• Notes et documentsTranscription du texte de la vidéo : Tous droits réservés.Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
______________________________________________________________Bonjour,
Nous voici parvenus à la fin du ch.18 du Deutéronome, et voilà qu’au v. 15 Moïse transmet de la part de YHWH une étrange promesse : après sa mort, quand le peuple sera entré sur le Sol promis, YHWH enverra « un prophète comme Moïse ». Ça suppose déjà que Moïse était prophète, ce qui est effectivement dit dans quelques passages éparses de la TORâH. Mais pour mieux comprendre le sens de la phrase : « un prophète comme Moïse », on va prendre le temps de s’interroger sur la différence posée par cette même TORâH entre le VRAI PROPHÈTE et le PROPHÈTE DE MENSONGE.
1. Vrais prophètes et prophètes de mensonge
« YHWH, ton ‘ÈLoHîM, élèvera de ton sein, d’entre tes frères, un prophète comme moi : c’est lui que vous écouterez. » (Dt 18,15). « Un prophète comme moi », entendons : un VRAI PROPHÈTE, ou plus exactement un PROPHÈTE DE VÉRITÉ. D’où notre question : qu’est-ce qu’un PROPHÈTE DE VÉRITÉ ?
Dans le fond c’est assez simple parce qu’on connaît déjà le principe de discernement, qui est le même que pour les ShoPh
eTîM, au ch. 16 : c’est une question de TÉMOIGNAGE.
Le prophète de Vérité est celui dont le TÉMOIGNAGE ne s’autorise à rapporter que ce qui a été PARLANT de la part de YHWH. Le PROPHÈTE DE VÉRITÉ n’invente rien, et donc, de sanctuaire en sanctuaire où il proclame ses oracles, son TÉMOIGNAGE est STABLE. Non seulement il est stable en lui-même — il ne varie pas —, mais il s’inscrit dans une LIGNÉE prophétique qui le précède et le conforte ! Le PROPHÈTE ne parle pas de lui-même : il dit ce qu’il a vraiment entendu, et son TÉMOIGNAGE est VÉRIDIQUE. Peut-être que de telles paroles vous rappellent quelqu’un dans l’évangile selon saint Jean…
Le PROPHÈTE DE MENSONGE, lui, est celui qui « donne son avis », qui n’a rien voulu entendre d’où que ce soit et prend ses oracles pour la réalité. Il est facile à déceler, parce que son TÉMOIGNAGE n’est pas stable : il dit ce que la personne qu’il a en face de lui a envie d’entendre, ou de croire. N’étant appuyé sur rien, son témoignage, de proche en proche, présente des variantes, des fluctuations, voire des inversions… Et puis surtout, il se fiche de la perspective de l’ÉLECTION et veut juste jouer d’un prestige éphémère plus ou moins rémunérateur ! Bref : le PROPHÈTE DE MENSONGE dit n’importe quoi !
Toujours est-il que dans le contexte de notre chapitre, le PROPHÈTE DE VÉRITÉ est celui qui porte la VOIX de ‘ÈLoHîM, et dénonce toute magie, astrologie et autres divinations comme MENSONGÈRES pour la raison qu’à leur tour, elles n’ont AUCUNE dimension intérieure : elles n’ont que faire d’écouter quelque VOIX de ‘ÈLoHîM que ce soit et n’ont d’ailleurs de cesse que de s’en émanciper.
Leurs techniques manipulatoires ne visent qu’à mettre le monde EXTÉRIEUR sous emprise ; mais lui déniant toute dimension INTÉRIEURE, elles sont vaines, dit le Qo.HèLèT. Elles ne sont que du vent, si ce n’est qu’elles maintiennent les hommes confinés dans ce à quoi ils voudraient pourtant tellement échapper, à savoir la MORT, le ToHOu WâVoHOu. Il suffit de relire la consultation prophétique des rois ‘A.H
e‘âV et Y
eHOShâPhâT au moment de contre-attaquer les Philistins, dans le second livre des Chroniques au ch. 18.
