27-07-2025
[Dt] Un Corps de Combat
Transcription du texte de la vidéo Tous droits réservés.Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article______________________________________________________________
Bonjour,
Nous poursuivons dans cette vidéo notre enquête sur la notion de CORPS, qui touche vraiment au cœur de la révélation. Deux rappels à ce propos :
• D’une part, la Bible ne sait pas ce que c’est qu’un “individu”. Ce qui l’intéresse, c’est l’histoire d’un PEUPLE, compris comme un CORPS dont les individus sont les MEMBRES, reliés par les innombrables ENTRE-DEUX qui constituent l’armature SPIRITUELLE de ce CORPS.
• D’autre part, concernant YiSseRâ‘éL, rappelons-nous que c’est à partir de l’évènement miraculeux de l’échec du siège de YeROuShâLaYiM par Sennachérib, en 701, qu’à travers ses scribes — ses élites, en fait —, ce PEUPLE se découvre ÉLU par YHWH ; ÉLU pour passer avec Lui de la MORT programmée à la VIE victorieuse ; et plus spirituellement : pour passer du POTENTIEL inscrit à même la CHAIR de ce peuple, au RÉEL que promet ce POTENTIEL.
Or on l’a vu lors de la dernière vidéo, un tel passage est de l’ordre de la LUTTE, de l’AGONIE qui fait donc de ce CORPS de TOUT YiSseRâ‘éL, un CORPS DE COMBAT ! Si on passe à côté de ça, on ne comprend rien à l’espérance gravée dans la TORâH, et il ne reste plus qu’à s’étourdir pour oublier la rudesse de l’existence…
VIII. Un corps de combat
Quand on ouvre la TORâH, on s’aperçoit que dès le COMMENCEMENT, la CRÉATION relève avant tout de l’élaboration d’un CORPS ; notamment à travers le tout premier PASSAGE qui va du ToHOu WâVoHOu, du וָבֹ֔הוּ תֹ֙הוּ֙, initial — où tout est contenu en POTENTIEL — ; à la VIE d’un CORPS tissé par le Verbe que porte l’Esprit de ‘ÈLoHîM. Or à y regarder de plus près, ce Verbe ne se donne en fait pour tâche que d’articuler toute une série d’ENTRE-DEUX qui composent ce CORPS : jour-nuit, sol-ciel, mer-terre, etc. jusqu’à ‘ÂDâM, créé lui-même comme un ENTRE-DEUX : “mâle et femelle”, comme on traduit habituellement.
Et ça ne s’arrête pas là : dans la même trajectoire, nous dit le récit, quand il s’agira de réparer cette CRÉATION dont le péché aura délité les ENTRE-DEUX, ce n’est rien d’autre qu’un CORPS, c’est-à-dire des ENTRE-DEUX — des Alliances, comme on dit —, que YHWH retissera à partir du patriarche ‘AVeRâHâM ; des ENTRE-DEUX sur lesquels, par la TORâH, YHWH ENTRAÎNERA ce PEUPLE des BeNéY ‘AVeRâHâM, des Fils de ‘AVeRâHâM, à veiller pour que ne soit jamais plus fermé le chemin de la VIE et de la BÉNÉDICTION, et qu’à terme, ce chemin se rouvre à toutes les nations, selon la toute première promesse faite à ‘AVeRâHâM : « Par toi seront bénis tous les clans de la terre ! » (Gn 12,3).
Mais allons plus loin : pour la TORâH, un CORPS, quel qu’il soit, ne saurait exister sans une FIGURE qui en constitue la TÊTE ; non pas au sens de “petit chef” mais au sens de FONDEMENT, si tant est que la TÊTE de ce CORPS de COMBAT représente celui qui, précisément, INAUGURE LE COMBAT ; qui consent le premier à livrer combat AVEC YHWH de sorte que, nécessairement articulé à sa TÊTE, chaque membre du CORPS entre avec elle dans ce combat qui consiste à passer de la MORT à la VIE.
Or la thèse qui nous inspire, c’est que cette trame — qui est la trame deutéronomique de l’histoire — ; cette trame, donc, se construit, non pas d’abord à partir de la FIGURE de ‘AVeRâHâM, mais à partir de la FIGURE de Ya”aQoV-YiSseRâ‘éL ! Le peuple de TOUT YiSseRâ‘éL articule donc sur lui son histoire — pour preuve le nom qu’il adopte, qui est celui de YiSseRâ‘éL, le nom d’initiation du patriarche — et formule sa mission au sein de la Création. Dans cette perspective, il convient donc de refaire le point sur cette FIGURE qu’on n’a jamais vraiment fini de cerner.
