15-03-2026

[Dt] SheMiTTâH et réalité

Deuteronomy 15:9-11 par : Père Alain Dumont
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La SheMiTTâH est une très noble institution, mais elle se heurte de plein fouet au principe de réalité ! Que faire quand on prête de l’argent la 6e année, quand on sait que l’année d’après, il faudra faire rémission de la dette ? Est-ce juste ?
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous poursuivons notre décryptage du ch. 15 du Dt qui aborde, on se souvient, la question de l’ordonnance de la SheMiTTâH, la RÉMISSION générale des dettes à mettre en œuvre tous les sept ans. On a tenté d’entrevoir quelques-unes des conséquences de cette ordonnance sur l’émergence de TOUT YiSseRâ‘éL comme le « PEUPLE NOUVEAU » des Fils de YHWH.

Alors en son principe, cette RÉMISSION ne manque pas de noblesse. Il n’en reste pas moins qu’en réalité, son application est moins simple qu’il n’y paraît.

1. La SheMiTTâH face au principe de réalité

À partir du v. 9, le texte s’attaque aux problèmes générés par l’application de la SheMiTTâH. Parce que ok : dans son principe, la SheMiTTâH est magnifique — qui serait contre intellectuellement parlant ? —, mais concrètement : « Que faire si mon frère dans la nécessité se trouve dans l’obligation de me vendre tout ou partie de ses biens, que je les lui achète en gage et qu’on est dans la 6e année du cycle de la SheMiTTâH ? Devrais-je abandonner la dette la 7e année ? »

Ce n’est ni plus ni moins qu’une question de JUSTICE, et le texte ne la biaise pas. Et là, comme toujours, la réponse va SECOUER, signe, s’il en faut, qu’elle est INSPIRÉE.

Le v. 10 sonne comme un coup de poing sur la table : c’est l’ALLIANCE, ce sont les H.ouQOT de YHWH — ses ordonnances — qui apportent la BÉNÉDICTION, et non pas tes combines ! Donc : « Pour donner, donne ! » (Dt 15,10).

On a déjà vu ce genre de formulation : en hébreu biblique, ce redoublement de la forme verbale traduit un impératif absolu : c’est une véritable sentence, de la même manière que YHWH dit à ‘ÂDâM à propos de l’arbre de la connaissance du bien et du mal : « N’en mange pas, car du jour où tu en manges, pour mourir, tu meurs ! » (Gn 2,17). Sans appel ! Donc « Pour donner, donne ! — c’est-à-dire ici fais RÉMISSION aux Nécessiteux — Et sans mauvais cœur en lui donnant ! Oui : à cause de cette parole, YHWH, ton ‘ÈLoHîM, te bénira dans tout ton ouvrage et dans toute tâche de ta main. » (Dt 15,10).

Là, l’ordonnance touche une question qui nous tracasse tous, à savoir le rapport entre la justice INDIVIDUELLE et la JUSTICE TRANSCENDANTE :

1. la JUSTICE INDIVIDUELLE est celle qu’on se rend à soi-même quand survient un événement qu’on trouve “juste” ou “in-juste” vis-à-vis de soi ; et de fait : prêter à un nécessiteux en sachant que dès l’année suivante, l’institution interdira au créditeur de revoir la couleur de cet argent, économiquement parlant vis-à-vis de ce dernier, c’est in-juste !

2. la JUSTICE TRANSCENDANTE en revanche, est celle qui dépasse les individus, qui les “transcende” en les mettant tous à la même enseigne. C’est la justice qui, à travers la promulgation de lois communes, autorise la possibilité d’existence d’un peuple… Sans justice transcendante, aucun peuple ne subsiste.

Pour reprendre une formule de Raphaël Draï, la question de la justice transcendante articule le “TIEN”, le “MIEN”, le “LIEN” — l’ENTRE-DEUX — et le “BIEN”. Le TIEN, le MIEN, le LIEN et le BIEN constituent pour lui les quatre pôles qui permettent à une société de tendre vers ce qui est JUSTE. C’est assez bien vu.

