24-05-2026

[Dt] Points concrets de Justice en YiSseRâ‘éL (2)

Deuteronomy 22:0 par : Père Alain Dumont
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De la considération d’un nid dont il ne faut pas extirper la mère en même temps que les œufs, à celles d’une maison à construire en évitant la chute des ouvriers, d’une vigne pure à planter, de franges à accrocher à son manteau et du mariage à préserver…
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Transcription du texte de la vidéo : 
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous poursuivons notre lecture du Deutéronome avec le ch. 22, et j’espère que vous ne vous découragez pas ! Derrière toutes ces prescriptions, il faut voir les racines de ce qui constitue les règles morales, les règles JUSTES du point de vue de l’Alliance ; autant de prescriptions qu’à sa manière, le Christ Jésus assumera en plongeant tout ça dans la lumière de la CHARITÉ.

En attendant, il fallait bien que des règles fondamentales soient édictées, pas toujours dans la dentelle dans une société en pleine construction, puisque, rappelons-nous, ce texte n'est promulgué qu’au ve siècle avant J.-C.

1. Le devoir d’entraide fraternelle

Le ch. 22 continue la série de prescriptions — et on ira comme ça jusqu’au ch. 26 —, dont l’objectif commun est tout simplement la recherche de la JUSTICE. À commencer, des v. 1 à 4, par le DEVOIR D’ENTRAIDE ; concrètement lorsqu’une brebis est trouvée en train d’errer, ou qu’un Fils de YiSseRâ‘éL trouve un manteau à l’abandon. D’un point de vue très concret, à une époque où il n’existait pas de bureau des objets trouvés, être Juif consiste aussi à se tenir pour responsable des animaux ou des objets égarés qu’on trouve au hasard d’un chemin !

Alors on est dans un monde agricole, raison pour laquelle on nous parle entre autres d’une brebis, d’un bœuf ou d’n-un âne : ce sont les principaux adjoints de la vie quotidienne. Mais pas seulement : ça peut être un manteau, ou tout objet trouvé à l’improviste…

L’expression du v. 3 est intéressante, qui ne reprend pas exactement la formulation du v. 1 : « Ne te dérobe pas » (Dt 22,1) — c’est-à-dire ne te dérobe pas à ce devoir de restitution —, mais « Tu n’as pas la puissance de te dérober » (Dt 22,3), ce qui est beaucoup plus fort, parce que ça introduit une contradiction entre l’appartenance à l’Alliance et la dérobade : c’est parce que tu vis dans l’ALLIANCE, dans cet ENTRE-DEUX qui te relie à YHWH comme à ton prochain, que tu n’as pas la puissance de te dérober à ton devoir de Fils de la TORâH ! Le verbe YâKoL, יָכֹל, signifie « pouvoir », non pas au sens moral, mais au sens d’une capacité : « avoir la puissance de te faire ou non quelque chose ». Une sorte d’impératif inscrit dans l’Être, un impératif d’ÊTRE, CHARNEL.

Dit autrement : à partir du moment où tu fais partie du CORPS de TOUT YiSseRâ‘éL, tu n’as plus la capacité de te comporter comme les nations : ça contrarierait ton Être même, ton essence de Fils de YiSseRâ‘éL. On ne parle pas ici de solidarité : on parle de FRATERNITÉ, ce qui est tout autre chose ! On pourrait dire que la solidarité morale est au “vivre ensemble” ce que la FRATERNITÉ est à la COMMUNION !

Ce sont deux mondes OPPOSÉS : l’un EXTÉRIEUR, l’autre INTÉRIEUR, ce qui fera dire à Jésus : « Mon Royaume n’est pas de ce monde — eh non : ton royaume, Pilate, est extérieur ; le mien est tout INTÉRIEUR ! —. » (Jn 18,36) ; ou concernant les disciples : «Je leur ai donné Ta parole — la PAROLE / pas le bavardage entendons-nous bien / ; la PAROLE du Père, c’est son LOGOS, son VERBE ; donc Jésus dit ici : Je leur ai donné TON VERBE, c’est-à-dire l’ÂME du monde, ce VERBE qui constitue la dimension INTÉRIEURE du monde, sa VIE, son MOUVEMENT D’ÊTRE — ; et le monde — EXTÉRIEUR — les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde — EXTÉRIEUR —, comme Moi-même, Je ne suis pas du monde — EXTÉRIEUR : eh non, puisqu’Il est le VERBE INCARNÉ, l’ÂME divine qui a pris chair dans le monde —. » (Jn 17,14).

