27-02-2025
[Dt] Quand Jacob devient Israël (2/12)
Transcription du texte de la vidéo Tous droits réservés.Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article______________________________________________________________
Bonjour,
Nous nous sommes posé la question lors de la dernière vidéo : comment faire pour que le nom de YiSseRâ‘éL soit reçu par le nouveau peuple rassemblé sous la contrainte des événements, à YeROuShâLaYiM ? Nous sommes au viie siècle aant Jésus-Christ. Eh bien : le coup de génie des scribes, immanquablement inspirés n’en doutons pas, a été de rattacher le nom de YiSseRâ‘éL à celui du patriarche Ya”aQoV ; ce qui nous renvoie inévitablement au récit de la conversion du patriarche dont nous allons tenter de décrypter les enjeux aujourd’hui.
En fait, avec notre lecture du Deutéronome, on en est arrivé à pouvoir reconnaître dans ce moment de l’histoire patriarcale un récit proprement INITIATIQUE. Cette mise en récit porte en fait, en filigranes, tout le projet deutéronomiste de mise en lumière de la BÉNÉDICTION attachée coûte que coûte au peuple de TOUT YiSseRâ‘éL dont le noyau deutéronomique que nous lisons se révèle être l’écho.
C’est la raison pour laquelle nous revenons longuement sur l’histoire de Ya”aQoV au moment pour lui et les siens de revenir sur le sol de ses pères et d’en franchir la frontière. Vous allez voir que ça ne manque pas d’intérêt.
IV. Un récit initiatique de PASSAGE
Réécoutons d’abord le récit, et à partir de là, l’interprétation qu’en donnent certains rabbins.
« Cette nuit-là, Ya”aQoV se leva, il prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants, et passa le gué du YaBoQ. Il leur fit passer le torrent et fit aussi passer ce qui lui appartenait. Ya”aQoV resta seul. Or, un homme lutta avec lui jusqu’à la montée de l’aurore — les récits initiatiques sont toujours des récits où l’on passe des ténèbres à la lumière — Voyant qu’il ne pouvait rien contre lui, il le frappa au creux de la cuisse, et le creux de la cuisse de Ya”aQoV se démit pendant cette lutte avec lui.
[L’homme] dit : “Renvoie-moi, car l’aurore est montée.”
Jacob répondit : “Je ne te renverrai que si tu me bénis.”
[L’homme] demanda : “Quel est ton nom ?”
Il répondit : “Ya”aQoV.”
Il reprit : “Ton nom ne sera plus Ya”aQoV, mais YiSseRâ‘éL — Lutteur de ‘ÈL —, parce que c’est avec ‘ÈLoHîM que tu as lutté, et avec les hommes ; et tu t’es montré capable.”
Ya”aQoV demanda : “Fais-moi donc connaître ton nom.”
Mais il répondit : “Pourquoi cela, demandes-tu mon nom ?”
Et là, il le bénit.
Ya”aQoV appela ce lieu PeNOu’éL — Face de ‘ÈL, “car, disait-il, j’ai vu ‘ÈLoHîM face à face, et mon âme est sauve.”
Le soleil brillait quand il passa le torrent à PeNOu’éL, et il boitait de la cuisse. C’est pourquoi jusqu’à ce jour, les fils de YiSseRâ‘éL ne mangent pas la ganse du tendon qui est au creux de la cuisse car [l’homme] avait touché le creux de la cuisse de Ya”aQoV à la ganse du tendon. » (Gn 32,23-33). Voilà. Alors une fois ce récit remis en mémoire, laissons-nous enseigner par quelques commentaires rabbiniques.
Les rabbins envisagent que le nom de Ya”aQoV représente le nom de NAISSANCE du patriarche — jusque-là rien de très bouleversant — ; mais un nom de naissance qu’ils interprètent comme son IDENTITÉ PASSIVE, son IDENTITÉ POTENTIELLE. Ya”aQoV est certes fils de ‘AVeRâHâM et de YiTseRâQ, mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il lui manque un minimum de Sur-moi, dirait Freud ! Il est incapable de faire autre chose que de donner libre cours à sa convoitise ; jusqu’à tout envisager, même le pire, pour arriver à ses fins : il vole le droit d’ainesse de son frère ‘ÉSsâW ; il lui dérobe la bénédiction paternelle ; il roule dans la farine son beau-père en contournant à son profit les bêtes du troupeau ; etc.
