• Notes et documentsTranscription du texte de la vidéo : Tous droits réservés.Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article______________________________________________________________Bonjour,
Nous ouvrons le ch. 19 du Deutéronome qui nous introduit à la seconde section du Code deutéronomique et qui nous emmènera jusqu’au ch. 26. Ces chapitres donnent diverses lois de droit criminel, familial et social.
Alors on pourrait se demander : à quoi ça sert de lire ça ? Eh bien : ça sert à tout le moins à ne pas réduire notre histoire — parce que c’est aussi NOTRE histoire par le Christ Jésus — à un simple manifeste d’idées et de valeurs, si belles et si grandes soient-elles. Pour que paraissent Jésus et l’Église, pour que nous soit ouvert le chemin de la BÉNÉDICTION — le chemin de la vie éternelle —, des hommes et des femmes ont essuyé les plâtres, ont construit un monde qui s’est défait, qui s’est refait ; ils ont structuré un peuple avec le tempérament des uns, le tempérament des autres ; et surtout, ils n’ont jamais voulu perdre le trésor de leur ESPÉRANCE, au milieu de toutes les affres qu’ils ont traversées.
Et donc, dans ce peuple comme dans toute nation, il y a des affaires criminelles à gérer, des vengeances à réglementer, des vindictes populaires à retenir etc. Autant de décrets qui vont permettre à YiSs
eRâ‘éL de ne pas exploser en vol en tombant dans le piège d’une anarchie suicidaire où la seule loi qui vaille serait celle du plus fort. Là encore, la TORâH sauve le peuple en lui donnant un objectif clair : il n’y a de vie possible dans l’Alliance qu’en vertu de la JUSTICE dont YHWH est le garant transcendant, par Moïse, son PROPHÈTE serviteur.
1. Les villes-refuges
Premier sujet clef : celui des villes-refuges que la fin du ch. 4 a déjà évoquées et qu’on avait aussi vu par ailleurs dans le livre des Nombres, au ch. 35. La question est de gérer le droit de la VENGEANCE DE SANG qui a toujours eu cours et dont la TORâH s’est d’abord chargée de limiter les abus. C’était notamment le côté obscur du GO‘èL que la TORâH montre certes comme gardien de ses frères, mais qui pouvait aussi être chargé de venger le sang versé par un autre clan, et là, ça devenait carrément la mafia où se faire JUSTICE individuellement l’emportait sur la JUSTICE communautaire.
Donc la TORâH prend le problème à bras-le-corps. D’une part en distinguant entre homicide volontaire et homicide involontaire — une distinction qui existait par ailleurs dans tout le Moyen-Orient. On en a les traces dans le Code de Hammourabi — ; et d’autre part en établissant des lieux de refuge — essentiellement des sanctuaires — où les meurtriers involontaires — et eux uniquement — pouvaient trouver un asile pour échapper à la
vendetta, s’en remettre au jugement de la communauté et du KoHéN gardien du sanctuaire.
Du coup, dans la logique deutéronomiste d’un unique sanctuaire à Y
eROuShâLaYiM, ça n’est pas sans poser de sérieux problèmes : que faire si l’homicide a lieu à ShoM
eRON, ou tout au Nord, à DaN, ? On avait le temps de se faire tuer mille fois avant de rejoindre la Ville Sainte ! Il fallait donc garder l’institution de lieux-refuges répartis équitablement sur le territoire, qui deviennent des VILLES-REFUGES. Et les scribes vont enraciner ce droit dans la TORâH, et le posant sous l’égide de Moïse.
Le récit nous raconte ainsi l’instauration de trois villes-refuges, dès l’installation des YiSs
eRâ‘éL sur le Sol promis. Moïse ne les nomme pas : on respecte une certaine logique narrative, histoire de ne pas tomber dans l’invraisemblance. Trois autres villes sont par ailleurs prévues au prorata de l’extension du territoire. Dans le même sens, on se souvient qu’au ch. 4, Moïse avait nommément choisi trois villes pour les tribus qui s’installeraient à l’Orient du Jourdain. Pour ce qui concerne le sol de K
eNa“aN, cette tâche sera dévolue à Y
eHOShOu”a/Josué, au ch. 20 du livre qui lui est consacré.