Les VRAIS prophètes de YHWH, eux, se distinguaient à ce qu’ils en appelaient à la CONVERSION, au RETOUR INTÉRIEUR des cœurs vers YHWH ; non seulement le cœur des rois, mais à travers eux, le cœur du peuple puisque jusqu’à l’époque, les deux allaient de pair .
Ceci dit, la prophétie de VÉRITÉ ne pouvait pas ne s’en tenir qu’au giron de la cour royale. YHWH n’est pas un Ahura Mazda Perse dont l’influence ne s’exerce que dans les hautes sphères du pouvoir. YHWH s’adresse aussi aux rois dans un premier temps, mais vu leur endurcissement, les prophètes quittent le giron royal pour adresser leurs oracles dans les sanctuaires dédiés à YHWH ! Là où se trouvent des scribes capables de transcrire les prophéties et de les garder en mémoire. Et là encore, on a une profonde différence avec les prophètes de mensonge qui, eux, préféraient les sphères du pouvoir sans doute nettement plus rémunératrices.
Les premiers de ces nouveaux prophètes apparaissent au ix
e siècle avant J.-C avec ‘ÉliYâHOu/Élie et ‘ÈLîShâ“/Élisée. Ils restent clairement des acteurs politiques — les rois viennent toujours les consulter — ; ils sont aussi thaumaturges, c’est-à-dire faiseurs de miracles ; mais surtout, ils vivent À MÊME LEUR CHAIR la prophétie dont ils sont les messagers zélés ! Et c’est d’ailleurs à ça qu’on reconnaît la crédibilité de leurs oracles.
On l’a déjà vu, ‘ÉliYâHOu, en bon KoHéN LéWî du Nord, le service de YHWH rivé au cœur, se pose en ennemi des Prophètes de Bâ“aL qu’il n’hésite pas à défier et à passer au fil de l’épée ! Les conséquences politiques ne se font pas attendre : la femme du roi ‘A.H
e‘âV, la reine ‘îZèVèL, le poursuit pour le mettre à mort, forçant ‘ÉliYâHOu à fuir vers le Sud, par-delà le Royaume de Y
eHOuDâH, jusqu’au Mont .HoRéV, là où YHWH, nous dit-on, donnait rendez-vous à Moïse pendant l’Exode.
Tout ça évidemment, c’est du récit deutéronomiste ; mais ce n’est pas de la pure invention pour autant. Les traditions sont là, les scribes les reprennent, les étoffent et en font un récit édifiant. Certains exégètes pensent d’ailleurs que le prophète le plus marquant a été ‘ÈLîShâ“, plus que ‘ÉliYâHOu — et de fait, politiquement, le rôle de ‘ÈLîShâ“ a été plus déterminant. Mais il n’empêche : la tradition de ‘ÉliYâHOu rapportait sa conversion, et avec lui l’apparition d’une nouvelle étape de la prophétie qu’il fallait mettre en avant. Cette conversion était PARLANTE pour les scribes, et donc pour TOUT YiSs
eRâ‘éL.
‘ÉliYâHOu apprend en effet, au mont .HoRéV donc, que YHWH n'est pas dans la violence et le bruit politique ; sa loi n’est pas celle du plus fort. Il ne s’agit pas de prendre la défense comme on veut soutenir une cause ; il faut entendre et écouter sa Voix. Une VOIX qui ne se distingue que dans un souffle indicible… Et là, nous dit-on, c’est la CONVERSION ! ‘ÉliYâHOu entre à l’intérieur de lui-même, et la VOIX de YHWH se fait PARLANTE en lui. ‘ÉliYâHOu consent alors à quitter la violence EXTÉRIEURE pour adopter une attitude INTÉRIEURE, plus humble, mais ô combien plus signifiante et féconde !
Son disciple ‘ÈLîShâ“, lui, n’ira pas jusque-là. Il restera un prophète politique dont on ne sait rien d’une vie intérieure. On sait qu’il est un fidèle de YHWH et qu’il aime son peuple. Si la Bible retient son histoire, c’est essentiellement parce qu’ayant fait monter YéHOu‘/Jéhu sur le trône du Royaume du Nord, YHWH en est devenu le Dieu tutélaire à la place du Bâ“aL. Je ne m’attarde pas : on l’a déjà vu par ailleurs.
