11-05-2026

[Dt] Petite histoire de la rédaction de la Bible

Deuteronomy 18:1-8 par : Père Alain Dumont
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On a vu dans la vidéo précédente l’influence du mazdéisme sur la rédaction de la TORâH, ce qui, au stade où nous en sommes, nous donne l’occasion de revisiter l’histoire de la rédaction de la Bible pour mieux saisir l’élan d’inspiration qui a animé les scribes.
Une histoire passionnante, et tellement éclairante pour mieux entrer dans l’Appel de ‘ÈLoHîM relayé par la TORâH !
• Notes et documents
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article

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Bonjour,

Dans la vidéo précédente, nous avons vu que la source du Dt 18 à propos de la chasse aux actes idolâtriques qu’il impose, se trouvait dans la religion Perse achéménide. Or à la lumière de ce que nous avons dit de manière éparse depuis en particulier Dt 12, il me semble que ce chapitre nous offre l’occasion de reprendre à frais nouveau une histoire de la rédaction de la TORâH.

Il ne s’agit pas de relativiser quoi que ce soit, au contraire : il y a dans cette histoire rédactionnelle des enseignements admirables sur la manière dont l’Être mène à bien son œuvre d’inspiration, de sorte qu’au terme de cette vidéo, nous sortions d’une vision ingénue qui affecte en réalité notre propre rapport à l’inspiration divine dans nos existences. Là encore, par un biais dérivé, l’historiographie de la TORâH met en lumière à quel point YHWH prend au sérieux la condition humaine dans son projet ce création. Alors allons-y :

1. La TORâH, avant tout inspirée par les prophètes

On a dit qu’en définitive, la TORâH fut d’abord et avant tout inspirée par les prophètes de YHWH, entre le viiie et le vie siècle ; ces prophéties ont été recueillies par les scribes LéWîYYiM, d’abord dans les sanctuaires du Nord, des sanctuaires en toile où ils ont prêché, puis dans le giron de YeROuShâLaYiM à partir du viie siècle. Ces prophètes, en majorité de lignée lévitique, et vraisemblablement sacerdotale, ont constitué l’âme de la rédaction de la TORâH dès l’époque du roi .HiZeQiYYâHOu/Ézéchias et jusqu’au retour d’Exil.

On se souvient qu’il y a deux écoles de rédaction qui se font jour, particulièrement pendant l’Exil :
– d’une part l’école des scribes deutéronomistes dans la ligne des prophètes YeSha“eYâHOu/Isaïe et YiReMeYaHOu/Jérémie — tous les deux de lignée sacerdotale —, sensibles aux dimensions de Justice ; cette école naît après l’évènement de 701, et se fait jour avec le roi Yo’ShiYYâHOu/Josias.
– d’autre part l’école des scribes de l’école proprement sacerdotale, plus tardive, dans la ligne du prophète Ye.HèZeQé’èL/Ézéchiel, sensible à la dimension du Culte.

Ces deux écoles ne sont pas concurrentes ! Les scribes de l’une comme de l’autre sont des LéWîYYiM, voire des KoHaNîM. Mais on l’a dit : l’école deutéronomiste cherche le sens de l’histoire ; l’école sacerdotale, elle, cherche à cadrer l’histoire autour du culte. Les deux sont p complémentaires, et le judaïsme est né conjointement de l’une et l’autre.

Une fois qu’on a dit ça, puisque nous nous intéressons à la rédaction de la TORâH, on peut se poser la question :  le Judaïsme est une “religion du Livre” ?

2. Le judaïsme est-il une “religion du Livre” ?

Précisons d’abord que quand on parle de “livre”, on ne parle pas du “codex” contemporain composé de feuilles pliées et assemblées en cahier. Ça, ça n’apparaîtra qu’au ier siècle après J.-C., dans le monde romain. Ce qu’on traduit par “livre” est en fait un ROULEAU de parchemin, un SéPhèR, סֵפֶר, en hébreu. Aujourd’hui encore, la TORâH proclamée à la Synagogue est lue sur un SéPhèR, sur un ROULEAU qui confère à cette proclamation une dimension SACRÉE indéniable.

Jusqu’à la première moitié du VIIe siècle, les scribes utilisaient des tables d’argile, à l’instar de toute la Mésopotamie. À partir de la seconde moitié du VIIe siècle apparaît l’écriture sur parchemin, puisqu’on nous dit que les premiers linéaments du Deutéronome présentés au roi Yo’ShiYYâHOu/Josias, sont transcrits sur un SéPhèR, sur un ROULEAU. Ceci pour la dimension purement matérielle, mais qui a son importance parce que c’est grâce à ce SéPhèR que la TORâH prend toute sa place au retour d’Exil !

