12-06-2026

[Dt] Les BiKOuRîM et leur credo

Deuteronomy 26:1-11 par : Père Alain Dumont
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Le CREDO qui accompagne les BiKOuRîM explicite l’HÉRITAGE sur lequel se bâtit l’HISTOIRE du peuple des adorateurs de YHWH.
La TRANSMISSION rituelle de cet HÉRITAGE divin offre à chaque génération  de vivre dans la LIBERTÉ INTÉRIEURE qui constitue la BÉNÉDICTION de l’ALLIANCE.
• Notes et documents
Transcription du texte de la vidéo : 
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous ouvrons dans cette vidéo le ch. 26 du Deutéronome. Ce chapitre est le dernier de ce qu’on appelle le Code Deutéronomique qui a commencé par le ch. 12.

On retourne aux prescriptions rituelles, telles qu’on en avait rencontré au ch. 12. On a d’ailleurs là l’indice majeur d’une inclusion qui permet de délimiter le Code Deutéronomique et nous met sur la voie pour en trouver le sens.

1. « Mon père était un Araméen errant… »

Les v. 1-2 parlent des Prémices des fruits du sol, dans le même ordre d’idées que ce que le ch. 18 avait développé à propos des revenus des KoHaNîM-LéWîYYiM : « Tu lui donneras les Prémices des céréales, de ton vin nouveau et de ton huile fraîchement pressée ; les Prémices de la tonte de ton petit bétail. » (Dt 18,4). En fait, il s’agit d’une DÎME, au même titre que ce dont parlait la fin du ch. 14 : « Verse la dîme de toute la récolte de tes semailles, de ce qui sort du champ année après année. Mange face à YHWH, ton ‘ÈLoHîM, sur le lieu qu’Il aura choisi pour y faire demeurer Son Nom, la dîme de ton froment, de ton vin nouveau, de ton huile, les premiers-nés de ton gros et de ton petit bétail, pour apprendre à craindre YHWH, ton ‘ÈLoHîM, tous les jours. » (Dt 14,22-23)

Du coup, pour notre chapitre, cette prescription devient : « Quand tu seras venu dans le Sol que te donne en héritage YHWH, ton ‘ÈLoHîM ; quand tu le posséderas et y habiteras, tu prendras les prémices de tous fruits de la terre que tu récolteras de ce sol que te donne YHWH, ton ‘ÈLoHîM ; mets les dans une corbeille et tu iras vers le lieu que YHWH, ton ‘ÈLoHîM aura choisi pour y faire demeurer Son nom. Tu viendras vers le KoHéN qui sera là ce jour et tu lui diras…- » (Dt 26,1-2).

Le Talmud nomme ce rite : BiKOuRîM, בִּכּוּרִים, en hébreu. BeKhOR, בְּכוֹר, c’est le premier-né ; BiKOuRîM, ce sont les premiers fruits du sol. Ce n’est pas un terme biblique.

On peut légitimement penser que ce rite était pratiqué jusqu’au viiie siècle dans les sanctuaires en toile du Royaume du Nord, dont les terres sont ultra-fécondes contrairement au Royaume du Sud désertique. Mais ce qui importe ici n’est pas tant l’ACTION qui compose le rituel d’offrande, que les PAROLES associées à cette offrande et que prononce celui qui apporte la DÎME devant le KoHéN qui la réceptionne : « Aujourd’hui, je déclare à YHWH, ton ‘ÈLoHîM : Je suis entré sur le Sol que YHWH a juré à nos pères de nous donner. » (Dt 26,3). On pourrait aussi traduire : « Aujourd’hui, je déclare à YHWH, ton ‘ÈLoHîM, que j’entre sur le Sol que YHWH a juré à nos pères de nous donner. » (Dt 26,3), ce qui est encore plus fort, puisque l’offrant témoigne que l’entrée sur le Sol promis n’est pas seulement un acquis depuis que ses pères se sont installés en KeNa“aN, mais qu’il a LUI-MÊME à entrer sur le Sol de la promesse ! Ce qui répond tout à fait à ce que doit être une action liturgique proprement dite, à savoir inscrire cette entrée dans l’AUTRE-TEMPS, et ainsi relier CHARNELLEMENT l’offrant à ses pères. En substance donc : « Je le professe à YHWH, ton ‘ÈLoHîM : Aujourd’hui, j’entre avec mes pères sur le Sol que YHWH a juré de nous donner ! »  (Dt 26,3) C’est très puissant !