Or ce que travaille le Deutéronome ici, c’est précisément la PRIMAUTÉ DU LIEN, la primauté de l’ENTRE-DEUX, de l’ALLIANCE comme le socle indispensable à la justice transcendante. Une justice qui travaille les individus de l’intérieur pour qu’ils s’ouvrent au BIEN qui leur est COMMUN, quand bien même ce BIEN COMMUN impose un « sacrifice » de leur part. Donc c’est compliqué !

Et là, la TORâH ne se paye pas de mots : « Obéis à la volonté de YHWH, quand bien même, SUR LE COUP, de TON point de vue individuel, la norme est injuste. APRÈS COUP, en prenant appui sur le CORPS auquel tu appartiens et par qui tu reçois l’HÉRITAGE de tes pères, tu interpréteras cette secousse à la lumière de YHWH et tu verras que ça VALAIT LE COUP pour LES TIENS, pour TOUT YiSseRâ‘éL ; pour les générations passées que tu honores et les générations à venir pour qui tu gardes ouvert le chemin de la BÉNÉDICTION.

Tu découvriras la puissance de la BÉNÉDICTION du CORPS ENTIER qui rejaillira sur toi et les tiens, là où ton seul point de vue individualiste, centré sur toi en priorité, entraîne ce CORPS ENTIER sur le chemin de la MALÉDICTION et de la mort.

Pourquoi ? Parce que pour te faire justice à toi-même, tu récuses la priorité de la loi transcendante de YHWH chargée de cadrer le rapport entre le “TIEN”, le “MIEN”, le “LIEN” et le “BIEN” ; tu préfères que s’impose à tous TA loi autocentrée sur le “MIEN”, le “MIEN”, le “MIEN” et le “MIEN”. Bref : tu voudrais que TA loi soit transcendante ! Tu voudrais te faire dieu à la place de Dieu… éternelle ritournelle du pécheur.

Le Christ ne fait pas exception. En sa Passion, Il s’inscrit dans ce difficile ENTRE-DEUX de la JUSTICE INDIVIDUELLE et de la JUSTICE TRANSCENDANTE :
> SUR LE COUP, bien que d’après Dt 13, d’après la JUSTICE TRANSCENDANTE de la TORâH, la situation de Jésus relève de l’APOSTAT, individuellement parlant, la condamnation de Jésus est injuste ; d’où la légitimité de sa prière : « Père, que cette coupe s’éloigne de moi ! » (Mt 26,39a)
> Mais voilà qu’APRÈS COUP, à la lumière de la TORâH et du projet de salut attaché à sa mission messianique, Jésus consent à faire de son sacrifice une SheMiTTâH, une RÉMISSION des péchés en vue de la BÉNÉDICTION de la multitude : « Père, non pas ma volonté, mais la tienne ! » (Mt 26,39b)
> Au final, ayant traversé sa Pâque, sa Résurrection manifeste que ‘ÈLoHîM agrée cette SheMiTTâH, de sorte que LA BÉNÉDICTION déborde sur le CORPS MYSTIQUE dont Il est la tête ; déborde sur ce CORPS de TOUT YiSseRâ‘éL qui devient l’ÉGLISE nourrie de l’Eucharistie de son Christ.

Mais pour en rester à l’Ancien Testament, rappelons-nous que dès le viiie siècle, les prophètes n’ont eu de cesse que d’appeler à la JUSTICE selon YHWH ! Là, on pense encore à YeSha“eYâHOu : « Voici le jeûne que J’agrée — oracle de YHWH : ouvrir les chaînes du crime, délier les liens de l’entrave, renvoyer libres les maltraités, que vous pulvérisiez chaque entrave ! » (Is 58,6). Or qu’est-ce que cet oracle prophétique, sinon la proclamation d’une RÉMISSION ?