Plus profondément, ce n’est pas parce que la TORâH est proclamée à partir d’un SéPhèR qu’on peut en conclure que le judaïsme serait une “religion du Livre”. Cette expression a peut-être un sens pour un musulman, mais n’en a aucun pour un Juif, ni pour un Chrétien.

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Si le support  de la TORâH est bien un ROULEAU, ce ROULEAU n’existe pas pour lui-même : il n’est que l’écrin d’un ÉCRIT qui demande à être INTERPRÉTÉ, à devenir PARLANT ! Autrement dit : l’Écrit n’est VIVANT QUE d’être VIVIFIÉ par le Souffle de ‘ÈLoHîM, sans lequel il reste « lettre morte ». Saint Paul est on ne peut plus clair à ce sujet : « La Lettre tue ! C’est le Souffle qui vivifie ! » (2Co 3,6). Disant cela, Paul est pleinement dans la tradition juive.

Dit autrement, la lettre de la TORâH, c’est-à-dire la TORâH Écrite — la TORâH ShèBiReTâV, תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב — est un POTENTIEL que seul l’Esprit rend PARLANT, donc VIVANT et VIVIFIANT ; ce qui fait référence à l’INTERPRÉTATION de l’Écrit, — la TORâH ShèBe“aL PèH, תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה —. Alors seulement, de pur POTENTIEL, la TORâH passe au RÉEL ; elle « s’accomplit » en plénitude.

Alors entendons-nous bien ; la lettre de la TORâH n’est pas un faire-valoir ! Elle est porteuse d’une promesse surabondante et éternelle ; mais en elle-même, elle reste un simple POTENTIEL, c’est-à-dire un ToHOu WâVoHOu qui reste MORT tant qu’il n’est pas vivifié par le souffle de ‘ÈLoHîM qui, seul, sait le faire PASSER de la MORT à la VIE. Ce même SOUFFLE divin qui, dit le ch. 1 de la Genèse, vivifie le ToHOu WâVoHOu initial pour en faire émerger une CRÉATION VIVANTE ! En ce sens, écoutons l’apôtre Paul :

« Si nous avons une telle assurance vers ‘ÈLoHîM par le Christ, ce n’est pas que nous nous avancions de nous-mêmes pour évaluer quoi que ce soit, mais notre mise en avant est de ‘ÈLoHîM. C’est Lui qui nous a fait nous avancer pour être les ministres d’une Alliance renouvelée, non d’une lettre mais d’un souffle. En effet, la lettre tue, ce pendant que c’est le souffle qui vivifie. » (2Co 3,4-6)

Paul affirme qu’il n’est pas venu de la part du Christ avec une nouvelle TORâH écrite sous le bras pour remplacer l’ancienne : ça serait trahir l’œuvre de Jésus fondée intégralement sur le socle de la TORâH Écrite : « Je ne suis pas venu démettre la TORâH — la TORâH Écrite, la TORâH ShèBiReTâV — mais la mener à sa plénitude — par ma TORâH Orale, ma TORâH ShèBe“aL PèH —. » (Mt 5,7). Paul est venu avec l’ESPRIT du CHRIST, dans l’esprit de sa TORâH Orale, pour VIVIFIER la TORâH Écrite qui, sans cet ESPRIT, reste dans le ToHOu WâVoHOu : elle reste morte et donne la mort. Du point de vue chrétien, Paul est donc venu, au nom du Christ Jésus, faire PASSER la TORâH de la Mort à la Vie.

Vraiment, l’âme de la TORâH n’est rien d’autre que d’en appeler à un PASSAGE : tout n’est que PASSAGE dans la TORâH ! PASSAGE d’une rive à l’autre du YaBoQ pour Ya“aQoV pour sortir du ToHOu WâVoHOu de son narcissisme sordide et devenir YiSseRâ‘éL, c’est-à-dire celui qui LUTTE avec YHWH pour devenir VIVANT dans le SOUFFLE de ‘ÈLoHîM ; PASSAGE d’une rive à l’autre de la Mer des Roseaux pour sortir du ToHOu WâVoHOu de MiTseRaYîM, PASSER jusqu’au Sol de la Promesse et y VIVRE dans la Lumière de YHWH, etc. Le peuple de TOUT YiSseRâ‘éL se présente donc foncièrement, intérieurement, CHARNELLEMENT, comme le peuple des “IVeRî, עִבְרִי, des Hébreux, c’est-à-dire des PASSEURS, on l’a vu dans une vidéo précédente.

