15-06-2025
[Dt] L'initiation de Ya”aQoV = engendrer un CORPS
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Ya”aQoV ne lutte pas avec YHWH pour lui-même. Il lutte pour introduire toute sa descendance dans dans cette lutte avec YHWH pour engendrer un peuple que l'espérance n'abandonnera jamais. C'est parce qu'il ne forme qu'un seul CORPS, toutes générations confondues, que ce peuple prend le nom de son patriarche : YiSseRâ‘éL.
Transcription du texte de la vidéo Tous droits réservés.Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article______________________________________________________________
Bonjour,
Nous restons toujours sur le fameux combat nocturne de Ya”aQoV avec le Messager de YHWH, un récit qui a décidément bien des choses à nous livrer à la lumière du Deutéronome.
Nous avons vu que dans cette LUTTE, d’après le récit initiatique qu’en font les scribes qui, je vous le rappelle, rédigent le Livre de la Genèse entre le viie - vie siècle avant J.-C. ; d’après le récit de cette LUTTE, donc, se produit le passage initiatique de Ya”aQoV à YiSseRâ‘éL, autrement dit de l’identité PASSIVE du patriarche — adolescente — à son identité ACTIVE — adulte —. Mais il y a plus, parce qu’une fois parvenus, par ce récit, à accoler au nom de Ya”aQoV celui de YiSseRâ‘éL, les scribes vont attacher ce dernier à tous les adorateurs de YHWH pour que naisse le PEUPLE de « TOUT YiSseRâ‘éL ».
Ce récit nous raconte, entre autres, qu’au début de son histoire, alors qu’il fuit la colère vengeresse de son frère ‘ÉSsâW à qui il a volé la bénédiction patriarcale, Ya”aQoV fait le fameux songe de l’escalier reliant ciel et terre à BéYT-’ÉL, assorti d’une promesse : « Assurément, YHWH existe en ce Lieu-ci et je ne le connaissais pas. […] Si ‘ÈLoHîM est avec moi et s’Il me garde dans ce voyage que j’entreprends, s’Il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir, si je reviens sain et sauf dans la maison de mon père, YHWH sera mon ‘ÈLoHîM. » (Gn 28,18.20-21). Ceci pour le véritable commencement de cette histoire.
Or, à l’autre bout de cette même histoire, lorsque Ya”aQoV revient sur le sol de ses pères, survient la LUTTE avec le messager divin devient en fait le moment INITIATIQUE où Ya”aQoV accomplit son vœu : il choisit YHWH comme son ‘ÈLoHîM !
Alors ici, une petite précision : dans la TORâH, ‘ÈLoHîM, c’est ‘ÈL, le DIEU Puissant en tant qu’Il CRÉE. Sous cet angle, il n’est pas nécessairement le dieu spécifique de YiSseRâ‘éL. YHWH, quant à Lui, désigne le même ÊTRE divin, mais en tant qu’Il sauve, qu’Il libère ; bref, en tant qu’Il LUTTE avec son peuple pour que celui-ci advienne à une pleine liberté intérieure et qu’une Alliance spécifique puisse s’instaurer. La distinction est importante.
Ceci dit, suite à cette lutte initiatique, le Messager confère à Ya”aQoV le nom de YiSseRâ‘éL, et avec ce nom, il le bénit d’une BÉNÉDICTION qui n’est autre, en définitive, que celle de ses pères — non plus dérobée cette fois, mais confirmée désormais par YHWH en personne.
Et les scribes d’aller encore plus loin : à travers ce moment INITIATIQUE, ce sont en fait tous ceux dont YHWH est le ‘ÈLoHîM qui vont être marqués du nom de YiSseRâ‘éL ; qui vont devenir des « Lutteurs avec ‘ÈL » dans la suite des générations. On peut dire qu’à partir du viie siècle, les scribes vont travailler à INCORPORER, au sens propre, en une seule famille, en un seul PEUPLE, tous les adorateurs de YHWH en les désignant désormais du nom de BeNéY YiSseRâ‘éL = Fils de YiSseRâ‘éL !
