12-05-2026

[Dt] Se libérer définitivement des pratiques idolâtres

Deuteronomy 18:9-14 par : Père Alain Dumont
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Il s’agit de libérer TOUT YiSseRâ‘éL de toute pratique d’astrologie, de magie, nécromancie et autres divinations dont les conséquences sont catastrophiques pour l’Élection. Ces pratiques viennent de loin, et n’ont pas épargné les adorateurs de YHWH. Mais avec l’Exil, les choses changent…
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Après le panorama sur l’histoire de la rédaction de la Bible à l’occasion des interdictions des différentes pratiques de divination, astrologie, magie, nécromancie et spiritisme qui tiennent tant à cœur à la TORâH, on va rester sur Dt 18, v. 9 à 14 pour voir de quoi il en ressort pour chacune d’elles. On laisse de côté la question des sacrifices d’enfants dont on a parlé par ailleurs.

1. Se libérer de l’astrologie

L’Astrologie dont parle le v. 10, accroché à la divination, dénonce en particulier les pratiques assyriennes. Dans la veine sumérienne et en bons Mésopotamiens, les Assyriens étaient des maîtres en ASTRONOMIE, c’est-à-dire dans l’observation des astres et les calculs astronomiques qui en eux-mêmes, comportaient une dimension prédictive non dénuée d’efficacité. On ne distinguait d’ailleurs pas entre Astronomie et Astrologie dans l’antiquité Mésopotamienne.

Grâce à cette science liée aux gigantesques ziggurat qui plongeaient vers le ciel, on pouvait tout autant calculer les éclipses que fixer le calendrier religieux, entre autres. Ceci dit, comme plus tard pour les Perses Achéménides, les astrologues étaient exclusivement au service du roi dont le thème astrologique présidait au destin du pays. Lui seul avait accès aux prédictions.

Pour être précis, la divination a précédé l’astrologie. On a des documents datant de la première moitié du iie millénaire avant J.-C., au cours du premier empire babylonien, qui parlent de lire l’avenir dans le foie des animaux ; on appelle ça l’hépatoscopie.

Concernant plus spécifiquement l’astrologie, le premier recueil connu est publié au cours de la seconde moitié du iie millénaire. Il a dû faire école parce qu’on a trouvé des fragments de ce recueil jusque dans l’empire Hittite, bien plus à l’Ouest.

Ceci dit, c’est surtout à l’époque de l’empire Assyrien qu’on a la documentation astrologique la plus déterminante, associant les astres à des divinités : le dieu Sîn est associé à la Lune ; Shamash au Soleil ; etc. Maintenant, si les astres offraient des signes, ils n’imposaient aucune fatalité. En cas de mauvais présage, il était toujours possible de pratiquer des rituels conjuratoires, souvent sacrificiels, pour se concilier les divinités. Ça ne marchait pas toujours, mais enfin, c’était envisageable.

Du coup, on comprend mieux les choix de MeNaShèH/Manassé, au viie siècle ! Que faire quand vous êtes roi de YeROuShâLaYiM sous influence assyrienne — un influence assumée pour assurer un minimum de paix pour le peuple qui en avait grand besoin — ? Pour lui, installer un culte astral à même le toit du Temple était une caution supplémentaire pour mener à bien sa mission au service du peuple Juif, c’est-à-dire désormais rassemblé dans le Royaume de YeHOuDâH !

Sauf que pour les scribes exiliques, imprégnés tant  des exhortations prophétiques que de la culture Perse, ce choix était indéfendable ! Peu importe qu’il eût été un grand roi : MeNaShèH avait fait injure à YHWH tel qu’Ils en présentaient dorénavant les commandements pour se libérer de telles pratiques “maudites”.

Ces pratiques étaient maudites parce qu’elles n’excitaient jamais qu’un sentiment de maîtrise EXTÉRIEURE des événements, purement formelle et détournant le peuple de sa vie INTÉRIEURE. Il s’agit donc pour ces scribes de sortir de ce chemin de la MALÉDICTION pour entraîner tout YiSseRâ‘éL à s’engager sur celui de la BÉNÉDICTION ; de quitter la prétention des nations à se croire les maîtres de la surface du monde pour entrer dans ce qui fait son ÂME, et pour ça à n’écouter que YHWH.

Ainsi donc, pour les scribes de la TORâH, l’installation de ce culte astral par-dessus le LIEU dont YHWH avait fait sa demeure ne représentait ni plus ni moins qu’une provocation ! L’abomination des abominations qui ramenait le peuple à l’esclavage qui le maintenait à l’extérieur de lui-même, dont YHWH voulait précisément qu’il sorte !

Un tel culte n’était même pas tant “concurrent” que d’une vanité absolue ! Redisons-le : c’était revenir sur le chemin de la MALÉDICTION qui ramène au ToHOu WâVoHOu et contrer le projet INTÉRIEUR, le projet de COMMUNION, le dessein initial de NOCES de YHWH ; c’était toucher aux ressorts les plus PARLANTS, les plus VIVIFIANTS de sa CRÉATION, pour les ramener au silence, au mutisme.

On comprend mieux par ailleurs pourquoi, quand ils rédigeront le récit de la Création, ces mêmes scribes auront à cœur de démythifier les astres dont ils attesteront le pur statut de créatures, absolument non divins ; incapables donc d’influer les rouages intimes du monde, et donc de rivaliser avec YHWH.