C’est tout ça qui se met en place quand la TORâH est rédigée, en particulier entre la seconde moitié du vie et le ve siècle avant J.-C., au moment où le judaïsme pose résolument ses fondations en YeROuShâLaYiM.

3. Quand le retour à YeROuShâLaYiM devient possible

Il existe, dans les archives Achéménides, une tradition qui veut que Cyrus ii, le premier empereur Perse, autorise le retour des traditions religieuses propres à chaque peuple de l’empire. C’est dans ce cadre que, dès 538, quelques groupes de Juifs conduits par ZeRouBâVèL/Zorobabel, זְרֻבָּבֶל, avec le grand prêtre YéShOu“a, יֵשׁ֣וּעַ, décident de revenir à YeROuShâLaYiM, c’est-à-dire environ deux générations après l’Exil à Babylone.

Alors on a vu que ce retour fut difficile entre les Juifs restés sur place et les exilés qui reviennent, chacun faisant valoir ses prérogatives. Du coup, même si on arrive à reconstruire le Temple vers 516 av. J.-C., la situation végète pendant deux générations, dans une sorte de statu quo, sans vision, faute de véritable figure de proue. La Judée se contente d’être gérée administrativement comme une province Perse, rien de plus.

Il faudra attendre l’arrivée successive à YeROuShâLaYiM du prêtre scribe עֶזְרָא, “ÈZeRâ‘/Esdras vers 457 et du gouverneur Ne.HèMeYâH vers 440 av. J.-C. “ÈZeRâ‘, à la tête d’un groupe d’exilés. On commence à connaître ces personnages qui sont essentiels à l’histoire de TOUT YiSseRâ‘éL.

“ÈZeRâ‘ apporte avec lui la TORâH, rédigée dans son ensemble en Exil. Il s’occupe de remettre le peuple sur pied en la proclamant comme la charte immémoriale du peuple Juif, en présence du gouverneur Ne.HèMeYâH qui représente l’Empereur, pour bien marquer que cette proclamation est conforme aux lois de l’empire Achéménide.

Nous sommes à cette époque quasiment 150 ans après l’Exil, dont une centaine d’années sous obédience Perse ! La TORâH est désormais explicitement mise par les scribes sous le patronage de Moïse ; à partir de quoi les diverses traditions des clans adorateurs de YHWH sont tissées entre elles à travers les figures patriarcales que nous connaissons, ‘AVeRâHâM, YiTseRâQ et Ya”aQoV. Tout ce travail s’est évidemment effectué en intégrant cette part de Mazdéisme opposée à toute représentation du dieu suprême, à tout sacrifice d’enfant, à toute idolâtrie de mensonge — opposée à YHWH —, à toute astrologie comme à toute forme de manipulation que sont, sous différents plans, l’esclavage, la magie, la sorcellerie ou la nécromancie.

Une fois qu’on a dit ça, attention de ne pas tomber dans le piège paresseux qui consiste à dire que la TORâH n’a rien inventé, qu’elle se serait contentée de plagier des récits et des préceptes venus d’autres cultures… Ce ne sont là que des considérations d’amateurs !

4. Ô abyme de la richesse, de la sagesse et de la science de ‘ÈLoHîM !

Si les scribes ont intégré, entre autres, ce que leur suggérait le Mazdéisme, c’est qu’ils y ont reconnu la voix de YHWH ! Ces principes de précaution face à ces actes aussi superstitieux que meurtriers, leur ont été PARLANTS, dans la ligne de la prophétie qui reste première dans l’inspiration de la TORâH ! Et peu importe pour ça que YHWH, le ‘ÈLoHîM ‘È.HâD, UN, passe par une autre culture !

Ce qu’entendent les scribes, c’est qu’un peuple tout entier — et pas seulement une cour royale — peut trouver le chemin de la BÉNÉDICTION dans de telles paroles ! Ils découvrent que, sous couvert du Ahura Mazda Achéménide, YHWH ouvre un POSSIBLE, tout inattendu qu’il soit, pour TOUT YiSseRâ‘éL ; l’appelle à entrevoir un chemin de liberté INTÉRIEURE, un chemin de VIE !

