20-04-2026

[Dt] Difficile royauté

Deuteronomy 17:14-20 par : Père Alain Dumont
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Quel est le statut du roi, d’après Moïse ? 
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Cette vidéo nous donne l’occasion de faire le point sur l’histoire de la royauté, telle que les scribes deutéronomistes la composent pour donner au peuple de l’Alliance les moyens de rester à jamais dans l’espérance.>
Un étrange commandement termine ce chapitre: le roi devra écrire pour lui… un Deutéronome !?!
• Notes et documents
Transcription du texte de la vidéo : 
Tous droits réservés.
Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous étions jusqu’à la dernière vidéo en compagnie des ShoPheTîM, des Juges, puis des KoHaNîM-LéWîYYiM, les prêtres-lévites qu’on retrouvera par ailleurs au ch. 18 ; mais en attendant, voilà que la fin du ch. 17 parle d’une nouvelle catégorie de dignitaires, à savoir les Rois.

1. La royauté : une histoire difficile

Autant dire tout de suite que, pour les scribes deutéronomistes, très à l’écoute des prophètes dont on sait la verve contre les Rois au pouvoir jusqu’à l’Exil ; pour les scribes deutéronomistes, donc, l’institution royale n’a pas bonne presse. Là, on sort du noyau initial de la TORâH rédigé sous le roi H.iZeQiYYâHOu / Ézéchias et proclamé par son arrière-petit-fils Yo’ShiYYâHOu / Josias.

Ces lignes sont rédigées en Exil ; un Exil qui a douloureusement révélé l’ÉCHEC flagrant de la Royauté en YiSseRâ‘éL comme en YeHOuDâH dont respectivement l’Assyrie et Babylone n’ont fait qu’une bouchée ! À part deux ou trois exceptions, les rois n’ont pas su protéger le peuple de la déportation et du risque d’anéantissement ! Malgré les avertissements prophétiques, depuis ‘ÉliYâHOu / Élie, donc depuis le ixe siècle avant J.-C., il n’est rien de dire que la plupart des rois n’en ont fait qu’à leur tête, méprisant HaShèM au profit de Bâ“aL !

Ceci dit, qu’on le veuille ou non, l’institution royale fait partie de l’histoire de YiSseRâ‘éL et de YeHOuDâH ! Pas question donc pour la TORâH de la passer sous silence ! Mais aux vues du désastre auquel elle a conduit, les scribes deutéronomistes posent la question : Quel est le SENS de cette royauté en YiSseRâ‘éL ? Et bien entendu : quel est le SENS de son échec ? Comment a-t-il pu se faire que les Rois de YiSseRâ‘éL et de YeHOuDâH n’aient pas promu la vocation de TOUT YiSseRâ‘éL à n’être gouverné que par HaShèM ? Comment ont-ils été à ce point aveugles quant à leur mission de SERVITEURS d’une ALLIANCE dont ces scribes sont en train de dire qu’elle est inscrite à même la CHAIR de TOUT YiSseRâ‘éL depuis sa naissance ?

C’est à partir de cette question que ces scribes deutéronomistes vont en venir à considérer la figure de DâWiD. Assez tard : au ve siècle avant J.-C., avec Ne.HèMeYâH / Néhémie, l’échanson de Artaxerxès nommé gouverneur de Judée en 445 avant J.-C. Il lui fallait à la fois redonner des lettres de noblesse à la capitale dont il réparait les remparts, et redorer la liturgie du Temple. Et Ne.HèMeYâH va jouer sur les deux tableaux : il va faire de DâWiD non seulement LA figure royale par excellence, mais encore le CHANTRE inspiré de HaShèM, l’auteur des Psaumes qui seront désormais soutenus par les instruments de musiques confiés aux fils de LéWî. Là je vous renvoie à la magnifique étude de Nissim Amzallag : « Esaü à Jérusalem, l’Émergence d’une Élite Séirite à Sion à l’époque persane », en libre accès sur Internet. C’est une étude des Cahiers de la Revue Biblique éditée chez Gabalda en 2015.

