03-04-2026

[Dt] Mais qui est donc « JE SUIS » ?

Deuteronomy 16:1-2 par : Père Alain Dumont
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• Qui est « JE SUIS » ? 

• Comment ce Nom appelle-t-il à la LIBERTÉ ?

• Comment ce Nom révèle-t-Il que YHWH n’est qu’AMOUR ?
• Notes et documents
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous avons réfléchi dans la dernière vidéo sur la portée  céleste du NOM, Y - H - W - H, mais il reste encore à nous laisser illuminer par la profondeur du mystère auquel nous ouvre ce NOM, gratuitement, juste pour la grandeur et la beauté infinie de la VIE qu’Il ne cesse d’engendrer.

4. « L’Existence est la manifestation de l’ÊTRE. »

Puisque le v. 1 du ch. 16 du Deutéronome évoque la sortie de MiTseRaYîM comme l’œuvre de YHWH, revenons à la révélation de ce NOM dans le récit du Buisson ardent, au ch. 3 du livre de l’Exode : « Moïse dit à ‘ÈLoHîM : “Voici que moi, je vais vers les Fils de YiSseRâ‘éL et je leur dis : ‘Le ‘ÈLoHîM de vos pères m’a envoyé vers vous !’
S’ils me disent : ‘Quel est Son nom ?’, que leur dirai-je ?” ‘ÈLoHîM dit à Moïse : ‘ÈHeYèH ‘aShèR ÈHeYèH , Je suis qui Je suis. Il dit : “Tu parleras ainsi aux Fils de YiSseRâ‘éL : ‘ÈHeYèH Je suis — m’a envoyé vers vous ! […] YHWH, le ‘ÈLoHîM de vos pères, le ‘ÈLoHîM de ‘AVeRâHâM, le ‘ÈLoHîM de YiTseRâQ et le ‘ÈLoHîM de Ya”aQoV m’a envoyé vers vous ; tel est Mon NOM à jamais, Mon mémorial de génération en génération ! » (Ex 3,13-15)
. C’est-à-dire le NOM, YHWH, par lequel vous ferez mémoire de Moi, par lequel vous M’invoquerez.

Ce qui est remarquable, c’est que le NOM qui se révèle ainsi à Moïse est d’emblée associé à l’ÊTRE. Alors ne fuyons pas cette affirmation sous prétexte que ce serait de la philosophie ou que ce serait trop compliqué ! Si la TORâH n’a pas peur d’inscrire ce NOM mystérieux dans son récit, c’est que quelque chose s’y dévoile à laquelle tout le monde peut s’abreuver ! Ce n’est pas parce que c’est mystérieux que c’est inaccessible, au contraire. Gabiel Marcel, un grand philosophe de la première moitié du xxe siècle disait : « Le Mystère n’est pas ce que je ne peux pas comprendre. Le Mystère est ce que je n’ai jamais fini de comprendre. » Donc posons nous sans crainte la question : qu’est-ce que l’ÊTRE ?

L’ÊTRE n’est pas l’existence, mais ce qui rend POSSIBLE l’existence. Comme disait Maïmonide au xiiie siècle : « L’existence est la manifestation de l’Être. » Non que pour exister, il faille “d’abord” ÊTRE — ce n’est pas une question de chronologie —, mais par elle-même, l’existence n’a aucun canevas sur lequel se tisser.

Le canevas de l’existence — la vôtre, la mienne, celle de l’univers et de tout ce qui existe, visible ou invisible, bons ou mauvais, c’est l’ÊTRE. Même Satan n’a pas d’existence en dehors de l’ÊTRE ! Raison pour laquelle la foi judéo-chrétienne n’est pas un manichéisme : il n’y a pas un principe du bien opposé à un principe du mal qui coexisteraient de toute éternité. Il n’y a que l’ÊTRE au commencement de tout, comme CAUSE première, ou si on préfère comme CRÉATEUR de tout ce qui existe : « Au commencement, ‘ÈLoHîM crée. » (Gn 1,1).

Par conséquent, il ne faut pas imaginer l’ÊTRE comme une entité singulière, façon Zeus ou Ahura Mazda… L’ÊTRE n’existe que de faire exister ! Il n’A rien ; Il n’a pas de CORPS et n’a pas prise extérieurement sur les CORPS matériels auxquels il donne pourtant d’exister ! L’ÊTRE n’a de prise que sur la dimension INTÉRIEURE des CORPS matériels, ce qu’on appelle la CHAIR.