D’abord on ne nous la présente pas comme parfaite, c’est le moins qu’on puisse dire : toute la première partie de la vie de Ya”aQoV est marquée par un infantilisme narcissique nauséabond dont il ne cherche pas une seconde à sortir ! C’est trop jouissif ! La TORâH nous présente donc sans faux-semblant un personnage esclave de lui-même, dans la pure satisfaction de soi, et individualiste à mort ; autrement dit : prisonnier de son ToHOu WâVoHOu. Ya”aQoV a un POTENTIEL exceptionnel, mais qu’il ne cherche pas un instant à faire advenir au RÉEL ! Il se contente d’en jouir sur le dos des autres, que ce soit son frère, son père ou son oncle, ou même YHWH — mais qui n’est pas dupe !
Alors l’histoire se poursuit : à cause de ses fourberies, Ya”aQoV est obligé de FUIR dans le Nord ; et voilà qu’en s’endormant à BéYT-’ÉL, il fait le songe de l’escalier relayant les ciels et le sol, suite de quoi il fait un vœu : « Si ‘ÈLoHîM est avec moi et s’il me garde sur le chemin où moi-même je vais, me donnant du pain à manger et des habits à vêtir ; si je reviens en paix à la maison de mon père, YHWH sera pour moi ‘ÈLoHîM ! » (Gn 28,20-21).
Ok mon gars, sauf que ne va pas trop vite imaginer que YHWH sera cette idole que tu imagines pouvoir manipuler comme tu as manipulé ta propre famille ! N’oublions pas qu’à ce moment, Ya”aQoV est toujours ce merdaillon qui prend tout le monde de haut !
YHWH, donc, le prend au mot, mais Il l’attend au tournant ! En l’occurrence, quand Ya”aQoV aura atteint l’âge de 40 ans — c’est-à-dire une première phase de son existence —, la confrontation se fera au torrent du YaBoQ, quand sera précisément venu le moment de revenir sur le sol de ses pères ; autrement dit quand sera venu le moment d’arrêter de FUIR suite aux interminables sournoiseries dont Ya”aQoV se fait le champion ! Vraiment, Ya”aQoV, c’est le fuyard compulsif ! Il fait un truc tordu, et ni une, ni deux : il se tire !!! C’est tout à fait énervant !
Sauf que là, il va voir que prendre YHWH pour ‘ÈLoHîM, ça secoue, non pas les autres — ça c’est tellement facile ! —, mais soi-même ! Et l’enjeu est de taille, puisqu’il s’agit de sortir Ya”aQoV de la jouissance perverse qui le maintient dans son POTENTIEL et qui, s’il refuse d’en sortir pour le déployer dans le RÉEL, ne sera pour lui et sa descendance que son tombeau, c’est-à-dire une promesse de MALÉDICTION et de MORT !
Donc, en réponse au vœu prononcé à BéYT-’ÉL, YHWH se présente au torrent du YaBoQ pour engager une LUTTE initiatique qui va obliger Ya”aQoV à abandonner sa superbe pour enfin sortir de son ToHOu WâVoHOu infernal et passer, AVEC YHWH, de son POTENTIEL au RÉEL, de la MALÉDICTION à la BÉNÉDICTION ; bref : de la MORT à la VIE.
Et c’est d’ailleurs là le sens le plus parlant de la blessure qui va marquer à vie le désormais YiSseRâ‘éL, « Celui qui lutte avec ‘ÈL » : la perte de son prépuce se présente comme la marque charnelle de destitution d’un pouvoir phallique par lequel Ya”aQoV se croyait jusque-là tout-puissant ; réduisant le monde à son petit ToHOu WâVoHOu auquel les autres ne participaient qu’en étant ses faire-valoir, ses esclaves. Ce pouvoir phallique signifie en fait cette tentation que connaît Ya”aQoV de se faire dieu à la place de Dieu ; de jouir de ses rêves infantiles qui virent immanquablement au cauchemar et à la mort pour lui et son entourage. Dès lors, sa circoncision, en décapitant le phallus, rend en fait ce membre viril à sa mission première : l’ENGENDREMENT SPIRITUEL, avant que de n’engendrer que biologiquement ! C’est cet ENGENDREMENT SPIRITUEL qui fait du CORPS de TOUT YiSseRâ‘éL non pas tant un CORPS simplement marqué par une ascendance biologique qu’un CORPS avant tout CHARNEL, marqué par l’ESPRIT qui habite en lui ! On va y revenir.