Après ‘ÈLîShâ“, ce genre de prophète politique et faiseur de miracles disparaît pour laisser place à des prophètes dont la seule arme, à partir du viii
e siècle, est leur TÉMOIGNAGE de la VOIX entendue de YHWH ; une VOIX qui les saisit tous jusque dans leur CHAIR — ils sont dans la ligne de ‘ÉliYâHOu de ce point de vue, plus que ‘ÈLîShâ“ ne l’a été pour sa part —. Ils sont l’objet de songes et de visions dont ils se sentent appelés à TÉMOIGNER contre vents et marées : ce sont eux, les prophètes de VÉRITÉ, les vrais “témoins” de YHWH. Ceux dont on va notifier et publier les oracles.
Vous vous souvenez de ce qu’on a dit de la VÉRITÉ dans les vidéos précédentes : la VÉRITÉ dans la Bible se vérifie à la concordance sans faille des TÉMOIGNAGES en faveur ou en défaveur de telle ou telle décision royale ou même des prêtres ; en faveur ou en défaveur du comportement du peuple qui ne sait plus discerner entre justice et injustice… Ces prophètes avertissent des répercussions sur la vie du peuple.
Dès lors, qu’il s’agisse de Sh
eMOu‘éL, NâTâN, ‘ÉliYâHOu, ‘ÈLîShâ“, HOShé“a ; puis de “ÂMOS/Amos, Y
eSha“
eYâHOu/Isaïe, YiR
eM
eYaHOu/Jérémie, Y
e.HèZ
eQé’èL/Ézéchiel, mais aussi YO‘éL/Joël, “oVaD
eYâH/Abdias, .HaVaQQOuQ/Habacuc et tous les autres ; les scribes reconnaissent en eux de VRAIS prophètes selon YHWH à ce que leur TÉMOIGNAGE ne varie pas à la lumière de l’ÉLECTION, qui répercute courageusement depuis le viii
e siècle l’APPEL de l’ÊTRE, l’APPEL à ÊTRE spécifique lancé à TOUT YiSs
eRâ‘éL au milieu des nations ! Ajoutons en passant que c’est dans la même ligne que Saint Jean parlera de son Évangile comme d’un TÉMOIGNAGE VRAI, et que l’Apocalypse présentera Jésus comme le VRAI TÉMOIN du Père.
Ceci posé, la question concernant Moïse comme prophète s’affine !
2. Moïse prophète
Alors déjà, dans le contexte de notre ch. 18 du Deutéronome, pourquoi les scribes évoquent-ils sans prévenir le prophétisme ? Tout simplement parce que le prophétisme est la réponse biblique à tout ce qui relève de l’astrologie, de la magie ou de quelque divination que ce soit dont traite ce chapitre !
D’une part parce que, contrairement à toutes ces pratiques occultes, le prophétisme ne se vit pas à côté du culte, mais en son sein : les prophètes lancent leurs messages dans les Hauts-Lieux de YHWH ; ils sont eux-mêmes des KoHaNîM LéWîYYiM pour la plupart : même Jean-Baptiste, l’ultime prophète avant Jésus, sera fils du KoHéN Z
eKhaR
eYâH/Zacharie, donc KoHéN LéWî.
D’autre part parce que, contrairement à toute divination par nature EXTÉRIEURE, la prophétie travaille à la CONVERSION INTÉRIEURE, à commencer par le prophète lui-même ; et c’est du cœur de sa propre conversion qu’il entend la VOIX de ‘ÈLoHîM ; une VOIX qui donne au prophète d’être capable d’INTERPRÈTER ce qui est en train de se passer à la lumière de l’APPEL de YHWH concernant le peuple, lui-même appelé à la CONVERSION du cœur, à commencer par ses rois !