La TORâH parle de l’ÊTRE comme d’un SOUFFLE ; le philosophe Henri Bergson, dans son maître-ouvrage L’évolution Créatrice, en parle comme d’un ÉLAN VITAL : l’ÊTRE n’est qu’un ÉLAN INTÉRIEUR DE VIE, un SOUFFLE qui ne se donne pas d’abord à voir mais à ENTENDRE, ce qu’on appelle le VERBE de ‘ÈLoHîM ! « Au commencement, ‘ÈLoHîM crée les ciels et le sol. Et le sol est ToHOu WâVoHOu — mutique et sans vie —, une ténèbre est sur les faces de l’Abyme, et le Souffle de ‘ÈLoHîM plane sur les faces les eaux. Et ‘ÈLoHîM dit — voilà le VERBE — : “Soit la Lumière” ! Et la Lumière EST. » (Gn 1,1-3).

Dès lors, pour entendre le VERBE porté par ce Souffle divin, pas d’autre moyen que de PLONGER à l’INTÉRIEUR de soi ; et c’est, dans toute la CRÉATION, le propre de ‘ÂDâM, le seul à être créé à la ressemblance de l’ÊTRE, avec une capacité d’accéder à l’INTÉRIEUR de soi ! Nulle autre créature, de quelque règne que ce soit — minéral, végétal ou animal — n’a cette capacité de plonger à l’INTÉRIEUR de soi pour s’ouvrir à une communion avec L’ÊTRE dont le SOUFFLE se donne à ÉCOUTER. Là, on touche au mystère de la TRINITÉ de l’ÊTRE.

Il ne s’agit pas d’un éveil à une connaissance ésotérique. Lorsque ‘ÂDâM s’ouvre au SOUFFLE divin, dit la Bible, il le recueille non pas tant dans son cœur que DANS SA CHAIR. La CHAIR est cette dimension INTÉRIEURE, INVISIBLE, SPIRITUELLE, du CORPS VISIBLE, du CORPS matériel de ‘ÂDâM.

Et de ce fait, ‘ÂDâM est vraiment créé MÉDIATEUR entre l’ÊTRE et la CRÉATION : il est la seule créature en qui l’ÊTRE suscite intérieurement une PAROLE grâce à laquelle toute la CRÉATION se trouve appelée à se déployer à l’infini. Du cœur de sa communion charnelle, intérieure avec l’ÊTRE, ‘ÂDâM seul a la capacité de faire passer la CRÉATION tout entière du POTENTIEL inscrit en elle par ‘ÈLoHîM, au RÉEL merveilleux auquel elle est promise dès le commencement.

Cette dimension SPIRITUELLE, CHARNELLE, est essentielle au CORPS matériel de ‘ÂDâM — au sens fort du terme : elle fait partie de son essence d’homme — ! Au point que sans cette dimension CHARNELLE, le CORPS humain est réduit à ses instincts animaux qui, chez lui, sont proches du néant. Ce qui veut dire que sans sa dimension charnelle, ‘ÂDâM n’est qu’un ToHOu WâVoHOu.

Donc : Premier postulat : il y a de l’ÊTRE à la trame de tout ce qui existe, et il n’est pas irrationnel de poser comme principe qu’au fondement de tout, « l’ÊTRE est ». Je ne le vois pas, mais tout ce qui EXISTE me PARLE de Lui et s’offre à contempler comme la MANIFESTATION créée de L’ÊTRE INCRÉÉ.

À partir de là, la TORâH dévoile un mystère insondable : cet ÊTRE PARLANT, VIVANT ; cet ÉLAN VITAL au COMMENCEMENT de tout ce qui existe ; cet ÊTRE n’est pas “quelque chose”, mais QUELQU’UN. Non pas un fantasme humain de toute-puissance projetée dans un monde pseudo-céleste, mais un ÊTRE qui, nous dit la TORâH, se révèle dans l’expérience du Buisson Ardent au moment où, en Moïse, jaillit cette parole : « ÈHeYèH — JE SUIS ! » ! Et c’est une BOMBE !