Maintenant, une expression étonne : « YHWH ton ‘ÈLoHîM », étrange ! D’habitude, cette expression est sur la bouche de Moïse ou des prophètes à l’adresse de TOUT YiSseRâ‘éL ; mais d’homme à homme, de l’offrant au KoHéN, on attendrait plutôt : « YHWH NOTRE ‘ÈLoHîM, à toi et à moi », mais non : il s’agit du YHWH que sert spécifiquement le KoHéN-LéWî.

Du coup, les BiKOuRîM se présentent comme une PROFESSION DE FOI de la part de l’offrant ; comme un acte résolu de COOPTATION du ‘ÈLoHîM que sert le KoHéN-LéWî, contre les Bâ“aLîM concurrents… une forme de protestation identitaire. Enfin, quoi qu’il en soit, ces BiKOuRîM traduisent un choix délibéré qui s’inscrit dans une HISTOIRE que l’offrant choisit d’adopter pour lui et les siens, à travers la récitation d’un court CREDO :

« Mon père était un Araméen errant, et en très petit nombre, il est descendu en MiTseRaYîM et y a résidé — un clan de 70 membres, dira la Genèse —. Il est devenu une nation vigoureuse, nombreuse. Les MiTseRîM — les Égyptiens — nous ont maltraités, accablés, et nous ont imposé une dure servitude. Nous avons crié vers YHWH, le ‘ÈLoHîM de nos pères. YHWH a entendu notre voix ; Il a vu notre humiliation, notre labeur et notre oppression. Et YHWH nous a fait sortir de MiTseRaYîM à main forte et à bras étendu, dans une grande crainte, [à force de] signes et [de] prodiges. Il nous a fait venir en ce lieu et Il nous a donné ce sol, un sol ruisselant de lait et de miel — du miel de dates —. Et maintenant, voici : je fais venir les prémices des fruits de la terre que Tu m’as donnée, YHWH » (Dt 26,5-10).

On remarque que les Patriarches sont les grands absents de ce récit... Ce qui laisse penser que l’élaboration de ce CREDO ancien, à une époque où ni les traditions de la Genèse, ni celles de Moïse ne sont en place ! Néanmoins une trame est déjà là, sur laquelle pourra se tisser le récit… mais plus tard.

Ce qu’on peut dire, c’est à tout le moins qu’on a là une tradition du Royaume du Nord qui remonte au minimum aux ixe siècle avant Jésus-Christ, avec la figure implicite de Ya”aQoV. Cette figure patriarcale n’émergera clairement qu’au viiie siècle, comme en témoigne le prophète HOShé“a/Osée, au ch. 12 de son livre. Le prophète rapporte que Ya”aQoV, qui vient du Nord, rencontre YHWH à BéYT ÈL, dans le Sud du futur Royaume de YiSseRâ‘éL, ce qui concorde avec les sources qui voient en YHWH une divinité de la vallée de la “ARâVâH, c’est-à-dire le rift situé entre la Mer de Sel et la Mer Rouge :

• « YHWH est venu du SîNaï ; Il s'est levé pour eux de Ssé“îR. Il a resplendi depuis le Mont de Pâ‘RâN — au Nord de la Péninsule di SîNaï, là où certains positionnent le Mont .HoRéV —. » (Dt 33,2) ;
• « YHWH, quand Tu es sorti de Ssé“îR, quand Tu t'es avancé des campagnes de ‘ÈDOM, le sol a été secoué, les ciels ont fondu… » (Jg 5,4) ;
• « YHWH, j’entends ta rumeur et j’ai peur ; YHWH, vivifie Ton ouvrage aux entrailles des années ; dans la colère, fais mémoire, et fais miséricorde ! ‘ÈLo‘aH vient de TéYMâN, le Saint du Mont de Pâ‘RâN. » (Ha 3,2-3) ;
• « Qui est [YHWH], qui vient de ‘ÉDOM, de BâTseRâH en habits écarlates ? » (Is 63,1).

Ces textes sont tardifs, mais ils expriment clairement la mémoire d’une origine méridionale du culte de YHWH, qui remonte jusqu’en KeNa“aN par ‘ÉDOM — ça aussi, ça n’est pas anodin : ça explique entre autres pourquoi au retour d’Exil, au ve siècle, Ne.HèMeYâH ira chercher des chantres de YHWH au pays de ‘ÉDOM pour redorer la liturgie du Temple à YeROuShâLaYiM —. ‘ÉDOM abrite donc lui aussi des adorateurs de YHWH, mais pas selon les même rites et pas selon la même histoire que celle du peuple Hébreu.

