03-04-2025

[Dt] La Bénédiction : lutter avec YHWH

Deuteronomy 13:0 par : Père Alain Dumont
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Quand se tisse une histoire pour la BÉNÉDICTION se transmette de génération en génération ? Encore le récit fondateur du combat de Ya”aQoV et celui de TOUT YiSseRâ‘éL, sa descendance, avec ‘ÈLoHîM.
Transcription du texte de la vidéo 
Tous droits réservés.
Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Faisons si vous le voulez bien le point sur nos acquis depuis la dernière vidéo : l’École Deutéronomiste nous introduit dans la lumière la plus intime de la TORâH, à savoir que ‘ÂDâM est créé par ‘ÈLoHîM à Son image et à Sa ressemblance pour déployer son POTENTIEL le plus CHARNEL, le plus existentiel, qui consiste à LIBREMENT épouser ‘ÈLoHîM.

Alors une fois ce projet énoncé, empressons-nous de préciser que cette LIBERTÉ n’est pas un statut. La LIBERTÉ, telle que la conçoit la TORâH, est intrinsèquement liée à l’AVÈNEMENT DU RÉEL compris comme l’AVÈNEMENT DE LA VIE. Dit autrement : je suis LIBRE si je transmets la VIE que j’ai moi-même reçue, point final ; là, je mène à son accomplissement l’image et à la ressemblance de ‘ÈLoHîM inscrites en moi en POTENTIEL.

Reste qu’en ce qui concerne l’aventure humaine, cette LIBERTÉ se présente sous la forme d’un COMBAT au cours duquel elle s’ÉPROUVE comme inconciliable avec quelque acte de convoitise que ce soit. Concrètement, est LIBRE celui qui, au moment où il est tenté de poser un acte de convoitise, sait dire, en songeant au CORPS dont il est un membre vivant : « Non ». C’est en ce sens que la véritable LIBERTÉ s’ÉPROUVE et qu’elle peut à bon droit se ressentir comme une FIERTÉ, comme une NOBLESSE : quand on a eu la grâce d’ÉPROUVER dans son existence cette LIBERTÉ qui n’est autre que l’expression de la CHARITÉ, on sait qu’on est déjà « passé de la mort à la vie » ; qu’on est déjà entré dans la VIE ÉTERNELLE.

Bien. Gardons ça en mémoire et revenons au récit initiatique concernant Ya”aQoV.

VIa. De Ya”aQoV à YiSseRâ‘éL :
une histoire inspirée

Rappelons-nous : au moment où Ya”aQoV doit franchir la frontière qui le sépare encore du pays de ses pères, à la nuit tombée, un mystérieux personnage vient à sa rencontre pour engager avec lui un combat ; un combat EXISTENTIEL, CHARNEL ! -

Ce combat, nous dit-on, dure toute la nuit — la NUIT est la marque anthropologique de toute INITIATION qui doit mener à l’illumination dont les premières lueurs de l’aube sont le signe. Or au matin, c’est-à-dire précisément au moment de l’ILLUMINATION, le Messager de YHWH se dégage et dit à Ya”aQoV : « Quel est ton nom ? » — « Ya”aQoV ! » Et le mystérieux personnage de poursuivre : « Ton nom ne se dira plus Ya”aQoV mais YiSseRâ‘éL car tu as lutté dans la poussière avec ‘ÈLoHîM et avec les hommes, et tu as révélé ta capacité » (Gn 32,29). On est clairement ici en contexte initiatique !

Maintenant, quel est le MOTIF de cette initiation ? Poursuivons la lecture : Une fois initié, voilà que le patriarche BOITE, dit le récit ! Ce qui nous suggère qu’avant cette lutte, Ya”aQoV ne boitait pas — du moins pas à l’extérieur, parce que le récit s’est bien chargé de nous montrer qu’il boitait à l’INTÉRIEUR de lui-même — ! Et de fait, rappelons-nous : quand bien même le récit de sa jeunesse fait passer ses artifices manipulatoires pour de la roublardise de bon aloi, il n’empêche : Ya”aQoV ne pensait qu’à lui-même ; il était prisonnier de son narcissisme despotique et de l’esprit de convoitise qui en est la racine. C’est précisément ce que YHWH lui reproche à travers la voix du prophète HOShé“a, dès la première moitié du viiie siècle :

« Procès de YHWH avec YiSseRâ‘éL pour sanctionner Ya”aQoV selon sa conduite ! Il lui rend selon ses agissement. Dans le sein [maternel] il a talonné son frère ; dans sa vigueur, il a lutté avec ‘ÈLoHîM. Il a lutté avec le messager et il a révélé sa capacité. » (Os 12,3-5). On voit bien l’apparentement des textes.