C’est ce genre d’appel prophétique à la JUSTICE TRANSCENDANTE au nom de YHWH qui va rendre les scribes en Exil à Babylone attentifs aux lois de RÉMISSION mésopotamiennes ; des lois qu’ils vont transcrire dans la TORâH comme des prescriptions de YHWH pour leur donner une chance d’être observées au même titre qu’elles ont pu l’être un millénaire auparavant. Là où il faut bien admettre que la prédication prophétique est restée lettre morte, faire proclamer par Moïse à TOUT YiSseRâ‘éL la RITUALISATION de la RÉMISSION manifestera à quel point le peuple des Fils de YHWH est un peuple de JUSTES ne formant qu’un seul CORPS !

Et là comprenons bien : il ne s’agit pas seulement d’un défi social : il s’agit de l’ÊTRE même de TOUT YiSseRâ‘éL, de son ÂME investie charnellement de la JUSTICE TRANSCENDANTE de YHWH, son ‘ÈLoHîM. L’ordonnance de la SheMiTTâH est à ce point importante qu’elle devient pour les scribes deutéronomistes le critère premier de discernement entre le chemin de la BÉNÉDICTION et celui de la MALÉDICTION !

Dit autrement : à quoi voit-on que tu es un digne Fils de YHWH ? Pas au nombre de sacrifices que tu offres dans le Temple ; pas à la quantité des prières que tu récites, mais à ta capacité d’obéir à YHWH dans un ordre on ne peut plus concret qui s’oppose au despotisme de l’argent-roi ! Si tu es en capacité d’obéir, c’est-à-dire si tu es libre vis-à-vis de l’argent-roi coercitif, alors ce sera le signe que tu marches sur le chemin de la BÉNÉDICTION ! Sinon, le seul fait que tu fermes ta main aux NÉCESSITEUX alors même que tout le CORPS des Fils de YHWH se trouve intimé de faire RÉMISSION ; ce seul fait est pour toi le signe que tu marches sur le chemin de la MALÉDICTION !

Dit encore autrement : ce n’est pas parce que vous êtes formellement devenu un PEUPLE que vous pouvez vous permettre d’oublier qui vous êtes charnellement : « Vous êtes des fils pour YHWH. » (Dt 14,1). C’est parce que vous êtes par essence des FILS que vous existez comme un CORPS qui reçoit sa vie de YHWH votre Père. Renoncez donc à la tentation de ne vouloir exister que par vous-mêmes et pour vous-mêmes. Consentez à n’exister que par et pour un autre que vous-mêmes ; et vous goûterez dès lors aux fruits de la BÉNÉDICTION. À savoir la véritable LIBERTÉ, libre des mensonges de l’argent diviseur.

Seulement voilà, vous voulez être comme les nations ! Vous rêvez de puissance et d’enrichissement personnel… et vous voulez pour cela vous affranchir de cette paternité transcendante, ne plus être des Fils de YHWH ! Alors tout le CORPS se disloque et vous n’êtes plus rien : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5) dira Jésus à propos de son Église, dans une fidélité sans faille à la TORâH de Moïse.

Toujours est-il que pour les scribes, cette dislocation du CORPS a été révélée par les invasions successives : les rois des Royaumes du Nord comme du Sud ayant méprisé l’Alliance avec YHWH, TOUT YiSseRâ‘éL s’est fait avaler et disloquer : l’Assyrie d’abord, Babylone ensuite, puis la Perse…

Dit autrement : « C’est précisément parce que vous avez agi comme les nations, en préférant vos petits enrichissements individuels à la JUSTICE transcendante de YHWH, que vous avez entraîné le CORPS de TOUT YiSseRâ‘éL dans l’IN-JUSTICE aux yeux de YHWH ; une injustice qui se mesure à l’OUBLI DES NÉCESSITEUX en votre sein. » On est là ni plus ni moins qu’à la source de la parabole de Jésus sur le Riche et Lazare ; ce qui montre une fois encore que le Christ ne puise son inspiration nulle part ailleurs que dans la TORâH Écrite.