À partir de là, on va réfléchir : que YeROuShâLaYiM soit la ville élue par HaShèM n’oblige-t-il pas à considérer le Roi qui l’a conquise et promue au rang de capitale ? Qui y a rapporté l’Arche de HaShèM ? Qui a suscité la construction du sanctuaire en pierre voué à HaShèM ? D’accord, la ville à l’époque n’était jamais qu’une petite bourgade d’à peine un millier d’habitants, mais en la vouant à HaShèM, DâWiD ne fut-il pas ce roi selon le cœur de HaShèM dont il faudrait s’inspirer ?

Et voilà que naît le roman qui va raconter la saga de DâWiD en s’attachant à ce qui en fait la noblesse : avoir mis le peuple sur le chemin de la BÉNÉDICTION en lui offrant YeROuShâLaYiM comme capitale, non pas tant administrative que spirituelle.

2. La figure du roi DâWiD

Le raisonnement est toujours le même : si YeROuShâLaYiM s’est révélée BÉNIE comme nulle autre pareille par HaShèM, notamment lors de la SECOUSSE survenue face à Sennachérib, c’est qu’elle a TOUJOURS ÉTÉ BÉNIE ! Si HaShèM a SAUVÉ YeROuShâLaYiM et son Sanctuaire, c’est que CE LIEU-CI, HaMMâQOM HaZZèH, est essentiel à la vocation du peuple de TOUT YiSseRâ‘éL dès le commencement — d’où son évocation, sans la nommer, dans la TORâH ; dès lors, sa conquête par DâWiD devient un fait d’armes ni plus ni moins qu’INSPIRÉ !

Par ailleurs, chaque Patriarche n’y est-il pas passé d’une manière ou d’une autre — on l’a déjà évoqué à l’occasion du Temple. Et en définitive, CE LIEU n’est-il pas celui à partir duquel s’est opérée la Création ? C’est-à-dire à partir duquel l’UNIVERS a pris conscience de lui-même, est devenu PARLANT et VIVANT ; d’où la MèMeRaH de “ÈLoHîM est sortie, portée par son Souffle pour faire sortir la CRÉATION du ToHOu WâVoHOu ?

Comparée aux autres, la colline de YeROuShâLaYiM n’a rien d’extraordinaire ; mais pour les amis de HaShèM dont DâWiD est la figure achevée, le Mont Sion est PARLANT : il PARLE de BÉNÉDICTION et d’ESPÉRANCE ; il parle d’ÉLECTION et de SALUT ; il inspire en YiSseRâ‘éL les chants les plus charnels et les danses les plus tournoyantes ! Voilà ce qui fait que la Montagne de TsîYYON est la plus élevée de toutes les montagnes du monde !

Dès lors, DâWiD est aussi le roi qui a exalté HaShèM par son chant ! Qui a offert les sacrifices de louanges à HaShèM ; des sacrifices que HaShèM pouvait agréer alors même que le Temple n’était pas en activité !

« De DâWiD.
De ma voix, je crie vers YHWH, et Lui Il me répond du Mont de son Sanctuaire. Moi, je me couche, je m’endors et me réveille : oui, YHWH est mon appui. » (Ps 3,1.5-6)


« De DâWiD.
Ta miséricorde est meilleure que la vie et mes lèvres te louent. Ainsi je Te bénis dans ma vie, en ton Nom j’élève mes paumes. Comme de moelle et de graisses, mon être est rassasiée ; et l’allégresse aux lèvres, ma bouche Te loue ! » (Ps 63(62),4-6)
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DâWiD était donc BÉNI de HaShèM qui préparait par lui l’avènement de CE LIEU-CI à la face de toutes les nations : « Il arrivera dans la suite des jours que le Mont de la Maison de YHWH sera établi au sommet des monts, plus élevé que les collines ; et les peuples afflueront vers lui ! Les nations viendront nombreuses, et elles diront : « “Venez ! Montons vers le Mont de YHWH, vers la Maison du ‘ÈLoHîM de Ya”aQoV ! Il nous enseignera ses chemins et nous irons dans ses sentiers. Oui, de TsîYYON sortira la TORâH, et de YeROuShâLaYiM la Parole de YHWH !” » (Mi 4,1-2).

