vais être dans de beaux draps ! », passez-moi l’expression !

Et en tout ça, ce que nous apprend Jésus, c’est que l’amour véritable, qu’il soit humain ou divin, n’est juste, n’est honnête que s’il RENONCE précisément à se faire l’idole ou le maître de l’autre. L’amour véritable entre deux époux interdit de prononcer des paroles comme : « Je suis tout pour toi », ou « Tu es tout pour moi » dans la mesure où si je suis croyant, je sais au moins une chose : c’est que je suis pécheur, c’est-à-dire que l’amour dont l’autre a besoin N’EST PAS le mien. S’imaginer que mon amour peut suffire au bonheur de l’autre relève d’une illusion sentimentale à tout le moins coupable, si elle n’est pas perverse. En revanche, l’amour que je lui porte a ceci de magnifique qu’il peut se comprendre comme un SIGNE, un avant-goût d’éternité. Et c’est là que paraît le mariage chrétien comme SACREMENT qui conduit à la JOIE ! la joie d’une amitié que RIEN ne peut dépasser, et surtout pas par ce que certains appellent “l’amour amoureux” qui ouvrirait l’accès au partage de l’intimité sexuelle ! C’est au cœur de l’amitié entre l’homme et la femme réconciliés dans l’Alliance que le rapport sexuel est vécu comme le moment d’un plaisir d’autant plus sain qu’il est baigné d’amitié ! Non pas que toute amitié vise à s’accomplir au lit, mais pour ce qui concerne les conjoints, leurs unions, pour être joyeuse, ne pourront pas avoir lieu dans un autre cadre que celui de leur amitié où ils partagent rien de moins que toute leur vie ! Détacher la rencontre sexuelle de ce cadre, c’est la désincarner ; c’est comme suspendre ce moment comme sale et inavouable alors même qu’il est appelé à être le magnifique lieu de la transmission de la vie ! Entre être le fruit d’une profonde amitié de ses parents et le fruit d’un moment fort, certes, mais malgré tout inavouable, il y a tout le fossé entre le péché qui obligea Adam et Ève à voiler tristement leur nudité ; et le projet divin initial qui faisait de la nudité le lieu d’une possible rencontre, à la fois humble, à l’écoute de l’AUTRE et chaste, dans le plaisir et la joie de deux existences que le Christ est venu réconcilier en leur rouvrant le chemin de l’amitié véritable, comme le sommet de tout amour, qu’il soit humain ou divin puisque toute la Bible conjugue l’amour divin en termes de nuptialité et de noces.

Mais nous verrons ça la prochaine fois. Il me semble que vous avez déjà là pas mal de grain à moudre avec votre accompagnateur avec tout ce qu’on vient d’évoquer.

Que le Christ Jésus vous garde en sa bénédiction.

Je vous remercie.
______________________________________________________________