En fait observons bien ce qui se passe, parce que c’est de SALUT qu’il est question : oui, la justice individuelle est SECOUÉE par la TORâH, mais c’est pour être DÉPLACÉE — ou plus exactement REPLACÉE sur le chemin de la BÉNÉDICTION dont elle se détourne plus souvent qu’à son tour. Grâce à cette SECOUSSE à laquelle préside YHWH, le pécheur est rétabli par YHWH dans la trajectoire du Salut. Il découvre chaque fois un peu plus intérieurement à quel point le CORPS auquel il appartient reste pour lui son point d’appui majeur en termes de SALUT. C’est cet attachement au CORPS qui lui permettra, dans l’ENTRE-DEUX avec ses frères, de toujours savoir traverser les pires injustices, de passer de la MORT programmée à la VIE victorieuse ; bref, de marcher sur le chemin de la BÉNÉDICTION et se découvrir JUSTE aux yeux de YHWH.

Un JUSTE désormais capable de DONNER SA VIE POUR le CORPS, au nom de YHWH. De sorte que, du cœur de cette BÉNÉDICTION, TOUT YiSseRâ‘éL peut bien être submergé par les ténèbres des invasions ; ses membres pourront bien être dispersés au milieu des nations, le JUSTE sait que jamais YHWH ne se désistera : Il restera le point d’appui, la ressource de TOUT YiSseRâ‘éL pour traverser l’épreuve et demeurer VIVANT à la face des nations sourdes et prétentieuses. Les Psaumes répètent à l’envi cette conviction.

Alors donc : ne va pas faire valoir ta propre justice, autocentrée et peccamineuse, en refusant de prêter à ton frère NÉCESSITEUX sous le prétexte fallacieux qu’on en est rendu à la sixième année du cycle de la SheMiTTâH ! Car la SheMiTTâH est une ordonnance de YHWH pour TOUT YiSseRâ‘éL, pour tout le CORPS dont l’objectif est de maintenir ouvert le chemin de la BÉNÉDICTION de YHWH !

Oui, ça SECOUE parce que ça oblige littéralement à lâcher prise ! Du point de vue de YHWH, la SheMiTTâH est JUSTE, et la question de YHWH au Fils d’YiSseRâ‘éL qui ferme sa main en raidissant son cœur n’est autre que celle du Maître de la vigne à l’ouvrier de la première heure qui rechigne quand il voit ceux de la dernière heure recevoir autant que lui : « Ton œil est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » (Mt 20,15).

Et donc le v. 9 de dire en ce sens : « Pour donner, tu lui donneras, et sans avoir mauvais cœur en lui donnant ! — et la suite est importante : — oui : à cause de cette parole, YHWH, ton ‘ÈLoHîM te bénira en toute œuvre et en tout ce que tu mettras [en œuvre] de ta main. — entendons : ton rapport aux NÉCESSITEUX est la jauge de ta qualité de Fils de YHWH. Si tu travailles à ce qu’il n’y ait pas de NÉCESSITEUX au sein de ton peuple, alors tu seras un vrai Fils de YHWH parce que tu auras compris que le corps prime avant tout confort individuel.

Cette appartenance primera sur la tentation de te considérer comme ton propre justicier. Et dans la puissance du CORPS de ton peuple, par lui, avec lui et en lui, tu sauras vaincre les plus grandes frustrations que génère en toi l’amour de l’argent-roi. Ce que la TORâH orale de Jésus reprendra de manière tranchante : « Nul n’a la puissance de s’asservir à deux ‘ADôN — à deux maîtres — : où bien en effet il haïra l’un et servira le second ; ou bien il sera rivé à l’un et méprisera le second. Vous n’avez pas la puissance pas vous asservir à ‘ÈLoHîM et à MaMMôN — à l’argent-roi—. » (Mt 6,24).