Ce qui surprend, à partir du v. 6, c’est la justification des préceptes à laquelle la TORâH ne nous a pas vraiment habitués. En revanche, c’est vrai que le rédacteur deutéronomiste aime donner du sens aux prescriptions, ne serait-ce qu’en les inscrivant dans la logique des bénédictions de l’Alliance. Donc un peu de casuistique lui semble nécessaire ici, et il faut essayer d’en scruter la raison pour nous approprier ces préceptes d’une manière ou d’une autre.
Qu’est-ce que l’auteur nous dit ? Peut-être que l’homme, marqué par son mauvais penchant — son YéTsèR HaRa“,
יֵצֶר הַרַע —, et toujours prompt à se faire JUSTICE, ne sait pas se contrôler par lui-même. Il a besoin pour ça de la COMMUNAUTÉ ; il a besoin du discernement de ses frères — notamment des « anciens », dira le v. 12. Ça aussi, pour l’auteur deutéronomiste, fait partie du travail d’appropriation du Sol. C’est la responsabilité de TOUT YiSs
eRâ‘éL de ne pas laisser sans recours les affaires de JUSTICE qui ont lieu en son sein.
Le v. 13 est de ce point de vue assez beau : le sang innocent ne saurait être versé au sein du peuple de l’Alliance. N’oublions pas que ce genre de sang crie vers YHWH, ce qui est noté depuis le meurtre de HâVèL/Abel par QaYîN /Caïn jusqu’aux martyrs du livre des Martyrs d’YiSseRâ‘éL ; et jusqu’à ceux de l’Apocalypse selon saint Jean ; sans oublier évidemment le sang innocent du Christ versé sur la croix en conséquence du péché de tous les hommes.
Et en ce sens, si les chrétiens ne bénéficient pas de villes-refuges — encore que les églises ont longtemps fait office d’asile, jusqu’à des temps pas si lointains ! On se souvient de Victor Hugo dans
Notre-Dame de Paris, quand Quasimodo sauve Esméralda de sa condamnation à mort pour le meurtre de Phœbus :
« Dans l’enceinte de Notre-Dame, la condamnée était inviolable. La cathédrale était un lieu de refuge. Toute justice humaine expirait sur le seuil. » (Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, Gosselin (1831), p. 336) — Bref, si donc les chrétiens ne bénéficient pas de ville-refuge, la croix constitue pour eux le lieu par excellence où trouver asile contre les injustices les plus meurtrières.
Le v. 14 fait sourire :
« Tu ne déplaceras pas la borne de ton prochain ! » (Dt 19,14). Décidément, le Qo.HèLèT a bien raison :
« Rien de nouveau sous le soleil ! » Déjà le droit Assyrien tentait de limiter ce genre de forfaiture. La TORâH ne pouvait donc pas faire moins, parce qu’on touche là à la base de la JUSTICE. On reste encore et toujours dans la 10
e parole du Décalogue :
« Tu ne convoiteras pas ! ». D’ailleurs le ch. 27 en fera l’une des dix causes de malédiction que le peuple de l’Alliance devra entériner devant Moïse :
« “Récusé soit celui qui déplace la borne de son prochain !” Tout le peuple dit : “âMéN !” » (Dt 27,17).
2. Au service de la vraie justice
Du v. 15 au v. 21, c’est-à-dire jusqu’à la fin du chapitre, on reste dans les questions de JUSTICE pour les peaufiner. C’est bien beau de se dire innocent, mais encore faut-il que des TÉMOINS — de VRAIS témoins, évidemment, au sens où on en a parlé dans les dernières vidéos — viennent corroborer cette déclaration.
Rappelons juste que les tribunaux ne se tenaient pas dans une salle comme aujourd’hui. Ils s’organisaient en débats autour du juge qui était assis face aux différentes partie qui se tenaient debout devant lui. C’est le sens du v. 17. Chacune appelait ses témoins respectifs, au moins au nombre de deux en ce qui concerne les témoins à charge pour une condamnation à mort. Et si celle-ci était prononcée, les témoins à charge endossaient la responsabilité de la sentence : c’était à eux de jeter la première pierre.
Quant aux faux-témoins découverts, ils étaient tout simplement condamnés à la peine qui aurait frappé l’accusé à tort… On pense au récit de Suzanne et des deux anciens qui font dessein la déshonorer, dans le livre de Daniel. Ça donnait au moins à réfléchir avant de décider de mentir.