Alors attention , parce qu’ici, YiSseRâ‘éL n’est pas le nom du patriarche. C’est celui du Royaume du Nord dont Ya”aQoV est une figure fondatrice à travers le clan de MeNaShèH. Je vous rappelle que l’origine du nom de YiSseRâ‘éL est vraisemblablement l’égyptien IiSii-iR-iaR — ceux qui sont « partis à cause de la faute », entendons par là : les “fils” de YOSéPh, gardiens de son enseignement depuis la mort de ce dernier. Leur trace la plus ancienne dans la région remonte au xiiie siècle avant J.-C., sur la stèle de Pharaon Merneptah.

Mais arrêtons-nous sur ce point : au viiie siècle avant J.-C., les clans de MeNaShèH et de ‘ÈPheRaYîM sont les deux tribus qui régentent le Royaume de YiSseRâ‘éL, le Royaume du Nord. Ces deux tribus sont sœurs, affiliées plus spécifiquement au patriarche YOSéPh. Et il semble que MeNaShèH dirige le royaume avec une main de fer plus ou moins honnête. La roublardise du patriarche que dénonce HOShé“a laisse présumer l’arrogance du clan de MeNaShèH ; une arrogance difficilement supportée par les autres clans du Royaume de YiSseRâ‘éL.

Toujours est-il qu’à ce stade, YiSseRâ‘éL est le nom du Royaume du Nord, mais n’est celui d’aucun patriarche ! Or c’est précisément ce qui va faire qu’au moment où il faudra trouver un nom pour l’ensemble des tribus réfugiées à YeROuShâLaYiM suite à l’invasion assyrienne, les scribes choisiront le patronyme de YiSseRâ‘éL. Essayons de comprendre pourquoi.

Imaginons que sous prétexte d’être rassemblé dans le royaume du Sud, dans le Royaume de YeHOuDâH, les scribes aient affublé le peuple du nom de TOUT YeHOuDâH. C’eût été conférer à ce patriarche une préséance purement institutionnelle, ce qui aurait inévitablement conduit à un schisme : pourquoi lui et pas un autre ? Il fallait donc trouver un nom fédérateur qui n’humilie aucun clan et favorise l’unité ; un nom déjà éprouvé, qui ne soit pas non plus complètement étranger à l’univers culturel du peuple ; celui de YiSseRâ‘éL offrait de ce point de vue toutes les garanties. Dès lors, à partir du viie siècle, YiSseRâ‘éL est choisi comme le nom du nouveau peuple de YHWH rassemblé autour de YeROuShâLaYiM.

Reste alors la question : comment faire en sorte que le peuple se l’approprie, et de manière pérenne qui plus est ? Tout simplement en le rattachant à une HISTOIRE ; en l’occurrence à celle de Ya”aQoV, le patriarche de MeNaShèH qui, malgré sa réputation sulfureuse, restait le clan prédominant de l’ancien Royaume du Nord, majoritairement représenté autour de YeROuShâLaYiM.

Alors attention : il ne s’agit pas d’inventer des fables ! Il s’agit, sur la mémoire du clan majoritaire — le clan de MeNaShèH —, d’articuler toutes les mémoires qui constituent le patrimoine des autres clans ; des mémoires que le peuple puisse s’approprier sans se sentir dépossédé de la sienne propre.

Et là, on réfléchit : le Royaume de YeHOuDâH est BÉNI, puisqu’il a été miraculeusement protégé par YHWH de son éradication programmée par Sennachérib. Certes, mais d’où vient cette bénédiction ? Dans la mentalité sémitique, un tel statut n’est jamais un décret sorti de nulle part : si le Royaume de YeHOuDâH est béni, c’est que ce territoire l’a été depuis le COMMENCEMENT ! Un commencement à partir duquel se RACONTE une HISTOIRE ; une HISTOIRE portée figurativement par son patriarche fondateur ; à savoir ‘AVeRâHâM.

Du coup, dans le RÉCIT à bâtir, ‘AVeRâHâM doit avoir la primauté, ce qu’on va signifier en le présentant comme le PÈRE des patriarches des clans rassemblés à YeROuShâLaYiM. Du coup, à partir de ‘AVeRâHâM, les scribes établissent une généalogie cohérente en lui articulant deux autres figures principales : YiTseRâQ et Ya”aQoV.