À cette lumière, les scribes relisent cet APPEL divin — cette ÉLECTION — à travers les traditions des douze clans qui constituent leur peuple ; ils découvrent que ces traditions se recoupent et composent un récit formidable à partir duquel se manifeste un PEUPLE qui était sous leurs yeux depuis le début — en POTENTIEL —, mais que leur aveuglement ne leur permettait pas de reconnaître jusqu’alors : LE peuple de YHWH ; LE peuple de TOUT YiSseRâ‘éL ; et en définitif, le peuple JUIF !

Alors redisons-le pour bien fixer les choses : pendant la période perse, y compris après le retour d’Exil sous la direction de Ne.HèMeYâH, tout ce travail fondateur a été porté par deux traditions rédactionnelles, l’école DEUTÉRONOMISTE et l’école SACERDOTALE ; chacune avec ses propres scribes ; pour aboutir peu ou prou à la TORâH que nous connaissons aujourd’hui. Nombre d’indices semblent indiquer que l’École SACERDOTALE, représentée par “ÈZeRâ‘, est celle qui a mis la dernière main à l’ensemble des cinq livres de la TORâH.

Maintenant, il n’y a pas que la TORâH ! Il y a tout le reste de la Bible à la rédaction de laquelle ces mêmes écoles vont travailler. L’école DEUTÉRONOMISTE publie un recueil de traditions prophétiques : YeSha“eYâHOu/Isaï, YiReMeYaHOu/Jérémie pour les deux principaux ; elle rédige l’histoire royale évaluée à la lumière des principes énoncés dans nos versets : d’un côté les livres de YeHOShOu“a /Josué, des ShoPheTîM/Juges, de SheMOu‘éL et des Rois.

L’école SACERDOTALE, elle, édite prioritairement le livre du prophète Ye.HèZeQé’èL/Ézéchiel, et plus tard rédige sa propre vision de l’histoire avec les livres de Chroniques.

Ces écoles de rédaction disparaîtront comme telles à partir du ve siècle, et seront relayées par des ÉCRITS de SAGESSE, les KeTOuVîM, כְּתוּבִים. Ça n’est plus la TORâH Écrite, mais ça n’est pas encore la TORâH Orale : c’est une grande œuvre de TRANSMISSION portée par TOUT YiSseRâ‘éL, qui témoigne d’une vision magnanime, transcendante et pleine d’audace, enracinée dans la TORâH et les Prophètes, qui déborde dans la vie concrète. C’est la mise en œuvre charnelle de l’AUTRE-TEMPS. En substance : « Mon fils, si tu suis les enseignements de la TORâH de tes pères, alors, quoi qu’il arrive, YHWH ouvrira avec toi et pour toi l’À-VENIR !

Plus de héros normatif désormais : la figure de proue est celle du SAGE ; entendons par là : le père qui transmet la TORâH à son fils, ou le rabbin à son disciple. Ce sont les livres de Job, des Psaumes, des Proverbes, le Qo.HèLèT, le Cantique des Cantiques, mais aussi les livres de la Sagesse et du Siracide, Jonas, Daniel, Tobi, Ruth et Esther. Tous, à leur manière, tentent de mettre en lumière l’élan de VIE qui habite la TORâH, soit sous l’angle concret d’une discipline quotidienne, soit sous l’angle lyrique et poétique. C’est bourré d’espérance, même le Qo.HèLèT quand on sait l’entendre.

Et dans le fond, tout ça constitue la mise en œuvre de l’appel de YHWH à YeHOShOu“a/Josué, après la mort de Moïse : « Sois fort et courageux ! C’est toi qui feras hériter ce peuple du sol que j’ai juré à leurs pères de leur donner. Seulement, sois très fort et courageux pour garder et agir selon toute la TORâH que t’a ordonnée Moïse, mon serviteur. Ne t’en écarte ni à droite, ni à gauche — Ah tiens ? —, afin d’être perspicace partout où tu iras. Que ce livre de la TORâH ne se retire pas de ta bouche ; murmure-le jour et nuit afin de garder et agir selon tout ce qui est écrit ; oui, triomphe dans ton chemin ; alors tu seras perspicace ! Vraiment, Moi, Je te l’ordonne : sois fort et courageux ! Ne tremble pas et ne t’effraie pas car YHWH ton ‘ÈLoHîM est avec toi partout, où que tu ailles ! » (Jos 1,6-9).