En attendant, retenons simplement que la CIRCONCISION prend le sens d’une marque précisément CHARNELLE du projet de rétablissement d’un ENTRE-DEUX avec YHWH. Et ça, c’est du SPIRITUEL ! Grâce à ce fameux combat initiatique au cours duquel va être restauré cet ENTRE-DEUX, YiSseRâ‘éL est sommé d’abandonner sa superbe pour s’élancer sur le chemin de la BÉNÉDICTION ; pour passer, au nom de toute sa descendance, du POTENTIEL au RÉEL, de la MORT à la VIE.
Quoi qu’il en soit, à partir de ce moment, plus question de gruger qui que ce soit, à commencer par YHWH ! On est en plein dans la perspective deutéronomiste.
Mais ça n'est pas tout !
Suite à cette nuit d’AGONIE sur les rives du YaBoQ, raconte la TORâH, Ya”aQoV cesse donc de ne vivre que pour lui-même ; il devient YiSseRâ‘éL, le « Lutteur avec ‘ÈL ». Maintenant, une question est inévitable : s’il y a lutte, c’est qu’il y a un adversaire, mais lequel ?
Il s’agit en fait de lutter contre le mauvais penchant de Ya”aQoV ! Contre son YéTsèR HaRa“,יֵצֶר הַרַע qui écoute le serpent dont le propos jouisseur lui susurre de rester prisonnier de lui-même, et d’exalter en lui la vertu de l’individualisme : « ‘ÈLoHîM te dit que si tu ne deviens pas adulte avec Lui, tu mourras ? Mais pas du tout ! Tu ne mourras pas ! ‘ÈLoHîM sait que si tu jouis pour toi-même, si tu reste un enfant-roi, tu seras comme Lui ! » Et là, forcément, ça parle !
Ya”aQoV s’est dit toute la première partie de sa vie : « Pourquoi pas ? » Et c’est là qu’intervient ce fameux combat entre le YéTsèR HaToV, יֵצֶר הַטוב, le Bon Penchant qui refuse d’écouter le serpent ; et le YéTsèR HaRa“, le Mauvais penchant qui jouit d’écouter le serpent lui susurrer ce qu’il a juste envie d’entendre !
Et ce combat est vraiment DUR ! Raison pour laquelle Ya”aQoV a besoin du secours de YHWH qui se présente donc à lui en réponse au vœu de BéYT-‘ÈL, pour lutter AVEC le patriarche, dans un ENTRE-DEUX qui ne se dédiera jamais.
Alors pour en rester à notre problématique, une fois l’AGONIE traversée AVEC YHWH, voilà que YiSseRâ‘éL devient capable, au sens propre, d’ENGENDRER SPIRITUELLEMENT sa descendance. Alors oui, Ya”aQoV avait déjà une fille et presque douze fils ; mais je vous rappelle qu’ENGENDRER est autre chose que “donner naissance”. Le propre du monde biologique est instinctivement de “donner naissance”. Mais dans ce monde, SEUL l’Homme parvenu à maturité est capable d’ENGENDRER, c’est-à-dire de TRANSMETTRE l’élan SPIRITUEL de la VIE qui consiste à passer, génération après génération, du POTENTIEL au RÉEL ! ENGENDRER, pour l’Homme, c’est TRANSMETTRE à sa progéniture la capacité d’opérer à son tour ce passage SPIRITUEL, de génération en génération ; ce qui est évidemment tout autre chose que d’abandonner les commandes au seul instinct animal de survie.