Dit autrement : tout ce qui relève de la magie, de l’astrologie, de la nécromancie, etc. procède de techniques qui tentent de forcer le sort ; alors que la prophétie, elle, est d’ordre charismatique : le prophète ne parle jamais en son nom propre ; il met même souvent sa vie en jeu en acceptant de TÉMOIGNER de cette VOIX qui PARLE en lui de la part de ‘ÈLoHîM. Là où astrologues, magiciens ou devins font commerce de leur savoir-faire, le prophète, lui, n’exerce son charisme qu’en engageant et en offrant sa propre vie ! Et s’il est arrivé à des prophètes comme ‘ÉliYâHOu/Élie ou ‘ÈLîShâ“/Élisée de faire des miracles, ce n’a jamais été par des rituels magiques.
Donc : à la lumière de tout ça, Moïse était-il prophète ? Oui dans la mesure où déjà, sa figure est avant tout le fruit de la prédication prophétique ! Un même TÉMOIGNAGE les unissaient, que la figure de Moïse vient comme agréger en sa personne autour de laquelle se construit, dès lors, toute la TORâH.
Par ailleurs, Moïse répond à tous les critères du TÉMOIN VÉRITABLE : il n’use d’aucune technique, d’aucun subterfuge pour séduire le peuple ; Moïse est rivé au culte de YHWH qu’il fonde ! Tout ce qu’il porte est le fruit de sa propre CONVERSION INTÉRIEURE, en communion avec celle qui animait ses propres Pères : ‘AV
eRâHâM, YiTs
eRâQ, Ya”aQoV et — ne l’oublions pas — YOSéPh !
Moïse n’est pas simplement un leader qui tirerait profit de son charisme : Moïse entend la VOIX de ‘ÈLoHîM, YHWH dont il relaye l’APPEL à son peuple ; il engage sa propre vie en répercutant l’APPEL de l’ÊTRE qui résonne en lui ; un APPEL d’Être, un APPEL à ÊTRE qui est PARLANT ; un APPEL qu’on pourrait désigner de CRÉATEUR puisque c’est par lui que naît le peuple de l’ÉLECTION. Tout ça fait de Moïse un TÉMOIN véritable, donc un PROPHÈTE de VÉRITÉ.
À partir de là, la TORâH manifeste que TOUT YiSs
eRâ‘éL n’existe en définitive qu’en étant par nature PROPHÉTIQUE ! C’est en sa faveur que résonne, par Moïse et donc par la TORâH, la VOIX de l’ÊTRE, en vue de la CONVERSION INTÉRIEURE de tout le peuple. TOUT YiSs
eRâ‘éL est PROPHÉTIQUE à destination des nations : il reçoit la mission de montrer aux Nations qu’un AUTRE CHEMIN existe que le chemin EXTÉRIEUR qui les garde rivées sur elles-mêmes et sur leurs vains combats : un CHEMIN INTÉRIEUR sur lequel, seul, ‘ÈLoHîM s’offre à rencontrer. Comme le répète à l’envie le Qo.HèLèT : « Vanité des vanités, tout est vanité ! » : Le monde EXTÉRIEUR, purement matériel, auquel les nations ne demandent pas d’être PARLANT, mais qu’elles veulent maintenir à leur merci ; un tel monde est VAIN ; ce n’est que du vent !
D’ailleurs, que tout YiSs
eRâ‘éL s’ouvre à sa dimension prophétique, à sa dimension INTÉRIEURE, constitue l’espérance de explicite de la TORâH :
« Qu’il soit donné à tout le peuple de YHWH d’être prophète, que YHWH donne sur eux son Esprit ! » (Nb 11,29). C’est de cette espérance dont la vision des ossements desséchés de Y
e.HèZ
eQé’èL se fait l’écho, qui suit immédiatement la Parole de YHWH :
« Je donnerai pour vous un cœur nouveau, et Je mettrai à l’intérieur de vous — ah tiens ? —
un esprit nouveau ; J'ôterai de votre corps le cœur de pierre — extérieur —
, et je donnerai pour vous un cœur de chair — tout intérieur —
. » (Ez 36,26).
Enfin, pour aller jusqu’au bout, si on a bien entendu que les PROPHÈTES, à trois exceptions près, sont tous du giron des KoHaNîM — une fonction que Moïse assume d’ailleurs avant que ne paraisse le clergé lévitique — ; nous avons là le signe que la PROPHÉTIE est intimement, intrinsèquement liée au SACERDOCE !