Alors le texte a beau faire passer ça pour de la roublardise, il n’en reste pas moins que le comportement de Ya”aQoV ne relève ni plus ni moins que de la perversion qui caractérise ce qu’on appelle aujourd’hui la « crise d’adolescence ». L’adolescent en crise, c’est le jeune qui, au moment de passer au stade adulte, préfère s’engoncer dans son narcissisme qui lui fait tout revendiquer à son profit : « J’ai le droit ! » ; « Je suis libre ! », « J’ai raison ! », « Moi je sais ! », « Vous n’y comprenez rien ! », « Vous êtes tous des buses ! » : tout tourne autour de MOI !
En fait, la crise d’adolescence — qui n’est pas obligatoire, soit dit en passant — n’est ni plus ni moins que la phase perverse dont on PEUT sortir, Dieu merci, ce qu’on appelle « devenir adulte ». Sauf qu’opérer ce passage ne se fait jamais seul. Pour sortir de cette phase perverse, il faut tenir la main des anciens — et si les anciens ont été là dans les années de l’enfance, le réflexe est là. C’est quand les anciens n’ont pas été attentifs ou qu’ils ont démissionné que la crise se profile —.
Mais quoi qu’il en soit, c’est AVEC EUX, avec les anciens, comme des « pères », qu’il est possible de sortir d’une existence rivée sur l’instant pour entrer dans une histoire qui nous précède, et dont les figures qui l’habitent s’offrent comme autant de points d’appuis pour vivre le présent de manière éclairée. À partir du moment où le jeune, jusqu’alors PASSIF, entend l’appel de ses pères, consent à leur prendre la main et à apprendre d’eux comment vaincre la tendance narcissique dont la convoitise est la seule perspective ; à partir du moment où le jeune consent à quitter la jouissance que lui procure la satisfaction immédiate de ses convoitises ; alors, et alors seulement, il PASSE dans la VIE ACTIVE, non pas au sens d’une vie affairée, mais au sens où, de PASSIF disent les rabbins, il devient ACTIF : il vit la véritable VIE, à l’image de YHWH : la VIE qui donne la VIE. Il découvre la vraie LIBERTÉ.
Ce passage constitue l’âme de ce qu’on appelle la VIE SPIRITUELLE. Toute vie spirituelle commence dès lors qu’à la lumière de la foi, on travaille à LUTTER en soi contre les sirènes de la convoitise. En hébreu, on appelle ça le YéTsèR HaRa“, le Mauvais Penchant. Et c’est un combat qui se vit en tenant, avec les pères, la main de YHWH.
Être adulte n’est donc pas une question d’âge mais de CONVERSION, et de conversion permanente ! L’adulte est celui qui SORT à chaque fois que nécessaire de son narcissisme exacerbé pour choisir, avec le secours de YHWH, à se mettre au service de ses proches et les aimer en vérité plutôt que de ne rester qu’au service exclusif de soi.
Malheureusement, beaucoup, à un âge où l’on attendrait qu’ils fussent adultes ; faute d’avoir rencontré sur leur chemin des anciens qui les appellent, choisissent de s’emmurer dans la jouissance que procure la convoitise ; dans la jouissance de l’UTILISATION des autres, sans hésiter à les détruire pour les garder sous emprise et se sentir exister : on appelle ces gens des PERVERS. Le Pervers est celui qui s’est FIGÉ dans son narcissisme adolescentrique ; qui ne vit pas ; qui se contente de survivre en exploitant tous ceux qui passent à sa portée. Soit qu’il les écrase s’ils sont plus faibles ; soit qu’il les séduise s’ils sont plus forts et qu’il estime qu’ils lui seront utiles.
Il n’est pas difficile de voir que ce que la Bible nomme le « péché » n’est jamais que cette perversion dan laquelle nous tombons tous, d’une manière ou d’une autre. Mais une chose est d’y tomber, autre chose est d’y rester pour s’y complaire ! Et dans ce dernier cas, on touche à ce que Jésus nommera « le péché contre l’Esprit », contre quoi YHWH se posera toujours en rempart !
Alors, pour en revenir à notre patriarche, dans toute la première partie de son histoire, force est de constater que dans sa phase PASSIVE, Ya”aQoV n’aime les autres qu’à la mesure de l’utilité qu’il peut en tirer ; toujours prompt à exploiter leurs failles sans jamais se confronter aux siennes… Il est donc PERVERS ; il est un adolescent dont il va falloir accompagner le passage à la vie adulte.