Dès lors, pour en revenir au Deutéronome : si tu fais partie du CORPS de TOUT YiSseRâ‘éL, tu es ANIMÉ à même ta CHAIR par l’esprit de l’ALLIANCE qui est un esprit de FRATERNITÉ ! Donc : tu n’as plus la puissance de poser des actes de convoitise ! Ce serait antinomique ! C’est d’ailleurs à ça, à cette incapacité de poser de tels actes,  qu’on peut reconnaître que tu appartiens à ce CORPS, et non pas aux nations !

Dans la tentation de t’approprier sournoisement un bien perdu par ton frère, en vertu du CORPS dont vous faites partie l’un et l’autre, tu as la capacité de dire NON, au nom de YHWH. Et là, paradoxalement, tu fais l’expérience de la LIBERTÉ que te procure ton appartenance à ce CORPS dont YHWH est l’ÂME vivante. Là, tu sais que tu es BÉNI ; CHARNELLEMENT BÉNI !

Dans la même veine deutéronomiste, le livre de l’Exode donne le même genre de précepte, mais en étant encore plus exigeant puisqu’il s’agit des biens de l’ENNEMI : « Quand tu rencontreras le bœuf de ton ennemi ou son âne égaré, pour le lui retourner, tu le lui retourneras ! Quand tu verras l’âne de celui qui te hait crouler sous sa charge, garde-toi de l’abandonner : pour le délester, tu le délesteras avec lui. » (Ex 23,4-5). J’espère qu’on voit combien la TORâH lutte perpétuellement contre le YéTsèR HaRa“, contre le mauvais penchant, c’est-à-dire contre la tendance pécheresse à la convoitise ; y compris et surtout lorsqu’on est tenté de la justifier par la vengeance ou la rancune contre un ennemi !

Et puis, considérant la brebis du v. 1, il n’est pas interdit de considérer que YHWH s’impose cette règle à Lui-même ! « YiSseRâ‘éL était une brebis égarée, bannie par les lions : le premier qui l’a mangée — et donc qui l’a dérobée — fut le roi d’Assour ; le dernier, qui l’a désossé fut NeVouKhaDeNè‘TsaR, roi de Babylone. C’est pourquoi, ainsi parle YHWH TseVâ‘OT, le ‘ÈLoHîM de YiSseRâ’éL : Voici que je vais sanctionner le roi de Babylone et son sol, comme J’ai sanctionné le roi d’Assour. Je ferai retourner YiSseRâ’éL à son enclos pour le faire paître sur le Carmel et le BâShâN ; sur les montagnes de ‘ÈPheRaYîM et de GiLe”âD, il sera rassasié. » (Jr 50,17-18)

Un thème que Jésus reprendra, entre autres, dans la parabole du Bon Pasteur qui part à la recherche de la brebis égarée : encore une fois, il ne s’agit pas de générosité, toute divine soit-elle, mais bien de l’accomplissement d’une règle CHARNELLE qui attache YHWH à son peuple ; qui attache Jésus à ses disciples et à laquelle, en tant que Verbe Incarné — en tant que YHWH incarné, vous vous souvenez —, une RÈGLE CHARNELLE à laquelle Lui-même n’a pas la puissance se dérober !

Le v. 5 est un verset isolé, propre au Deutéronome, concernant le travestissement qui, semble-t-il, était pratiqué dans les cultes de Syrie et de KeNa“aN. L’idée est toujours la même : pas de mélange, pas d’impureté qui jette un brouillard sur l’ALLIANCE et la BÉNÉDICTION, d’autant que le travestissement est une porte d’entrée vers un chemin dangereux de dérèglement du CORPS entier… donc mortifère. Si on considère qu’il s’agit là aussi d’un ÉGAREMENT, on peut entendre que ce verset soit positionné à la suite des précédents.

2. Une histoire de nid…

Les v. 6-7 surprennent à leur tour, mais dans le fond, ils combattent encore et toujours la convoitise. Le texte est très précis : il s’agit d’une rencontre non préméditée ! KâRâ‘, קָרָא, c’est rencontrer à l’improviste. Donc voilà : tu es sur un chemin, n’importe lequel ; et tu vois d’aventure un nid à terre, ou dans un arbre, avec des œufs ou des petits. Tu peux les prendre, mais pas n’importe comment ! Tu ne prends pas tout le nid : tu prends la progéniture, mais pas la mère que tu laisses partir ! Sous entendu : tu ne tueras pas la mère pour avoir ses petits ! On ne dit pas pourquoi le fils de YiSseRâ‘éL prend les œufs ou les oisillons.