YiTseRâQ tout d’abord : celui-ci se présente comme le patriarche de ‘ÈPheRaYîM, plus à l’Ouest, la tribu sœur de celle de MeNaShèH, par YOSéPh qui est leur patriarche commun. Or il se trouve que, quand bien même la tribu la plus prestigieuse se trouve être MeNaShèH, les traditions attribuent à ‘ÈPheRaYîM l’antique bénédiction patriarcale. Ça vaut le coup de réentendre ce passage de la Genèse :

« YiSseRâ‘éL — là, on ne parle plus de Ya”aQoV : c’est le patriarche dans sa version ACTIVE qui agit et qui fait autorité — étendit sa droite et la plaça sur la tête de ‘ÈPheRaYîM, le cadet ; et sa gauche sur la tête de MeNaShèH. Il entrecroisa à dessein ses mains, car MeNaShèH était l'aîné.

YOSéPh vit que son père plaçait sa main droite sur la tête de ‘ÈPheRaYîM ; ce qui était mal à ses yeux. Il leva la main de son père pour l’écarter de la tête de ‘ÈPheRaYîM vers la tête de MeNaShèH. YOSéPh dit à son père : “Pas ainsi, mon père, car c’est celui-là, l'aîné. Pose ta main sur sa tête !” Son père refusa et dit : “Je sais, mon fils, je sais. Lui aussi sera un peuple, lui aussi sera grand ; mais son frère cadet sera plus grand que lui et sa descendance sera une foule de nations.” Il les bénit en ce jour-là pour dire : “C'est par toi que YiSseRâ‘éL bénira en ces termes : ‘Que ‘ÈLoHîM te rende comme ‘ÈPheRaYîM et comme MeNaShèH !’» Il mit ‘ÈPheRaYîM avant MeNaShèH. » (Gn 48,14.17-20).

Donc, vu la puissance de cette tradition, il est inévitable que le patriarche de ‘ÈPheRaYîM soit mis à l’honneur. Et si YiTseRâQ est son patriarche, celui-ci ne peut donc qu’être premier dans la lignée de ‘AVeRâHâM. L’HISTOIRE se bâtit donc ainsi : d’abord ‘AVeRâHâM, le Père ; puis YiTseRâQ, le fils, tous deux porteurs de la promesse d’une BÉNÉDICTION ; d’une BÉNÉDICTION POTENTIELLE.

Reste alors la troisième figure fondatrice : le patriarche de la tribu dominante de MeNaShèH, à savoir notre Ya”aQoV : celui-ci sera en toute rigueur placé en deuxième position sur la lignée de ‘AVeRâHâM, non sans bien montrer néanmoins que par lui, la BÉNÉDICTION promise à ses pères advient au RÉEL ! C’est en ce sens que Ya”aQoV le talonneur, devenant YiSseRâ‘éL le lutteur, est aussi le Père par qui la BÉNÉDICTION POTENTIELLE devient CHARNELLE, RÉELLE : grâce à sa lutte avec le Messager mystérieux, YiSseRâ‘éL s’engage et engage toute sa descendance sur le chemin qui fait passer de la MORT à la VIE.

J’espère qu’à ce stade, on voit bien qu’il ne s’agit pas pour les scribes de composer simplement un roman national : un roman national vise à éveiller une conscience patriotique, mais l’enjeu n’est pas ici uniquement politique : il est spirituel ! Il est CHARNEL ! C’est un CORPS qu’il faut édifier, non une structure à élaborer.

Alors concrètement, tentons de retracer comment a pu se passer cette mise en récit du passage du nom de Ya”aQoV, le patriarche controversé, à celui de YiSseRâ‘éL comme figure patriarcale sublime.

VIb. De Ya”aQoV à YiSseRâ‘éL :
une conversion charnelle

Réécoutons le récit nous raconter le franchissement âr Ya”aQoV de sa frontière INTÉRIEURE. On assiste vraiment là à un nouveau COMMENCEMENT :

Au lever du jour, le mystérieux personnage dit à Ya”aQoV :
[L’homme] — Renvoie-moi car l’aurore est montée !”
[Ya”aQoV] : — Je ne te renverrai que si tu me bénis !
— Quel est ton nom ?
— Ya”aQoV.
— Non ! Ton nom ne se dira plus Ya”aQoV, mais YiSseRâ‘éL, car tu as lutté dans la poussière avec “ÈLoHîM et avec les hommes, et tu as révélé ta capacité.
— Indique-moi ton nom, je t’en prie !
— Pourquoi ça, t’enquiers-tu de mon nom ?
Et là, Il le bénit. » (Gn 32,25-30)
.