Cette question de TRANSMISSION est absolument essentielle pour la TORâH. Elle fait toucher le cœur de ce que la Bible nomme la SAGESSE, à la source de toute histoire. Et de fait : quand on fait l’expérience d’un tel PASSAGE — qui est de l’ordre de la CONVERSION —, on n’a de cesse que de chercher à le RACONTER, à le TRANSMETTRE ! En espérant que ceux qui écouteront ce récit garderont cette mémoire pour la transmettre à leur tour, comme de vrais DISCIPLES que la SAGESSE désigne comme des « fils » :
« Écoute, mon fils — mon disciple —, l’instruction de ton père et ne rejette pas l’enseignement de ta mère […] Mon fils, si des pécheurs veulent te séduire, ne va pas consentir […] Mon fils, ne fais pas route avec eux… » etc. (Pr 1,8.10.15). En tout ça, c’est d’ENGENDREMENT qu’il est question, ce qui fera dire dans cette ligne à Jésus : « ‘ÂMéN, ‘âMéN, s’il n’est pas engendré d’En-Haut, nul n’a pas la puissance de voir le Règne de Dieu ! » (Jn 3,3). Ce que dit Jésus ici, c’est que son rôle est de permettre à ses disciples d’être, par sa MÉDIATION, ENGENDRÉS par Dieu Lui-même à ce passage de la MORT à la VIE ! Et il ne fait rien d’autre là que de faire advenir la TORâH de son POTENTIEL au RÉEL : « Ne pensez pas que je sois venu démettre la TORâH ou les Prophètes ! Je ne suis pas venu démettre, mais mener à la plénitude — au RÉEL ! —. » (Mt 5,17). On ne peut pas être plus clair !
Quoi qu’il en soit, gardons bien à l’esprit que pour la TORâH, tout — mais alors absolument TOUT — est de l’ordre de l’ENGENDREMENT, de la TRANSMISSION comme cet ÉLAN VITAL, dirait Bergson, qui fait PASSER de la MORT à la VIE, du POTENTIEL au RÉEL. Et comme on vient de le dire, cet enjeu se dévoile être un COMBAT intérieur entre le YéTsèR HaRa“ qui se met à l’écoute du serpent et vise à détacher l’individu de YHWH — ; et le YéTsèR HaToV qui choisit de s’attacher à YHWH comme à la source de toute BÉNÉDICTION.
Ce COMBAT est donc proprement existentiel, et c’est d’AGONIE qu’il est question, c’est-à-dire d’une LUTTE intérieure à mener AVEC YHWH contre, donc, le YéTsèR HaRa“. C’est encore une fois le sens de Dt 30 : « Je donne en face de vous la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie — écoute ton YéTsèR HaToV — afin que tu vives, toi et ta descendance, pour aimer le Seigneur, ton Dieu en écoutant sa voix et en t’attachant à Lui — ah tiens ! —. Oui : c’est Lui ta vie, la longévité de tes jours pour demeurer sur le Sol que le Seigneur a juré à tes pères ‘AVeRâHâM, YiTseRâQ et Ya”aQoV de leur donner. » (Dt 30,9-15.19-20).
Dans le fond, on a ici ni plus ni moins que la trame de ce qu’on appelle avec raison le « combat SPIRITUEL » : s’attacher à YHWH pour abandonner toute trace de superbe, façon Ya”aQoV ; devenir un BeNéY YiSseRâ‘éL et collaborer au mystère de l’ÊTRE divin qui est de part en part un mystère d’ENGENDREMENT SPIRITUEL, un mystère de TRANSMISSION.
Voilà la leçon primordiale qu’à partir du viie siècle avant J.-C., les scribes mettent en récit avec l’histoire de Ya”aQoV/YiSseRâ‘éL. C’est à partir de lui que TOUTES les FIGURES de l’histoire biblique, sans exception, seront dès lors INTERPRÉTÉES, depuis le Premier ‘ÂDâM jusqu’au Dernier ‘ÂDâM ; depuis le COMMENCEMENT de la CRÉATION jusqu’au Christ Jésus. Et c’est la TRANSMISSION de cette histoire qui ENGENDRE le PEUPLE de TOUT YiSseRâ‘éL, de génération en génération, comme un CORPS SPIRITUELLEMENT UN, ‘èH.âD, icône de ‘ÈLoHîM dans la CRÉATION ; c’est la TRANSMISSION de cette histoire qui fait que chaque DISCIPLE de YiSseRâ‘éL se ressent être son FILS, à savoir un membre CHARNELLEMENT relié au patriarche comme le CORPS à la TÊTE, et par elle, à YHWH.
À partir de là, chacun de ces membres sait qu’appartenir à ce CORPS, c’est consentir à poursuivre au nom de TOUT YiSseRâ‘éL l’AGONIE qui a permis au patriarche de passer le premier de la MORT à la VIE, du POTENTIEL au RÉEL ! Et c’est cette mémoire de l’AGONIE initiatique sur les rives du YaBoQ qui confère au patriarche son rôle de MÉDIATEUR entre YHWH et son PEUPLE !
Il faudra qu’on s’arrête sur ce point essentiel, mais si vous le voulez bien, ce sera pour la prochaine fois.
Je vous remercie.
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