Ceci dit, tout adolescent qu’il reste, Ya”aQoV ne manque pas de ressource ! Il a même un sacré POTENTIEL ! Sauf encore une fois qu’il se complaît dans son comportement adolescentrique ! Il est PASSIF, les rabbins ont raison ! Il se sert de tout le monde et ne sert que lui-même ; les autres ne l’intéressent qu’au prorata de leur utilité, quitte à les flouer sans vergogne ! Du coup, Ya”aQoV macère dans ses rêves de toute puissance et ne mûrit pas, il ne grandit pas : il ne fait pas fructifier son POTENTIEL de VIE !
Or un POTENTIEL qui ne se concrétise pas en faveur de la VIE ; un POTENTIEL qui ne se met au service que de soi-même, c’est ce que la TORâH désigne comme la MORT ! Pour la TORâH, la MORT ne vient pas après la vie, mais elle est AVANT la vie. La MORT est d’abord ce POTENTIEL, ce ToHOu WâVoHOu comme l’appelle le premier chapitre de la Genèse, appelé à devenir RÉEL. Et ce que la TORâH reconnaît comme RÉEL, ce n’est ni plus ni moins que ce qui est VIVANT, ce qui DONNE LA VIE. Toute la question est donc d’en SORTIR ! Sauf qu’en ce qui concerne l’homme, il y a ce fameux péché qui fait qu’il a ce pouvoir de décider de NE PAS passer du POTENTIEL au RÉEL ! Parce que ce PASSAGE suppose obligatoirement l’abandon de toute convoitise ! On y reviendra tellement la chose est essentielle.
En attendant, entendons bien : passer du POTENTIEL au RÉEL, pour reprendre les termes de l’évangéliste saint Jean, c’est PASSER DE LA MORT À LA VIE : « Parce que nous aimons nos frères, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie. Celui qui n’aime pas reste dans la mort. » (1Jn 3,14). Tout est dit. Voilà donc le fameux chemin de BÉNÉDICTION qui obsède les scribes deutéronomistes. Et corrélativement, rester engoncé dans la jouissance narcissique, voilà pour l’homme le chemin de la MALÉDICTION.
Pour s’en convaincre, il suffit de réécouter le ch. 25 de l’Évangile selon saint Matthieu, en particulier la parabole des talents. Souvenons-nous : le Maître offre un POTENTIEL à chaque serviteur à travers les talents qu’il leur confie, différents pour chacun ; à charge pour eux de transformer ce POTENTIEL en le faisant fructifier, c’est-à-dire en le faisant PASSER au RÉEL :
« C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l’un il donna cinq talents, à un autre deux talents, à un autre un talent, à chacun selon ses capacités — voilà le POTENTIEL —. Puis il partit.
Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla les faire valoir et en gagna cinq autres — il fait fructifier son POTENTIEL et le transforme en RÉEL : il est adulte ! ACTIF ! Il est sur le chemin de la BÉNÉDICTION ! —. De même, celui qui en avait reçu deux en gagna deux autres. Mais celui qui en avait reçu un s’en alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître — il ne fait rien de son POTENTIEL : il s’engage sur le chemin de la MALÉDICTION —.
Longtemps après, le maître de ces serviteurs vint et rassembla les comptes avec eux. Celui qui avait reçu cinq talents s’en vint, présenta cinq autres talents en disant : “Seigneur, tu m’as livré cinq talents ; vois les cinq autres que j’ai gagnés.” Son maître lui déclara : “Bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle en peu, je t’établirai sur beaucoup ; entre jusque dans la joie de ton seigneur.” — La perspective est Magnifique ! Celui qui fait passer son POTENTIEL au RÉEL voit s’ouvrir d’autres possibles comme autant d’autres POTENTIELS pour d’AUTRES RÉELS : il est pleinement VIVANT ! Il a choisi la BÉNÉDICTION, ce qui réjouit YHWH ! De même que pour le second —
Celui qui avait reçu deux talents s’en vint aussi en disant : “Seigneur, tu m’as livré deux talents ; vois les deux autres que j’ai gagnés.” Son maître lui déclara : “Bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle en peu, je t’établirai sur beaucoup ; entre jusque dans la joie de ton seigneur.”