Voilà : c’est vraiment cette BÉNÉDICTION que vise le PASSAGE ; que vise l’INITIATION par laquelle Ya”aQoV devient YiSseRâ‘éL. Le patriarche ne peut PASSER d’un nom à l’autre, d’une rive à l’autre de lui-même, que dans la puissance que seule peut lui conférer la BÉNÉDICTION, c’est-à-dire l’ENTRE-DEUX qui scelle désormais le LEIN qui l’attache à YHWH. Un ENTRE-DEUX marqué par ce COMBAT au sein duquel YiSseRâ‘éL va puiser le courage intérieur de PASSER du chemin de la MALÉDICTION à celui de la BÉNÉDICTION ; entraînant avec lui tout le CORPS de sa descendance.

Au récit, maintenant, de faire son office puisque c’est par lui que va s’effectuer la transmission de l’ÉVÉNEMENT de la conversion du patriarche ; et c’est à travers son récit que cette initiation touchera les générations à-venir, jusqu’au Christ Jésus et à son Église ! Cet ENTRE-DEUX se révèle en pleine lumière : il relève d’une LUTTE intérieure que devront désormais assumer toutes les générations des Fils de YiSseRâ‘éL, sans exception. Grâce au récit, cette LUTTE, demeure à jamais le POINT ORIGINEL où le peuple de TOUT YiSseRâ‘éL viendra puiser son unité, et donc sa force vitale.

Mais ça n’est pas tout ! Parce que concomitamment, raconte le récit, voilà que le patriarche YiSseRâ‘éL sort de ce combat en BOITANT ; suite, nous dit-on, au COUP que le Messager lui a assèné pour se dégager de lui alors que monte l’aurore. Or il vaut la peine de s’arrêter sur ce moment essentiel au cours duquel l’ENTRE-DEUX avec YHWH s’inscrit à même la CHAIR du patriarche.

Pour comprendre, on peut établir un parallèle avec les initiations africaines dont les garçons initiés, devenus ADULTES, sont scarifiés. La scarification n’est pas une atteinte à l’intégrité ; c’est une marque CHARNELLE d’appartenance au clan ; au CORPS que forme ce clan. C’est cette appartenance au CORPS qui fait l’ADULTE, c’est-à-dire celui qui sait NE PAS pouvoir compter que sur lui, mais qui sait en revanche toujours pouvoir compter sur le CORPS dont il a appris à se reconnaître comme un membre à part entière.

Ce signe charnel d’appartenance — la scarification, donc — lui fait reconnaître son appartenance à sa famille et à sa tradition, comme une BÉNÉDICTION ; comme cette RESSOURCE à laquelle, chaque fois que nécessaire, pouvoir venir puiser le courage d’être pleinement VIVANT. Non pas pour soi seul, mais pour TOUT le CORPS qui lui confère d’exister en se recevant de ses pères ; avec la conviction d’avoir à son tour à TRANSMETTRE cet héritage de VIE et de BÉNÉDICTION. C’est un flux ! Un passage incessant. Or c’est exactement ce que nous avons ici, avec le patriarche YiSseRâ‘éL.

Interrogeons le récit : concrètement, quel est ce coup porté qui va charnellement marquer l’initiation de Ya”aQoV devenu YiSseRâ‘éL ?

« Ya”aQoV appela ce lieu PeNOu’éL — Face de ‘ÈL, “car, disait-il, j’ai vu ‘ÈLoHîM face à face, et mon âme est sauve.”
Le soleil brillait quand il passa le torrent à PeNOu’éL, et il boitait de la cuisse. C’est pourquoi jusqu’à ce jour, les fils de YiSseRâ‘éL ne mangent pas le tendon du brandissement qui est au creux de la cuisse car Il avait touché le creux de la cuisse de Ya”aQoV, au tendon du brandissement. » (Gn 32,31-33)
. Étrange…

On traduit souvent GîD HaNNâShèH, הַנָּשֶׁ֗ה גִּ֣יד, par « nerf sciatique ». Sauf que GîD ne désigne pas un nerf, encore moins sciatique si c’est au creux de la cuisse. Nerf se dit : “âTsâV en hébreu moderne, mais la Bible, elle, ne sait pas ce qu’est un nerf. GîD désigne plutôt un TENDON, comme dans le livre de Job ou celui de YeH.èZeQé’èL… Ceci dit, je ne sais pas si vous avez déjà tenté de manger du nerf ou du tendon, mais a priori, c’est aussi impossible à mâcher, qu’à digérer ! Du coup, en faire un tabou alimentaire est assez suspect, ce qui nous suggère de chercher ailleurs l’interprétation.