De là, bien entendre le style parabolique qui préside à la rédaction de la TORâH : si tu vois un BIEN, ne commets pas le MAL pour te l’approprier ! Sinon, ce n’est pas un BIEN pour toi ; si, pour prendre les œufs, tu chasses, ou pire : tu tue la mère, alors tu sauras que tu marches sur le chemin de la MALÉDICTION !

Voilà : à travers un exemple qui paraît absolument anodin, on touche en fait un principe vital qui affecte encore et toujours l’ensemble du CORPS : si l’obtention d’un BIEN demande de commettre un mal, alors ça n’est pas un BIEN ! À bon entendeur, salut ! L’avantage, outre l’aspect bucolique, c’est que ce genre de parabole parle à tout le monde.

Plus largement, si tu t’exerces à ne pas écouter ton YéTsèR HaRa“, alors tu sauras être RESPONSABLE tout le reste de ta vie ; et notamment, disent les rabbins, marchant sur le chemin de la BÉNÉDICTION, tu sauras sereinement envisager l’édification de ta maison, puis t’occuper de ta vigne et enfin faire un bon mariage : ce sont les v. 8 à 12 qui suivent — on avait déjà évoqué cette séquence à propos du ch. 20 —.

3. Sécurise le chantier de ta maison

Le v. 8 établit une règle sur les balustrades à poser sur le toit quand on bâtit une maison, afin d’éviter une chute. Ça paraît anodin, et on se demande pourquoi la TORâH s’en empare… mais cette règle est à son tour très ancienne : on la retrouve un peu partout au Moyen-Orient, jusque dans le Code de Hammourabi… Et dans le fil de ce qui précède, on peut entendre : sois attentif à la manière dont tu construis ton propre nid ! Là encore, ça a une répercussion sur la manière concrète d’appartenir et de prendre soin du CORPS de TOUT YiSseRâ‘éL auquel tu appartiens.

Si tu bâtis ta maison à la hâte, sous l’impulsion de ton mauvais penchant, au point de négliger la sécurité des artisans sur ton toit, à nouveau : tu auras choisi un MAL pour te faire du BIEN ; donc ce BIEN n’en est pas un puisqu’il est porteur de mort ; ce BIEN est un MAL au regard de l’ALLIANCE de vie et devient le signe que tu marches sur le chemin de la mort et de la MALÉDICTION ! Voilà pour le sens moral de cette règle.

Maintenant, il y a aussi moyen d’en décoder un sens SPIRITUEL en considérant avec les rabbins que, pour Celui qui se tient sur le « toit de la vie », c’est-à-dire pour celui qui vise de bâtir sa vie à la lumière de l’ENTRE-DEUX qui l’attache à YHWH, la TORâH a pris soin d’aménager des balustrades, comme par exemple le DÉCALOGUE, pour que le FILS de YiSseRâ‘éL ne tombe pas, et n’entraîne dans sa chute le CORPS de TOUT YiSseRâ‘éL dont il est membre. Comme quoi une simple règle devient l’occasion d’une parabole très efficace, dès qu’elle est tissée sur la trame de l’ALLIANCE.

4. Respecter la pureté de la Création

Les v. 9 à 11 sont la reprise d’un passage du Lévitique : « Tu n’accoupleras pas dans ton bétail deux espèces ; tu n’ensemenceras pas ton champ de deux espèces ; tu ne porteras pas sur toi un habit de deux espèces, un tissu mêlé. » (Lv 19,19). On est dans la suite immédiate du second plus grand commandement, au v. 18 : « Tu aimeras de charité ton prochain comme toi-même ! » (Lv 19,18), et dans la dynamique du v. 2 qui chapote l’ensemble du ch. 18 : « Soyez consacrés — saints — comme Je suis Consacré — Saint —, Moi, YHWH, votre ‘ÈLoHîM ! » (Lv 19,2).

Du point de vue du Lévitique, ça signifie que la consécration concerne certes l’ENTRE-DEUX de l’homme avec YHWH ; et celui de l’homme avec son prochain, mais aussi l’ENTRE-DEUX de l’homme avec la CRÉATION ! Alors c’est vrai que cette problématique de la sainteté — de la consécration — n’est pas aussi marquée dans le Deutéronome, mais elle n’en est pas moins présente pour autant, puisqu’elle est formulée aux ch. 12 et 14, qui font partie des chapitres les plus originels de la TORâH.