Aucune manipulation ici ! La manipulation vise à maintenir sous emprise, à rabaisser pour exploiter ; alors que l’ensemble de ces écrits, à partir de la TORâH, ne visent qu’à ÉLEVER, à FAIRE PASSER ! C’est la mise en récit d’une expérience vécue à l’unisson par tout un peuple secoué par les nations dans son histoire et qui tente de comprendre. Il s’agit, pour les scribes, d’ÉLEVER leur peuple en tenant compte des événements, glorieux ou pas, qui l’ont marqué, bousculé, secoué, bouleversé… pour garder éternellement les yeux ouverts à un PASSAGE que trace toujours YHWH ; à chaque fois d’autant plus inattendu qu’humainement parlant, tout semble perdu ! C’est grandiose et c’est, à n’en point douter, inspiré !

5. « Que la Lumière soit ! », ou quand paraît une VISION

On pourrait dire qu’à partir du milieu du vie siècle, une véritable VISION s’est faite jour. C’est une SECOUSSE ILLUMINATRICE qui va TOUT UNIFIER ! En allant visiter l’AUTRE-TEMPS, en y pénétrant pour l’habiter, tout prend sens ! Les scribes tissent le PASSÉ sur la trame de l’AUTRE-TEMPS ; ils RACONTENT l’histoire où l’on apprend qu’un À-VENIR peut toujours s’ouvrir là où, laissé à lui-même, le peuple se sent pris dans les filets de l’IM-PASSE, menaçant de le faire retourner au ToHOu WâVoHOu dont YHWH les a fait sortir.

Or donc, quand “ÈZeRâ‘ prononce son exhortation suite à la proclamation publique de la TORâH devant, nous dit-on, tout le peuple rassemblé à la Porte des Eaux à YeROuShâLaYiM; en l’écoutant, les Juifs présents, acquis à la cause, sont retournés ! C’est un RENOUVEAU, une ILLUMINATION : grâce à YHWH qui nous aime, TOUT reste toujours POSSIBLE à ceux qui consentent à appartenir au peuple ÉLU !

C’est cette ESPÉRANCE qu’on va dès lors s’attacher à transmettre de génération en génération. En ce sens, un homme comme André Neher, un penseur juif français influent de la fin du xxe siècle, était très attaché au fait de qualifier le peuple Juif de « peuple de l’espérance ».

Or au milieu de tout ça , il est étonnant de contempler la liberté de YHWH ! YHWH est absolument libre de passer par les détours les plus inattendus pour inspirer la TORâH à son peuple et tracer pour lui le chemin INTÉRIEUR de l’AUTRE-TEMPS : d’abord sous le joug de MiTseRaYîM jusqu’au xe siècle avant J.-C. ; puis sous celui de l’Assyrie à partir du viiie siècle, puis de Babylone, puis de la Perse…. Toutes ces cultures ont contribué à faire de la TORâH ce qu’elle est devenue pour l’essentiel au ve siècle. Ainsi, à travers ce peuple ÉLU patiemment initié, éprouvé à travers de multiples épreuves, YHWH allait façonner la LIBERTÉ INTÉRIEURE qui caractérise TOUT YiSseRâ‘éL, et par lui, lancer à toute la Création Son appel incessant à PASSER de la MORT à la VIE.

Tout ça nous amène à découvrir qu’en définitive, YHWH n’est autre que celui qui porte l’APPEL de ‘ÈLoHîM : Il n’est ni plus ni moins que le VERBE de ‘ÈLoHîM. Il est cet APPEL D’ÊTRE, cet APPEL à ÊTRE qui n’est autre que l’expression de la « VOLONTÉ » de ‘ÈLoHîM. Quel mystère !!! L’ÊTRE qui est à la source de la CRÉATION et de toute existence n’est pas un simple algorithme anonyme, un “système” jeté là sans raison d’être… L’ÊTRE qui se fait PARLANT et se révèle VIVANT, exprime par la TORâH sa VOLONTÉ : à savoir que toute la Création passe par Lui, avec Lui et en Lui de la MORT à la VIE ; du POTENTIEL à ce RÉEL que la Bible nome la VIE ÉTERNELLE.

« Que ta volonté soit faite » ne dit rien d’autre que « Donne-moi de répondre à ton APPEL D’ÊTRE, à ton APPEL À ÊTRE. » Voilà le chemin de la BÉNÉDICTION, le CHEMIN de la LIBÉRATION du ToHOu WâVoHOu qu’opèrera in fine la Passion du Christ Jésus. Parce que c’est bien joli tout ce qu’on dit, mais en attendant, se libérer du ToHOu WâVoHOu est onéreux !