2. Se libérer de la magie, de la nécromancie et autres divinations

En ce qui concerne les actes magiques ou divinatoires, quels qu’ils soient, ne nous leurrons pas : ils étaient pratiqués en KeNa“aN dans les Royaumes du Nord comme du Sud. Rappelons-nous l’épisode de Shâ‘OuL totalement démuni face aux Philistins qui le menacent, alors que SheMOu‘éL vient de mourir : « Quand Shâ‘OuL vit les Philistins, il frémit et son cœur se mit à trembler fortement. Shâ‘OuL interrogea YHWH, mais YHWH ne lui répondit ni par les songes, ni par l’OuRîM, ni par les prophètes. Shâ‘OuL dit à ses serfs : “Cherchez pour moi une femme maîtresse de spectres et j’irai la consulter.” Ses serfs lui dirent : “Voici qu’une femme maîtresse de spectres est à ”Ein-DOR. » (1S 28,7). Il cherche évidemment à parler à SheMOu‘éL par le moyen de la nécromancie.

Alors la Bible ne raconte pas énormément d’épisodes comme celui-ci, mais il n’empêche : les pratiques divinatoires faisaient partie de l’environnement. Les fameux OuRîM et TouMMîM qui étaient censés faire partie de l’habit officiel du Grand Prêtre, étaient des instruments de divination que la TORâH assume : « Tu placeras dans le pectoral du jugement l’OuRîM et le TouMMîM ; ils seront sur le cœur de ‘AHaRoN quand il viendra face à YHWH. » (Ex 28,30).

Du coup, on pourrait se dire que quand la TORâH se moque des pratiques magique, c’est l’hôpital qui se moque de la charité… Oui et non, parce que ces instruments restent dans le giron du culte, ce qui change tout. Normalement, la magie ou la divination sont À CÔTÉ du culte, ce qui n’est pas le cas ici.

Donc à partir de l’Exil, et en particulier à la lumière de la culture Perse, les scribes sentent le besoin impératif de cadrer cette pratique qui, pendant un temps, a semblé incontournable. Du moins jusqu’à DâWiD, parce qu’après, l’histoire deutéronomiste ne parle plus de consulter YHWH par l’OuRîM et le TouMMîM. Et quand le prophète YiReMeYaHOu/Jérémie, face à la menace babylonienne, cachera l’Arche et tous les objets du Sanctuaire, on peut estimer qu’en faisaient partie les vêtements du Grand Prêtre : le pectoral, l’Éphod et tout ce qui va avec, dont l’OuRîM et le TouMMîM, avec interdiction explicite de chercher à les retrouver !

Cette interdiction se maintiendra jusqu’à aujourd’hui ! Si un jour ce trésor du premier Temple devait sortir de sa cachette, ce serait du fait de YHWH et de YHWH seul. On lit ça dans le second livre des Martyrs d’Israël, ch. 2,4-8. Sans doute parce que ces objets n’étaient pas si clairs que ça — d’ailleurs, la kabbale se chargera de leur conférer des pouvoirs oraculaires assez “limites”… Et si donc ces objets étaient recouvrés, attention de ne pas renouer avec des pratiques dont on sait, depuis l’Exil, qu’elles sont maudites ! Qu’elles entraîneraient le peuple à l’EXTÉRIEUR de lui-même, contredisant rien de moins que la TORâH !

Donc rien n’est vraiment clair en la matière, et ne peut pas être agréé par YHWH ! Encore une fois, tout ça n’est qu’EXTÉRIEUR, de sorte que le peuple, détourné du chemin INTÉRIEUR où seul YHWH se donne à rencontrer ; le peuple, donc, se trouve coupé de sa SOURCE, et abandonné à vindicte des nations toujours plus fortes. YiReMeYaHOu a raison : autant s’en débarrasser.

On invoquera dans le même sens les exhortations des plus grands prophètes ! YiReMeYaHOu toujours : « Me voici contre les prophètes, oracle de YHWH, qui volent pour eux ma Parole […] Me voici contre les prophètes des songes de fausseté, oracle de YHWH ! Ils les rabâchent et font vaguer mon peuple par leurs faussetés et leur vantardise ! Ce n’est pas Moi qui les ai envoyés ! Je ne leur ai rien ordonné ! Ils ne servent absolument à rien pour ce peuple, oracle de YHWH ! […] N’écoutez pas vos prophètes, vos devins, vos songeurs, vos liseurs de nuages — les astrologues —, vos sorciers, ceux qui vous disent : “Ne servez pas le roi de Babel ! Oui : c’est le mensonge qu’ils vous prophétisent afin de vous éloigner de votre sol, pour que Je vous chasse et que vous périssiez ! » (Jr 23,30.32.27,9-10).

Tout est dit : si vous voulez être fidèles à YHWH, fini l’astrologie, fini la divination et toutes les pratiques de sorcelleries, quelles qu’elles soient ! Inutile de préciser la manière dont YiReMeYaHOu s’est fait recevoir par ses contemporains pour qui ces pratiques étaient monnaie courante sans que ça ne leur pose aucun problème ! YiReMeYaHOu était juste l’homme à abattre, et ils ne se priveront pas d’essayer !

Reste que, quand le retour d’Exil se profile, en particulier au ve siècle avec “ÈZeRâ‘ et Ne.HèMeYâH, c’est la TORâH seule qui préside désormais à la destinée du Peuple Juif. YHWH seul est la lumière INTÉRIEURE de TOUT YiSseRâ‘éL ! Exit les pratiques idolâtres !

Les rois ont disparu, les prophètes ont disparu en tant que tel… seul subsiste le sacerdoce lévitique — les fameux KoHaNîM LéWîYYiM pour assurer la pérennité de l’ÉLECTION. Du moins jusqu’à ce que vienne LE prophète par excellence promis par Moïse v. 15 : « YHWH, ton ‘ÈLoHîM, élèvera de ton sein, d’entre tes frères, un prophète comme moi : c’est lui que vous écouterez. » (Dt 18,15). Qui est-il ? Grande question qui est un sujet en soi, et que nous verrons la prochaine fois.

Je vous remercie.
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