Toute la grandeur de DâWiD est là, quand bien même il ne fut jamais, dans un premier temps, qu’un guérillero, un chef de bande ; quand bien même il fut, nous dit-on, un coureur de jupons pas vraiment honnête envers ses propres officiers — c’est le moins qu’on puisse dire —, etc. Il n’empêche : il n’était pas parfait, mais il a ÉCOUTÉ HaShèM ; il Lui a été fidèle à travers ses heures de gloire et de déclin, à travers quoi il a grandi, il a répondu par sa VIE et par son CHANT à l’APPEL de l’ÊTRE, à l’APPEL à ÊTRE ; il a choisi le chemin de la BÉNÉDICTION ; une BÉNÉDICTION qui ne cesse de rejaillir sur le CORPS de TOUT YiSseRâ‘éL, toutes générations confondues, à travers les Psaumes dont chaque seconde du TEMPS, de l’AUTRE-TEMPS est habitée !

DâWiD n’a néanmoins pas le même poids que Moïse : il n’est pas le Maître par qui la TORâH est advenue au peuple de HaShèM, mais il a porté haut et fort la bannière de HaShèM à travers les Psaumes, dont la tradition dit qu’ils mettent en musique et en prière les enseignements de la Torah pour les offrir joyeusement au peuple de TOUT YiSseRâ‘éL. Et ça, ça fait de lui le ROI exceptionnel qu’il demeure au cœur de tout Juif aujourd’hui encore.

Ceci dit… pour les scribes deutéronomistes, la royauté fut à tout le moins ambigüe. Elle a eu ses bons côtés, mais elle en a surtout eu de mauvais : à part DâWiD, SheLoMoH à ses débuts, H.iZeQiYYâHOu et Yo’ShiYYâHOu, d’une manière ou d’une autre, les rois qui se sont succédé au Nord comme au Sud n’ont pas éveillé la mémoire du peuple. Ils ne sont pas PARLANTS ! Leurs faits et gestes ont certes été consignés dans les annales royales, nous dit-on ; mais ils en sont restés prisonniers : rien de ce qu’ont fait ces rois n’a contribué à élever YiSseRâ‘éL.

Il n’en reste pas moins que la royauté est un fait incontournable dans l’histoire des adorateurs de HaShèM ; raison pour laquelle, même suite au désastre auquel elle a conduit, la TORâH ne s’arroge pas le droit d’ignorer cette institution.

3. Écrire l’histoire de la Royauté
en YiSseRâ‘éL et en YeHOuDâH

Quand les scribes écrivent l’histoire des livres de Samuel et des Rois, à l’époque Perse, leur grille d’interprétation est assez basique : sont BÉNIS les rois qui auront été fidèles à HaShèM, et sont MAUDIS ceux qui ne l’auront pas été, quelles qu’aient été leurs œuvres — on repense ici à MeNaShèH. Pour les scribes, la grandeur d’un roi en YiSseRâ‘éL ne se mesure pas à sa puissance mais au SERVICE de l’Alliance qu’il aura su assurer !

Prenons Yo’ShiYYâHOu/Josias, le petit-fils de MeNaShèH. De lui, il sera dit : « Avant lui, il n’y eut pas de roi semblable à lui pour revenir vers YHWH de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force, selon toute la TORâH de Moïse ; et après lui, il ne s’en leva pas un de semblable à lui. » (2R 23,25). Étonnant ! D’aucun autre roi, même de DâWiD, il est parlé en reprenant les termes du SheMa YiSseRâ‘éL, en Dt 6,4-5 ! Tout simplement parce que la figure de DâWiD ne s’est imposée qu’au ve siècle !

Jusque là, Yo’ShiYYâHOu étant le roi grâce à qui la TORâH a commencé à être publiée, par qui l’ÉLECTION s’est fait jour et par conséquent grâce à qui le retour à HaShèM de TOUT YiSseRâ‘éL a commencé à s’opérer, les scribes deutéronomistes ne pouvaient que l’exalter ! À ceci près que sa mort désastreuse à MeGiDDO sous les coups du Pharaon NeKhO posait problème : qu’avait-il donc fait pour mériter une mort aussi ignominieuse ?

Pour le dédouaner, les scribes mettront cette disparition déshonorante sous la responsabilité des abominations de son grand-père, MeNaShèH : ses transgressions était tellement graves que sa descendance n’a pas pu éviter les contrecoups.