Les scribes élaborent donc une LIGNÉE, non pas en la fabulant, mais au sens où, à partir d’un fondement commun — l’adoration de YHWH — ; marqués par l’ÉVÉNEMENT de l’élection de YeROuShâLaYiM dans cette nuit de 701 où YHWH sauve miraculeusement la ville, et avec elle les adorateurs de YHWH qui y sont réfugiés. À partir de cet ÉVÉNEMENT donc, un AUTRE TEMPS voit le jour, qui va refluer sur les événements passés que la mémoire des différents clans n’a jamais oubliés, chacun pour sa part ; de sorte que ces événements épars sont compris comme autant de moments préparatoires, signifiant que dès les origines, YHWH luttait avec TOUT YiSseRâ‘éL ; ce qui ouvre une ESPÉRANCE invincible, puisque si YHWH lutte auprès de son peuple depuis le début ; qu’Il lui ouvre depuis le début tout un champ de POSSIBLES et lui trace un chemin d’à-venir que jamais les nations jalouses ne pourront éradiquer, même aux heures d’affrontements les plus meurtriers.
Dit autrement, se recueillant en eux-mêmes, les scribes deutéronomistes se disent à bon droit que rien n’a pu démarrer au seul seuil de cette nuit miraculeuse de l’an 701 ! Si YHWH est vraiment YHWH ; s’Il est le Maître du TEMPS et de l’HISTOIRE, Il n’a pas pu ne pas préparer dans les générations passées ce qu’Il donne à vivre à partir du viie siècle. Raison pour laquelle ils se mettent à scruter toutes les traditions réunies autour de YeROuShâLaYiM, en quatre moments qu’on peut résumer comme suit :
1. L’ÉVÉNEMENT fondateur de 701 se produit sous le règne de H.iZeQiYYâHOu / H.iZeQiYYâHOu. Un ÉVÉNEMENT qui va inspirer tous les scribes de YHWH rassemblés à YeROuShâLaYiM.
2. Puisqu’un nouveau peuple est en train de naître sous l’impulsion de YHWH, les scribes commencent à rédiger les premiers chapitres de la Loi qui allait le régir spécifiquement. Sauf que dès la mort de H.iZeQiYYâHOu, ils devront opérer en sourdine, sans doute dans quelque salle obscure du Temple. Pourquoi ? Parce que le fils de H.iZeQiYYâHOu, le roi MeNaShèH/Manassé, va choisir de rompre avec la politique de son père en révolte contre l’impérialisme assyrien. Pour instaurer la paix sur le territoire de YeHOuDâH, MeNaShèH choisit d’assujettir YeROuShâLaYiM aux Assyriens, ce qui aura pour effet d’apporter un demi-siècle de paix en YeHOuDâH.
Ceci dit, pour assurer cette paix politique, MeNaShèH adopte la religion astrale assyrienne dont il installe les autels sur le toit du Temple de YHWH ; et ça, les scribes ne le lui pardonneront jamais ! Alors même que MeNaShèH a été un grand roi dont les œuvres en faveur du peuple ont été nombreuses, pour les scribes deutéronomistes, il a fait le mal aux yeux de YHWH, point final.
3. Après la mort de MeNaShèH, son petit fils Yo’ShiYYâHOu/Josias, monte à son tour sur le trône. Sauf que la situation géopolitique a encore changé, ce qui lui permet d’envisager de se dégager de l’emprise assyrienne : les scribes sortent alors en plein jour la première mouture du Deutéronome — qui constitue le noyau des chapitres que nous étudions — que Yo’ShiYYâHOu va immédiatement promulguer comme Loi pour TOUT YiSseRâ‘éL ; il fait détruire les autels astraux, et promulgue dans le peuple une grande Pâque en l’honneur de YHWH ! Et là, les scribes jubilent : « Il n’y eut pas avant lui de roi semblable à lui, qui soit retourné vers YHWH de tout son cœur, de tout son être et de toute sa force selon toute la TORâH de Moïse. Et après lui, il ne s’en leva pas de semblable. » (2R 23,25). La figure de DâWiD émergera, mais bien plus tard ! Comme celle de Moïse, du reste, et des patriarches.