Ceci dit, que l’araméen errant descende à BéYT ÈL, au SîNaï, en MiDîYâN/Madian ou en ‘ÉDOM, peu importe : c’est dans le Sud qu’il rencontre YHWH. Cette rencontre, dit sobrement le CREDO, va le mener jusqu’en MiTseRaYîM dénoncé comme un lieu de servitude ; suivie d’un retour sur ce sol de KeNa“aN. L’essentiel est posé.

Reste que ce CREDO n’est pas prononcé dans n’importe quel lieu ou circonstance. On l’a dit : il est prononcé face à un KoHéN-LéWY, seul assermenté pour les Hébreux pour le culte de YHWH. Et c’est là qu’on comprend à quel point les Fils de LéWY, parmi tous les clans hébreux adorateurs de YHWH, constituent ce clan singulier, MÉDIATEUR entre YHWH et son peuple ! Les Fils de LéWY ont cette tâche spécifique, à travers le culte de YHWH, d’être les gardiens de la MÉMOIRE de ces adorateurs, de leur HISTOIRE avec YHWH !

Dit autrement : lorsque les groupes d’Hébreux remontant de MiTseRaYîM s’installent en divers endroits du sol de KeNa“aN, c’est sous la houlette des LéWîYYiM, et par eux sous la houlette de YHWH ; alors même que la divinité régnant sur ce sol est majoritairement Bâ“aL, sous une forme ou sous une autre.

Les sanctuaires lévitiques sont en toile et fonctionnent peu ou prou sur le mode que décrit l’Exode avec la Tente du Rendez-Vous. Et jusqu’au viiie siècle avant J.-C., c’est autour de ces sanctuaires que se conserve la MÉMOIRE de cette épopée dont « l’Araméen errant » constitue les premiers linéaments, et que les scribes en EXIL développeront à travers une vaste épopée de LIBÉRATION EXTÉRIEURE, suivie d’un patient travail de LIBÉRATION INTÉRIEURE, l’une et l’autre formant ce qu’on appelle habituellement l’histoire du SALUT.

Et dans ce contexte, le rite des Prémices, des BiKOuRîM, prend tout son sens.

2. Les BiKOuRîM, ou s’acquitter d’une dette d’honneur

Rappelons que le rite des BiKOuRîM n’a rien à voir avec les offrandes des cultes concurrents dédiés aux Bâ“aLîM : il ne s’agit pas de nourrir la divinité pour s’en attirer les bonnes grâces, mais bien, dans quelque Haut-Lieu consacré à YHWH que ce soit, de FAIRE MÉMOIRE d’une histoire ERRANTE, qui a commencé en HâRâN — en Syrie actuelle —, s’est poursuivie dans le Sud jusqu’en MiTseRaYîM avant de remonter en KeNa“aN !

Il s’agit donc, par les BiKOuRîM, d’entrer dans le TÉMOIGNAGE rendu à YHW H par l’ensemble du CORPS que composent ses adorateurs, dès le commencement. Dit autrement, il s’agit d’assimiler une HISTOIRE PARLANTE, VIVIFIANTE portée par la génération des pères ; une HISTOIRE qui TRANSMET fidèlement la MÉMOIRE d’une LIBÉRATION de MiTseRaYîM pour rejoindre le sol plus hospitalier de KeNa“aN.

Ce CREDO TÉMOIGNE ainsi, rituellement, de l’ACTE FONDATEUR par lequel est scellé l’ENTRE-DEUX qui unit originellement YHWH à ses adorateurs. Et l’enjeu est de taille puisqu’oublier ce CREDO, c’est retomber dans le culte vain des nations, fait de maquignonnage pseudo-spirituel avec des idoles qui ne sont dans le fond que de purs fantasmes projetés dans un imaginaire de toute puissance. Ce dont, précisément, le culte Lévitique vise de LIBÉRER le peuple Hébreu ; le peuple des “IVeRîM, le peuple des PASSEURS.