Alors cette procédure n’empêche pas à tous les coups de commettre des injustices, mais il n’en reste pas moins que cette question de l’ENQUÊTE est la marque d’une JUSTE JUSTICE ,recherchée par ailleurs dès les plus anciennes civilisations. Et là encore, les scribes en exil s’inspirent des législations mésopotamiennes, donc païennes, mais c’est parce qu’ils ont discerné là une JUSTICE qui répond à l’APPEL de ‘ÈLoHîM ; elle leur était PARLANTE au sein de l’ÉLECTION, de sorte que la TORâH pouvait sans difficulté assumer ce genre de procédure, ce que note le v. 20.
Du coup, le v. 21 surprend à nouveau : on retrouve la fameuse Loi du Talion qu’on avait déjà rencontrée d’une part au ch. 21 du livre de l’Exode, d’autre part au ch. 24 du livre du Lévitique. Ce qui est nouveau ici, c’est l’inscription de cette loi dans le cadre des procès : une fois tombé le jugement, pas question de dépasser une juste réparation !
« Ton œil sera sans merci : vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied ! » (Dt 19,21).
Autrement dit, aucun débordement de vengeance ne saurait prévaloir dans un procès équitable. On retrouve le refrain qu’on avait déjà au v. 13 :
« Ton œil sera sans merci » (Dt 19,13), c’est-à-dire sans compromission pour se mettre au strict service de la vraie JUSTICE — entendons par là de la JUSTICE selon la TORâH. Le jugement, quel qu’il soit, doit être PARLANT aux oreilles du peuple, c’est-à-dire au service de sa vie et de son élévation, de sa Montée vers YHWH. Et en l’occurrence, il s’agit de toujours faire en sorte que jamais un sang innocent ne soit versé au sein du peuple élu.
3. Vers un peuple de JUSTES
Ce faisant TOUT YiSs
eRâ‘éL devient, pour reprendre l’expression de l’École Sacerdotale, une “éDâH,
עֵדָה, une Communauté de TÉMOINS ! Le terme “éDâH,
עֵדָה, a deux racines : d’une part Yâ“aD, qui signifie « se rassembler » ; et “OD, qui signifie « prendre à témoin ». Du coup, en adjoignant les deux, la “éDâH en vient à signifier : la COMMUNAUTÉ de TÉMOINS au milieu des nations ; TÉMOINS de l’APPEL d’ÊTRE que représente YHWH. Je nous renvoie à ce qu’on a dit du VRAI et du FAUX TÉMOIN dans la dernière vidéo. Dit autrement, la “éDâH
est le peuple dont le rassemblement se fait sur le partage d’un même TÉMOIGNAGE vis-à-vis de YHWH à la face des nations.
Dans ce cadre, la JUSTICE de la TORâH sur laquelle TOUT YiSs
eRâ‘éL fonde sa vie en société, n’est autre que la JUSTICE de YHWH qui s’exerce avant tout au sein du peuple, entre frères, comme une exigence INTÉRIEURE de tout le CORPS. C’est parce qu’il vit cette JUSTICE à même sa CHAIR que TOUT YiSs
eRâ‘éL se présente face aux nations comme le VÉRITABLE TÉMOIN du règne de la JUSTICE de YHWH ; comme le TÉMOIN d’une Montée toujours possible vers un À-VENIR que ‘ÈLoHîM ne cesse d’ouvrir à ceux qui écoutent sa VOIX ; à ceux pour qui la VOIX de ‘ÈLoHîM est PARLANTE ! Dit encore autrement, le Règne de la JUSTICE au sein du peuple est la condition pour marcher sur le chemin de la BÉNÉDICTION.
Ça va loin, parce que la vigilance envers l’application stricte de cette JUSTICE se présente comme la condition du maintien du peuple sur le Sol promis. Or LE point fort de cette JUSTICE, c’est qu’aucun sang innocent ne soit jamais versé :
« Ton œil sera sans merci : tu balaieras hors de YiSseRâ‘éL le sang de l’innocent et tu auras du bonheur ! » (Dt 19,13). On voit là à nouveau l’empreinte, avant l’Exil, du prophète YiR
eM
eYaHOu/Jérémie :
« Mon peuple a commis deux méfaits : ils M’ont abandonné, Moi, la Source des eaux vives, pour se creuser des citernes, des citernes qui ne retiennent pas les eaux ! […] Ainsi donc as-tu appris des méfaits tes chemins. Jusqu’à l’extrême, on trouve le sang de pauvres innocents que tu n’as pas trouvés commettant d’effraction ! » (Jr 2,13.34) ;
« Ainsi dit YHWH TseVâ‘OT, le ‘ÈLoHîM de YiSseRâ‘éL : […]Si, pour amender, vous amendez vos chemins et vos agissements ; si pour appliquer, vous appliquez le jugement entre l’homme et son prochain, si vous n’exploitez pas le résident, l’orphelin et la veuve, si vous ne répandez pas en Ce Lieu le sang innocent — Ah voilà ! —
, si vous n’allez pas à la suite d’autres ‘ÈLoHîM pour votre malheur, alors Je vous ferai demeurer en Ce Lieu — HaMMâQOM HaZZèH, Y
eROuShâLaYiM —
, dans le Sol que J’ai donné à vos pères depuis toujours et pour toujours. » (Jr 7,3.5-7).