Reste qu’au fil du temps, il faudra trouver une figure plus crédible pour établir la royauté sur un fondement solide. Et ce sera le rôle de Ne.HèMeYâH de s’y atteler, à la suite du prêtre “ÈZeRâ‘. On l’a dit : il fera émerger la figure de DâWiD à qui il ne manquera pas de rattacher Yo’ShiYYâHOu. C’est au début du récit de son règne : « Yo’ShiYYâHOu a fait le droit aux yeux de YHWH ; en tout il est allé sur le chemin de DâWiD, son père ; il ne s’en est écarté ni à droite, ni à gauche. » (2R 22,2). Étrange alors de réentendre son éloge funèbre, rédigée bien avant : « Avant [Yo’ShiYYâHOu], il n’y eut pas de roi semblable à lui pour revenir vers YHWH de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force, selon toute la TORâH de Moïse. » (2R 23,25). Ah bon ? Et DâWiD ? La figure de DâWiD s’imposera plus tard, quand sa notoriété sera devenue essentielle au réveil spirituel de TOUT YiSseRâ‘éL autour de YeROuShâLaYiM rebâtie.

À présent, revenons à notre texte de la fin de Dt 17 qui s’écrit sur la base des conséquences désastreuses qui ont mené TOUT YiSseRâ‘éL en Exil à Babylone.

4. Cadrer la royauté !

Le texte du ch. 17 a d’abord traité du gouvernement des villes à travers l’évocation des Juges, les ShoPheTîM, associés aux prêtres-lévites qui officiaient dans les hauts-lieux en toile associés à chaque cité, les KoHéN-LéWîYYiM.

Reste que ces villes ne peuvent pas rester indéfiniment de simples entités indépendantes. Il faut que d’une manière ou d’une autre, une fraternité fasse émerger, non plus seulement la conscience d’un clan, mais d’un peuple. D’où la question : la royauté est-elle l’institution qui va permettre à cette fraternité d’émerger, et de tenir ?

En tout cas, elle aurait dû ! Mais dans les faits, les scribes savent que non… Les traditions font mémoire d’un temps où les clans voués à HaShèM autour de ShîLoH, שִׁילֹה, étaient plus ou moins fédérés par une figure charismatique en la personne du prophète SheMOu‘éL. Seulement voilà : un leader charismatique peut-il à lui seul gouverner tout un peuple ? Peut-être, si ce peuple se perçoit consciemment comme une Communauté… Sauf qu’à l’époque de SheMOu‘éL, les clans voués à HaShèM sont à mille lieu de se penser comme un peuple, comme une communauté — une “éDâH — qui ne formerait qu’un seul CORPS.

Et en la matière, impossible d’aller plus vite que la musique ! HaShèM ne le sait que trop bien, raison pour laquelle, nous raconte-t-on, Il entérine la demande des clans d’avoir un Roi qui les protège contre les nations belliqueuses, non sans que SheMOu‘éL ne les prévienne des excès de la royauté, sur un ton décidément très deutéronomiste : « “Voici quel sera le jugement du roi qui règnera sur vous. Vos fils, il les prendra et les mettra pour lui à ses chars et à ses chevaux, et ils courront devant son char. Il les mettra pour lui comme chef de mille et chef de cinquante ; à labourer ses labours, moissonner ses moissons ; à fabriquer ses machines de guerre et ses machines de chars. Vos filles, il les prendra comme parfumeuses, cuisinières et boulangères. Le meilleur de vos champs, de vos vignobles et de vos olivaies, il les prendra pour les donner à ses serfs. Sur vos semences et sur vos vignobles, il lèvera la dîme, pour la donner à ses eunuques et à ses serfs. Les meilleurs de vos propres serfs, de vos domestiques et de vos jeunes gens, ainsi que vos ânes, il les prendra pour faire son ouvrage. Sur votre petit bétail, il lèvera la dîme, et vous-même deviendrez ses serfs. Vous crierez, ce jour-là, face à votre roi que vous vous serez choisi ; mais YHWH ne vous répondra pas, ce jour-là.” Le peuple refusa d’écouter la voix de SheMOu‘éL. » (1S 8,10-19).