Alors on l’a dit, ce rite consiste en une DÎME annuelle que les adorateurs de YHWH apportaient aux KoHaNîM LéWîYYiM gardien de cette MÉMOIRE. En apportant les Prémices agricoles accompagnées des PAROLES du CREDO, les adorateurs de YHWH faisaient MÉMOIRE des Prémices de l’HISTOIRE pour HABITER ce sol en vérité ; non pas en se l’appropriant comme un bien conquis, mais en le recevant comme un HÉRITAGE de YHWH. En d’autres termes, ce rite était vécu sous l’angle de l’acquittement d’une DETTE D’HONNEUR, en ACTION de GRÂCE.

Or les conséquences ne sont pas neutres, dans la mesure où : qui dit HÉRITAGE, dit FILS ! Et ici selon deux dimensions : un HÉRITAGE reçu de YHWH d’une part, qui établit donc une sorte de filiation “divine” de tout le peuple, et pas seulement ses rois comme c’est le cas chez les nations ; mais une filiation “divine”, d’autre part, appelée à s’incarner dans une filiation humaine par laquelle, de père en fils, cet HÉRITAGE se TRANSMET comme cette VIE LIBRE reçue de YHWH, dans un ENTRE-DEUX fondateur qu’il ne faut perdre à aucun prix !

Anthropologiquement parlant, c’est très fort, parce que c’est précisément à travers l’ACTE DE TRANSMISSION que l’homme, quelle que soit sa culture, se sent EXISTER au sens plénier. La TORâH dira : dans l’acte de transmission, tout Juif se sent exister au sein de la BÉNÉDICTION de YHWH qui l’exerce à RACONTER, et ainsi à habiter le TEMPS, à bâtir le TEMPS. Une BÉNÉDICTION qui l’exerce à SE raconter au sein d’une HISTOIRE qui le dépasse : tant par le passé qui la constitue que par l’à-venir qu’elle prépare à accueillir ! Une HISTOIRE qui illumine les existences les plus sombres, et où chaque membre du peuple se sent irrigué par un même SOUFFLE vital qui les fait appartenir à un CORPS ‘è.HâD, unifié — plus que simplement “unique” —.

Voyez : le grand GÉNIE de la TORâH — manifestement inspirée — est là : veiller à cette MISE EN PAROLES rituelle de la MÉMOIRE où tout un peuple, génération après génération, bâtit INTÉRIEUREMENT son UNITÉ à la lumière de YHWH.

Mais allons plus loin.

3. Des BiKOuRîM à l’Eucharistie chrétienne

À bien y réfléchir, on peut dire que ce rituel des BiKOuRîM, qui semble anodin à première vue, fonctionne en fait comme un SACREMENT. Comparons avec l’Eucharistie chrétienne.

Qu’est-ce que l’Eucharistie ? On le sait, c’est avant tout le rituel qui fait MÉMOIRE du repas pascal du Christ inaugurant sa PASSION, prémices de la LIBÉRATION INTÉRIEURE éternelle promise à ses disciples.

Le lien rituel avec les BiKOuRîM vient de ce qu’au moment de déposer le pain et le vin sur l’autel, comme des prémices, nous redisons le CREDO de toute l’Église — de même qu’ici, l’offrant récite le CREDO de TOUT YiSseRâ‘éL. L’Eucharistie est donc un moment rituel — c’est-à-dire un acte de tout le CORPS de l’Église — ;  un moment rituel de MÉMOIRE par lequel l’Église tout entière s’acquitte de sa DETTE D’HONNEUR envers le Christ Sauveur, sous forme d’ACTION de GRÂCE — eucharistie en grec signifie précisément ACTION DE GRÂCE — ; en ce sens, on est bien greffé sur le modèle des BiKOuRîM !

Le prêtre à l’autel procède alors à l’offrande du pain et du vin en la focalisant sur le cœur du CREDO, à savoir la Résurrection du Christ Jésus comme ÉVÉNEMENT ORIGINEL d’une LIBÉRATION INTÉRIEURE — on parle alors de RÉDEMPTION pour signifier que le Christ nous RACHÈTE des griffes de la MORT, c’est-à-dire nous fait passer de la MORT à la VIE, tout comme les Hébreux ont été rachetés de MiTseRaYîM : « Je t’ai racheté de la Maison de servitude. » (Mi 6,4).