4. À partir de là va se poursuivre au moins deux siècles de travail des scribes, pour rassembler la mémoire des prophètes. À partir de ces données et de celles des annales royales, ils vont rédiger un roman national remontant à DâWiD et à Shâ‘OuL ; mais surtout une histoire patriarcale remontant, depuis Moïse qui devient la figure tutélaire de la TORâH, jusqu’à YOSéPh, Ya”aQoV, YiTseRâQ et ‘AVeRâHâM !
Et de remonter même jusqu’aux COMMENCEMENTS ; jusqu’à l’avènement de ‘ÂDâM que ‘ÈLoHîM crée à son image et à sa ressemblance, pour être son LIEU-TENANT dans la Création. Le LIEU-TENANT par lequel le VERBE de ‘ÈLoHîM pourra être relayée dans la Création pour collaborer à faire sortir l’univers de son mutisme — le fameux ToHOu WâVoHOu — et le faire passer de son POTENTIEL au RÉEL ; de la MORT à la VIE. Tout le roman national se construit sur cette unique trame interprétative fondée dans la TORâH.
De ce travail littéraire magistral émerge ainsi une HISTOIRE. Or qu’est-ce qu’une HISTOIRE : c’est le récit de l’AUTRE-TEMPS, c’est-à-dire de ces séquences passées que la MÉMOIRE pose comme autant de repères, de ressources pour interpréter le présent et ouvrir l’à-venir. Cette HISTOIRE est donc avant tout celle de la BÉNÉDICTION qui soutient la vie de TOUT YiSseRâ‘éL ; une HISTOIRE d’ENGENDREMENTS, de TRANSMISSION dont le patriarche clef sera Ya”aQoV / YiSseRâ‘éL.
Derrière lui est initiée le PEUPLE qui portera son nom : TOUT YiSseRâ‘éL. Non pas une nation administrée par un roi — le patriarche YiSseRâ‘éL n’est pas un roi, ni n’engendre une quelconque lignée royale qui lui soit propre —. Le patriarche engendre un véritable CORPS composé de toutes les générations des adorateurs de YHWH, comme autant de membres qui collaboreront ACTIVEMENT à la VIE de ce CORPS.
C’est cette notion de CORPS, et celle d’INITIATION qui lui est connexe, que j’aimerais scruter avec vous à présent.
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VII. L’initiation, du point de vue du CORPS
Redisons pour commencer que l’objectif de toute INITIATION, quelle qu’elle soit, n’est pas d’abord d’ordre intellectuel. Toute INITIATION digne de ce nom est avant tout un PASSAGE existentiel ; un PASSAGE d’ordre CHARNEL au sens où l’INITIÉ, jusque-là PASSIF comme pouvait l’être Ya”aQoV, est ENGENDRÉ comme MEMBRE ACTIF du CORPS auquel il appartient.
Pour résumer grossièrement :
• l’enfant, c’est celui qui considère que le CORPS est à son service, qu’il s’agisse de ses pairs — p-a-i-r-s — ou de ses pères — son ascendance ; celui dont le Surmoi n’est pas encore en place.
• l’adulte, lui, se considère comme au service de ce CORPS dont il devient partie prenante. L’adulte est celui qui consent à ce que le CORPS instaure en lui un Surmoi sans lequel aucune vie de relation n’est envisageable. Non seulement ça, mais il prend en charge l’ENGENDREMENT qui maintient le dynamisme de la VIE de ce CORPS de génération en génération. Ainsi l’à-venir du CORPS, et donc de chacun de ses membres, demeure-t-il comme un POSSIBLE à jamais ouvert, par quoi se définit l’ÉTERNITÉ.
Ceci dit, quelle est la nature d’un tel CORPS ? De quel CORPS parlons-nous ?