Maintenant, que voulait dire précisément le v. 4 : « Il n’y aura pas chez toi de nécessiteux ! ». Ça veut dire : « Fais en sorte qu’il n’y ait pas de nécessiteux en TOUT YiSseRâ‘éL ! ».  Sur quoi le v. 11 pose néanmoins un bémol : en fait, il est bien entendu inévitable qu’il y ait sur le Sol des frères dans l’indigence !

Et là, c’est la TORâH Orale de Jésus qui offre la clef d’interprétation à propos des NÉCESSITEUX spirituels, pourrait-on dire, à savoir ceux qui trébuchent face aux pièges des tentations qui leur sont tendus. Écoutons bien qui Jésus incrimine : « Il est inévitable qu’adviennent les occasions de chute, mais hélas pour ceux par qui elles adviennent !  » (Lc 17,1). Autrement dit : il y aura toujours des gens qui tombent ; mais pour ce qui te revient, fais en sorte de ne pas être celui qui a provoqué leur chute ! « Il serait meilleur pour lui de se voir passer une pierre de meule autour du cou et d’être jeté à la mer que de faire trébucher un seul de ces petits — de ces NÉCESSITEUX —. Défiez-vous de vous-mêmes ! » (Lc 17,2). Au moins, c’est clair !

C’est la dynamique même de nos versets : il est inévitable qu’il y ait des NÉCESSITEUX parmi le peuple, c’est entendu. Mais pour ce qui te revient, fais en sorte qu’ils ne le deviennent ni ne le restent par toi ! Donc : « Pour ouvrir, ouvre ta main vers ton frère, ton nécessiteux, ton pauvre sur ton Sol — c’est-à-dire le petit qui appartient au CORPS de TOUT YiSseRâ‘éL — ! » (Dt 15,11) ; alors — et c’est ce qui est vraiment essentiel pour YHWH — ton acte rejaillira sur l’ensemble du CORPS de TOUT YiSseRâ‘éL qui se maintiendra sur le chemin de la BÉNÉDICTION !

La visée n’est donc pas d’abord la justice sociale pour elle-même, on l’a dit, mais le SALUT ; et le SALUT de TOUT YiSseRâ‘éL, toutes générations confondues. Il ne s’agit même pas de « faire l’aumône » ; il s’agit, tous les sept ans, de faire RÉMISSION tous ensemble, RITUELLEMENT, comme un seul CORPS, de TOUTES les DETTES, de sorte que les NÉCESSITEUX, c’est-à-dire ceux qui croulent sous la dette jusqu’à même devoir se vendre comme esclaves, on va le voir ; il s’agit que ces petits du peuple soient libérés du joug de l’argent-roi.

Et pour ça, c’est donc TOUT LE CORPS qui, pour ainsi dire, se « réinitialise » pour repartir sur de bonnes bases. Encore une fois, c’est TOUT LE CORPS qui fait RÉMISSION, qui sait entraîner ses membres à faire RÉMISSION de concert, ce qui est infiniment plus puissant que si on devait attendre que chacun le fasse de son côté, par « grandeur d’âme », par « magnanimité » ; ce qui, sauf exception, n’arrive jamais. C’est ce qu’on pourrait appeler le « cercle vertueux » du CORPS irrigué par l’ESPRIT de YHWH.

Ceci dit, concrètement, on n’a aucune trace que la SheMiTTâH ait été appliquée dans l’histoire biblique, ce qui est normal si on se souvient que cette ordonnance était inconnue jusqu’au vie siècle. Si elle avait véritablement été édictée par Moïse ; autrement dit si la TORâH existait sur le mode des livres que nous connaissons aujourd’hui dès le xe siècle, on aurait dû avoir des marques royales de proclamation de la SheMiTTâH tous les sept ans, ne serait-ce que pendant le règne de DâWiD, de H.iZeQiYYâHOu ou de Yo’ShiYYâHOu… Or rien de rien !