Par voie de conséquence, en tant que peuple PROPHÉTIQUE, TOUT YiSs
eRâ‘éL se trouve donc être appelé par YHWH à constituer un peuple SACERDOTAL !
« Soyez pour Moi un Royaume de KoHaNîM et une nation sainte » (Ex 19,6) ; un passage directement inspiré du prophète Y
eSha“
eYâHOu, ce qui n’est plus pour nous surprendre :
« Vous serez appelés : KoHaNîM YHWH ! » (Is 61,6).
Donc ok : Moïse est bien PROPHÈTE, et il est KoHéN, du moins jusqu’à ce que, raconte le livre de l’Exode, les KoHaNîM LéWîYYiM soient institués par lui pour prendre le relai dans l’histoire du peuple des Hébreux. Reste alors la question : quel est ce fameux prophète que YHWH fera surgir et qui sera « comme Moïse »
?
« YHWH, ton ‘ÈLoHîM, élèvera de ton sein, d’entre tes frères, un prophète comme moi : c’est lui que vous écouterez. » (Dt 18,15).
3. « Un prophète comme moi… »
Une chose est sûre : aucun des Prophètes bibliques ne s’est présenté comme successeur de Moïse. Et pour cause, puisque la figure de Moïse s’est construite tardivement À PARTIR de leur prédication, donc APRÈS eux. Ils ne pouvaient donc pas l’invoquer, et encore moins se prévaloir de sa tradition.
Ce n’est qu’à partir du v
e siècle avant J.-C., à partir du moment où la TORâH est constituée, qu’un “prophète comme Moïse » est espéré. Non pas un “second” Moïse, puisque Moïse, comme intermédiaire privilégié de YHWH, est unique — souvenons-nous :
« YHWH parlait avec Moïse face à face, comme un homme parle à son compagnon. » (Ex 33,11) ; ou encore, alors que ‘AHaRoN et MîR
eYaM se prennent à le jalouser :
« YHWH dit : “Écoutez bien Mes paroles ! S’il y a parmi vous un prophète, c'est en vision que Moi, YHWH, Je me fais connaître à lui ; c'est en songe que Je lui parle. Pas mon serf Moïse, lui qui, dans toute Ma maison, est fidèle. Je lui parle de bouche à bouche et de visu ; non en énigmes, et c’est l’Icône de YHWH qu’il contemple ! Que ne craignez-vous donc de parler contre Mon serf, contre Moïse ? » (Nb 12,6-8).
Donc redisons-le : on n’attend pas un second Moïse ; et de ce point de vue, concluant le récit de la mort de Moïse, la fin du Deutéronome est sans ambages :
« Il ne s’est plus levé en YiSseRâ‘éL de prophète comme Moïse, lui que YHWH connaissait face à face. » (Dt 34,10).
En revanche, on attend que YHWH n’éteigne pas la prophétie avec la mort de Moïse, au sens du v. 18 :
« J’élèverai pour eux un prophète du sein de leur frère, comme toi. Je donnerai Ma parole dans sa bouche, il leur parlera selon tout ce que Je lui ordonnerai. » (Dt 18,18). Mais entendons bien : ce qui importe, c’est que, par la figure de Moïse, la prophétie soit bel et bien FONDÉE DANS LA TORâH ! La PROPHÉTIE DE VÉRITÉ : celle qui élève le peuple de l’INTÉRIEUR, sans usage de pratiques idolâtres purement EXTÉRIEURES !n De sorte que l’Exil ne saurait en aucune manière signer sa disparition, pas plus que celle du SACERDOCE !
La ROYAUTÉ en revanche, qui n’est pas fondée dans la TORâH, s’éteindra comme institution avec l’Exil. Non pas comme lignée, mais comme INSTITUTION pour le peuple de TOUT YiSs
eRâ‘éL.
Alors les prophètes se tairont après MaL
e‘âKhî/MaLe‘âKhî, qui prend la parole à la toute fin du vi
e siècle. Jusqu’à ce que mystérieusement, elle semble resurgir de manière inopinée avec Jean le Baptiste, mais ça, c’est une autre phase de l’histoire.