Notons d’abord qu’il s’agit d’une ANALOGIE — on laisse de côté ici le corps chimique compris comme une masse moléculaire. Ça n’a rien à voir. —. Par définition, un CORPS articule et fait l’unité des membres qui le composent. À partir de là, on parle analogiquement d’une famille, d’une fratrie, d’un clan ou d’un peuple comme autant de CORPS dont le rôle est de maintenir les membres, non pas tant en communication, non pas tant en relation, qu’en COMMUNION les uns avec les autres.
Ceci posé, ce que la TORâH désigne du nom de PEUPLE relève précisément de cette dimension de CORPS qui relie entre eux tous les membres adorateurs de YHWH qui le composent. Et à ceux qui posent la question de la nature d’un tel CORPS, la TORâH répond sans appel : ce CORPS est de nature SPIRITUELLE. Ça peut paraître étrange à notre mentalité moderne et postmoderne, mais le principe d’unité d’un PEUPLE, en l’occurrence de TOUT YiSseRâ‘éL, c’est l’ESPRIT qui irrigue et fait vivre ce CORPS ; un ESPRIT dont la source est en ‘ÈLoHîM.
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Cette affirmation est d’autant plus importante qu’on peut dire qu’au sein de la Création, là où est l’ESPRIT de ‘ÈLoHîM, le ROuaH. ‘ÈLoHîM, אֱלֹהִים ר֫וּחַ, ce sont TOUJOURS des ENTRE-DEUX qui sont établis, dont l’effet est la composition un CORPS.
Écoutons par exemple le premier récit de la CRÉATION. Dès le départ, c’est un CORPS qui se bâtit. Premier moment : intervention de l’Esprit de ‘ÈLoHîM : « En un commencement, ‘ÈLoHîM a créé les ciels et le sol, et le sol était ToHOu WâVoHOu, et une obscurité était sur les faces des abymes ; et l’Esprit de ‘ÈLoHîM planait sur les faces des eaux. » (Gn 1,1-2)
Or ipso facto, là où est l’ESPRIT de ‘ÈLoHîM, surgit la VOIX de ‘ÈLoHîM, son VERBE ; d’où le second moment : « Et ‘ÈLoHîM dit — voilà le Verbe — : “Soit une Lumière !” ; et ce fut la Lumière — la Lumière de la VIE —. Et ‘ÈLoHîM vit la Lumière : “Quel bien !” Et ‘ÈLoHîM instaure une séparation entre la Lumière et l’obscurité. ‘ÈLoHîM proclame vers la Lumière : “Jour !” ; et vers l’obscurité, il proclame : “Nuit !”. Et c’est un soir, et c’est un matin. Jour UN. » (Gn 1,5). Premier ENTRE-DEUX à partir duquel vont s’articuler tous ceux qui vont suivre, de sorte qu’en définitive, ce qui est CRÉÉ en ce commencement, dès le Jour UN, c’est un CORPS. Un CORPS dont les six jours suivants vont distinguer les membres, mais jamais sans les articuler les uns aux autres : les luminaires, les ciels, le sol, la mer, les végétaux, les animaux, etc. Tout ça forme un jeu d’ENTRE-DEUX, c’est-à-dire un CORPS ; un CORPS PARLANT — illuminé par le VERBE —, et par le fait même, un CORPS VIVANT dont la source de VIE est en ‘ÈLoHîM !
Eh bien : dans cette ligne, l’idée de PEUPLE de ‘ÈLoHîM, c’est avant tout l’idée d’une CRÉATION, par ‘ÈLoHîM, d’un CORPS PARLANT et VIVANT, uni à ‘ÈLoHîM comme à sa SOURCE ; INSPIRÉ, IRRIGUÉ par son ROuaH. sans lequel aucune vie n’est possible ; et ILLUMINÉ par le VERBE de ‘ÈLoHîM dont la voix rend ce CORPS PARLANT — à l’image et à la ressemblance de ‘ÈLoHîM —, de sorte que ce CORPS se reconnaît comme le LIEU-TENANT — en deux mots — de la VOIX de ‘ÈLoHîM au sein de la CRÉATION, et au milieu des nations.