6. Sortir du ToHOu WâVoHOu !

On l’a dit : le dessein de ‘ÈLoHîM ne consiste pas en une libération extérieure, mais INTÉRIEURE ! Une chose est d’être libéré EXTÉRIEUREMENT de la servitude de MiTseRaYîM ; c’en est une autre d’être libre INTÉRIEUREMENT ; d’affronter VOLONTAIREMENT, avec YHWH, les secousses d’À-VENIR qui viennent fortifier l’homme intérieur, comme dit saint Paul, pour le faire PASSER de la MORT à la VIE.

Voilà le fameux CHEMIN de BÉNÉDICTION de nos scribes deutéronomistes : avant toute chose un chemin de LIBÉRATION INTÉRIEURE, dont on a vu qu’une origine probable est inscrite dans les principes mazdéens… Il ne faut pas s’en défendre au titre d’une révélation qu’on voudrait garder “pure” de toute contamination païenne ! C’est au contraire d’une richesse et d’une sagesse incroyable que de savoir considérer que l’inspiration de la TORâH a su puiser aux plus grands désirs, aux plus grandes sagesses des nations pour les leur redonner pleinement INTÉRIORISÉS et éprouvés ; pour y découvrir un mystère de RENCONTRE NUPTIALE, et donc de COMMUNION entre YHWH et ‘ÂDâM — c’est-à-dire avec le CORPS UN, ‘È.HâD, de tout le genre humain — ; une COMMUNION que dès le commencement, appelle de ses vœux l’ÊTRE en Personne pour élancer le PASSAGE de toute la CRÉATION du POTENTIEL au RÉEL, de l a MORT à la VIE ! Cela, la religion Perse ne l’avait pas imaginé.

Pour résumer : les versets 9 à 14 de Dt 18 font leurs les thèmes de la religion royale mazdéenne pour, dans un premier moment, libérer le peuple de YHWH de toutes les pratiques idolâtres qui le gardent à l’EXTÉRIEUR de la véritable finalité de son existence. Dans un second moment, voilà que se met en marche ce peuple qui, à l’appuis des figures ancestrales dont est nourrie sa MÉMOIRE propre, entend sa mission de la TRANSMETTRE de maître à disciple, de père en fils, qui se découvrent appartenir à un seul CORPS de BÉNÉDICTION, de génération en génération ! Un CORPS qui, au milieu des pires épreuves, se sait pouvoir puiser au plus profondes ressources spirituelles pour y garder l’espérance d’un chemin qui jamais ne se ferme, et dont l’horizon est la participation à la JOIE éternelle de ‘ÈLoHîM.

Et voilà le plus petit peuple que la terre ait porté renouvelé INTÉRIEUREMENT, qui se met à chanter, à pleurer, crier et danser de JOIE en se découvrant intérieurement MONTER vers ‘ÈLoHîM dont il se sait l’Ombre portée dans le monde ; en vue d’un PASSAGE auquel il apprend chaque jour à consentir davantage : « Père, que Ta volonté soit faite ».

Ainsi donc, les principes puisés à la source prophétique, puis mazdéenne entre autres, vont être complètement INTÉRIORISÉS sous la houlette de ‘ÈLoHîM et de son Verbe, YHWH ! Le “Grand Roi sur toute la terre”, c’est YHWH ! Le Créateur du monde, c’est YHWH, et en particulier l’homme à qui il confère le libre arbitre ; YHWH dont on ne fera aucune représentation, ni sur des tables de pierre, ni par des statues — jusqu’à ce qu’Il s’incarne, mais là c’est l’ultime étape de la Révélation —. C’est YHWH qui établit la JUSTICE contre le mensonge, contre les idoles ; qui lutte contre l’esclavage dans le peuple ; YHWH qui ne se laisse manipuler ni par la magie, ni par  la sorcellerie ou la nécromancie ; YHWH qui montre au JUSTE le chemin de la BÉNÉDICTION. Etc.

Dès lors, à la lumière de tout ça, on s’attardera la prochaine fois à comprendre ce que signifie, pour la TORâH, ces abominations que constituent la magie et la sorcellerie ; et puis nous tenterons de décrypter la mystérieuse promesse de Moïse au peuple des Hébreux : « YHWH, ton ‘ÈLoHîM, élèvera de ton sein, d’entre tes frères, un prophète comme moi : c’est lui que vous écouterez. » (Dt 18,15).

Je vous remercie.
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