Toujours est-il qu’à travers les PAROLES De Jésus dont le prêtre se fait le relai, la Prière Eucharistique investit les BiKOuRîM du pain et le vin par un ENTRE-DEUX SUBSTANTIEL avec le Christ qui s’offre en sacrifice pour la LIBÉRATION — pour la RÉDEMPTION — de la multitude des adorateurs du Père, dans l’Esprit. Du coup, à travers ce rituel eucharistique associé au CREDO, se TRANSMET la MÉMOIRE VIVE du PASSAGE de la MORT à la VIE initiée par le Christ Jésus ! Un PASSAGE qu’il s’agit dès lors pour chaque chrétien de TRANSMETTRE de père en fils !

Alors l’Eucharistie ne se résume pas à ça, mais la partie OFFRANDE de la messe trouve dans le rituel des BiKOuRîM une matrice tout à fait éclairante.

Comprenons bien par ailleurs que la Bible corrige ici une pensée gréco-latine qui ne réfléchit qu’en termes d’ “états”. En gros : “On était dans un “état” d’esclavage ; mais depuis la résurrection, nous sommes passés, par le Christ, dans “l’état” de Salut.” Une sorte de vision “spatiale” du Salut… nos frères protestants sont très dans cette vision. Or NON ! Là où a pensée gréco-romaine ne sait penser qu’en termes d’ESPACE, la pensée biblique, elle, pense le TEMPS ; elle pense l’AUTRE TEMPS ; le TEMPS LONG, diront les uns ; le TEMPS du CORPS, diront les autres.

En fait, la Bible pense le LIEN ; elle pense le MOUVEMENT qui va du PASSÉ, toujours PRÉSENT au sens où il ne cesse d’influer sur l’existence, à l’À-VENIR qui vient inévitablement bouleverser ce même PRÉSENT et auquel il faut toujours se tenir prêt à répondre dans la LUMIIÈRE de l’ÉLECTION. Dit autrement : la Bible cherche non pas d’abord à habiter l’ESPACE inscrit dans le temps qui file, mais d’abord à habiter du TEMPS pour y inscrire l’espace de la CRÉATION. On a là deux démarches vraiment opposées.

En ce sens donc : comme pour les BiKOuRîM, à travers leur CREDO, les chrétiens font MÉMOIRE d’une LIBÉRATION qui A EU LIEU dans l’ÉVÉNEMENT ORIGINEL du PASSAGE de la MORT à la VIE du Christ Jésus ; mais c’est pour qu’EUX-MÊMES, à travers ces offrandes apportées chaque semaine, et à travers l’exercice de leur mission dans le monde, poursuivent ce PASSAGE !

Ils ne se considèrent pas dans un “état” de SALUT, mais ils se savent sur le CHEMIN qui mène au SALUT à la suite du Christ : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père — à ‘ÈLoHîM — que par Moi — YHWH — » (Jn 14,6). Et là il y a bien plus qu’une nuance. Le chrétien ne dit pas : « Je suis sauvé ». Le chrétien dit : « Jésus, le Fils de Dieu, m’a sauvé en établissant un LIEN, un ENTRE-DEUX entre Lui et Moi, entre Lui et le CORPS de son ÉGLISE dont Il est la tête, le fondement. Et ma joie est de pouvoir m’acquitter de cette DETTE D’HONNEUR à travers ma participation à la LITURGIE EUCHARISTIQUE où je vais affirmer ma foi à travers le CREDO attaché à l’offrande du pain et du vin déposés sur l’autel ! »

Contempler le mystère sacramentel en termes de LIENS, non pas purement structurels, symboliques ou psychologiques, mais SPIRTUELS, c’est-à-dire soutenus par le SOUFFLE de ‘ÈLoHîM : voilà comment AUJOURD’HUI, l’ÉVÉNEMENT FONDATEUR de la vie chrétienne peut être reçu avec enthousiasme par les jeunes générations. Et Dieu sait si elles ont BESOIN d’entrer dans cette dynamique spirituelle de l’ENTRE-DEUX pour recevoir en HÉRITAGE la BÉNÉDICTION de YHWH et connaître la JOIE de VIVRE à leur tour du CREDO de l’Église comme de leur HISTOIRE, et TRANSMETTRE cet HÉRITAGE aux générations à venir. Voilà ce dont les BiKOuRîM sont porteurs, en POTENTIEL, et que du point de vue chrétien, l’Eucharistie porte au RÉEL.

Alors comme j’ai bien conscience que tout ce qu’on vient de voir fait pas mal travailler les méninges, on va s’arrêter là pour cette fois. Il y a déjà bien des choses à ruminer.
On verra la suite du ch. 26 la prochaine fois.

Je vous remercie
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