Tout ça pour dire que TOUT YiSseRâ‘éL ne se comprend pas en dehors de la notion de CORPS, et de CORPS SPIRITUEL. La dynamique sera la MÊME en ce qui concerne le CORPS du Christ qui fait de l’Église non pas un collectif d’individus, mais un PEUPLE à part entière ; un CORPS CHRISTIQUE qui ne vit que de l’ENTRE-DEUX qui le relie au Christ, qui n’est autre que le VERBE de ‘ÈLoHîM fait CHAIR dans la puissance de l’ESPRIT de ‘ÈLoHîM.
Maintenant, pourquoi est-il si important de se rappeler cette dimension de CORPS, et en particulier de cette dimension SPIRITUELLE du CORPS ? Pour comprendre, il peut être intéressant de considérer, a contrario, l’avènement de la Modernité occidentale à partir de l’époque qu’on appelle la “Renaissance”, suivie des “Lumières”, qui choisira précisément de faire la promotion de l’individu au détriment du CORPS qu’il s’agira de détruire au profit d’une “nouvelle humanité” dont les individus seront nécessairement tous “vertueux”, en dépendance exclusive de l’ÉTAT.
En 1991 par exemple, le président de la Constituante, Isaac le Chapelier, proclamera solennellement : « Il n’y a plus de corporation dans l’État — il n’y a plus de CORPS —. Il n’y a plus que l’intérêt particulier de chaque individu et l’intérêt général — tout ça est purement formel, purement extérieur, administratif ! —. Il n’est permis à personne d’inspirer aux citoyens un intérêt intermédiaire, de les séparer de la chose publique par un esprit de corporation. »
Tout ça pour dire que la “modernité”, qui ouvrira par ailleurs le monde aux sciences mathématiques et physiques, mais en prendra prétexte pour congédier Dieu du “RÉEL” ; cette “modernité”, donc, se donnera pour mission “divine” d’effacer — de “déconstruire”, comme on dit aujourd’hui — l’ENTRE-DEUX qui façonne le PEUPLE comme un seul CORPS et dont l’Église catholique, autant que faire se peut, était gardienne depuis 1500 ans. D’où la haine que porte la modernité contre l’ÉGLISE : il ne FAUT PAS que le peuple se ressente comme un CORPS, parce qu’il ne sera pas manipulable à merci — c’est le retour de MiTseRaYîM, de Pharaon qui fascine tant, entre autre, les sociétés Franc-Maçonnes les plus virulentes ! Tout CORPS au sein de la nation, disait Le Chapelier, est un État dans l’État, et doit par le fait même être interdit !
Mais cette haine se porte tout autant vis-à-vis des Juifs ! La TORâH leur donne de former un CORPS indépendant des systèmes de pensée étatique ! Ils sont donc suspects d’être un CORPS étranger à la nation ; ennemi par principe et donc à rejeter au même titre que l’Église !
Alors on ne va pas en dire plus, parce qu’on serait hors sujet. Sur ce point, je ne peux que vous inviter à aller écouter une conférence d’Olivier Rey faite en 2015 : l’identité harmonieuse ; ou alors si vous avez du courage, à lire le livre exigeant, mais très inspirant de William Cavanaugh, Torture et Eucharistie qui montre comment l’Église du Chili a contribué à renverser la dictature du Gal Pinochet qui visait à détruire le peuple en coupant les individus les uns des autres, précisément en retissant le CORPS du peuple chilien autour de l’Eucharistie comme CORPS du Christ. C’est passionnant, et très inspirant pour nous chrétiens saisis au cœur de la Post-Modernité.
En attendant, voyez comment la TORâH nous touche concrètement aujourd’hui ! Son étude nous donne les moyens de discerner à quel point la “Modernité” est folle ! À quel point son aveuglement rationaliste rend aveugle les peuples en leur faisant croire qu’elle les met dans la “lumière” alors même qu’en coupant les individus les uns des autres, elle efface des mémoires toute transmission possible, toute communion possible pour ne plus parler que d’un “vivre ensemble” complètement désincarné !