5. JE SUIS 

Entendons bien ce qui est révélé au Buisson-Ardent : Moïse n’entend pas « Je suis ‘ÈLoHîM ! » Il entend juste : « JE SUIS ! ». Si YHWH avait dit : « Je suis ‘ÈLoHîM ! » — ou un ‘ÈL quelconque — Il se serait désigné OBJECTIVEMENT comme un “dieu”, ou plutôt comme un démiurge qui se pose face à son peuple comme une divinité à adorer ; un OBJET BON vers lequel pourrait se porter la volonté de tout un chacun… Ça, n’importe quelle idole peut le dire ; n’importe quel petit chef peut dire à son subordonné : « Je suis ton supérieur ! », ce qui ne lui laisse pas d’autre option que la soumission, façon Coran…

Autrement dit : si YHWH avait dit : « Je suis ‘ÈLoHîM ! », la position d’en face, celle de Moïse et de TOUT YiSseRâ‘éL, ne souffrait aucune alternative : « Tu es ‘ÈLoHîM en face de moi, donc moi, je ne suis qu’une créature en face de Toi ! » ; ce qui n’est pas faux au demeurant, mais qui enferme l’À-VENIR : rien de TOUT AUTRE n’aurait dès lors la possibilité de faire bouger les lignes intérieures. Aucune médiation ne serait plus possible parce qu’aucune COMMUNION avec l’ÊTRE ne serait plus concevable.

Un tel positionnement de soumission n’a rien de divin. Il n’est que trop humain ! Il est idolâtre ! ‘ÈLoHîM devient un OBJET de vénération parmi d’autres, EXTÉRIEUR, avec qui le rapport n’est que contractuel, fonctionnel, à la mesure étriquée de toutes les “croyances” humaines.

Or précisément : échappant à toute emprise fantasmatique, YHWH dit juste : « JE SUIS ! » ; un NOM qu’Il renforce grammaticalement par un duel : « Je suis qui Je suis ! », ce qui lui donne une saveur d’absolu en hébreu biblique. Comme si YHWH insistait : « Pour être, JE SUIS ! », par quoi Moïse se trouve SECOUÉ ! OBLIGÉ à se positionner à son tour :  « Qui suis-je pour que l’ÊTRE se révèle ainsi à moi ? » Autrement dit : « Dans l’ENTRE-DEUX inattendu que l’ÊTRE inaugure avec moi, qui suis-je ? » Et voilà Moïse convoqué, non à la soumission, mais à la LIBERTÉ ! Là-même où ‘ÂDâM, raconte le mythe de la Création en Gn 3 ; là-même où ‘ÂDâM répond à l’appel divin par un désaveu, Moïse, lui, répond : « Me voici » :

« La MèMeRaH de YHWH — là je transcris la traduction araméenne du Targum qui était la version entendue par tous à l’époque de Jésus — ; le VERBE de YHWH, donc — se fit voir dans une flamme de feu, du milieu du buisson. Moïse vit, et voici : le buisson brûlé par le feu n’était pas mangé. Moïse dit : “Je vais me détourner pour voir cette grande vision ; pourquoi le buisson ne brûle pas.”
YHWH vit qu’il s’était détourné pour voir.
‘ÈLoHîM l’appela du milieu du buisson.
Il dit : “Moïse, Moïse !”
Il dit : “Me voici.” » (Ex 3,2-4)
.

Dès lors, YHWH n’est plus un “OBJET” de vénération : il est un SUJET qui appelle — ce qui est la définition même du SUJET. Un SUJET qui AIME en premier : « Si YHWH s’est épris de vous et vous a élus, ce n’est pas que vous soyez nombreux parmi tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples ! Oui : fort de l’amour de YHWH pour vous ; et fort du serment prêté à vos pères, YHWH vous a fait sortir à main forte. Il t’a racheté de la Maison des serfs, de la main de PaRe“oH, roi de MiTseRaYîM. » (Dt 7,7-8).