Quoi qu’il en soit, on reste dans la vigilance de pureté : PAS DE MÉLANGE ! On ne sème pas de l’orge dans la vigne par exemple ! Sans quoi, l’ensemble est déclaré : « SAINT », c’est-à-dire interdit ! — Rappelez-vous, dans un tout autre contexte, on avait pris l’exemple de la chambre parentale interdite aux enfants, c’est-à-dire sanctuarisée. C’est l’idée ici. —

Dit autrement : on respecte la CRÉATION, on n’en fait pas un fouillis ! Il y a un ordonnancement dans la CRÉATION, et il n’appartient pas à l’homme de le brouiller. Au contraire : entrer dans cet ordonnancement permet de faire passer la CRÉATION du POTENTIEL au RÉEL ! De lui faire produire ce que, par elle-même, elle ne sait pas élaborer. Les versets suivants vont dans ce même sens. –

C’est de la discipline de vie, dans le cadre de la CRÉATION REÇUE et dont on doit, de ce fait, prendre soin.

5. N’oublie pas l’élection !

Reste maintenant le v. 12 qui ajoute la règle des GeDiLîM aux quatre pans du manteau. Les GeDiLîM, ce sont les tresses qui composent les franges , les TsîTsiT, dont a déjà parlé le livre des Nombre à la fin du ch. 15 en les rattachant au SheMa“ YiSseRâ’éL. Je vous y renvoie.

Ces tresses rappellent l’ÉLECTION, comme un entrelacement entre YHWH et son peuple. Ce qui veut dire, dans le contexte de notre chapitre, que l’ensemble des règles qui précèdent n’ont en fait pas d’autre objectif que de travailler au plus près cette FIDÉLITÉ active par laquelle est maintenue vive la conscience charnelle d’appartenir au peuple ÉLU !

Dit autrement : « Si Je te donne ces ordonnances, c’est pour que tu ne perdes pas la mémoire de l’ÉLECTION comme l’ont fait tes pères ! Une ÉLECTION qui remonte à la fondation même de TOUT YiSseRâ‘éL, raison pour laquelle ces préceptes sont mis sur la bouche de Moïse.

6. Préserver le mariage

La dernière partie du ch. envisage quant à elle les litiges maritaux. Les v. 13 à 19 traitent de la mauvaise foi du mari qui cherche à répudier sa femme en inventant de faux prétextes. Notamment à propos de la nuit de noces, en brandissant un linge qui ne comporte pas de sang pour preuve de la rupture de l’hymen féminin, preuve qu’un autre homme l’aurait ouvert de façon ignominieuse. Bon, c’est assez fruste comme pièce à conviction, mais admettons.

Là, dit le texte, de deux choses l’une :
1. Ou cet homme ment, et il est sanctionné par une lourde amende avec en sus l’obligation de garder sa femme pour toujours — ce qui ne présage rien de très joyeux pour l’ambiance à la maison, si ce n’est tout de même que la femme y trouve la sécurité que son mari voulait lui retirer.
2. Ou alors la chose est avérée — ce sont les v. 20-21 —, et ce sera la femme qui sera sanctionnée, non par une amende mais par la mort dans la mesure où c’est le signe qu’elle s’est prostituée avant de se marier…

Bon, on est moyennement à l’aise aujourd’hui avec ce genre de législation à deux poids, deux mesures, ne serait-ce que parce que rien n’est envisagé d’une éventuelle débauche du mari avant les épousailles.

En même temps, gardons ces versets dans leur contexte : cette règle est aussi là pour ne pas laisser le mari faire n’importe quoi, puisqu’il doit en référer aux fameux Anciens à qui les ch. précédents ont confié de juger les litiges.

Donc, mine de rien, ça progresse ! Doucement, certes, mais les choses se mettent en place ! Si on a un regard critique sur ce type de législation aujourd’hui, rappelons-nous qu’il a fallu en passer par là pour arriver, dans la suite des Prophètes, de Moïse puis de Jésus entre autres, au point, plus éclairé sans doute, où nous en sommes. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas encore des progrès à faire…

Par ailleurs, si on tient compte du fait que la prostitution de la femme a une portée analogique : elle signifie la prostitution de TOUT YiSseRâ‘éL vis-à-vis de YHWH. Du coup, on comprend que la sanction n’est pas annoncée de gaieté de cœur : YiSseRâ‘éL sait que cette sanction sera la sienne si elle se prostitue avec les divinités des nations ! Et donc on retrouve le refrain : l’objectif est bien de consumer le MAL qui est au sein du peuple tout entier !