En attendant, les v. 20 à 22 de notre chapitre préviennent qu’on n’évitera pas les usurpateurs, les prophètes de mensonge, ceux dont le TÉMOIGNAGE n’est pas fiable. On les reconnaîtra à ce simple fait que leurs paroles ne s’accompliront pas, et alors : gare à eux !
Pour terminer, prenons un peu de recul : nous sommes parvenus à la conclusion de la première section du code deutéronomique, qui s’étend du ch. 17, v. 14 au ch. 18, v. 22. Elle rassemble les trois dimensions qui structurent le peuple de YiSs
eRâ‘éL :
– les rois,
– les prêtres
– et les prophètes ;
chacun avec sa mission propre au sein de TOUT YiSs
eRâ‘éL.
– Le ROI sera demandé par le peuple, non par la TORâH, qui prévient qu’elle ne valide pas ce choix. Il restera néanmoins ÉLU par YHWH, entendons par là : pas question qu’il fasse comme bon lui semble. Or dans les faits, c’est tout de même ce qu’il s’est passé, raison pour laquelle la royauté s’évanouira avec l’Exil.
– les PRÊTRES sont institués par la TORâH. Eux aussi sont ÉLUS par YHWH. Leur sort reste néanmoins dépendant de celui du Temple de Y
eROuShâLaYiM, détruit par les Babyloniens, reconstruit par Zorobabel, et détruit à nouveau par les Romains… Donc certes, depuis lors, il n’y a plus d’activité “sacrificielle” ; mais LE SACERDOCE DEMEURE, et il est la marque désormais du peuple entier de TOUT YiSs
eRâ‘éL, qui n’offre plus ni Montée, ni encens, mais le sacrifice de conversion et le sacrifice de louange, comme disent les Psaumes. Les seuls SACRIFICES INTÉRIEURS que ‘ÈLoHîM agrée, depuis toujours.
– Quant aux PROPHÈTES, eux aussi sont ÉLUS par YHWH, et la figure de Moïse en fonde l’institution dans la TORâH. Alors on vient de le dire : la PROPHÉTIE s’éteindra à partir du v
e siècle, mais comme pour le SACERDOCE, en vertu de sa fondation dans la TORâH, elle est désormais le lot du peuple tout entier !
Donc ce qui marque et unifie ces versets, ou plus exactement, ce qui marque et unifie le PEUPLE, c’est bien l’ÉLECTION de YHWH qui est en définitive l’âme de la TORâH de Moïse. Raison pour laquelle, depuis le v
e siècle, on peut dire que la TORâH seule suffit à TOUT YiSs
eRâ‘éL.
YiSs
eRâ‘éL n’est pas le meilleur de tous les peuples : il est simplement celui qui consent à ce que YHWH l’ait ÉLU pour le travailler sans concession, à travers ses ROIS, ses PRÊTRES et ses PROPHÈTES, et
in fine grâce à la TORâH pour passer de l’EXTÉRIEUR à l’INTÉRIEUR, de la MORT à la VIE ; là est le Chemin de la BÉNÉDICTION si cher aux scribes deutéronomistes.
Cela seul devrait nous suffire, en tant que nations, pour nous incliner devant le courage de ce PEUPLE, unique en son genre, la pupille de YHWH, dira saint Bernard ; et apprendre de celui-ci l’art d’écouter YHWH, la VOIX de ‘ÈLoHîM, pour qu’à Sa Lumière, toutes les nations que nous formons passent à leur tour du POTENTIEL au RÉEL, de la MORT à la VIE, du ToHOu WâVoHOu initial à la VIE ÉTERNELLE. Jésus s’en chargera à travers sa royauté, sa prédication prophétique et l’offrande de sa personne en Montée pour le pardon des péchés. Ainsi ne démettra-t-il pas la TORâH de Moïse, mais, par sa TORâH Orale, la fera passer elle-même du POTENTIEL au RÉEL en faveur de toutes les nations, et en définitive en faveur de toute la CRÉATION.
Je vous en souhaite une belle lecture de l’ensemble de ce ch. 18 du Deutéronome. Nous verrons la suite la prochaine fois.
Je vous remercie.
______________________________________________________________