S’en vint celui qui avait reçu l’unique talent, en disant : “Seigneur, je te connais : tu es un homme dur, moissonnant là où tu n’as pas semé, ramassant là où tu n’as pas répandu. J’ai eu peur, et je m’en suis allé cacher ton talent dans la terre. Voici. Tu as ce qui est tien.”
— Ça, c’est le modèle type de justification qu’établit celui qui refuse de mettre en œuvre son POTENTIEL. Il est mû par la peur, en conséquence de quoi il refuse de risquer le combat qu’exige la transformation de son POTENTIEL au RÉEL — j’utilise le mot transformation au sens du rugby que j’ai pratiqué dans ma jeunesse : on marque un essai qu’il s’agit toujours de le transformer pour ajouter deux points supplémentaires aux cinq gagnés par l’essai. C’est un peu le sens ici. Le serviteur a reçu un talent ; or il refuse de le transformer, par peur, dit-il —.
Or comprenons bien ce qui met en colère le Maître : ce serviteur n'envisage pas une demi-seconde de demander pardon ! Pire : il rejette la responsabilité de son inaction et il en rend responsable le Maître : « C’est toi qui es dur ! c’est toi qui récolte alors que tu ne sèmes rien ! » Ça, c’est le comportement TYPIQUE du pervers : il met en place un discours pour se disculper de toute responsabilité du chaos qu’il a pourtant lui-même organisé, et n’a de cesse que d’en faire reporter la cause sur un autre que lui : « c’est pas moi, c’est toi ! » C’est dire le niveau de maturité du bonhomme ! —.
Lui répondant, son seigneur lui parla ainsi : “Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé, que je ramasse où je n’ai pas répandu. Il te fallait donc déposer mon argent aux courtiers ; et, m’en étant venu, j’aurais recouvré ce qui est mien avec un intérêt. Enlevez-lui donc le talent et donnez-le à celui qui a les dix talents. À tout homme qui a — c’est-à-dire qui consent à se mettre au travail pour faire passer son POTENTIEL au RÉEL —, il sera donné encore, et il lui sera ajouté ; mais celui qui n’a pas — c’est-à-dire celui qui ne fait rien du potentiel qui est le sien, si minime qu’il soit —, ce qu’il a lui sera enlevé — de toute manière, tout n’est que fumée chez lui ; il croit avoir ce qu’il floue, mais en réalité, il est vide parce qu’un POTENTIEL qui reste un potentiel, ça ne sert à rien. Ce n’est que du vent : « Vanité des vanités, tout n’est que vanité ! » comme dit QoHèLèT !
Et de fait, qui aurait besoin d’un personnage volontairement inconsistant, et qui plus est, qui fait peser sa vacuité sur les autres ? D’où la sentence qui tombe : —. Le serviteur dont nul n’a besoin, renvoyez-le dans les ténèbres du dehors ; là où sont les pleurs et les morsures de dents !” — là je traduis selon la PeShiTTa syriaque qui montre bien que ce serviteur est déjà dans les ténèbres ; donc le seigneur l’y renvoie ! Ayant refusé de répondre à l’appel et à lutter avec YHWH pour en sortir, il s’y ENFER-me, comme dit Thomas d’Ansembourg ; il s’enferre dans sa perversité, sans cesser pour autant de se justifier, c’est plus fort que lui : il a choisi de se structurer comme ça ! Le voilà donc renvoyé dans les ténèbres de la mort, dans le tohu-bohu absolu ; et pour lui, c’est la faute du seigneur ! Il n’imagine pas un seul instant qu’il aura lui-même été l’artisan de son insignifiance ! » (Mt 25,14-30)
Maintenant, à partir de là, revenons au patriarche : l’inspiration deutéronomiste met en récit la vision de YHWH qui cherche précisément à ce que Ya”aQoV ne se fige pas dans son péché. YHWH vise à le faire SORTIR de la MORT dans laquelle il menace de s’enfoncer, pour lui faire trouver le chemin de ses pères, le chemin de la BÉNÉDICTION qui le fera monter vers la VIE. Et pour ça, pas d’autre moyen que de provoquer une SECOUSSE, un ÉVÉNEMENT.