Même idée au v. 22 concernant l’adultère. Et oui : là encore, le verset est violent, mais c’est encore une fois TOUT YiSseRâ‘éL qui est en cause vis-à-vis de YHWH !

Si on en revient au DÉCALOGUE, rappelons-nous que l’adultère est directement le fruit de la convoitise qui suscite le mensonge, puis le vol, puis l’adultère et le meurtre d’une manière ou d’une autre. Or ce que nous dit la sagesse biblique, c’est que la mort liée à cet adultère reflue sur les contrevenants : toujours la même dynamique. Et c’est JUSTICE : tu commets le mal, tu paies le prix de ce MAL ! Parce que sinon, ça fait jurisprudence et tout le CORPS vole en éclat ! Et avec lui le projet libérateur de YHWH.

Les v. 23 à 27 étendent quant à eux la question à la jeune fille fiancée. Les fiançailles, à cette époque, ne sont pas les préambules d’un hypothétique mariage — aujourd’hui non plus d’ailleurs, mais bon. — : l’engagement entre l’homme et la femme est posé sans retour dans les fiançailles, avec force juridique que les noces se contentent d’entériner.

Du coup, une fiancée qui couche avec un autre homme, il y a adultère ! Mais là attention : deux possibilités :

• 1. Ça se passe en ville. Si c’est un viol, les cris de la femme la sauveront. Mais si elle ne crie pas, c’est qu’elle consent… C’est basique évidemment, parce que ça ne prend pas en compte la possibilité que l’homme étouffe le son de la voix de la femme. Entre autres… Mais rappelons-nous : une telle formulation n’est pas d’abord accusatoire, mais PRÉVENTIVE. L’humanité est telle qu’il faut savoir menacer de sanctions tranchantes pour enrayer à la source tout consentement au Mauvais Penchant.

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• 2. Ça se passe à la campagne, et les cris de la femme se perdent dans le désert qui environne l’épisode. Là, il y a présomption d’innocence : l’homme seul mourra, et la TORâH est ici péremptoire : le viol, « c’est comme lorsqu’un homme se dresse contre son compagnon et le tue. Le cas est le même ! » (Dt 22,26).

7. Sauver la jeune fille de l’emprise de son abuseur !

Reste le cas de la jeune fille nubile violée par un homme, ce sont les v. 28-29 qu’on a déjà rencontrés au ch. 22 de l’Exode, v. 15-16. Il y a bien eu viol, avéré qui plus est. Mais à la différence des v. 23 à 27 du point de vue du CORPS, aucun mariage n’est corrompu : il n’y a donc pas nécessité de sanction capitale. Reste qu’une fois qu’on a dit ça, on n’a pas tout dit !

L’homme qui a violé la jeune fille a jeté sur elle — et sur sa famille — le DÉSHONNEUR. La lapidation de l’homme ne suffirait donc pas : on lui impose le mariage irrévocable avec cette femme pour sauver l’honneur de celle-ci ! « Tu as voulu prendre cette femme de force ? Eh bien tu vas t’occuper d’elle jusqu’à la fin de tes jours ! » Et là attention pour le violeur : le CORPS tout entier veillera à ce qu’il tienne son engagement !

Alors on se dit : « Et l’amour dans tout ça ? » Sauf que cette question ne se pose pas dans l’Antiquité. Ici, il n’est pas question d’amour mais de JUSTICE, qui est son préliminaire. Pas de JUSTICE, pas d’amour véritable possible, c’est évident. La TORâH travaille les fondements, qui passent par le renoncement préliminaire à tout consentement à la convoitise. C’est indispensable !

Et tout cas, de façon surprenante, partir de l’attention à un petit nid pour enchaîner sur l’honnêteté à tenir dans la construction d’une maison, sur la pureté d’une vigne et jusqu’à la nécessité de porter des franges au manteau… Tout ça vise à rappeler que l’ALLIANCE structure CHARNELLEMENT l’existence juive… de sorte que l’homme et la femme ne se comportent pas n’importe comment pour construire honnêtement une vie maritale à la lumière de l’ÉLECTION… D’un bout à l’autre, ce chapitre nous dit au moins une chose essentielle : c’est dans les petites choses que se préparent les grandes !

Je vous laisse sur ces considérations, qui ne sont pas simples, j’en ai bien conscience. Mais il importait néanmoins de ne pas passer à côté.

Je vous souhaite une lecture féconde de ce chapitre. Nous verrons la suite la prochaine fois.

Je vous remercie.
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