Par ailleurs, NaShèH a une étymologie incertaine : la racine est le verbe NâShâ, qui signifie [oublier] ; mais cette racine a aussi à voir avec la féminité : en hébreu moderne, selon le contexte, NiShShâH veut dire : soit faire oublier, soit pointer vers le féminin… Du coup, si on se laisse inspirer par ces pistes sémantiques, GîD HaNNâShèH pourrait bien désigner un “tendon brandi vers le féminin”, si vous voyez ce que je veux dire.

S’ajoute à cela que le v. 26 précise que le messager mystérieux touche le patriarche à l’intérieur de la cuisse, YâRéK, יָרֵך ; or la cuisse est plusieurs fois convoquée dans la Genèse comme un euphémisme pour parler du membre viril — ‘AVeRâHâM avec son serviteur ‘Èli“éZèR ; YiSseRâ‘éL avec son fils YOSéPh à la fin de sa vie, etc. — ; du coup, tout ça oriente assez fortement le décryptage vers le pénis. 

Alors comment traduire ? Quelque chose comme « le tendon du brandissement » ? Ce n’est pas hyper explicite, mais ça vaut bien le « nerf du tresseau » de la traduction de Chouraqui, ou le « cordon du tendon » de la Bible des Racines hébraïques… et dès lors, qu’est-ce qui est désigné  à ce niveau, sinon le PRÉPUCE ? Ce qui voudrait dire qu’on a là une manière codée de parler de la CIRCONCISION, de sorte que le boitement de Jacob n’est rien d’autre, à bien y penser, que celui d’un homme à qui on vient de sectionner un morceau de chair à l’entrejambe.

Si c’est le cas, on a là le texte fondateur par lequel les scribes du vie siècle assument la circoncision comme le stigmate de l’initiation inscrit à même la chair du CORPS du patriarche, et à sa suite à même la CHAIR du CORPS entier de TOUT YiSseRâ‘éL. À partir de là, la CIRCONCISION devient, pour les fils de YiSseRâ‘éL, le signe charnel de l’HÉRITAGE de leur père YiSseRâ‘éL, contracté à PeNOu‘éL, c’est-à-dire au lieu INITIATIQUE patriarcal où la BÉNÉDICTION est devenue RÉELLE pour le patriarche et toute sa descendance.

À partir de là, la CIRCONCISION est FONDÉE : d’une part elle est la MARQUE d’une LUTTE avec YHWH engagée par le patriarche et assumée par tout le CORPS des Fils de YiSseRâ‘éL ; d’autre part comme la marque CHARNELLE du passage du POTENTIEL au RÉEL de la BÉNÉDICTION qui repose sur TOUT YiSseRâ‘éL : « Et là, Il — c’est-à-dire YHWH à travers le messager mystérieux — le bénit. » (Gn 32,30).

Comme quoi tout ça, c’est vraiment concret. La TORâH ne parle pas d’une BÉNÉDICTION de conte de fées qui ferait des Hébreux un peuple privilégié par principe, juste pour se faire mousser à travers une belle histoire. TOUT part de cette expérience CHARNELLE, VIRILE, qu’il s’agit de ne jamais perdre avec le temps. D’où la marque de la CIRCONCISION reconduite à chaque passage d’une génération à l’autre. Nous touchons là à la racine de la soif acharnée de vivre du peuple Juif, unique en son genre ; le plus petit d’entre les peuples, comme disait le ch. 7 du Deutéronome, mais le plus imprégné d’espérance du fait qu’à lui, et à lui seul, s’est CHARNELLEMENT révélé le DIEU Unique, vivant et vrai avec qui, quoi qu’il arrive, toujours savoir LUTTER pour passer de la MORT à la VIE.

Alors , il faudrait aller encore un peu plus loin dans la mesure où, derrière cette BÉNÉDICTION de TOUT YiSseRâ‘éL, à travers cette INITIATION, ce n’est rien de moins que YHWH qui se dévoile ! Mais la vidéo est bien suffisamment longue pour aujourd’hui. Si vous le voulez bien, nous verrons ça la prochaine fois.

Je vous remercie.
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