Comprenons bien : concernant ce PASSAGE de la MORT à la VIE, il ne suffit pas de se contenter de leçons de morale que Ya”aQoV, de toute manière, rivé qu’il est dans sa suffisance, n’entendrait pas. Il s’agit pour YHWH à travers son messager, de VIVRE AVEC Ya”aQoV quelque chose de marquant, quelque chose de PARLANT ! Il s’agit de tisser avec lui un ENTRE-DEUX qui permette à Ya”aQoV d’opérer le PASSAGE de son identité PASSIVE à une identité ACTIVE ; de son POTENTIEL au RÉEL. Ce PASSAGE, YHWH ne peut pas le faire à sa place ! C’est à Ya”aQoV de s’y engager. Mais pas tout seul puisque, redisons-le, nul ne sait opérer un tel PASSAGE sans le secours de la grâce, sans le secours de YHWH. Nul ne sait par soi-même contrer les assauts du mauvais penchant qui excitent la convoitise, surtout quand celle-ci est installée comme une structure de jouissance.
Or donc, nous dit le récit, en tout ça, c’est de LUTTE qu’il est question : une LUTTE que YHWH, à travers le Messager, va mener avec le Patriarche de sorte qu’une fois le PASSAGE opéré, Ya”aQoV sera un HOMME NOUVEAU selon le cœur de YHWH, à qui il convient de conférer un NOM NOUVEAU : YiSseRâ‘éL
Ce nom, [Celui qui lutte avec ‘ÈL], signifie plus précisément que Ya”aQoV est passé par une AGONIE. ἀγωνία, agônia, en grec signifie la [lutte] au sens d’une lutte angoissante, existentielle ; et c’est bien le cas puisqu’il s’agit pour lui d’abandonner le refuge mensonger de la convoitise à tous crins pour opter librement pour le don de soi. Le premier, Ya”aQoV est en fait à faire siennes les paroles du Christ Jésus : « Non pas ma volonté, mais la tienne ! » (Mt 26,39) ; voilà ce qui constitue une AGONIE. C’est cette AGONIE vécue AVEC YHWH, qui va présider à son accès dans la vraie VIE : la VIE qui donne la VIE. La VIE ÉTERNELLE.
Donc redisons-le : en tout cela, c’est de PASSAGE qu’il s’agit ; mais d’un PASSAGE qui suppose une LUTTE, un COMBAT INTÉRIEUR qui marquera la vie du patriarche jusque dans sa chair, on le verra prochainement. Ce PASSAGE, cette LUTTE, constituent en fait comme l’ÂME VIRILE de l’HÉRITAGE que Ya”aQoV, une fois devenu YiSseRâ‘éL, va pouvoir transmettre à sa descendance.
Voilà tout le processus qui, au viie siècle, conduit les scribes à attacher le nom de YiSseRâ‘éL à celui de Ya”aQoV devenu ACTIF, devenu adulte. Il est PASSÉ du petit talonneur narcissique malicieux, rivé à sa convoitise, à cette FIGURE PATRIARCALE sublime, capable d’inspirer un peuple entier : celui de ses “FILS”, de TOUT YiSseRâ‘éL ; c’est-à-dire de tous ceux qui recevront son héritage ; qui consentiront à LUTTER fermement avec ‘ÈL pour se détacher à leur tour de toute convoitise, au nom du patriarche YiSseRâ‘éL qui leur a montré le chemin : chaque jour, chaque instant, à travers l’étude de la TORâH, la manducation des Psaumes et le culte, demeurer dans cette dynamique filiale du PASSAGE du PASSIF à l’ACTIF, du POTENTIEL au RÉEL, de la MORT à la VIE. C’est ce PASSAGE qui constitue ce que les scribes deutéronomiste nomment le Chemin de la BÉNÉDICTION ; et c’est dans cette vision que Jésus pourra dire : « Je suis le chemin, la vérité et la vie (Jn 14,8).
Je vous laisse pour cette fois sur cette notion de PASSAGE du POTENTIEL au RÉEL pour que vous puissiez y revenir, et qu’elle devienne vôtre. On est vraiment là à la base de ce que représente toute vie spirituelle digne de ce nom. Et puisque nous sommes chrétiens, nous prendrons le temps dans la prochaine vidéo de voir comment le Nouveau Testament, à la suite du Christ Jésus, se greffe entièrement sur cette TRAJECTOIRE du PASSAGE DE LA MORT À LA VIE. Vous verrez, c’est d’une richesse absolument inouïe !
Je vous remercie.