Ainsi, racontent nos scribes ; ainsi commença l’histoire royale, et il faut les écouter, quand bien même nous savons aujourd’hui qu’historiographiquement, les choses furent assez différentes.

Quoi qu’il en soit, impossible que la TORâH ne se prononce pas sur l’institution royale au nom de HaShèM : les v. 14-15 de notre chapitre valident donc cette aspiration, mais sous la forme d’une CONCESSION, rien de plus. Pas question de faire de la royauté une institution remontant à Moïse ! Et c’est tant mieux, parce que si elle l’était, en s’évanouissant, la royauté aurait entraîné la TORâH dans sa disparition ! Imaginons que la TORâH institue la royauté, elle se lierait à elle par nature. Du coup : plus de royauté, plus de TORâH ! Or il n’est rien de dire que la TORâH perdure en Exil, plus vivante que jamais alors même que l’institution royale a irrémédiablement disparu.

Pour le dire autrement, la royauté n’est pas inhérente à la TORâH. Si néanmoins elle est incontournable pour des raisons toutes humaines, ce ne sera pas sans obéir à un minimum de règles : le roi doit être ÉLU par HaShèM, et les prophètes sont ses garde-fous. La dimension charismatique, ou prophétique, reste donc première du point de vue deutéronomiste, ce qui n’est guère étonnant si on se souvient que les scribes deutéronomistes sont à leur école.

En ce sens, les v. 16-17 donnent deux critères majeurs qui visent en filigranes la figure de SheLoMoH vis-à-vis de qui le ch. 11 du premier livre des Rois est sans appel : il a pratiqué une politique au-dessus de ses moyens, il a épuisé le peuple qu’il a mis en servage ; il eut 700 femmes et 300 concubines ! Épuisant ! De plus — toujours selon l’histoire deutéronomiste — il est à l’origine du Schisme entre les deux royaumes frères.

Bien loin de rassembler, il a donc divisé le peuple, faute, dit la TORâH, d’avoir ÉCOUTÉ HaShèM. Paradoxalement, il est devenu l’anti-figure de DâWiD, son père. Les ch. 10 et 11 du second livre des Roi seront sans appel : « [SheLoMoH] fit le mal aux yeux de YHWH — on connaît la formule —, et il ne suivit pas YHWH comme DâWiD, son père. » (1R 11,6). Tout est dit.

Alors maintenant, fort de toutes ces données, on peut revenir au ch. 17 du Deutéronome pour mieux l’entendre.

5. Le roi écrira pour lui un Deutéronome

Le v. 18 a son importance dans la mesure où il initie le titre usuel du cinquième livre de la TORâH : « Dès qu’il sera assis sur le trône de sa royauté, il écrira pour lui, sur un livre, un double de cette TORâH — une MiSheNéH HaTToRaH en hébreu, הַתּוֹרָ֤ה מִשְׁנֵ֨ה , d’après les KoHaNîM LéVîYiM. » (Dt 17,18). Voilà le fameux Deutéronome, sur la traduction grecque : kaï grapsey éautô ton deutéronomion touto eis biblion / « καὶ γράψει ἑαυτῷ τὸ δευτερονόμιον τοῦτο εἰς βιβλίον ». Ceci pour la petite histoire.

Plus profondément, que veut dire ce verset ? Rappelons-nous qu’au Moyen-Orient, avant de pouvoir écrire un texte, il faut le connaître PAR CŒUR ! D’une part pour ne pas transcrire d’erreurs, mais surtout pour que ces paroles deviennent une MÉMOIRE vive ; la MÉMOIRE de l’ENTRE-DEUX qui relie HaShèM au peuple ÉLU sur lequel le Roi a pour mission de veiller, sous le contrôle des prophètes ! Voilà le véritable travail INTÉRIEUR auquel est convoqué le roi de TOUT YiSseRâ‘éL, ce qui pose toute la différence avec les autres nations dont l’institution royale est purement formelle, administrative, tout extérieure !