Donc revenons à la TORâH. Pour elle, il n’est de CRÉATION que de CORPS, et donc d’ENTRE-DEUX. Une CRÉATION qui relève avant tout de l’ESPRIT, et qui donne à ce CORPS de VIVRE une expérience de COMMUNION : communion d’une part avec le Créateur, et communion d’autre part entre les créatures irriguées du même ROuaH. ‘ÈLoHîM — du même ESPRIT de ÈLoHîM.
La chose concerne singulièrement le PEUPLE des adorateurs de YHWH lorsqu’ils prendront conscience, à partir du viie siècle, de leur ÉLECTION, c’est-à-dire de leur appel à ne former qu’un CORPS UN. Ça ne veut pas dire qu’un tel CORPS n’existait pas auparavant dans le projet divin, comme un POTENTIEL ; mais la CONSCIENCE de YiSseRâ‘éL de ne faire qu’un seul CORPS sous l’impulsion créatrice de YHWH ne germera, sous l’inspiration de l’ESPRIT, qu’à partir du viie siècle avant J.-C.
Du coup, toute l’histoire de Ya”aQoV que la TORâH met en récit, en particulier le moment crucial de sa LUTTE avec YHWH au torrent du YaBoQ ; toute cette histoire n’a pour rôle que de poser dans le TEMPS les jalons de cette CRÉATION du PEUPLE de YHWH. Et de nous faire remonter ainsi jusqu’à ‘AVeRâHâM ; et par-delà ‘AVeRâHâM, jusqu’à ‘ÂDâM qui lui-même est une figure CORPORATIVE — quand je dis CORPORATIVE, je ne dis pas “collective” ; traduire ‘ÂDâM par “humain” comme c’est la mode aujourd’hui, est une interprétation moderniste d’une RÉALITÉ d’un tout autre ordre.
Toujours est-il que l’ENTRE-DEUX qui anime le CORPS de TOUT YiSseRâ‘éL, nous dit la TORâH, relève de l’ESPRIT de ‘ÈLoHîM : de sorte que chaque membre de ce CORPS subsiste et s’articule aux autres membres du fait que tous sont irrigués du même ESPRIT de YHWH qui leur donne de VIVRE en COMMUNION les uns avec les autres. D’où ce sentiment si puissant de FRATRIE qui appartient à l’ÊTRE même de PEUPLE de YiSseRâ‘éL qui se conçoit comme CORPS SPIRITUEL.
Sans doute, avant de terminer, faut-il repréciser que SPIRITUEL ne signifie pas “désincarné”, et encore moins “irréel”. Tout au contraire : là où il n’y a pas d’ESPRIT, il n’y a ni CORPS, ni CHAIR ! Ça va loin !
Redisons-le : dès le COMMENCEMENT, c’est l’ESPRIT de ‘ÈLoHîM qui est à l’œuvre. Et puisque là où est l’ESPRIT, là est le VERBE, tout ce qu’irrigue l’ESPRIT devient par le fait même un CORPS PARLANT, et donc un CORPS VIVANT, et donc un CORPS CHARNEL en lequel tout est viscéralement en COMMUNION ; et sans lequel il n’y aurait que du NÉANT, un ToHOu WâVoHOu frappé de mutisme et sans âme.
D’un autre côté, c’est en allant jusqu’au bout de cette trajectoire initiée par Ya”aQoV-YiSseRâ‘éL que s’effectuera le ministère de Jésus, et c’est encore de CORPS qu’il sera question ! Et puisque nous sommes chrétiens, conscients de tout ce que nous devons à notre ascendance spirituelle que constitue le CORPS de TOUT YiSseRâ‘éL sur lequel le baptême nous a greffés, je vous propose, dans la prochaine vidéo, de contempler précisément le mystère du CORPS du Christ.
D’ici là, j’espère que cette notion de CORPS commence à vous apparaître non seulement familière, mais essentielle. À méditer, encore et encore…
Je vous remercie.
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