Peut-être serait-il éclairant de nous attarder un peu sur cette question de l’ÊTRE qui « aime »…

6. L’AMOUR comme manifestation de l’ÊTRE

Le terme hébreu “amour” en Dt 7 est  : ‘aHaVâH, אַהֲבָה. Il sera traduit dans le grec des LXX — environ 200 ans avt J.-C. — par : agapè, ἀγάπη, qui deviendra LE terme clef de la TORâH Orale de Jésus ; celui-là même que saint Jean, s’inspirant de Dt 7, reprend dans sa première lettre  : « Nous-mêmes, nous aimons-d’agapè parce que ‘ÈLoHîM, en premier, nous a aimés-d’agapè. » (1Jn 4,19).

L’AMOUR dont il est question ici ne relève pas d’un sentiment ; il ne s’agit pas d’une affaire de béguin comme on en trouve dans la mythologie grecque antique ; encore moins d’être amoureux, n’en déplaise au vieux Gérard Lenormand… Cet AMOUR EST L’ÊTRE même ; il est la TRAME de toute EXISTENCE. Cet AMOUR ne vise pas à se satisfaire mais, comme SOUFFLE VITAL, il vise à SUSCITER, à TRANSMETTRE, à sans cesse ENGENDRER la VIE INTÉRIEURE dans toute la CRÉATION pour la faire incessamment passer du ToHOu WâVoHOu à la VIE,  du POTENTIEL au RÉEL.

Mais « Comment cela peut-il se faire », pour reprendre la question de la jeune Marie à l’ange GaVeRî‘éL ? Comment l’ÊTRE qui n’a pas de prise sur la matérialité de la Création peut-il lui faire emprunter ce chemin du POTENTIEL au RÉEL ? Il faut, nous dit la TORâH, qu’un être CRÉÉ soit en capacité de déceler, d’entendre intérieurement la VOIX de l’ÊTRE et consente à s’y accorder pour la mettre en œuvre et vivifier ainsi toute la CRÉATION : telle est la vocation de ‘ÂDâM, créé en vue de ce consentement, donc LIBRE !

Ce qui est un RISQUE évident, parce qu’être libre, c’est très difficile, c’est très lourd ! Et pourtant, l’ÊTRE ne saurait échapper à cette transmission de liberté sans aussitôt se déjuger, le Grand Inquisiteur de Dostoïevski le Lui reprochera avec violence : « Il ne fallait pas créer l’homme libre, dit-il au Christ ! L’homme déteste la liberté ! C’est trop lourd pour lui ! Il préfère l’esclavage, ne pas avoir à gérer une VIE INTÉRIEURE ! Et moi, le Grand Inquisiteur — c’est-à-dire le diable —, pour le BIEN de l’homme, je le délivre de cette inquiétude et je lui offre un destin d’esclave salutaire ! » C’est un sommet de la littérature !

Ceci dit, du cœur de sa LIBERTÉ, nous dit le ch. 3 de la Genèse, ‘ÂDâM REFUSE cet accord INTÉRIEUR avec l’ÊTRE. Ce qui constitue l’essence de ce qu’on appelle le « péché ». Ce faisant, ‘ÂDâM n’efface néanmoins pas l’ÉLAN VITAL qui l’anime — le péché n’a pas le pouvoir de congédier l’ÊTRE qui soutient toute existence — ; il se rend en revanche sourd à la VOIX de l’ÊTRE ; sourd au VERBE porté par le SOUFFLE de l’ÊTRE, ce qui aura pour effet d’entraîner l’AMOUR de YHWH à surabonder, à se dévoiler sous l’angle aussi gratuit qu’inattendu de la MISÉRICORE : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. » (Rm 5,20).

Dit autrement, le péché n’a pas le pouvoir d’oblitérer le chemin de la RENCONTRE avec l’ÊTRE, le chemin de la BÉNÉDICTION. Il ne fait que dessiner un chemin de folie : celui de la MALÉDICTION qui susurre à l’oreille de ‘ÂDâM de renoncer à cette liberté ; de la fuir en rejoignant le silence mortel du ToHOu WâVoHOu où plus rien ne se passe, où plus rien ne PASSE et, en définitive, où tout trépasse...

Bien, ceci dit, Il faudrait revenir maintenant au moment où, dans l’histoire biblique, paraît cette intuition d’un APPEL de l’ÊTRE lancé à tout un peuple pour vivre en COMMUNION avec Lui ; un APPEL auquel TOUT YiSseRâ‘éL se met en demeure de répondre : « Me voici ».

Mais si vous le voulez bien, nous verrons ça la prochaine fois.

Je vous remercie.
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