Comme le suggère le v. 20, il s’agit donc pour le roi d’inscrire la TORâH SUR SON CŒUR — l’APPRENDRE par CŒUR pour s’élever vers HaShèM et non pas se croire au-dessus de ses sujets que le rédacteur ne craint pas d’appeler « ses FRÈRES » : le véritable roi est au SERVICE du peuple qu’il reçoit en gérance comme la communauté dont il n’est qu’UN FRÈRE parmi les autres. Là, on pense à l’épître aux Hébreux : « Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous issus d’un Seul ; aussi [Jésus] n’a-t-Il pas honte de les appeler ses FRÈRES en parlant ainsi : “J’annoncerai Ton nom à mes FRÈRES, au milieu de la communauté, Je Te chanterai.” — ce sont les paroles du Ps 22, au moment où, accablé de toute part, le JUSTE choisit de prendre la louange, c’est-à-dire de prendre HaShèM comme allier contre ses ennemis, pour sortir vainqueur des persécutions et manifester la puissance de la BÉNÉDICTION — » (He 2,11-12).

Maintenant rappelons-nous la destruction des Tables de la TORâH par Moïse face au Taurillon d’or, et le commandement fait à Moïse par HaShèM : « YHWH dit à Moïse : “ÉCRIS POUR TOI ces paroles. Car sur la bouche de ces paroles , Je tranche une alliance avec toi et YiSseRâ‘éL”. Il fut là avec YHWH quarante jours et quarante nuits ; il ne mangea pas de pain et ne but pas d’eau. Et il écrivit sur les tables les paroles de l’Alliance : les Dix Paroles. » (Ex 34,27-28).

Ce n’est ni plus ni moins qu’une RÉÉCRITURE, qui ne fait pas de Moïse un roi, certes, mais qui, à tout le moins, assoit son autorité. Certes, les premières tables sont brisées, mais précisément : on comprend là qu’elles le furent non en signe de malédiction, mais afin de passer DE L’EXTÉRIEUR À L’INTÉRIEUR, ce qui constitue le meilleur rempart contre toute tentation idolâtre.

Comme il avait été le garant du passage d’une rive à l’autre de la Mer des Roseaux, Moïse, dorénavant, est le GARANT du PASSAGE de l’EXTÉRIEUR À L’INTÉRIEUR : ayant APPRIS PAR CŒUR le Décalogue, capable dès lors de l’ÉCRIRE POUR LUI, il est le MAÎTRE : MoShèH RaBéNOu, notre Maître, comme l’appellent nos frères Juifs. L’ayant EN LUI, il réécrit la TORâH POUR LUI. Il fait une MiSheNéH HaTToRaH, un « Deutéronome » qui scelle INTÉRIEUREMENT l’ENTRE-DEUX, l’ALLIANCE entre HaShèM et son peuple, par l’intermédiaire de Moïse qui en est à jamais le GARDIEN.

La BÉNÉDICTION dans l’Alliance conduit jusque-là : certes, il y aura toujours entre HaShèM et ses créatures un hiatus irréductible : celui de la transcendance ; mais cet ENTRE-DEUX ne se conjugue pas en termes de Maître – esclave, comme dirait Hegel. Tout divin qu’il soit, même l’ÊTRE, en Jésus, ne se présente pas au-dessus des hommes : il se fait leur FRÈRE pour leur faire vivre en première ligne l’ÉVÉNEMENT du Salut qui consiste en une RÉÉCRITURE, POUR EUX, de la TORâH, à travers la TORâH Orale de Jésus qu’ils apprennent PAR CŒUR, qu’il ÉCRIVENT sur leur CŒUR pour être capable, à l’image de Moïse, d’en TRANSMETTRE la SOURCE DIVINE PRLANTE et VIVIFIANTE.

Cette BÉNÉDICTION s’adresse au final à tous ceux qui « ne s’écartent du commandement, ni à droite, ni à gauche » dit le v. 20 qui reprend ici le v. 11 : – YiSseRâ‘éL d’une part, depuis son roi habité par la TORâH jusqu’au peuple dont il est le gardien ; – les nations d’autre part, depuis le Christ fidèle TÉMOIN des paroles du Père, jusqu’à l’Église dont il est le Fondement.

Voilà pour ces quelques versets encore bien intéressants. Je vous en souhaite une féconde lecture. Nous verrons la suite la prochaine fois.

Je vous remercie.
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