Quant à la seconde moitié du premier millénaire avant J.-C., quand bien même la TORâH est adoptée par les élites Juives et par le peuple à sa suite, plus aucun dirigeant Juif n’a la main pour appliquer une SheMiTTâH sur TOUT YiSseRâ‘éL de sa propre initiative ! Alors oui : NeH.èMeYâH en édicte une à sa manière, mais quant à l’instituer comme une pratique récurrente, c’est autre chose !

Ultérieurement, suite à la domination Perse, quand le jeune Alexandre le Grand fond comme un fou furieux sur tout le Moyen-Orient, suivi de la scission entre les Lagides qui gouvernent l’Égypte et les Séleucides qui prennent en main la Mésopotamie ; quand Antiochus Épiphane décide d’éradiquer toutes les religions de l’Empire pour le mettre sous la tutelle exclusive de Zeus ;

Quand les Hasmonéens prennent le pouvoir en 164 avt J.-C. et que les Romains arrivent à leur tour en l’an 63 avt J.-C. ; ces mêmes Romains par qui, à peine plus d’un siècle plus tard, le Temple de YeROuShâLaYiM sera rasé et le peuple Juif dispersé aux quatre coins du monde connu de l’Antiquité… Difficile au milieu de tout ça de trouver un espace d’application pour une SheMiTTâH, toute transcendante que soit cette ordonnance de JUSTICE !

Reste néanmoins que l’idée est lancée, et ce sera au Christ Jésus de la reprendre dans sa TORâH orale pour la faire passer du POTENTIEL au RÉEL ; de manière inattendue, divine, mais au combien PARLANTE, et VIVANTE ! On l’a dit : cette ordonnance est utopique et impossible à envisager comme telle humainement parlant.

Mais voilà : la TORâH affirme dès ses premiers récits que ce qui est impossible aux hommes n’est pas impossible pour YHWH. Rappelons-nous la réponse de YHWH quand SâRâH, la femme de ‘AVeRâHâM, rit à l’annonce de la prochaine naissance de YiTseRâQ : « Y a-t-il une chose impossible pour YHWH ? » (Gn 18,14 ; d’après la trad. gr. des lxx) ; ce que Jésus reprendra dans sa TORâH Orale précisément à propos de l’argent-roi qui pervertit les hommes jusqu’à les rendre sourds aux appels des NÉCESSITEUX de leur propre peuple :

« Jésus parla ainsi à ses disciples : “Amen, Je vous le dis : un riche entrera difficilement jusque dans le Règne des Cieux. À nouveau, Je vous parle ainsi : il est plus facile à un chameau de traverser un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Règne des Cieux.” Ayant entendu, les disciples étaient stupéfaits, parlant ainsi : “Qui donc a la puissance d’être sauvé ?” Jésus, fixant en eux son regard, leur a parlé ainsi : “Pour les hommes, cela ne relève pas du possible ; mais pour ‘ÈLoHîM, tout est possible.” » (Mt 19,23-26).

Ainsi : la SheMiTTâH est donc bel et bien un H.oQ, une ordonnance divine posée dans la TORâH de Moïse parce qu’elle fait partie du dessein divin dès le commencement pour désarmer l’argent-roi ; sachant néanmoins que, face à l’impossibilité humaine de renoncer aux paillettes de la richesse, seul ‘ÈLoHîM pourra lui donner force de loi, en Christ, le Verbe fait CHAIR qui livrera GRATUITEMENT sa vie pour le salut du monde. Alors seulement se révèlera toute la pertinence de la SheMiTTâH en vue du Salut pour les NÉCESSITEUX que sont les pécheurs, de quelque nation que ce soit. Donc, in fine, pour la multitude des hommes.

À partir du v. 12, le texte aborde un autre point sensible : celui du servage ; en particulier le servage d’un membre du peuple de TOUT YiSseRâ‘éL auprès d’un de ses frères. Mais ça demande un traitement à part entière qu’on verra la prochaine fois.

Je vous remercie.

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