Un peu plus loin : «
Écoutez la Parole de YHWH, rois de YeHOuDâH et habitants de YeROuShâLaYiM ! Ainsi parle YHWH TseVâ‘OT, le ‘ÈLoHîM de YiSseRâ‘éL : voici que Je fais venir sur Ce Lieu un malheur tel que quiconque l’apprendra, les oreilles lui tinteront : parce qu’ils M’ont abandonné et qu’ils ont aliéné Ce Lieu, et qu’ils y ont fait fumer l’encens pour d’autres dieux que n’ont connu ni eux, ni leurs pères, ni les rois de YeHOuDâH, et qu’ils ont rempli Ce Lieu du sang des innocents. — là, c’est clairement M
eNaShèH qui est visé et le culte astral qu’il a déployé sur le toit du Temple —
Ils ont bâti des Hauts-Lieux de Bâ“aL pour brûler leurs fils par le feu en holocauste à Bâ“aL — Houlà ! Voilà l’abomination de l’abomination, disait Dt 18 ! —
, chose que je n’avais ni commandée ni dites, qui ne m’était pas montée au cœur… » (Jr 19,3-5). Suit l’annonce de la dévastation de Y
eROuShâLaYiM par l’arrivée des Babyloniens.
Alors on pourrait multiplier les citations du prophète dans le même sens, mais ce qui importe, c’est que lorsque les scribes rédigent la TORâH, ils y intègrent cette interdiction du sang versé innocent, comme faisant partie intégrante de l’ÊTRE même de TOUT YiSs
eRâ‘éL, au nom de l’ÉLECTION, de l’ENTRE-DEUX qui le relie viscéralement à YHWH.
Alors le roi Yo’ShiYYâHOu/Yo’ShiYYâHOu, le petit-fils de M
eNaShèH, avait rectifié le tir, malheureusement, cela ne suffira pas. Ses successeurs ne seront manifestement pas à la hauteur malgré les avertissements prophétiques, ce qui entraînera, selon nos scribes deutéronomistes, la déportation du peuple en ÉXIL. Des avertissements qui vont retentir, comme en échos, jusque pendant l’EXIL, tant est profonde la blessure : on pense ici à Y
e.HèZ
eQé’èL :
« Ainsi parle ‘ADoNaï YHWH : Assez, princes de YiSseRâ‘éL ! Écartez la violence et la dévastation ; pratiquez le jugement et la JUSTICE ; cessez vos exactions contre mon peuple – oracle de ‘ADoNaï YHWH ! » (Éz 45,9).
Donc voilà. On perçoit peut-être mieux, grâce à ce chapitre, combien la construction d’un peuple comme COMMUNAUTÉ de TÉMOINS, est difficile. Mais ce n’est pas impossible ! À condition de rappeler le droit, de poursuivre la JUSTICE non seulement comme la quête d’un idéal, mais surtout CONCRÈTEMENT. Entendons : une JUSTICE qui sache combattre la convoitise du cœur pécheur, qui ne vit qu’à l’EXTÉRIEUR de lui-même. Une convoitise qui, si elle n’est pas arrachée de ce cœur, conduit au mensonge, au vol, à l’adultère et au meurtre ; sans oublier le déshonneur des parents, le reniement du ShaBâT et l’oubli de YHWH.
Comme quoi, en filigranes, le Décalogue reste bien l’âme de l’appel incessant à la JUSTICE que la TORâH a pour mission de fonder en Moïse pour que paraisse un peuple de JUSTES : la fameuse “éDâH, la COMMUNAUTÉS de TÉMOINS positionnée par YHWH à la face des nations.
Voilà. Je vous souhaite une lecture féconde de ces versets. Nous verrons la suite la prochaine fois.
Je vous remercie.
______________________________________________________________